‹ La fin du classicisme et le retour a l'antiqueChapitre 41 sur 250 · Lettre à V Académie. X · texte numérisé non relu

Lettre à V Académie. X

3. Lettres sur Sop/iocle. — Dissertation sur la Irar/rdie ancienne et moderne. II, p. 18o.

tragédie grecque, — c'est assuréiniMiicclIc du « pourquoi »'. Le j)oète place ses pci'sonuiiges (iiiiis le monde merveilleux d(> la légende, et ceci admis une fois pour toules, la ([uestion delà vraisemidanee devient tout à fait secondaire; le poète ne s'oreupe de la fable (pie dans la mesure où elle peut servir au dévfdoppemenl lyi'ique de la passion, qui est l'essentiel. .Mais pouvait-on penser ainsi au xviii" siècle? ^ui s'était avisé alors, parmi les érudits, d'expliquer par rinfluence persistante du ditliyrandje i)rimitif les prétendues invraisemblances et les naïvetés des tragiques grecs?

Ainsi donc on a beau jeu d(> répétci- (juc \'oltaii'C ne comprend rien au fond même du théâtre grec. A moins d"étre un érudit de génie, ou un humaniste de plus de loisir et de j)lus de poésie, il ne pouvait pas le comprendre. Mais bien des détails extérieurs l'ont frappé et il en a tiré une leçon qu'il a mise eu pratique : là est son originalité, — et sa part dans le mouvement antiquisant.

D"abord , toute sa vie , il na cessé d'invoquer l'exemple des Grecs, pour demander i)lus de magnilicence et de commodité dans la construction de nos théâtres 2 : » Cinnu, Athal'ie méritaient d'être représentés ailleurs que dans un jeu de i)aume. au bout duquel on a élevé quelques décoi-ations du |)lus mauvais goût' ». Le théâtre de Dionysos est son rêve, * ce théâtre superbe, où les onvi-ages des Sophocle et des Kui'ipide étaient écoutés par les Périclès et les Socrate et où des jeunes gens n'assistaient pas debout

1. Cf. Wagner, Lettres sur la 7ini!<i(/uc, Iradiict. «le Niiillcr.

\î. Lu C.oimHJic-Franraise, rue de l'Ancionnc-doiiu-dic. «Hail parliculioremcnl laide et mal ainénajrc^e. Diderot raconte l'aneedolc fanlaisiste d'un provincial qui l'avail prise pour une prison : Eiilreticn avec Dorval.

3. Dissertation sur la trat/édie ancienne cl moderne, IV. l'.tO.

et on tumulte' ». Ce tunuilto l'iudi^no. Il trouve inronvenaiitc l'attitude du puhlic dans \e temple de Melpomène. Il voudrait qu'on assistât à une tragédie avec une sorte de recueillement comme les Gi-ecs à leurs représentations, qui étaient en même tenqjs des cérémonies religieuses. X'ollaire peut avoir été un [)Oèle tragique médiocre; il a eu une ti'ès haute idée de son art. Aussi recommande-t-il tous les moyens qui peuvent ajouter au prestige de la tragédie. Dans sa pièce de Tancrède on vit « des trophées et des devises », comme dans les tournois; dans Sc'inirainis l'apparition de Tombre de Ninus avait été une grande hardiesse : € On a déployé tout Tappareil de l'ancien théâtre grec. Il serait triste, après que nos grands maîtres ont surpassé les Grecs en tant de choses dans la tragédie, que notre nation ne put les égaler dans la dignité de leurs représentations ^. » Remarquons qu'ici il aurait pu tout aussi bien invoquer lexemple de Shakespeare, qui peut-être plus que les Grecs lui avait appris que la poésie dramatique peut aussi « parler aux yeux i. Mais Shakespeare est un barbare : on peut lui prendre des idées ou des intentions, mais non pas le citer et encore nK)ins le choisir pour modèle. — D'après cela. il était naturel que Voltaire tînt à conserver l'ancienne mélopée tragique, si propre à faire valoir la majesté de l'alexandrin ; dire les vej's comme de la prose, c'est un contresens. i)resque un crime de lèse-tragédie. Aussi la fameuse innovation de M''^ Clairon au théâtre de Bordeaux le laissa-t-elle incrédule. 11 trouve que nos meilleures pièces ressemblent assez à des comédies sans en rabaisser encore le ton; adopter

i. Pisserlrilion..., IV, ii9. Faut-il faire remarquer l'élourdeiic de Voltaire qui fait le théràtre de Dionysos contemporain de Périclès et de Socrate?

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