L'abbé Arnaud {Œuvres, t. 11, p
142 FIN DU aASSICISME ET RETOUR A L' ANTIQUE.
Piccinni, dont M"» de Saint-Huberty fît un véritable triomphe, et VOEdipe à Colone de Sacchini, où Ton crut retrouver l'accent même de Sophocle *. Quel progrès en est-il résulté pour le théâtre en général? On ne le voit pas bien. Le genre ne s'en est pas relevé pour cela. Il aurait fallu une réforme radicale, et Ton se contenta de petites réformes de détail et d'expédients grossiers. Pour la tragédie en particulier, toutes les innovations qu'on tenta ne réussirent qu'à en faire la caricature d'elle-même. A l'imitation du drame antique et de l'opéra moderne, on exagéra l'importance du décor et de la mise en scène ; on introduisit des tirades épiques correspondant au récitatif et qui n'étaient que des hors-d'œu vre ; on s'attaqua à des sujets légendaires ou merveilleux, qui n'aboutissaient qu'à faire ressortir la pauvreté et l'insuffisance des moyens de la tragédie classique. Elle était bien morte et tous les remèdes du monde n'y pouvaient rien. Elle était tombée dans le pur métier et il y avait longtemps qu'on en avait établi la formule et qu'on en appliquait les recettes.
Ce qui ressort nettement de tout cela, c'est le triomphe de l'opéra, et en même temps un grand besoin de simplicité et de vérité, attesté par le théâtre comme par toutes les autres branches de la littérature, même dans sa médiocrité et l'impuissance de ses efforts.
Une rénovation autrement durable s'est opérée dans la déclamation, la mimique, le costume et le décor. Elle n'est que le contre-coup du mouvement qui entraînait la littérature tout entière, et par consé-
1 Adolphe JuUien, La cour et topera sous Louis XVI, p. 144.
LE THÉÂTRE ET L'iMITATION DE L'ANTIQUE. ÛJ
quent il faut y faire une large part d'influence aux idées antiquisantes. Sans vouloir préjuger de ce qu'avait été l'art des acteurs au xvii* siècle, avec les Baron et les Champraeslé, il est incontestable qu'au xviii*, il était arrivé ou s'était maintenu à un très haut degré de perfection. Les étrangers eux-mêmes en étaient frappés : Gœthe qui avait entendu des troupes françaises à Francfort et à Strasbourg, leur décernait cet éloge dans ses Mémoires : t Les acteurs français avaient atteint dans la comédie le plus haut degré de vérité idéale. Le séjour à Paris, l'observation des manières des courtisans, les liaisons amoureuses des acteurs et des actrices avec des personnes du plus grand monde, tout contribuait à transplanter sur la scène ce que l'élégance et la politesse de la vie sociale ont de plus relevé * . » — Ce qu'il dit ici de la comédie, il faut l'étendre également à la tragédie. Parmi tous ces tragédiens qui passionnèrent leurs contemporains, la figure la plus originale est assurément celle de M"« Clairon, dont les réformes — suivies par beaucoup — n'allaient rien moins, comme d'ailleurs les innovations des dramaturges d'alors, qu'à ruiner la vieille tragédie classique; il fallut tout le prestige du talent de Lekain, qui avait été formé par Voltaire et qui excellait surtout dans ses pièces *, puis plus tard tout celui de Talma, pour sauver des œuvres de plus en plus étrangères au goût et aux aspirations du public. .
L'ancienne déclamation du grand siècle — extraordinairement emphatique et fortement rythmée — était toujours en vigueur. Voltaire comptait parmi ses plus chauds partisans. Mais le même besoin de simplicité.