Voir noire chapitre ix
I,A LlTTKRATl RE DU DIRECTOIRE ET DE L EMPIRE. 363
naire. Nodici- et Taylor, en attendant de Caumont, coninuMiraient à s'initiera celte arcliiteclnre gotliique ' (jne Ion connaissait encore si mal et dont ils allaient iv|>andre le culte parmi les jeunes roniantlijiies.
Au lliéàtre les sujets nationaux sont de plus en plus en faveur; mais ce qu'il faut y noter surtout, (fest une évolution très marqu«''e dans le sens de riiistoire et de la couleur locale. Dans les Yéniticna d'Arnaud, qui sont pourtant de t7'J8, il y a des indications relatives au costume ou à la décoration - qui sont aussi précises et aussi développées que dans n'importe quel drame romantique. Notons enlin c[ue l'unité de lieu est violée presque à chaque acte. Et voilà une tragédie déjà toute romantique d'allure qui suivait à un an de distance
1. Le royCif/e pittoresque et romantkjue de ^ancienne France, par Noilier, avec la collaboration de Taylor et Caillaux, parut en 1820.
1. « Le costiuiie <lu doge est une tunique de velours rouge par-dessus laquelle il porte un ample manteau d'étoffe d'or, à manches très larfics et orné ('."un ample collet d'hermine; sa coiffure est un [)onnet de forme particulière, connu sous le nom de corne ducale. Les inquisiteurs portent simplement une robe noire à larges manches sur une tunique violette tombant à peu prés à mi-jambe. Ils sont décorés de l'étole d'or, large bamle d'étoffe dor fixée sur l'éitaule gauche par un boulon et qui pend liljrement devant et derrière. » Voici maintenant pour la décoration :
- Acte I. — Le théâtre représente la salle du grand conseil dans le j)alais de Saint-Marc.
- .\cte IL — Le théâtre représente un appartement du palais de Conlarini.
" Acte IV. — Le théâtre représente une chapelle particulière du palais de Conlarini. L'autel est à droite, la porte d'entrée à gauche. En face une porte ouverte laisse apercevoir une salle dont les fenêtres donnent sur le palais de l'ambassadeur d'Espagne. La scène est éclairée jtar une lampe.
- Acte V. — Le théâtre représente le lieu d'assemblée du conseil des Trois. Des sièges noirs sont jn-éparés pour les inquisiteurs sur une estrade tendue de non\ Le greffier est jdacé au-dessous d'eux, devant une table. L'accusé se tient debout. La chambre est peu jirofonde et sombre sans être obscure. Un voile noir ferme le fond du théâtre. •
:i64 FIN DU CLASSICISME ET RETOUR A l'ANTIQUE.
VAiiamcmnon de X('']K)mucriio Lomcrcior. Que seraitce. si nous ])assions nu Chrislophe Colomb ou au Vlnto de celui-ci?
D'autre part la liltrraliu-e ralholicisante a trouvé sa forme détinitive dans les Martyrs de Chaleaul)riantl où elle se mêle à de peri»étuels pastiches de Tanlique. La poésie avec Millcvoye et Fontanes commence à s'emparer des sujets reliirieux. La mélancolie, en honneur depuis les Nuits (IVoung. est déjà bien usée '. La littérature i)ersonnelle est à son apogée depuis Hené et on a lu Wirther avec fureur. Le genre « poitrinaire » a son chef-d"a'uvre dans la Chute des feuilles, le genre « macabre » dans Lord Rutliircn ou tes vampires -, le genre « fantastique » dans Smnrra. 11 n'est pas enfin jus({u"à ces vastes poèmes symboliques, conmie Ahasv&riis ou la t'iiulc d'un nmjr. cpii n'aient été alors ébauchés, et avec la même prétention d'épuiser la réalité totale, de fondi-e dans une seule feuvi'e toutes les religions, tontes les histoii-es et toutes les philosophies : c'est V Atlanliade ou la Panhijpoerisiude •' de Lomcrcier, sans i)arler d'œuvres inachevées, comme
1. Chenicr liii-iut'nie, ce païen, a célét)ré l.i .Mélancolie :
Douce inélancolio, aimalile nionsongcrc...
Kli'frie II, 10 et siiiv.
2. Lord liulhwen est «le 1820, mais, comme nous l'avons déjà (lit, il doit être considéré comme une des dernières |)roduelions d'un genre qui a eu tonte sa vogue sous le Direetoire; (juanl à S?iiarra (1821), il porte fortement la marque du style impérial. Nodier nous dit lui-même dans sa préface : - Sauf (|uelques piirasos de transition, tout appartient à Homère, à Tliéocrite, à Virgile, <i Catulle, à Stace, à Lucrèce, à Dante, à Shakespeare... Le défaut rrianl de S7narrn (cauchemar) était donc de paraître ce (|u'il est récllemenl, une l'tude, un cpiiton, nn pusliclie (tes clafsiqm s. ■•
:i. L'Allunlindr est de 1812, la Panhijpocriisidde de ISiy. 11 faut dire la même chose <lc cette dernière scène que des deux lonians de Nodier.
celle étrange épopée de (ii'ainville, Le dernier homme, dont Nodier nous a gardé le souvenir '.
Ce quil y a de plus bizarre, c'est cjue ces élucuhrations à tendances ultra-romantiques sont contemporaines des ceuvres les i)lus étroilenient classiques : Le peintre de Salzbourg de Nodier paraît la même année que Socrate au temple d'Aglaure de Raynouard (1803); la Conversation de .l'abbé Delille put rencontrer dans la ])0ulique du libraire les Chevaliers de la Table-Ronde de Creuzé de Lesser (1812) : c'est l'anarchie à son comble : le goût ne sait où se prendre, il est hésitant et dévoyé, on s'imagine renouveler l'art en le gorgeant des matières les ])lus hétéroclites et les plus étran gères à la tradition classicjue. On est à la l'ois « troubadour » et « pompier » et le plus parfait symbole de l'art impérial, c'est cette Corinne de M™^ (\q Staël qui se montre sur un char antique, en costume de Sibylle, avec un chàle de l'Inde roulé en turban autour de la tête.
Cette inqjrcssion de bariolage et dégoût faux et criard tient bien moins à la diversité des matières (ju'à la contradiction qu'il y avait entre la vieille forme classique toujours en vigueur et des sujets qui y répugnaient naturellement. On chantait Amadis et Roland dans le style de la PnroUe. Chateaubriand iianachait son poème chrétien de comparaisons iioméri(iues. On était déjà romantique dans l'Ame et l'on pensait et l'on s'exprimait comme Voltaire : La rénovation de l'art ne sera donc pas autre chose que l'avènement d'une forme et d'une discipline nouvelles : autrement on i)ourrait dire dès maintenant que le romantisme existe; déjà tout entier.