II AVANT-PROPOS
il les a si souvent compromises par la manière de les servir, ouvrier de liberté et de progrès aussi bien que de corruption, qu'il est difficile de porter une sentence unique dans un procès si vaste. La plus sûre méthode pour arriver à juger sainement les idées et les hommes, en une matière si délicate et si compliquée, c'est la division du travail : on ne peut guère procéder que par des jugements partiels sur chacun des collaborateurs de ce siècle, et encore faut-il distinguer dans chaque homme l'idée juste et le point où elle dévie et s'égare, l'esprit de réforme nécessaire et l'esprit de négation stérile. C'est ce que nous avons essayé de faire. Dans tous ces sujets qui se rapportent au dix-huitième siècle, il n'y a pas une opinion qui s'impose, il y a des opinions diverses et contraires qui se portent toujours, comme sur une pente fatale, vers les extrêmes. Chaque portion du public a son thème tout fait d'avance, elle n'admet pas les nuances. Pour satisfaire, pour flatter l'une ou l'autre de ces tendances opposées, ilfaudrait tout louer ou tout blâmer. .C'est à quoi ne consentent pas facilement les écrivains qui ont étudié un sujet pour se convaincre eux-mêmes et se former une idée qui ne soit l'écho ni d'un enthousiasme ni d'un dénigrement systématiques. Sur presque tous les noms célèbres de ce siècle la contradiction est au comble, et la même difficulté se représente à chaque instant dans tous les problèmes qui s'agitent.
AVANT-PROPOS m
Nous abordons cette étude avec la plus entière indépendance d'esprit. Ni apologiste ni détracteur, mais critique et juge, Yoilà ce que nous avons voulu être ; ce n'est pas à nous à décider si nous y avons réussi.
Juillet 1880.
LA FIN
Un siècle n'est pas une unité chronologique, et il n'est pas aisé d'en fixer exactement les \raies limites, qui sont des limites morales. Cependant on est à peu près d'accord sur ce point qu'il faut placer les frontièi'es de ce qu'on appelle le dix-huitième siècle en 1715 et en 1789. Encore faut-il distinguer plusieurs périodes dans cet intervalle de soixante-quatorze
1. Consulter sur ce sujet le qualiiouic volume de VHisioire de la lilléralure française de M. ^'isiu'd, un livre des plus suggestifs , comme disent les Aniilais. l'ouvrage si inlcrossant de M. Charles Aubcrtin sni" VEsprit public au dix-huilinue sii'clc, et la savanle publicaïion de M. 1 elix Ilocquuin sur V Esprit révolulionnairc avant la Révolulion. I. 1