Cf. op. cit.. ]i. 2s f
AMiUi: CIIKMKIÎ, 243
l'cii|il(\ cl son niai'iaijc avcr la joiino LiltiM-lr. » l^iifin les Initiés, où le poète se serait inspiré des Bnplcs d'Eu- |K)lis et où il aurait attaqui'- les membr.'s du tribunal •• •volutionnaire.
Nous sommes donc en présence d'une poétique complète, plus (•oni|)lèt(' même et sur certains points plus profonde que (('lie de Itoileau. Mais sur cei'tains autres — en tout ce (pii touche à l'imitation des anciens — ridéal (•lassi(pie s'est encore rélréci et le poème de l'Inirntidn marque un vérital)lc recul par rapport à VArt pocdque. Il nous reste maintenant à jug-erde l'application, de sa valeur et de sa portée, autant du moins que nous pourrons le taire d'après une œuvre inachevée.
.Vndré Chénier a eu lamlntion d'être un grand poète. Son idéal, comme celui de Ronsard, c'est \r poète orphique « expédiant les mystères sacrés », « It^ grand prêtre de Thrace en long- sourpely l)lanc ». Quand on l'egarde ses vers, il faut bien en rabattre. Il n"a rien de grandiose ni d<' religieux", ni surtout de primitif ou nu'me de vraiment naïf : vivant à une époque de décadence où. comme on se i)laisait à le dire, on était rassasié de chefs-d'ienvre. il a été plus un dilettante tpi'un poète. .Même son dilettantisme porte bien la niaïque du siècle. Il est de cette g-énération qui, avec Diderot i)our chef de fde, commence à se préoccuper des choses d'art et inaugure cette union des peintres et (les littérateurs qui va ti-iompher dans le cénacle romantique. De même qu'il recommande aux peintres la lecture des poètes ', il estime c|ue le poète doit se
I. ■■ .Vnssi (tfi loiil, temps y a-t-il eu |ieii de peintres pour ceii.v ipii ne louent (pTaprès avoir senti et «lui ne sentent ijuc
2i() riN ni' c.LASSir.is.ME r.ï iietociî a l'antioue.
l'ornier l'œil el la main dans \o coniniorce assidn dos peintres et des sculpteurs. De sorte qu'André Clu-nier est déjà un véritable t artiste » au sens que les romantiques donnaient à ce mot, ot que ce qui nous frappe chez lui c'est beaucoup plus le sens esthétique (pie le sens poétique proprement dit.
D'abord il Iréquente l'atelier de David el connaît le mafti'e personncllemenf. Il voyatre en Italie avec les Trudaine et séjourne à Rome. Il est plus (pie probable qu'il avait lu VHistoire de Vart de Winckelmann et les luxueuses publications qui se multipliaient alors sur les fouilles d'Herculanum et de Ponipéi. Il dessine et il peint, nous le savons. Gabriel de Chénier a retrouvé des épigraphes grecques destinées à des dessins erotiques que le poète avait composés à Londres'. Luimême nous représente dans son cabinet « livres, dessins, crayons confusément épars- ». Il nous parle de ses essais de peinture :
Tan loi fie mes pinceaux li^s timifles essais Avec d'autres couleurs cherchent d'autres succès. Ma toile avec Saplio s'attendrit el soupire, Elle rit cl sï-gaie aux danses du Satyre, Ou l'aveugle Ossian y vient pleurer ses yeux ^.
Ces vers nous le i-évélent élève de David, céchuit à la
lors(pie la simplicité de la composition, la pureté des formes, la naïveté des mouvements ont jiroduit cette expression cotnplèle, celle |iarfaile représentation de la vie humaine i/tti énu'i/l l'âme et qui eitlraine l'esprit. I/ohservalion de la nature physique et morale, fétude el l'expérience des passions humaines, cette sùrele et celte (Inesse de sensation (|u'on ai)pelle le goût, ia lecture des pactes, voilà ce qui enseigne à connaître el à apprécier celte autre espèce de poésie destinée à rappeler sans cesse à l'émulation des hommes la mémoire îles grands talents. • (Œuvres en prose, sur la peinture d'histoire, p. .T2o.)
1. Becq de Fouquiéres, Documents nouveaux sur A. Chénier, p. 11).