XVI INTRODUCTION
en artistes et en poètes, il fallait retrouver l'éternelle jeunesse du monde. C'est pourquoi on a eu beau s'efforcer dans tous les sens, emprunter aux anciens et aux modernes les nouveautés les plus audacieuses, — comme la forme ne changeait pas, on n'aboutissait qu'à de perpétuelles redites et l'abon-
dance de la matière faisait illusion sur sa stérilité. Dans ces conditions, — puisque, en somme, on n'avait rien de nouveau à dire, — n'était-il pas plus simple de faire comme les humanistes d'autrefois, de redevenir de parfaits virtuoses de la forme, ou de se borner tout uniment à traduire ou à paraphraser? Ainsi s'explique l'effrayante prolixité de la littérature descriptive ou didactique de cette époque. Par là, le xvm® siècle rejoint le xv® et le xvi", voire la décadence latine. Comme Stace, on chante des chiens et des perroquets, on décrit en vers les arts mécaniques. La poésie elle-même est une mécanique particulière avec ses axiomes et ses formules. Mais surtout on traduit, parce qu'alors l'imitation est plus fidèle, l'habileté technique plus apparente et que tout effort d'invention devient inutile. Et ainsi le classicisme finissant est retourné à ses origines. Né du pastiche et de la traduction, c'est par le pastiche et la traduction qu'il est mort.
Madrid, 13 août 1896.
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