Salon de 1767 (édit. Assézat), XI
je la sens; et qu'il les rassemble autour du malheureux prince qui tient dans ses mains les pieds de la statue d'Apollon *. » Il faut voir après cela de quelle façon il commente V Invocation à Vénus au I*"" livre du De nalurâ rerum : < Il faudrait un mur, un édifice de cent pieds de haut pour conserver à ce tableau toute son immensité, toute sa grandeur, que je n'ose me flatter d'avoir senti le premier. Croyez- vous que l'artiste puisse rendre ce dais, cette couronne de globes enflammés qui roulent autour de la tète de la déesse... ; que fera-t-il de ces mers immenses qui portent les navires et de ces contrées fécondes qui donnent les moissons? Et comment la déesse versera-t-elle sur cet espace infini la fécondité et la vie ^t »
Diderot aime donc les anciens, et pour des raisons bien originales en ce temps-là : d'abord ce sont des peintres et ce sont des sculpteurs, ce sont des artistes : toutes choses dont les humanistes classiques ne s'étaient jamais avisés. Ensuite, si ceux-ci les aimaient, c'était pour leur politesse, leur élégance, leur harmonie, c'est parce qu'ils retrouvaient en eux des t honnêtes gens » . Ce que Diderot au contraire en aime surtout, c'est la force de leur imagination, ce sont les passions violentes des natures frustes et à demi barbares. Voici un passage vraiment significatif, qui est tout plein de réminiscences antiques : t Quand est-ce que la nature prépare des modèles à l'art? c'est au temps où les enfants s'arrachent les cheveux autour du lit d'un père moribond ; où une mère découvre son sein et conjure son fils par les mamelles qui l'ont allaité ; où un ami se coupe la chevelure sur le cadavre de son ami,... où un père prend dans ses bras son fils nouveau-né, l'élève vers le ciel et
i. III, 481 (édit. Assézal)»