‹ La fin du classicisme et le retour a l'antiqueChapitre 143 sur 250 · L'Inceiilion. v. lij'J el suiv · texte numérisé non relu

L'Inceiilion. v. lij'J el suiv

ANDRK CHEMEH. 239

Les alexandrins lui sonl laniiliers. 11 enipi'iuito vraisemblablement à Hratosllièiie le titre île son Hermès ' et il imite et traduit Théocrite. De même pour la littérature latine : il ne pratique pas seulement Virgile et Horace: il l'ait une étude approfondie de Lucrèce, qui est d'ailleurs son constant modèle. Après cela, nommer Piièdre le fabuliste , Calpurnius, Oppien, Manilius, le Periigllium Veneris, Pline l'Ancien et jusqu'aux poètes latins de la Renaissance, ce n'est que relever des noms au hasard dans ses notes : il faut un commentaire minutieux comme celui de Becq de Fouquières pour donner une idée de l'étendue de ses lectiu'es -.

Parmi ces auteurs, quels sont ceux qu'il imite de préférence? (^est Homère, les alexandrins et les poètes de l'Anthologie '. Mais ce sont surtout les alexandrins (jui l'altii'ent. rien ne Ir prouve mieux que ses nonilirouses imitations de Catnll(> et de Properce. Ce qui le prouve davantage, c'est qu'il a réduit en théorie et mis en œuvre les procédés de leur rhétorique et de leur versification.

Et dabord l'idée qui domine son esthétique est alexandrine, qu'il le sache ou non. Théocrite et Cal-

1. Cf. Becq (le Foiiqiiières, Poénies d'André Chénier, p. .3."16.

2. Il importe d'ailleurs de remarquer ([ue Chénier lisait en véritable pliildloKue, cnmme le prouve une note latine écrite par lui sur un exem|)laire des Phaenomena d'Aratus, édités en 10"2 par Fell. Cf. Becq de Fouquières, op. cit., introduction, p xi.viu. Voir en quels lermes il parle de Heyne, dont il vante les « écrits pleins d'une érudition immense, d'un goût exquis et d'une critique infaillible ». Œurres en prose, p. 300.

3. A propos des Analecta, notons que rien ne prouve que Chénier ait connu personnellement Brunck pendant son séjour à Strasbourf.', comme on l'a trop souvent répété. Becq de Fouipiiéres dit fort sagement : « On aimerait à penser qu'ils se rapprochèrent, qu'ils se lièrent et (jue ce fut Brunck lui-même qui lui mit entre les mains ce livre cpii ne devait plus le (pntler. .- Loc. cil., XVII,

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limaquo n"ont pas fait autre chose que d'exprimer des idées modernes sous une l'orme antique '. Mais il va plus loin : son procédé i'avori consiste à l'oiulre dans une même pièce des emprunts d'auteurs dilTérents, — ce qui est encore alexandrin. Lui-même s'en explique et s'en fait gloire dans une l-lpîlre à Lebrun :

Un juge stiurcilk'ux ('iiiaiit mes uuvrages

Tout à coup h grands cris dénonce vingt passages 2.

11 traite ces emprunts de dilTéi'eides laçons. \'oici une première manière :

Tantôt riiez un auteur J'ado|)lo une pensée Mais qui revêt, clicz moi souvent entrelacée, Mes images, mes tours, jenuf cl fi-ais ornement ■''.

En voici inie seconde :

Tantôt Je ne retiens que les mois seulement,

J'en détourne le sens, et l'art sait les contraindre

Vers des objets nouveaux (ju'iis s'étonnent de peindre '».

Enfin :

La prose plus souvent vient sul)ir d'autres lois... De rimes couronnée et légère et danspnle En nombres mesurés elle s'agite et chante 3.

Il applique le premier procédé par exemple dans In Jeune Tarentine, qui vraisemblablement est inspirée d'une pièce .de rAntliolo,£?ie, une épigramme de Xénocrite de Rhodes ". De même l'idylle de la Liberté est inspirée de la première églogue de \'irgil('. Il se sei'l

1. Cl". Aug. Coual, La poésie alexandrine (Conclusion). — J. Girard, Etudes sur la poésie f/recf/ue, ]i. 3.'i2.

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