Corresp., III, p. 4r
inspiré par le fameux groupe de Canova, VAmoitr et Psyché, qu'il avait pu voir en Italie et dont il y avait une variante au Louvre ', ou par le tableau non moins célèbre de Gérard ^ qui devait avoir encore vers 182(1 toute sa réputation. C'est la même élégance un peu grêle, la même spi)'i(ii(ilit('\ qui, mal comprise sous le Directoire et l'Empire, étaitdcvenue la suprême distinction sous Louis XVIII. Cette antiquité transformée par le symbole, éthérée et à demi christianisée, est aussi loin que possible du paganisme robuste de Chénier. Rien non plus qui rappelle ici sa manière pour la versification ou pour le style. La phrase reste classique, racinienne dans ses grandes lignes; les détails pittoresques sont à peine indiqués et tout le charn»e nouveau est dans la mélodie des vers.
D'après cela, on ne voit pas bien ce que Lamartine a pu devoir à André Chénier. Dès les Mcditalions, il est trop évident que l'inspiration, chez lui, se détourne de plus en plus des sources païennes, et pour ce qui est de la « manière ». on sait de reste qu'il n'en a jamais eu, étant le plus instinctif et le plus spontané des poètes. II a bien pu s'éprendre d'une certaine antiquité homérique toute pastorale^, ou d'une vague métaphysique platonicienne, mais ce n'était là que des impressions passagères et toutes personnelles, nullement puisées dans les textes comme chez André Chénier. Il a aimé Homère et Platon ^ d'instinct, par une affinité
1. Cf. Quatremèrc de Qiiincy, Canova et ses ouvrages, p. 119,
2. Le lalileau de Gérard fut exposé au Louvre en nQT ; cf. Delécluze. op. cit., p. 2"7. Voir une pièce de Lamartine adressée à Gérard {Psyclié, Poésies inédites), p. 213.