‹ La fin du classicisme et le retour a l'antiqueChapitre 121 sur 250 · LES « POET.K MINORES · texte numérisé non relu

LES « POET.K MINORES

français : * J'ai toujours roganlc' les traductions comme un des meilleurs moyens d'enrichir une lani?ue. » C'est-à-dire que Delille envisage la traduction de la même façon que tous les traducteurs classiqnes depuis la Renaissance. De même que l'archéologie n'avait guère liautre enq3loi que de commenter les leuvres littéraires de ranti(|uité. de même une traduction d'auteur latin ou grec doit servir surtout à € illustrer » la langue française. C'est le mot d'ordi'e de Du Bellay écouté par tous nos traducteurs depuis Amyot et Coëlfeteau jusqu'à Delille. « Concjuérir » un auteur étranger, le franciser. « lui prendre une foule de tours, d'images, d'expressions », et les naturaliser, voilà le but. Il suit de là cpi'il ne reste plus rien de ce qui fait la physionomie originale de l'écrivain traduit, ni de son temps, ni de sa race. Là-dessus Delille est très explicite : « Le devoir le plus essentiel du traduc- . teur, dit-il, c'est de chercher à produire dans chaque morceau le même effet que son auteur. » La phrase est un peu ambiguë, mais il n'y a plus de doute lorsqu'il ajoute aussitôt après : « Quand il ne peut rendre une image, cju'il y supplée par une pensée; s'il ne peut peindre à l'oreille, Cju'il peigne à l'esprit; s'il est moins énergique, cjuil soit plus harmonieux; s'il est moins précis, qu'il soit plus riche. » Or plus haut il avait déjà dit : « Un détail géographique, une allusion aux mœurs pouvait être agréable dans votre auteur au peuple pour lequel il écrivait et ne pas l'être pour vos lecteurs; vous n'êtes donc qu'étrange, lorsque votre auteur est intéressant. » On se demande alors ce qui reste d'un poêle quand on lui a enlevé ses images pour les iem[)hiccr par des peni^écs (les pensées de l'abbé Delille! ), quand on a substitué à son hai-monie. à ses rythmes, à l'énergie de son vers cet le prose Huante et moiiotonement cadencée qu'on

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appelait aloi's des vers harmonieux , — sorte de musique banale comm(> une phrase de romance sentimentale ou une ritournelle de danse. Peut-on se flatter après cela de s'être « rempli de son poète ' », d'avoir i pris ses nionirs *, d'avoir quitté son propre pays « ])our haltilci' le sien »?

Nous })ouri'ions montrer par des exemples tirés de la traduction de Delille à quoi on aboutit avec un tel système : d'abord rintidélité littérale, puis le contresens perpétuel^, l'inintellip-ence de l'œuvre et de son milieu. Mais le triomphe serait beaucoup trop facile. Signalons cependant comme très inférieurs l'épisode d'Arislée •' et l'épisode de la mort de César. MalfilAtre a traduit également. ce dernier : il est incontestablement plus neuf et |)lus exact que Delille.

Si maintenant nous nous disons cjue Delille n'a pas voulu faire une traduction savante, mais seulement mettre Virgile à la portée des gens du monde, nous trouverons qu'il a excellemment réussi. Son style ne dépaysait pas trop : c'était bien ce qu'on attendait. Pour un simple littérateur, ses notes étaient claires, instructives, élégantes. Il discute bien les sens, chaque fois que la difficulté peut se trancher sans le secours de la grammaire : c'est bien l'explication à la française, pas trop approfondie. Il a des notes curieuses sur les plantes, ce qui flattait la manie des contemporains pour la botanifiue. Le tout est bien proportionné,

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