‹ La fin du classicisme et le retour a l'antiqueChapitre 19 sur 250 · Coireup. litl., .\IV, p. JdC · texte numérisé non relu

Coireup. litl., .\IV, p. JdC

LA HKNAISSANC.r: DE \. IW.K PAÏENNE. 33

Avec les gramls hommes, on pn^hNitl honoivr Ions «•eii\ qui, d'une fi\con on ilo r;tulit\ ont Iravaillé à la ïrloirede la patrie ou au bonheur de leurs eoueitoyens. Ou descend mèuie jus(]u"aux diH-ouemenIs les plus humilies. Les récompenses ciYi(]ues redevieiuieut à la luode '. C^u esl si ravi d être f> sensible » à la vertu, qu'tui irait au besoin jusquà inventer de beaux exeuq>les de saerilîce, aliu davoii- la joie de les couronner et uiu» occasion de sallemlrir. Ce lut une véritabU» lolie. on seufouca dans le ridicule ilc gaieté de ctvnir. Ine certaine Calheriiu^ N'assent de Noyon ayant >^auvé « tn>is eitoyens » ttuubés dans une fosse daisauce. € sa patrie » lui décerna une médaille et une couronne lii'ique: lAcademie lui attribua le prix M(udliy(Mi. et M. (iaillaid. direclenr. prononça dans son disconrs cette j)lirase : « Tous ses conq)atriotes sentent combien ils s'honorent eu Ihonorant - ». Ces idées de civisnu^ antique avaient si bien faussé le caractère national, (pie l'ironie de la race s'en était perdue.

Dans un milieu comnu^ celui là. on comprend (pu^ la conception de l'art se soil sensiblemeul transl'oriuée. On lui attribue non seulement une valeur esthétique, mais une valeur intellectuelle et snrlont morale. Il doit instruire, édilier les foules. C'est un des i»oints les plus fixes du credo t\n xww^ siècle : « La véritable trairéilie esl lécole {\o la V(M'Iu. et la smdeditïérence qui soil eidre le théâtre épuré et les livres de morale, c'est (\y\o l'inslruction se trouve dans la tragédie Itude (Ml aciion ' ». — ('.esl N'ollairt» tpii parle

1. I.a villo do Calais ttnifora le liliv di^ ciloyon à do Bollov, avec uno hoiU> dor perlant cello iii-^oription : lauream lulil. ch'icinn recepit. Corr. iil.. \l. p. SU.

2. L'iiistoire est raoontée tout an loni; ol lios sérieiisonieiil dans la Correfipondniice li/lérairc.

'.\. nisterldlious mir la Iroifrilie tincirnnc '•/ moileriif. W ,

3i FIN DU CLASSICISME ET RETOUR A L'aNTIQUE.

ainsi et l'on peut s'assurer si dus son (Éiilipc il s'est mis à piocher et à moraliser. * Le but de la tragédie, dit Marmontel, est, selon nous, de corriger les mœurs, en les imitant, par une action qui serve dCxiMnple'. » Diderot pousse l'idée à rcxlrème : t Rendre la vertu aimalde. le vice odieux, le ridicule saillant, voilà le ]»rojet de tout honnête homme ([ui prend la plume, le pinceau, ou le ciseau- ». H distingue même parmi les genres dramatiques une comédie sérieuse, qui a pour ohjel « la vertu et les devoiis de riunnme' ». — Les j)eintres et les sculpteurs sont du même avis; Falconet pense comme Diderot : < La sculpture, après l'histoire, est le dépôt le plus dui-able des vei'lus des hommes et de leurs laiblesses. Si nous avons dans la statue de Vénus l'objet d'un culte imbécile, nous avons dans celle de Marc-Aurèle un monument célèbre des hom mages rendus à un bienfaiteur de l'humanité *. » Greuze adresse à tous les curés de village une lettreprospectus où il les engage à i)ropager sa peinture et où la réclame se déguise sous h^ ])rélexte de former aux boinies mœurs. Le morceau est exquis et vaut la peine d'être lu *.

Lart doit donc èti-e sérieux. Il ne sera plus seulement un jeu de l'esprit OU de la fantaisie, mais il exprimera la vérité humaine dans sa sinq)Iicité et dans sa force. Quels que soient les modèles (pi'offrent les littératures étrangères, c'est encoi-e aux anciens qu'on en redemande le secret. Diderot lui-même, si prévenu en faveur «les Anglais, va chercher ses exemples dans llMiiicrf, dans llschyle, dans .Sophocle et jusque dans

i. Cours de lilléi attire (art. trafiédie).

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