Au fond c'est Homère vu à travers le Télémaque
4. Lamartine vraisemlilahlement n'a jamais lu Platon que dans la traduction de Cousin et sans doute il n'en a lu que les dialogues les plus connus : ses conversations avec son ami de Fréminville, qu'il appelle « son maitre en Platon ■• (cf. Reyssié,
388 FIN DU CLASSICISME ET RETOUR A l'aNTIQUE.
assez loinlainr de génie, mais il n'a jamais eu la curiosité de les connaître intimement et encore moins le désir de les imiter de parti pris.
Hugo, malgré son amitié avec Sainte-Beuve, paraît avoir été tout aussi indépendant de l'influence de Chénier et de son école. Certainement il l'a lu de plus près : les épigraphes de ses Odes en font foi ; mais elles sont empruntées aux pièces les plus classiques du recueil de Latouclie K D'autre part les pièces antiquisantes, — le Repas libre, le Chant de l'arène, le Chant du cirque, le Chant de fête de Néron, révèlent bien plutôt l'imitation des Martyrs que celle de V Aveugle on du Mendiant : c'est une antiquité de pacotille, qui vise à la couleur locale et qui se contente d'oripeaux pittoresques pris au hasard des lectures et non, comme chez André Chénier, l'inspiration et la forme antiques étudiées patiemment à même les textes et reproduites par sympathie d'imagination et de tempérament. Encore faut-il faire exception pour le Chant de p}te de Néron, où à côté d'un pittoresque déjà original, commence à s'affirmer ce dilettantisme décoratif, qui sera un des caractères du romantisme à sa seconde période.
Quant au style et h la versification de Chénier, Hugo, comme Lamartine, ne leur doit absolument rien. Ce moule laborieux était trop étroit, même pour leur imagination naissante. Ils nétaieid pas hommes à se consumer en de petites recherches d'expi-ession, comme celles où se coinplait l'auteur d»' llnveniion. Le souffle lyrique, limage éclatante et fougueuse, — on trouve déjsi tout cela dans les Odes et c'était justement ce qui manquait le j)lus à Chénier pourélre un grand poète :
op. cil., |). 3;>3) et surtout sa f,'ran(ie imagination unt fait tout le reste.