‹ La fin du dix-huitième siècleChapitre 47 sur 96 · Lettre sur les aveugles, pages 309, 7Ai · texte numérisé non relu

Lettre sur les aveugles, pages 309, 7Ai

la destruction : une succession rapide d'êtres qui s'entre-suivent, se poussent et disparaissent ; une symétrie passagère, un ordre momentané... Le monde est éternel pour vous, comme vous êtes éternel pour l'être qui ne vit qu'un instant... Cependant nous passerons tous, sans qu'on puisse assigner ni l'étendue réelle que nous occupions ni le temps précis que nous aurons duré. Le temps, la matière et l'espace ne sont peut-être qu'un point. » Nous voilà ramenés au sophisme de V éphémère. Le monde actuel est un éphémère pour les millions de mondes réels ou possibles dans le passé et dans l'avenir, comme l'insecte de l'Hypanis en est un pour l'homme qui le voit naître et mourir dans la même journée. La journée d'un monde est plus longue, voilà tout. La conclusion est triste : « Qu'aperçois-je ? Des formes. Et quoi encore? Des formes. J'ignore la chose. Nous nous promenons entre des ombres, ombres nous-mêmes pour les autres et pour nous. — Si je regarde l'arc-en-ciel tracé sur la nue, je le vois ; pour celui qui regarde sous un autre angle, il n'y a rien^ »

Yoilà des textes positifs d'où il ressort qu'aucune des idées essentielles qui constituent le transformisme n'avait échappé à la sagacité inventive de Diderot. Il rejette les causes finales et tout mode d'explication supra-naturelle : il y substitue l'unité et la continuité de la nature, la gradation insensible entre les règnes et les espèces, la conception de la concurrence vitale, de l'extermination des faibles et du triomphe assuré des forts, la loi des fonctions engendrées par l'organe,

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