‹ La fin du classicisme et le retour a l'antiqueChapitre 17 sur 250 · Op. cit., VIII. p · texte numérisé non relu

Op. cit., VIII. p

LA RENAISSANCE Î)E l'iDÉE PAÏENNE. 29

tableau do David, Socrate burdnt la ci'jiir, ost un des derniers nionuments de ce culte.

On revient aux moralistes de raidi(|uil('' : Diderot écrit une Vie de Sdnùque (1779), qui n'esl (pTunc longue apologie. Naigeon en publie une traduction, œuvre posthume de Lagrange (1778), à laquelle il joint des notes et des avertissements qui en font un véritable livre de propagande encyclopédique '. Thomas lit en séance jinbliquc de lAcadémie un éloge de Marc- Aurèle. Rousseau parle avec eidhousiasme de Plutarque. Insensiblement la morale tlu siècle se coule dans la morale antique. Le mot vcrlii prend un sens nouveau et peut-être qu"on ne le remarque pas assez quand on raille les hommes du xviu^ siècle de leurs jjrétentions vertueuses. La vertu n'est plus, suivant la formule chrétienne, la mortification, mais la perfection de la nature -. La règle est plus ou moins étroite suivant qu'on se réclame de Sénèque ou de Marc-Aurèle. Les austères trouvaient des modèles dans les héros du stoïcisme et les voluptueux se sentaient de l'inclination pour cet indulgent directeur de conscience que fut Sénèque, cet habile homme qui sut jouir en somme de toutes les belles et bonnes choses de la vie, tout en faisant profession de la plus rigide sagesse •'' : « 0

I. Les œuvres de Sénèque le philosophe traduites en français pur feu M. de Lagratifie. avec des notes de critique, d'histoire et de littérature, 6 vol. ii\-S. L'épigraphe était signilicalivc : «Nil non longa flcniolilur veliisias et movet ocius;at lis quos coMsecravit sapienlia noreri non potest. Nulla (Iclchil tetas, nulla deminuet; sequens ac deinde super idlerior aliquid ad vcnerationem conferet. >-

i. Cf. I>ange, op. cit., \, p. ."ÎSt.

:i. 11 faut noter aussi radniiraliou pour Tacite, (jui deviendra une sorte de religion encyclo|)é(li(iue et idéologi(jue et qui excitera les colères de Napoléon: au xvin'' siècle, on en coni|ite un assez grand nomlire de traductions : relies de l'ahhé do la Blellerie, celles de Brottier. celio <hi P. Dolleville. jésuite, de Dureau de la Malle, etc.

;{0 l'I.N ne CLASSICISME ET HETnUH A L ANTIOUE.

Sénùque — disait Diderot, — c'est toi dont le souille dissipe les lantômes de la vie; c'est loi qui sais inspirera riionune de la diii^nitt', de la rermeté, de l'indidgence pour son ami, pour son ennemi, le mépris de la fortune, de la médisance, de la calomnie, des dignités, de la gloire, de la vie. do la mort; c'est toi qui sais parler de la vrrluct en allumer l'enthousiasme '. »

Des livres ou des conversations, ces tendances passent dans les mœurs : le civisme renaît sous sa forme antique et, comme le mot de vertu, le mot de patrie prend une signification nouvelle. Jus(jue-là le patriotisme avait été ce qu'il pouvait et devait être tfans un jjays monarchique on le préjugé ludional contre l'étranger était extrêmement fort — la conscience de l'àme française avec son génie propre et l'admiration exclusive de son œuvre civilisatrice. Ce patriotisme-là n'a jamais été plus vif que sous l'ancien régime et Voltaire peut en être considéré comme le plus jaloux représeidant. — Mais au lendemain du traité de Paris, le patriotisme sous sa forme la plus ordinaire — la haine de lélrangor — se réveille avec une intensité singulière : le modèle que l'on se propose, c'est le patriotisme brilainii(|ue avec tout ce qu'il a de brutal et d'odieusement égoïste. Le Sièye de Calais de de l5elloy (ITOoj excite une véritable folie de chauvinisme 2; et les poèmes ou les éci-its pati'ioti(pies se multii)lienl •',

i. Essai sur les ri'</nes de Claudn l't de Néron, III, .171.

2. Le duc do Brissac aurait dit à l'auteur : « Monsieur, vous m'avez fait sentir le plaisir d'iMi-e l'"ran(;ais ■■. (;f. Corresp. un., VI, -IW.

:i. Le comte de lîis^y avait déjà Iraihiil île lord Bcdinirbroeke dçs Lftlres sur l'e.spril. de ^lalriolisine. sur l'idée d'un roi patriote, etc. ({'.•id). Cf. Corresp. lill.. 1, i-O'.l. On vit ensuile : /.a di/jérence du pnlrio/isme national chez les Français et chez li's Anf/l/iis, |iar Basset de la .Marelle (l'OO). — Le palriotisme, |>oème. p.ir l'abho Desjardins (l"o9). — Le patriotisme, poème jiar Colardeau (HOi), de.

Cepontlant |»lus on avance vers la Révolution, plus ce seul i nient tend à se restreindre à la conscience des droits du citoyen, comme dans les rt'puhliques anciennes. Lorsqn'en IToi- l'abbé Coyer, dans ses Iia(jntellcs utorales. se plaignait de rabiiiidon du < vieux mot de patrie », Grinnn lui répomlail : « Nous n'eniployons pas lo mol de patrie, parce qu'il n"y en a plus pour parler avec justesse. Il faut donc continuer à dire ([\w nous servons le roi et l'Htat. ' » Avrc le réveil de liiulividualisme, le sentiment des droits du citoyen va s'exaspérer. Chacun se croit autorisé à parler, à donner son avis sur les choses du i>ouvernement, à se mêler des alTaires d<' l'Ktat. qui deviennent les affaires de tous. C'est La Tour, le pastelliste, qui, taisant le portrait de Louis X\'. se permettra de dire au roi : « Avec tout cela. Sire, nous n'avons point de marine - ». C'est Lebrun-Pindare qui écrit son Ode aux Fvançcm après les désastres de la guerre de Sept Ans et qui s'essaie à jouer au Tyrtée : l'incapacité du pouvoir i)rouvée par toutes les défaites de cette gueri-e donne une nouvelle audace aux revendic^ations du civisme. Des brochures républicaines s'impriment, avec des titres séditieux ou menaçants : Le patriote, — La patrie vengée, — La richesse de l'État, — liées d'un citoyen sur radministration des finances du Hoi. Sous la Révolution ce patriotisme renouvelé de l'antique, qui n'a plus rien de fi'anrais. qui ne signifie plus l'attachemeid itistinctif au sol natal, ni le sentiment de toutes les grandeurs et de toutes les gloires du [iays, va se rétrécir <Mic.'>r(> : son patron sera Ri'ulus le Tyrannicide et le mot de patriolc ne sera plus «pie l'étiquette d'un parti politique. Comme couronnement de cette mcjrale. une religion

Page 1