‹ La fin du dix-huitième siècleChapitre 91 sur 96 · Le nom est resté en blanc dans le manuscrit · texte numérisé non relu

Le nom est resté en blanc dans le manuscrit

indéterminée, sans issue à prévoir, quel retour le poète devait faire sur la vie de son frère, comblée, en apparence au moins, de bonheur, de succès bruyants au théâtre, de popularité dans les clubs, en la comparant avec la sienne, qui depuis quatre ans était une vie de lutte, d'impopularité croissante, de persécutions odieuses. Les trois dernières strophes, jusqu'ici inédites, de l'ode à Marie-Joseph, confirment pleinement, bien qu'on en dise, l'interprétation qu'on avait donnée de ce petit poème. Ce n'est pas, si l'on veut, de l'ironie, c'est au moins un parallèle mélancolique entre deux existences et deux destinées. Peut-être en écrivant ces vers André ne se rendait-il pas compte des angoisses, des hontes secrètes, des tortures de tout genre dont Marie-Joseph avait acheté son triste bonheur.

Mon frère, que jamais la tristesse importune

Ne trouble ses prospérités !

Qu'il remplisse à la fois la scène et la tribune :

Que les grandeurs et la fortune Le comblent de leurs biens qu'il a tant souhaités !

Cette strophe était connue. Voici où commence la partie inédite. André se réfugie au sein de cette famille nouvelle que le malheur lui a créée.

Infortune, honnêtes douleurs.

Souffrance, des vertus superbe et chaste fille,

Salut. Mes frères, ma famille, Sont tous les opprimés, ceux qui versent des pleurs, Ceux que livre à la hache un féroce caprice,

Ceux qui brûlent un noble encens Aux pieds de la vertu que l'on traîne au supplice,

Et bravent le sceptre du vice, Ses caresses, ses dons, ses regards menaçants; Ceux qui devant le crime, idole ensanglantée, N'ont jamais fléchi les genoux,

Et soudain, à sa vue impie et détestée,

Sentent leur poitrine agitée Et s'enflammer leur front d'un généreux courroux î

Avec sa piété presque filiale, M. Gabriel de Chénier s'ingénie pour nous convaincre que ces vers ne contiennent pas d'allusion aux regrettables triomphes de Marie-Joseph, à ses déplorables amitiés, à ses entraînements; l'opposition éclatante des deux parties de Tode parle d'elle-même plus haut que tous les commentaires. Il n'est pas douteux que ce poème, si âpre en sa mélancolie, n'ait jailli de l'âme d'André sous une impression de contraste douloureux, dans un de ces instants où sa main se serait détournée avec tristesse de celle qu'avaient serrée tant de fois Collotd'Herbois et Barère.

Cette note personnelle, cette plainte sur lui-même, ces retours sur sa destinée, sont assez rares dans les poésies composées à Saint-Lazare. L'inspiration principale est la protestation indignée contre l'iniquité et l'infamie triomphantes. Jamais n'a été mieux réalisé et plus à la lettre le mot célèbre : facit indignatio versum. Le poète est inépuisable dans son éloquente invective. De quel air superbe il répond à ceux qui lui en feront le reproche un jour !

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