LES « POET.F. MINORES
facile à manier : c'est le plus clair service que lui ait rendu le P. de la Rue, qu'il a eu constamment sous les yeux. Enlin si Ton songe à ce que l'on attendait alors d'un traducteur, — la traduction exercice de stylistique comparée. — on estimera en somme que les GiJonjiques de Dt'lille sont le chef-d'œuvre de la traduction classique et cjuil l'a véritablement élevée à la hauteur d'un genre.
Certainement il y a eu des traductions en vers avant Delille '. Cela rentre dans la définition même du classicisme. Mais on peut dire que le succès des Géorgk/ues leur donna lessor. Si \'irgile a des admirateurs, Lucain a les siens aussi et non moins passionnés -. De nombreuses traductions en ont été faites au wiii" siècle: mais parmi celles en vers, il faut citer la traduction du chevalier de Laurès (1773) et les fragments lus par La Harpe à diverses séances de l'Académie (1776, 1777j. Chez La Harpe surtout, on sent le désir de rivaliser avec Delille. Nous avons déjà parlé ailleurs des nombreuses traductions soit en vers, soit en prose des erotiques latins^. Chabanon de Maugris — qui s'était fait une spécialité du genre — traduit le iii° livre des Odes d'Horace (177.3) et Philidor met en musique le Carmen Sueciilare (1780). Saint-Ange traduit les Métamorphoses d'Ovide (1778). Mais c'est Homère surtout qui sollicite les traducteurs, par un retour d'enthousiasme et une sorte de protestation contre les dédains d'autrefois. Plusieurs années de suite. l'Académie met
1. Parmi les traducteurs de Virgile, avant Delille, il faut citer le chevalier de Coëtlogon, qui traduisit V Episode cVAristée (17)0) et la Dispute des armes d'Achille (XIW livre des Mélnmorfilioses d'Ovide. l".ïl).
2. Marniontel en particulier avait une admiration pour Lucain. dont il donna une traduction en 1766; cf. Corresp. un.. Vil, p. 2S.
3 Cf. notre cliap. i.
208 riN nu CLASSICISME KT RETOIR A L ANTIQUE.
au concours la traduction en vers dun morceau de Vlli'idc (177('), 177S). IlocheCort avait déjà traduit le xr. le xviM' et le xxii' cliant (1765), Saint-Ange donne le début du poème {Coinmencement de l'Iliade traduit en re/"s et non imité (177(1) : Cabanis en commence une traduction. Lebrun dut entreprendre vers la mente époque la ti-aduction des morceaux d'Homère, de Virgile et d'Ovide, qui figurèrent plus tai-d dans les Veillées du Parnasse. Cbal)anon de Maugris traduit les Idylles de Théocrite (1775). Nous ne rappelons pas enfin les traductions ou les imitations des tragiques grecs', qui se répétèrent à de fréquents intervalles dans les dernières années du xviii*' siècle.
Si l'on tient compte de l'extrême rapprocliement des dates et si l'on songe que la plupart de ces traductions sont signées des plus grands noms de la littérature du temps (La Harpe, Lebrun, Ducisj ou sont l'œuvre de jeunes débutants; si. d'autre j)art. on se rappelle qu'en dehors de la littérature légère, les principaux poèmes d'alors ne sont guère que des Ira ductions, des adaptations et des imitations libres d'auteurs anglais et allemands, — on v<m la lians «et ensemble de laits un sympir»iii(> des plus signilicatil's.
(>omnie on devait s'y attendre en un siècl(> aussi peu poétique, le sentiment même du lyrisme semble alors s'être complètement perdu. En comptant bien, il n'y a de poète lyri(|ue que Lebrun: car Jean Baptiste Rousseau appartient plutôt au xvii' siècle; — et nous laissons de côté- les faiseurs de ditliyrambcs. dr pièces