LES
On n'a pas complélement perdu le souvenir [ue la terrible prédiction donl la terre a vai t él é nenacée pour le 15 juin' 1857 était basée sur apparition d une comète qui, heurtant viocmment le globe, le réduirait en cendres. L i ométe avait fait défaut au jour annoncé; nais voilà qu'elle vient de se manifester à tous d une manière éclatante, sans que nous
ayons eu à lui reprocher la plus petite peccadille. 11 est vrai que celleKîi n*a , — au dire des savants, — aucune analogie avec la fameuse comète si malencontreusement prônée Tannée dernière ; c'est sans doute pour cela qu'elle n'a pas eu le triste pouvoir de raviver les craintes qui s'étaient assouvies à l'aurore du 14 juin.
Toutefois l'attention publique ne lui a pas failli; chacun l'a contemplée, et c'est répondre, croyons-nous, à l'intérêt d'actualité qui s'atta* che en ce moment aux comètes , que de présenter un aperçu abrégé de leur histoire.
Si ces astres, très-communs dans le système céleste, n'ont jamais offert le moindre danger pour les habitants de la terre, ni occasionné sur notre planète un dérangement atmosphérique quelconque, — bien qu'on ait mis le déluge sur leur compte,-^ils n'en ont pas moins été .l'objet des Croyances les plus superstitieuses.
Les erreurs et les préjugés inhérents à Tespèce humaine ont voulu voir dans ces phénomènes de monstrueux présages de toutes sortes de maux et de calamités.
Cette faiblesse traditionnelle, aussi puérile que ridicule, la civilisation n'est pas parvenue à la détruire radicalement. — On rencontre encore des imaginations imbues des crédulités anciennes à Tégard de Tinfluence néfaste des comètes sur les événements d*ici-bas.
Peut-être les quelques faits historiques que nous allons résumer seront-ils de quelque poids pour déraciner, dans Fesprit populaire, les derniers vestiges d une superstition sans fondement et qu'il est temps de reléguer dans le domaine des folies de Tastrologie judiciaire, avec les horoscopes , les sortilèges et autres sottises du même genre»
Les peuples anciens, dans leurs apprédalions scientifiques sur les comètes, sur leur nature, leur essence, leurs apparitions, la possibilité de leur retour, ne s'accordent pas. On n^en finirait pas si on voulait rapporter toutes les hypothèses plus ou moins invraisembla* blés auxquelles ils se sont arrêtés sur ce sujet. La diversité de leurs systèmes et de leurs théories varie à finfini : ainsi, par exemple, les astronomes chaldéeqs admettaient le retour périodique des comètes et prétendaient eu connaître le cours ; plusieurs d'entre eux les
regardaient comme des tourbillons qui s'enflamment par la rapidité de leur mouvement.
Quelques philosophes grecs , tels qu'Anaxagore et Démocrite, rangeaient les comètes au nombre des astres errants; ils supposaient qu'elles n'étaient autre chose que deux planètes qui, en se rapprochant, paraissaient ne faire qu'un corps. Certains pythagoriciens n'admettaient qu'une seule comélt», qui paraissait par intervalles, après avoir été pendant quelque temps absorbée dans les rayons du soleil ; d'autres croyaient au rapport de Plutarque : « Qu une comète n'était qu'un effet <?•* la vision , comme les apparences de ce qu'on voit dans un miroir. » D'autres enfin pensaient que c'était un concours d'étoiles mêlant ensemble leur lumière. Aristotc prétendait que c'était une exhalaison du sec enflammé; Sénèque, parlant de ces astres, dit « qu'il ne les croit pas des feux subite*'^
fC LES COMÈTES.
ment allumés, mais des ouvrages éternels de la nature. »
« Un jour viendra, disait ce philosophe, où Ton pourra démontrer en quels endroits errent les comètes, pourquoi elles marchent trèsécartées les unes des autres, quelles sont leurs dimensions et leurs propriétés. »
Les anciens partageaient les comètes en différentes classes; la figure, la longueur, Féclat de la queue, étaient ordinairement Tunique fondement de ces distinctions. Plinn distinguait douze espèces de comètes, dont il donne ainsi la description : « On voit des comètes proprement dites; elles effrayent par leur crinière de couleur de sang ; leur chevelure liérissée se porle vers le haut du ciel. Les barbues laissent descendre en bas leur chevelure, en forme d'une barbe majestueuse. Le javelot semble se lancer comme un trait; aussi Teffet le plus prompt suit
de près son apparition; si la queue est plus courte et se termine en pointe, on l'appelle épée ; c'est la plus pâle de toutes les comètes; elle a comme réclat d'une épée sans aucun rayon. Le plat ou le disque porte un nom conforme à sa figure ; sa couleur est
celle de Tambre ; il nait quelques rayons de ses bords, mais en petite quantité. Le tonneau a réellement la figure d'un tonneau que Ton concevrait enfoncé dans une fumée pénétrée de lumière. La cornue imite la figure d'une corne, et la lampe celle d'un flambeau ardent. La chevaline représente la (îrinière d'un cheval qu'on agiterait violemment par un mouvement circulaire ou plutôt cylindrique. Telle comète paraît aussi d'une singulière blancheur , avec une chevelure de couleur argentine; elle est tellement éclatante, qu'on peut à peine la regarder ; on y voit l'image de Dieu sous une forme humaine.
Il V a des comètes hérissées; elles ressemblent à des peaux de bêtes garnies de leurs poils, et sont entourées d'une nébulosité. Enfin Ton a vu la chevelure d'une comète prendre la forme d'une lance . i
Pline prétendait encore que ce n'est pas une chose indifférente que les comètes dardent leurs rayons vers cerlains endroits, ou reçoivent leur vertu de cerlains astres, ou représentent certaines choses, ou brillent en certaines parties du ciel, ce Si elles ressemblent à une il Lite) leurs présages s'adressent à la musique; quand elles sont dans les parties honteuses d'un signe , c'est aux impudiques qu'elles en veulent ; si leur bifurcation fait un triangle ou un carré équilaléral à l'égard des étoiles fixes» c'est aux sciences et à l'esprit qu'elles s'adressent. Elles répandent dw poisons quand elles se trouvent dans la tête du Serpentaire boréal ou austral. »
« Je fais réflexion à la pensée de Démocrile, dit fiodin, et je suis porté à croire, ainsi que lui, que les comètes sont les Ames des personnages illustres qui, après avoir ▼écu sur terre pendant une longue suite de siècles, prêtes enfin à périr, sont portées Gomme dans une espèce de triomphe, ou sont appelées au ciel des étoiles comme des astres éclatants. C'est pour cela que la famine, les maladies épidémiques, les guerres civiles, suivent Fapparition des comètes ; les villes, les peuples se trouvent alors privés du secours de ces excellents chefs, qui s'attachaient à apaiser les fureurs intestines*. »
Rien dans les écrits de Démocrite ne justifie cette opinion ridicule de Bodin, qui est regaraé pourtant comme le père de la science politique en France. Pour un magistrat et un
' Theotftim naluru, lib. II.
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écrivain aussi sérieux, il faut avouer que c'était là une aberration d'esprit inqualifiable ; mais cela tenait plus à son temps qu*à luimême. Il écrivait dans le milieu du seizième siècle.
Ces appréciations si diverses et insignifiantes, du reste, prouvent combien ces astres étaient alors mal observés,et les lieux mêmes de leur apparition ne sont pas mieux déterminés, a Les anciens historiens, dit Pingre, daignent rarement faire mention du lieu des comètes, et lorsqu'ils en parlent, ils se contentent de nous apprendre en général de quel côté ils ont plus particulièrement observé la comète au temps de sa première apparition, sans nous instruire des changements de lieux postérieur rement survenus. Gomme tous n^ont pas découvert la comète le même jour, il s^ensuit qu'il doit y avoir entre eux des contradictions apparentes, que l'on peut, et, par conséquent
que Ton doit concilier, en rapportant à difTi'rents jours lés observations qui paraissent contradictoires, t
Par .compensation à ces divergen< pinions, tous les anciens sont ui dans la seule et même croyance, dans la même superstition, à Tégard fluence de ces astres sur les affaires monde; ils les regardent comme des ges certains des plus grands événements favorables, soit malheureux ; mais, en , rai, ils leur attribuent une influenc neste.
L'histoire est un grand enseignement, on a pu s'en servir pour entretenir les
LES COMÈTES. \r>
I plfis dans Tidée que les comètes sont des pré- Inges de malheurs, on pourrait également 'rintoquer pour combattre cette croyance superstitieuse, qui a trouvé dans le docte Gassendi un adversaire d'une logique et d'une raison sans réplique.
« Je ne puis concevoir, dit-il, quel enchantement fascine Tesprit des hommes; si les années n'étaient stériles, si nous n'étiops affligés de la famine, si la peste n'exerçait ses aflireux ravages, si la guerre ne dépeuplait nos provinces, si nous n'étions obligés de céder a victoire à nos ennemis, si la mort ne nous enlevait nos princes qu'après l'apparition de quelque comète, on pourrait ajouter foi aux prédictions des astrologues ; mais, soit qu'il paraisse des comètes, soit qu'il n'en paraisse k pas, les mêmes événements se succèdent.
^Foorquoi donc rapportons-nous ces événe- Bments aux comèteiy soit comme signes, soit
comme causes, soit sous Tun et Fautre De plus, si les comètes n'avaient aucun vement, si elles étaient toujours susp( au-dessus de la même maison, de la ville, de la même province, si la défaite armée pouvait se séparer de la victo Farmée ennemie,, si ce qui fait la pe celui-ci n*opérait point de même la féli celui-là, si les rois seuls mouraient et ( corps célestes eussent plus de rappor les grands de la terre qu'avec la popu plus abjecte, les prédictions fondées si parition de ces sortes de phénomènes se sans doute spécieuses ; mais les comèt courent plusieurs royaumes et même 1; entière; le malheur d'un seul homi même d'un peuple entier est ordinaii la source du bonheur d'un autre hom d'un autre peuple ; la mort quitte le des rois pour frapper le fwuvre en sa c
te choix de la victime qu'elle doit immoler dépend des causes naturelles absolument étrangères à ce qiy se passe dans le ciel.
Pourquoi regardons-nous donc les comètes comme funestes, cruelles, terribles, plutôt que de les appeler douces, bienfaisantes, aimables ? Oui, les comètes sont réellement effrayantes, mais par notre sottise; nous nous forgeons gratuitement des objets de terreur paniquç, et, non contents de nos maux réels, nous en accumulons d'imaginaires. »
En suivant l'ordre d'idées de Gassendi, on pourrait faire un curieux travail ; ce serait le parallèle des événements heureux et malheureux qui ont suivi ou accompagné de près les comètes, en distinguant celles qui n'ont été environnées d'aucune circonstance saillante, et celleslà, croyons-nous, seraient les plus nombreuses. Bien que les historiens aient apporté plus de soin à enregistrer les faits touchant les
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malheurs publics,— d'ailleurs plus fréquents dans l'existence des peuples et des États, que ceux pouvant être considérés comme Texpression de leur bonheur et de leur félicité, ->-îl est certain qu'on arriverait à cette solution, que l'influence des comètes sur nos destinées morales est nulle.
Plusieurs savants du dix-septilme siècle (»it abordé la question sous ce point de vue , et particulièrement Stanislas Lubieniecki, dans son Theatrum cometicum (1668 in4*). Il donne le détail de quatre cent quinze comètes connues depuis le déluge jusqu'à 1664 , dont cinquante remontent au delà de l'ère chrétienne ; et il a pris soin dje comparer les événements qui ont suivi les apparitions des comètes pour prouver qu'elles ne présageaient rien de mauvaise
* La mâme pensée a également guidé le P. Riccioli, Almagestum novum... astronomiam veterem (1651), et Tean JA\\n,Specnlttpk9sic<Hnatkemalm-ki9l9rlea (i696>.
11 n'y a, du reste, pas plus de i*aison pour croire à leur funeste augure qu'il n'y en a eu à celui attribué jadis, au même titre, aux éclipses ou autres mouvements naturels dans l'organisation céleste,— opinion ridicule dont il ne reste de nos jours aucun vestige, et qui cependant a été universellement admise—Espérons qu'il en sera de même pour les comète:», et les^opulations ne pourront que gagner en tranquillité d'être débarrassées de cette su- |)erstition, que déjà sous Louis XIV un savant qualitiait avec raison « capable tout au plus de faire peur aa\ femmes simples et aux petits enfants. •
Les comèles sonl nées avec le monde, et s'il a été impossible d'en suivre la trace depuis les temps primitifs, on a pu du moins, avec Faide des traditions écrites des peuples anciens et surtout des Chinois, dont les annales remontent, comme on sait, à près de trois mille ans avant Jésus-Christ, recueillir des données sur ce sujet. Si ce peuple, d^une antiquité sans rivale, a observé assez grossièrement le mouvement de ces astres, on ne peut disconvenir qu'il n'ait été à cet égard et plus attentif et plus exact que les anciens Euri.-
péens ; son entêtement des rêveries de Tastrologie judiciaire et Tidée folle et singulière qu'il s'était formée du ciel contribuèrent beaucoup à produire cet heureux effet.
c Le ciel était, suivant les Chinois, une vaste république, un grand empire composé de royaumes et de provinces ; les provinces étaient les constellations; là était souverainement décidé tout ce qui devait arriver de favorable ou de defavorable.au grand empire terrestre, à celui de la Chine.
— Les planètes étaient les administratrices ou les surintendantes de la république céleste, les étoiles étaient leurs ministres, les comètes leurs courriers ou messagères ; les planètes envoyaient celle-ci de temps à autre pour visiter les provinces et pour y mettre ou y entretenir Tordre; mais tout ce qui se faisait là-iiaut était ou la cause on Tavant-coureur de ce qui devait arriver ici-bas. » ^ Qu'on ju^^e
donc, d'après ce beau système, s*il n'était ^^ de la plus grande importance d'e!Laminer avec la plus grande attention le mouvement et les diverses phases des comètes.
« On ne distinguait guère en Cliine les comètes que par leur queue ; lorsqu'elles n en avaient pas, quel que fût leur mouvement» on ne leur donnait que le nom d'étoile ou d'étoile nouvelle, ou même d'étoile hôte ou hôtesse, visitant les provinces et logeant en divers lieux comme en autant d'hôtelleries. Elles se tenaient dans les vestibules des palais cèles, tes; là, sous une forme invisible, elles attendaient l'ordre de partir *, Tordre expédié, elles devenaient visibles et se mettaient en roule ; si dans leur course elles acquéraient une queue, on disait que l'étoile était devenue comète. »
Ce système, tout étrange el puéril qu'il 8oit| a été le point de départ des nombreuses
LES COMETES. UH
observations célestes faites par les Chinois dans les temps reculés ; la science, loin de les dédaigner, a pu y puiser des renseignements utiles à défaut d'autres, pour les. calculs de Tastronomie moderne, et en particulier sur les comètes, car la grande quantité de ces astres observés en Chine avec le même soin scrupuleux pendant une succession non interrompue de cinquante siècles a permis de faire des études et des comparaisons de nature à jeter quelques rayons de lumière qui, malgré leur pâle clarté, ont quelquefois guidé «la science en éclairant ses recherches et ses travaux.
Dans Tantiquité comme sous le moyen âge et même au delà, Tobservation des phénomènes célestes fut pour ainsi dire nulle; on ne possédait pas d'ailleurs les connaissances suffisantes ni les instruments nécessaires; les calculs mathématiques, qui ont tant aidé aux progrès de Tastronomie, étaient à peu près ignorés.
En ce qui concerne les comètes, il existe une confusion impossible à débrouiller ; on ne peut guère établir leurs apparitions que sur les textes des historiens, qui ne manquent
jamais de les constater, mais la plupart du temps en termes plus que laconiques, et seulement comme une satisfaction donnée à la croyance superstitieuse qu'ils y attachent.
Pour eux, ces astres sont inséparables des événements terrestres ; ils les font invariablement précéder, accompagner ou suivre des faits plus ou moins importants, mort ou naissance de rois ou de princes, guerres, victoires, défaites, calamités publiques, etc.
Mais une remarque qui doit être faite, c*est que sous le nom générique de comète les historiens désignent souvent les moindres signes dont le ciel leur offre Taspect, conune aussi quelquefois, par contraire, ils ne spécifient pas sous cette dénomination des lueurs qui vraisemblablement pourraient être classées parmi ces astres ; les météores lumineux, depuis Tarc-en-ciel jusqu'à Taurore boréale»
deviennent pour eux des comètes, tandis que
de véritables comètes sont seulement des feuxcélestes.—Gesfausses interpréta tionsdues à rignorance astronomique des écrivains du moyen âge, en général, n'ont pas permis de préciser avec certitude les dates des comètes apparues dans ces temps et par conséquent de suivre leur mouvement et leur marche.
Néanmoins, grâce à de patientes et laborieuses recherches accomplies dans les siècles derniers par des savants de mérite, Thistoire universelle des comètes a été établie d'une manière aussi complète que possible. Cette importante question a trouvé dans Pingre un érudit et un astronome à 4a hauteur d'une tâche aussi ardue; et, si Touvrage qu'il a publié sous ce titre : la Cométographie, ou traité historique\et théorique des comètes (i784), est une œuvre scientifique estimée, il est au point de vue de Thistoire un travail des plus remarquables.
D'après ce que nous venons de dire, on comprend qu'il n'a pas été possible de déterminer le nombre des comètes ; mais il est hors de doute que ces astres n'aient été trésoonsidérables, si Ton en juge par Tévaluation qu'en donne Pingre. Ainsi du commencement de l'ère vulgaire à 1785, époque à laquelle il écrivait, il n'en compte pas moins de 580 dont l'apparition lui parait avérée. Ce chiffre s'est accru depuis dans une grande proportion, et il n'y a pas d'années où l'on ne découvre, sur
un point ou sur un autre du globe, de nou- Telles comètes.
On ne s'attend pas que nous en donnions ici le catalogue ; — outre que cette chronologie serait monotone, elle demanderait un développement et une étendue que ne comporte pas le cadre restreint de ce travail. — Nous ne parlerons donc seulement que des comètes les plus mémorables apparues en France, en faisant connaître les quelques particularités historiques qui s'y rattachent et les diverses appréciations auxquelles elles ont donné lieu» —que ces appréciations appartiennent à la superstition ou à la philosophie, à rigncnranoe ou à la science. — Mais nous écarterons soigneusement toute espèce d'observations techniques, les calculs, les systèmes, les théories rentrant dans le domaine exclusif de Tastronomie, que notre incompétence radicale en pareille matière ne ntus permet pas d'ailleurs d*aborder.
Tous les chroniqueurs du moyen âge, du sixième au -quatorzième siècle, depuis Grégoire de Tours jusqu'à Guillaume de Nangis, se mootrent très-atlentifs à consigner les phénomènes célestes; quels qu'ils soient, ils leur paraissent des choses extraordinaires et surnaturelles; ils les envisagent comme une manifestation éclatante de la volonté de Dieu ;
ces signes sont Texpression de la puissance divine parlant aux yeux des hommes et leur annonçant les événements futurs.
Parmi les innombrables prodiges qu'on rencontre à chaque page dans le premier historien des Francs, Grégoire de Tours, on trouve lapparilion de.plusieurs comètes : c Une de ces étoiles qu*on appelle comètes, dit-il, portant un rayon semblable à un glaive, se montra pendant une année entière. On vit h ciel ardent, et il apparut beaucoup d'autres signes. • 11 en mentionne une autre dans
lOS LES COMÈTES.
'aiinée &80, el, e» 583, une nouvelle a de janvier : ■ Le ciel tout aoloor éla fondement obscur, en sorte que, placée < d.-ins un creui , elle reluisait au milii lénèln^, scintillait et éuliit sa chère en partail un rayon d'une grandeur m teuse, qui paraissait an tnn cMume la d'un grand incendie ; on la vit à l'ooci la première heure de la nuit. ■
Durant toote Fépoque mérovingienne et la suivante, les comètes n'offrent aucun fait intéressant; les rares auteurs contemporains parvenus jusqu'à nous sont, à cet égard, d'un laconisme qui empêche même de savoir la date et le lieu où ces astres furent visibles. S'ils les signalent, c'est surtout comme avantcoureurs de la mort de princes ou de grands personnages.
Gomme exception à cette règle générale, nous devons cependant citer un curieux passage du chroniqueur anonyme dit YAstriH
nome, dénomination que lui ont valu les détails qu'on va lire : « Au milieu de ces saints jours (la solennité de Pâques), un phénomène toujours funeste et d'un triste présage, je veux dire une comète, parut au ciel. Dès que Tempereur, très-attentif à de tels phénomènes, eut le premier aperçu celui-ci, il ne se donna plus aucun repos qu'il n'eût fait appeler devant lui un certain savant et moi-même, qui écris ceci, et qui passais pour avoir quelque science dans ces choses. Dès que je fus en sa présence, il s'empressa de me demander ce que je pensais d'un tel signe. Et, comme je lui demandai du temps pour considérer l'aspect des étoiles, et rechercher, par leur moyen, la vérité , promettant de la lui faire connaître le lendemain, l'empereur, persuadé que je voulais gagner du temps , ce qui était vrai , pour n'être point forcé à lui annoncer quelque
LJJIS COMÈTES. 111
chose de funeste: —Va, me dil-il, sur ia terrasse du palais, et reviens aussitôt me dire ce que tu auras remarqué., car je n'ai point vu cette étoile hier au soir, et lu ne me Tas point montrée; mais je sais que ce signe est une comète; dis-moi donc ce que tu crois qu'il m'annonce. — Puis, me laissant à peine répondre quelques mots, il reprit : — 11 est une chose encore que tu tiens en silence; c'est qu'un changement de règne et la mort d'un prince sont annoncés par ce signe. — Et comme j'attestais le témoignage du pro* phète, qui a dit : « Ne craignez point les sigBes du ciel comme les nations les craignent, » ce prince, ave^ sa grandeur d'âme et sa sagesse ordinaires, me dit : — Nous ne devons craindre que celui qui a créé et nousmêmes et cet astre. Mais nous ne pouvons assez admirer et louer la clémence de celui qui da^ne, par de tels indices, nous avertir^
Ilj LES COMÈTES.
au milieu de notre inertie, de nos péchés et de notre impénitence. Ce signe se rapporte à moi , comme à tous également. Mardions donc de toutes nos forces et de toute notre volonté dans une meilleure voie, de peur que, si nous persévérons dans notre impénitence au moment où le pardon nous est offert, nous nous en rendions enfin indignes.-— Après avoir dit ces paroles, il prit quelque peu de vin, or* donna à tous ceux qui Fentouraient de Timiter, et commanda ensuite à chacun de se retirer. Il passa toute cette nuit, comme il me le fut rapporté, à offrir à Dieu des louanges et d'humbles prières. Le lendemain, quand Taurore parut, il fit appeler les ministres de son palais, et ordonna que de grandes aumônes fussent distribuées aux pauvres et aux serviteurs de Dieu, tant parmi les moines que parmi les chanoines. Ensuite il fit célébrer un grand nombre de messes, moins par
LES COMÈTP.S. 113
crainte pour lui-même que par prévoyance pour rËglise confiée à ses soins. Ces ordres exécutés selon qu'il Tavait désiré, il alla chasser dans les Ardennes, ce qui lui réussit plus.heureusement que de coutume ; et tout ce qu'il entreprit en ce temps eut un heureux succès. •
Gomme on le voit, au dire d'un témoin oculaire, cependant très-partisan du pouvoir funeste des comètes, celle-ci manqua cette fois à son influence néfaste, puisque Louis le Débonnaire, dont il est question, fit une fructueuse chasse, que tout lui réussit à souhait, et qu'il ne mourut, ajouterons-nous, que trois années après, en 840.— Des historiens, plus crédules que judicieux, n'ont pas néanmoins laissé échapper l'occasion de trouver dans l'apparition de cette comète un présage de la mort de l'empereur. Il est vrai que le même chroniqueur, quelques lignes plus loin.
cite encore une autre comète, apparue Tannée suivante, vers le commencement de janvier, en disant c que l'apparition de ce signe funeste fut bientôt suivie de la mort de Pépin, roi d'Aquitaine, second ûis de Louis le Débonnaire. »
Au commencement du onzième siècle, les raintes dû genre humain, à propos de sa royance à une fm prochaine, étaient généales ; des prodiges de toutes sortes semblaient n effet annoncer ce grand cataclysme; des ignés célestes, une comète et des éclipses qui urent lieu à cette époque, contribuèrent à ntretenir la terreur panique répandue dans Mite la population, t On vit dans le ciel, it Raoul Glaber, vers Toccident, une étoile ue Ton appelle comète. Elle apparut dans } mois de septembre, au commencement
de la nuit, et resta visible près mois. Elle brillait d'un tel éclat, qi blait remplir de sa lumière la pi partie du ciel, puis elle disparaissai du coq. Mais décider si c est là nouvelle que Dieu lance dans l'espi augmente seulement Téclat ordii aulre astre pour annoncer quelque la terre, c'est ce qui appartient seul qui sait tout préparer dans 1 mystères de sa sagesse. Ce qui pai prouvé, c'esl que ce phénomène r feste jamais aux hommes, dans Tun annoncer sûrement quelque événe veilieux et terrible. »
Quant aux éclipses, elles inspirei chroniqueur des réflexions identi* moins dépourvues des plus simple sauces astronomiques. « L'an lOOi sion du Sauveur, dit-il, le 29 juin <
huitième lune, il y eut une éclipse de soleil effroyable qui dura depuis la sixième jusqu^à la huitième heure du jour. Le soleil lui-même paraissait couleur de safran, et le haut de cet ^ astre semblait avoir pris la forme du dernier quartier de la lune. Tous les visages étaient pâles comme la mort et tous les objets qu'on apercevait dans Tair étaient jaunes et safranés. L'étonnement et Tépouvante remplirent alors tous les cœurs, et à la vue de ce triste présage on attendit avec effroi quelque événement funeste au genre humain. On dit que ces éclipses, -— ajoute Glaber en parlant d'une autre éclipse de soleil quelques années ensuite, — ne viennent pas de ce que Tastre disparait en effet, mais de ce qu'il est caché seulement à nps yeux par quelque obstacle étranger. Widon, archevêque de Reims, nous a raconté aussi qu*on avait vu le soir dans son pays, à In même époque, une étoile phosphore (lumi-
neuse) qui s'agitait violemment de haut .en bas et semblait menacer la terre. En effet, plusieurs prodiges effrayants parurent alors dans le ciel pour ramener les hommes de leur iniquité à une vie meilleure par la voie de la pénitence. »
On lit dans une chronique anonyme « que Tannée où mourut le roi Robert, le 9 mars (1051), à la dixième heure de la nuit, on vit une comète de la grandeur d'une lance ; elle brillait jusqu'à Taurore et fut aperçue pendant trois nuits. » — L'écrivain monastique ajoute « qu'il s'ensuivit une innombrable multitude de sauterelles qui dévorèrent toute la verdure. »
En 1066, il apparut par toute la terre une comète que les historiens et les savants après eux se sont accordés à qualifier de célèbre.
Elle a été regardée comme le présage de la conquête du royaume d'Angleterre par Guillaume, duc de Normandie. Cette circonstance surnaturelle exerça même la verve poétique d'un auteur de ce temps, qui s'écriait dans un distique « que la comète avait été plus favorable à Guillaume que la nature à César ; celui-ci n'avait point de chevelure ; Guillaume en reçut une de la comète. » ^Voulait-il, en courtisan spirituel, faire allusion à la couronne d'Angleterre dont Guillaume avait ceint son front? C'est du moins ainsi qu'on a interprété le sens de cette licence poétique en Thonneur de la puissance naissante du conquérant fondateur d'une nouvelle dynastie royale.
Dans une partie de la fameuse tapisserie de fiayeux, où la reine Mathilde de Flandre a retracé les plus mémorables épisodes de l'expédition d'outre-mer du duc Guillaume, son époux , on remarque plusieurs personnages
considérant attentivement la comète; Finscription explicative de cette scène, que les érudits ont lue : Isti mirantur Stdlam, prouve que cette étoile fut considérée comme une véritable merveille.
Mais un moine de Malmesbury ne Tenvisageait pas sous le même aspect, et la comète, pour lui, présageait d'affreux malheurs à son pays, en proie aux attaques simultanéo^ de Harold, roi de Norvège , et de Guillaume le Normand; gémissant sur ces luttes ensanglantées, il apostrophe Tastre comme la cause de tout ce mal : « Te voilà donc, te voilà, source des larmes de plusieurs mères ; il y a longtemps que je t'ai vue, mais je te vois maintenant plus terrible, tu menaces ma patrie d'une ruine entière. »
La date de l'apparition et la durée de cette comète n'ont pu être exactement précisées; les documents contemporains qui en font mention
varient beaucoup sur ces deux points : selon toute probabilité, elle commença à être visible dans le mois d'avril ; le chroniqueur Hugues de Fleury, qui la place, par erreur, à Tannée 1065, dit qu'elle se montra pendant l'espace de trois mois, assertion que ne ratifient pas d'autres auteurs du temps. Quoi qu'il en soit, d'après' les recherches auxquelles s'est livré Pingre sur le mouvement de celte comète, elle aurait été assez voisine de la terre lors* qu'on la découvrit en Europe.
Les mêmes incertitudes existent pour une comète apparue en 1106. Des écrivains contemporains nous apprennent « qu'elle était très-grande, qu'elle imitait le flambeau du soleil, qu'elle couvrait de ses rayons une grande partie du ciel et qu'elle jeta la terreur dans tous les esprits. » On ne la remarqua en Occident que le 16 février, tandis qu'en Orient, suivant quelques chroniqueurs des croisades,
m la vit dès le 7 février. Selon les uns, elle Jura quatorze ou quinze jours , selon les lutres, de quarante à quarante-six jours.
I Après cinquante jours la vue la plus permute, dit un témoin oculaire, avait de la yeine à la distinguer. •
Au commencement du mois de juillet 1223, suivant Guillaume de Nangis, une comète ipparut dans le royaume de France. C'était, i'après ce chroniqueur, un présage de malleur. « En effet, dit-il, le roi Philippe, accablé d'une fièvre quarte, termina son dernier our, à Mantes, la veille des ides de juillet. »
En 1264, vers le milieu du même mois, m aperçut en France une comète qu'on )bserva dans la plupart des pays du globe, mais à des époques différentes. Elle a aussi été mise au rang des comètes célèbres, et c'est à dater de celle-ci que Ton commença «^ s'occuper avec plus de soins et d'attention du
lâi LES (iUMÊTES.
mouvement et de la marche de ces astres, mais cependant d'une manière encore trop incomplète, vu surtout l'absence des iastruments de précision découverts depuis, pour que les astronomes futurs puissent y trouver des observations assez exactement formulées permettant de donner cours aux études approfondies auxquelles ils s'appliquèrent.
Un manuscrit latin de la bibliothèque de Cambridge, intitulé Tractatus fratris Egidii de cometis, constate cette tendance à s'occuper des comètes autrement que pour y voir des présages de malheur. Toutefois les observations de ce frère Gilles, touchant la comète de 1264, laissent beaucoup à désirer, au dire de Pingre, et ce savant les a réfutées dans une dissertation particulière. Mais ceci est un point de science dans lequel nous n'avons pas à nous immiscer. Nous dirons seulement que cette comète fut visible pendant
un espace de temps que les historiens s^accordent à faire durer plusieurs mois. Des auteurs contemporains attestent qu'elle disparut le jour même de la mort du pape Urbain IV, c'est-à-dire le 3 octobre.
Dans les quat(»*zième et quinzième siècles, il y eut une foule de comètes parmi lesquelles nous ne citerons que les suivantes :
Celle de 1 501 fut très-remarquable, etPachy-
mère, témoin occùlaire, en a laissé la description dans ces termes : « L'automne avait égalé
la nuit au jour, et le soleil, par son mouvement annuel, avait atteint les étoiles de la Vierge, lorsqu'une comète, paraissant du c6té de la Thrace, commença à étendre sa belle chevelure vers la partie orientale du ciel. On la vit d'abord du côté de TOccident ; prenant de là
sa course, elle décrivait tous les jours des cerc4es inégaux, paraissant plus avant dans la nuit, se montrant plus élevée et s'approcbant de plus en plus du pôle du monde. Elle ne suivait la route d'aucune étoile fixe; chaque nuit, on la voyait s'élever de plus en plus vers le plus haut du ciel. Revenant enfin au lieu où elle avait d'abord fait briller sa chevelure, son éclat diminua, sa queue se dissipa; elle-même cessa bientôt d'être aperçue. »
La comète de 1357, classée parmi les célèbres, eut une durée de trois à quatre mois, à partir de juin, et un historien la considère oonmie le présage de la mort de Frédéric, roi de Sicile, arrivée le 23 juin. Elle fut visible dans presque toutes les parties de la terre, et Pingre dit «qu'elle fut une des plus belles et des phis grandes qu'on ait obser^'ées. »
« En 1347 au mois d'août, on vit à- Saint- Denis en France, disent les chroniques de cette
1i8 LES COMÈTES.
célèbre abbaye, une étoile au-dessus de la ville de Paris, du côté de sa partie occidentale; elle était fort grande et très-daire; Theure de vêpres était passée; le soleil, encore sur Thorizon, tendait à se coucher; cette étoile n'était point élevée au-dessus de notre hémisphè^i comme le sont les autres astres; elle était assez voisine de nous; le soleil s'étant couché, et la nuit s'approchant, cette étoile, <^)servée par plusienrs frères et par moi, ne nous paraissait avoir aucun mouv^nent. EnlSn, la nuit commençant en notre présence, et à notre grand étonnement, cette étoile très-^^rosse fut divisée en plusieurs rayons, lesquds se répandirent sur Paris et du côté de rOri«it, et le tout disparut. Ce phénomène était-il une comète ou une autre étoile, ou bioi était-il formé de quelques exhalaisons et se résolut-il ensuite en vapeurs? c'est ce que je laisse au jugement des astronomes, n
LES OOMETES. 1^
Des savants n'ont pas hésité à ranger cette étoile parmi les comètes, entre autres le P. Bertier, dans ssl PItysique des comètes; ce qui est formellement repoussé par Pingre. Nous n'avons d'ailleurs raj^rté ce texte que pour montrer, comme exemple, combien les moinés, dans la solitude du cloître, s'attachaient à Boier les phénomènes célestes.
£n 1399, Juvénal desUrsins nous apprend € qu'une merveilleuse comète apparut au del. Et combien qu'on die que telles choses sont naturelles, toutefois elle sembla fort estrange, car elle dura huit jours entiers enflambée et estoit de grande étendue» Et disoient aucuns astronomiens que c'estoit signe de quelque grand mal à venir^ »
Trois ans après, en 1402, il y eut une comète fort grande et très-éclatante; personne ne se souvenait d'avoir vu un tel prodige.
L'historien que nous venons de citer l.i
qualifie de merveilleuse, et il ajoute qu^elle « s'estendoit de septentrion en occident et apparut bien pendant quinze jours. Et s'iiuaginoient dès lors plusieurs personnes d*entendément tant astrologi^s que autres, que c'estoit signe de quelque maie fortune qui devoit advenir en ce royaume. •
Des auteurs lui donnât la figure d'une broche; d'autres, celle d une épée. Elle commença à paraître plusieurs jours avant le estrème ; ce fut surtout en Italie qu'elle brilla de la plus vive clarté, et les historiens de oe pays la citent comme un signe de la mort de Jean Galéas Yisconti, duc de Milan, survenue au mois de septembre suivant, laquelle fat aussi précédée d'une seconde comète, non moins brillante, qui apparut au mois de juin.
En 1456, au mois de juin, une comète d*une grandeur extraordinaire , terrible, traînant à sa suite une queue très-longue et brillant d'un vif éclat, jeta TelTroi dans toute la chrétienté. Le pape Galixte HI , soit par une crédulité de bonne foi, soit,— ce qui est plus yraisemblable, — par une manœuvre habile destinée à raviver le zèle et la ferveur, crut devoir exciter la frayeur des peuples en leur présentant ce phénomène comme Tavertissement de quelque grand accident. Il les exhorta à la prière et à la pratique des bonnes oeuvres, afin, disait-il.
c que, s*il y avait quelque malheur à < le ciel en préservât les chrétiens. » 1 se montraient alors menaçants conti dent, et le pape, pour stimuler Tardi croisade entreprise contre ces enva proûta de la superstition publique, calmer Talarme générale, il la fomer rant qu'elle tournerait à Tavanta cause chrétienne. La défaite de Mi devant Belgrade et la retraite de s€ furent regardées comme Faccompliss cette prévision. Galixte 111, pour coi maléfices de la comète en implorant 1 du del contre les Turcs, avait pr< prières et des processions publiqu( donna qu'on sonnerait les cloches jours, au milieu de la journée, afin les fidèles à la prière, et accorda d gences à tous ceux qui réciteraient rOraison dominicale et la Snlutatii
lique*. — Telle est l'origine de V Angélus de midi, pieuse coutume consacrée depuis d^ns rÉglise catholique.
Belleforest, dans ses Annales, fait précéder la mort de Charles VU d'une comète parue en 1 460 sur Paris c avec une telle splendeur et embrasement qu'on eût dit que toute la ville estoit en feu et flammes. » — Le 18 novembre 1465, le même auteur dit « qu'il apparaissoit aussi un comète^ fort hideux etespouveutable; on vit une impression de feu en Fair, qui dura longuement. »
Les premiers mois de Tannée 1472 furent témoins d'une grande comète que la plupart des historiens représentent comme très-hor-* rible et tout à fait eflrayante. C'est,— >au diro des astronomes,— la plus rapide et la plus
* Platine Vila Callixii^ m, p. ^o.
' Le mot comète se trouve le plus souvent cmploy*^ au genre masculin dans les anciens auteurs.
proche de la terre que Ton ait jan vée. Voici dans quels termes Bell trace la description : « Au mois de fè apparut au ciel un présage de la i prince (le frère de Louis XI), un c hideux et espouventable qui lançoit d'Orient en Occident, et estoit de que les naturalistes appellent Ascon ayant sa chevelure fort longue et 1 ses rayons coulerez de rouge et ( leur enflambée et quelquefois se chargez d'une blanchastre pâleur quatre-vingts' jours, qui est un c espaces que cette impression pu:
durer; donnant de grands eifrois a lesquels n'ignorent point que ces co les verges menaçantes de Dieu pou ceux qui ont commandement ù bas, se convertissent. »
Xlf
Bien que le seizième siècle soil Tépoque où des hommes de science et d'études tx)mniencérent à pénétrer dans la voie des observations sérieuses sur les comètes, en notant leur mar* che et leur mouvement, c^est aussi celle où ces astres inspirèrent peutréjtre le plus d'opinions superstitieuses, de folles terreurs, et cela, de la part même d'éciivains que leurs oonnaissan • ces bien au-dessus du vulgaire auraient dû mettre à Tabri de ces faiblesses d'imagination. Si des gens lettrés, — qualité si peu commune alors, — se montraient les fervents adeptes de
130 LES COMÈTKS.
la crédulité, comment s'étonner que le peuple grossier et ignorant adoptât avec une foi ardente et excessive toutes les fables et les préjugés que la tradition lui enseignait touchant rinfluence néfaste des comètes?
«t Les comètes, dit Pingre, devinrent les signes les plus efficaces des événements les plus libres et les plus importants. Les comètes furent chargées d'annoncer les. guerres, les séditions, les mouvements intestins des républiques; les comètes présagèrent des famines, des pestes, des maladies épidémiques; il fut défendu aux princes, aux personnes même constiluées en dignité, de payer U tribut à la nature sans l'apparition préalable d'une comète ; la comète devint l'oracle universel; on ne pouvait plus être surpris par un événement inattendu; lavenir se lisait nu ciel aussi facilement, que le passé dans les histoires. Leur effet dépendait du lieu du
ciel OÙ elles étaient engendrées, de la nature des planètes qui les avaient produites, ce que Ton reconnaissait à leur couleur ; des pays de la terre qu elles dominaient directement par leur naouvement diurne ; des signes du zodiaque qui mesuraient leur longitude; des constellations, des parties de constellations qu'elles traversaient; de la figure et de la longueur de leurs queues, du lieu où elles s'éteignaient, de mille autres circonstances enfin qu'il était toujours bien plus facile d Indiquer que de distinguer. Mais ne devait-on pas se tromper souvent dans les prédictions que l'on fondait sur ces beaux principes, et, révénemeht démentant le présage, ne démen* tait-il point la vanité de cette science imagi« naire? La prédiction suivait ordinairement révénenient ; alors on ne courait risque d'être surpris. Le hasard faisait quelquefois rencon* trer juste; l'astrologie tr4omphait ; d'ailleurs,
on annonçait d'ordinaire des guerres, des morts de princes ou de quelque grand ministre; mais il se passait alors peu d^années qui ne fussent marquées par quelque événement semblable. Les dévots astrologues, car il y jen avait beaucoup de cette espèce, risquaient moins que les autres. Selon eax, la comète menaçait de tel malheur; s'il n'arrivait point, les larmes de la pénitence avaient fléchi la colère de Dieu, il avait remis son épée dans le fourreau. Mais on imagina une règle qui mit les astrologues bien au large; on s'avisa de dire que Téivénement annoncé par l'apparition d'une comète pouvait s'étendre à une ou plusieurs périodes de quarante ans, ou même à autant d*années que la comète avait paru de fois ; moyennant ce principe, une comète qui avait paru six mois pouvait ne sortir son effet qu'après cent quatre-vingts ans; on pouvait
LES COMÈTES. ir»9
lui faire prédire ce qu'on jugeait à propos ; lastrologue n'avait pas à craindre de voir la prédiction démentie par révénement. Il y avait des codes savants dans lesquels on avait rédigé, avec ordre et clarté, les lois de la signification des comètes. »
Les médecins s'étaient aussi emparés des comètes comme de choses à eux appartenantes, vu leurs qualités pernicieuses et morbifiques ; ils déduisaient même de leur aspect des signes pbysiologiquesetpathognomoniques.La comète avait-elle le teint pâle, sa figure tirait-elle sur le blafard : c'étaient des léthargies, des pleurésies, des péripneumonies ; était-elle haute en couleur, rougeâtre, échauffée : c'étaient les fièvres ardentes, la rougeole, le pourpre et le millet; était-elle bleue : signe de peste, de gangrène, de scrofules, de vice psorique ; enfin sa couleur approchait-elle de Tor: c'était la jaunisse, \o spleen, la mélancolie, l'atrabile. la manie, etc.
140 LKS COMftTKS.
Aussi, cette croyance que ces astres étaient les signes précurseurs d'événements malheureux les rendit on ne peut plus redoutables, dans ces temps si féconds en prodiges surnaturels de tous genres, en phénomènes célestes, comme Ton pourra s'en convaincre par (fuelques extraits d'ouvrages contemporains que nous allons avoir Toccasion de citer.
« La plus redoutable de toutes les comètes de notre temps, dit Simon GoulartS f\it celle de Tan 1527. Car le regard d'icelle donna une telle frayeur à plusieurs, qu'aucuns en moururent, autres tombèrent malades. Elle fut veue de plusieurs milliers d'hommes, paroissant fort longue et de couleur de sang. Au sommet d'icelle fut veue la représentation d'un bras courbe, tenant une grande espéc en sa main , comme s'il eust voulu frapper.
Au bout de la pointe de ceste espée, il y avoi(
* Thrèftor (Fhhtoires admirables^ édit. de Genève, 1614.
trois étoiles I mais celle qui touchoit droitement la pointe estoit plus claire et luisante que les autres. Aux deux costez des rayons de ceste comète se voyoient force haches , poignards , espées sanglantes , parmi lesquelles on remarquoit grand nombre de testes d'hommes décapitez , ayant les barbes et cheveux hérissez horriblement. • — Et à la suite de cet afireux récit, Goulart s'écrie : « Et qu'a veu l'espace de soixante-trois ans depuis toute l'Europe, sinon les horribles cffects en terre de cest horrible présage au ciel ? »
A propos de la comète de 1527, Chorrier, dans son Histoire du Dauphinét raconte un fait surnaturel qui mérite de trouver place ici : « 11 semblait, dit-il, que le ciel voulait parler aux hommes par le moyen d'une comète ; elle avait déjà fait trembler le septentrion, et elle parut sur la ville de Vienne,
ut LES COMÈTES.
le 5 du mois d'avril de cette année, sur les cinq heures de l'après-midi ; sa figure ressemblait à celle d'un dragon ardent. Ayant passé sur le Rhône, elle s'enflamma davantage, et s^arrèta sur Féminence qu'occupait le château de la Bastis. Là, il sortit de ce météore deux coups si violents que le bruit qu'ils firent ressemblait à celui du canon. On crut que la terre avait tremblé, et plusieurs personnes assurèrent avoir ressenti une commotion.
Cette comète disparut ensuite en laissant à sa place une épaisse fumée qui se dissipa bientôt. »
Simon Goulart entre dans de curieux détails sur beaucoup d'autres comètes ; — depuis l'an 1500 jusqu'à l'an 1574, il en rapporte onze, qu'il présente comme ayant exercé leur fatal pouvoir; il y rattache, sans aucun disce^ nement, toutes les circonstances politiques et militaires, les troubles civils et religieux, les
fléaux publics qui se produisirent, dans cette période , en Europe. — L'on sait combien ce temps est fertile en faits de cette sorte , et cela rendit plus facile, entre eux et les comètes, rétaldissement d'une corrélation plus ou moins directe. On n'avait que l'embarras du choix. — Nous nous abstiendrons de répéter ce que dit Goulart à ce sujet, car ce serait faire un yéritable résumé des événements historiques du seizième siècle.
Louise de Savoie, mère de François I*% avait, malgré son esprit, quelques préjugés superstitieux, et redoutait surtout les comètes. À celle qui parut en 1551 se rattache un fait qui montre à quel point peut être funeste la faiblesse d'inlagination.
Brantôme raconte que trois jours avant sa mort, ayant aperçu, pendant la nuit, une grande clarté dans sa chambre, elle fit tirer un rideau et fut frappée de la vue de la
Ul LES COirÉTBS.
comète > Ah ! dit-elle alors, v<^Ji un signe qui ne pamit pas pour une personne de basse qualilé. Dieu le fait paraître pour uous, grnnds el grandes ; refermez la Tenëtre, c'est une comète qui m'annonce ia mort ; it fini donc s'y préparer. > Les médecins l'assuraient néanmoins qu'elle n'en était pas là.
f Si je n'avais tu, dit-elle, le signe de nut mort, je le croirais, car je ne me sens point si bas ! *
rtous voici arrivé à la fameuse comêle de 1550. — colle dont le retour avait été li bel] é vole m eut annoncé pour le 15 juin 1861. — On l'a considérée comme étant la méntt que celle de -1264, et, d'après des tiià^ ries astronomiques qui en fixaient la lé.
volution périodique dans un intemlle de deux cent quatre-vingt-douze années, des savants, Pingre et Latande en tète, avaient cro pouvoir assurer qu'elle reparaîtrait en 1848.
LES COMÈTES. Uo
—Mais leurs prévisions ne se sont pas réalisées.
Cette comète commença à paraître dès la fm de février et se prolongea jusque vers la fin du mois d'avril. — En plusieurs lieux, ou ne la vit qu'au commencement de mars ; elle égalait en grandeur la moitié de la lune : sa chevelure était assez courte, elle n'était point constante ; on y découvrait un mouvc> ment semblable à celui de la flamme dans un incendie ou à celui d'un flambeau agité par le vent.— On Ta appelée la comète de Cliarles- Quint, parce qu elle jeta une extrême frayeur, suivant plusieurs historiens , dans l'esprit de ce prince, qui crut y voir un signe éclatant de sa fin prochaine, car il s'écria en Tapcrcevant : Uis ergo indiciis ine mea fata vocant. — < Voilà donc mes destinées qui m'appellent par ces indices. » — Ce fut à cette ci^ainte, si l'on en croit les auteurs qui avancent ce fait,
IIU LES COMÈTES.
qu'il faudrait attribuer la détermination par l'empereur d'abdiquer en faveur de frère Ferdinand, pour se retirer au mona de Saint-Just. — Pii^è fait r»narquer raison que, si ce fait est vrai , on pe mettre au ("ang des grands événements duits par de bien petites-causes.
A la fin de l'année 1577, il apparut comète qui fut l'objet de plusieurs écrils o les rêveries astrologiques, alors en très^ vogue. De savants philosophes, entre a Érasme, avaient déjà combattu, sur ce { les astrologues et les cométomancie mais le préjugé n'en subsista pas mpim comètes lurent mamtemies dans le dro
< 1« sieur delà tliiièn, ndoauéil l'aotrologie, tul Jciiuit médecin deHenri lï, eat l'iuleor d'aa cule ^lujnuTd'hui très-rare, Intllult : DUcouri . li^niylcafim it la BOmtle afpârnt e» OceideM M ris SajitlMn, le 19 antntirt, Rcnnesi IS77, in-l
LES COMÈTES. iAl
)résager les événements» et on attribua à ;elle de 1577 des prédictions de malheurs qui i*arrivèren( point, et qu'un poète avait sans loute voulu prophétiser dans les vers suirants :
iuù ne faislu profit, ô frénétique France!
)es signes dont le ciel t'appelle à repentance?
?eiu-lu voir d'uu œil sec ce feu prodi^^ieux
}ui nous rend, chasque soir, effroyables les cicux?
>8t astre chevelu , qui menace la terre
)e peste, guerre, faim, trois pointes du tonnerre,
}u'en sa plus grande fureur, Dieu foudroyé sur nous?
Pierre de TEstoile n'a pas manqué d en )arler, mais en termes qui se ressentent de son udicieux esprit : c Le jeudi 7 novembre comuença à paroîstre une comette vers Je midi, iônt la queue fort longue tiroil vers TOrient »tival. Elle se levoit avecque la lune, peu après e soleil couché, et s'abaissoit sous Torizon iur les neuf ou dix heures du soir, et fut veue
118 LES COMf.TES.
quaj^nte jours. Ces fols d'astrologues disoienl qu'elle présageoit la mort d'une reine ou de quelque grande dame avec quelque remarquable et insigne malheur. Ce que ayant entendu, la reine mère entra incontinent en frayeur et appréhension que ce fust elle ; de quoi se moquant un docte courtizan, comme ne pouvant advenir un plus grand bien à la France, composa Tépigramme ^ui s^ensuil»
qui fust semé et divulgué partoi^t :
DE COMETA ANNI 1577 AD AEGIN'AM MATi'EM.
Spargcrt't audaces cùm tristis in sulliere criiies,
Venturiquc dard signa comela mali, Eccc susc Itegina limcns malc conscia vitsc
Crcdidit invisum poscere fata caput.
Quid, Re^tina, times? namque hxc mala si qua uiiuulur,
Longa iimcnda tua est non libi \ita breyis.
Dans le curieux recueil des Histoires prodù gieuseSf nous trouvons un chapitre intitulé : Discours sur la comète qui apparut au wcis
LES CUMëTES. 149
de novembre dernier, mil cinq cent septanle sept, avec une figure la représentant. Nous en donnons quelques passages. «jLes comètes ont fait croire, à ceux qui ont voulu faire leur profit des choses passées , qu'elles servent d'advertissement que la divine clémence nous donne pour nous retirer de nos vices, à une pénitence et amendement de vie ; l'observation qui en a eslé faite nous ayant appris que maintes fois, après telles apparences , la terre aye esté affligée en divers endroits de pestes, guerres, famines et plusieurs autres malheurs. Les choses qui font redoubla et aigrir davantage le soupçon que Ton doit avoir des malheurs qui suivent les comètes , sont les éclipses , lesquelles les astrologues disent servir de mères aux comètes... C'est la raison pour laquelle la comète qui nous est apparue Tan passé mil cinq cent septante sept, de laquelle nous avons baillé le portrait .
Kl
a donné occasion i placeurs personnes de penser que c'estoit un signe infaillible d'un Irés-pernicieui événement, ayant suirf de si prés Téclipse advenue sur la fin du mois de septembre dernier, à saroir le TiDgt-BepUémt jour, une heure et seize minutes nprés miimit, en laquelle la lune fut éclipsée... ?»
naissance (celle de la connéle) suivit de bien près la nouvelle lune, qui fut le neuvième jour du moi:; (no?embre); depuis lequel lemps se montra l'espace de soixante et huit oudixjours, sçavoiresl, jitsques au dii-huicliesme de janvier ; non loutefois d'une même façon et grandeur, ny d'un marcher semblable. Car à sa première naissance son loslre rapportoit du tout a celui d'un fin argent, esclatant de tous cAlez comme l'or nourellemenl bruiiy ; mais sa queue approcitoit quelque peu de la couleur d'un sang bien vermeil ; cesie couleur peu après s'esvanouyt, «
LES COMÈTES. loi
changeant en jaune pâle» comme celuy de Tairain, entremeslé d'un teint blesme, tel qu'eit celuy du plomb ; au vingt-huitiesme de novembre, on y apperceutde nouveau une autre queue sortant du mesme endroit dont sortoit la première, toutefois beaucoup moindre; de façon qu'estant ainsi estendue, représentoit Fayle de quelque oiseau de proye , comme du faucon ou du milan, lorsqu'il se lance d*en haultsur Toiseau qu'il poursuit. » Dans un autre chapitre du même ouvrage»
où il est encore question de celte coraè'e , nous lisons ces réflexions' : < Toutes et quan. tes fois qu'on a veu des éclipses de lune, cométes, tremblemens de terre, convertissemens d'eaux en sang, ou autres semblables prodiges, on a veu et expérimenté aussi peu •
* Ce chapitre est intitulé : Histoires prodig'euses de âiveraen figurer, cornettes, dragons, flambeaux, qui êont apparus au ciel arec la terreur du peuple, où les eau es et raisons d'ieelles sont as^tignées.
152 LES OOMÈTES.
<ie leinps après des espouveii tables misèret), afflictions elefTusioii de sang humiiiq, massacres, morts de grands riio]iârques,:j:ôys,, princes et seigneurs, séditions, trahisons, dégasCs de terres, éversibns d^en^ires, royaumes et villes, faim et cherté de vivres > bnislemens et embrasemens de villes, pestes, morts universelles, tant des bestes que des hommes; brief , toutes sortes de maux et malheurs dont Thomme se peult adviser. Or doncques il iie fiault rien doubler que ces si* gnes et prodiges ne nous signifient ei éAvertisdent que la fm de ce monde, et lé terrible et dernier jugement de Dieu s'aj^roche de nous. Car combien que noUft ne ^chious point quand ce sera, ny Tan , ny le jour, ny l'heure, quand ce terrible jugement de Dieu sera, ainsi que luy-mesmele nous certifie on son sainct Évangile, c est à sçavoir et croire qu'il s'approche de nous, selon que Tout tes^
LES COMÈTES. I.'iô
moigné nos prédécesseurs , lesquels ayant oblenu de Dieu la grâce et don de prophétie par leur saincte vie, nous qui sommes leurs successeurs, nous ont adverty que nous nous donnassions soigneusement de garde en ce temps-cy, auquel véritablement et sans doubte aucun seroit vériQé tout ce qu'on trouve escrit de la fm du monde. »
Ceci témoigne de la pensée vivace qui existait à la fin du seizième siècle sur les appréhensions très-répandues que la fin du monde approchait, ainsi que nous l'avons déjà constaté en traitant cette question.
XÏII
L ère de grandeur, qui commence pour la France avec le dix-septième siècle, ne fut pas exempte des superstitions traditionnelles à l'égard des comètes, si Ton en juge par les efforts constants et réitérés de savants et de pliilosophes pour extirper ce vieux préjugé de rimagination des peuples * .—A mesure que
' En 1Ù96, il parut un traité des comètes du si^ur Jean-Bernard Longus, philosophe et méilocin, où sont réfutés les abus et témérités des yaius aslrologiies qui prédirent ordinairement malheurs à l'apparition d'iccUgs, traduit par Charles Nepveu, chirui^ien du roi.
ia science astronomique entrait dans la voie des découvertes et du progrès , des hommes d'un profond jugement et d'un grand mérite cherchèrent à ccHnbattre, par le raisonnement et la logique, les vaines terreurs que les comètes avaient inspirées dans les siècles précédents. — Des poètes même s'élevèrent contre cette superstition, et Christophe de Gamon s'écriait * :
C'est se rendre complice ù l'erreur monstrueux De donner du présage à Tastre aux longs clieveux, Plus encore de penser que son crin porte-flammes Par son branle incertain doive ébranler les âmes, Causer perte aux pasteurs, porter la grélc aux blés, L'orage à la marine et le trouble aux cités.
Puis où voit-on que Dieu nous ait prescrit cet astre Pour prédire aux humains quelque inhumain désastre? Veut-il que nous lisions dans les airs agités, Non dans les saints feuillets, ses saintes volontés? Combien voit-on de fois que le Tout-Puissunt jette Les comètes sans maux et les maux sans comète !
* La Semaine ou la Créafion dn monde contre ecUf du sieur Du B'trlM. Lyon, 1609. in-12.
Mais tous les savants ne furent pas una^ nimes dans cette sage opinion, et Ton verra qu'il y en eut encore qui persistèrent dans les idées d'erreur et de crédulité de Tastrologie judiciaire — Toutefois cette ténacité aux vieux principes dut s'effacer peu à peu dans le monde instruit , et , si elle n'est pas encore complètement morle, c'est qu'il y a des classes de la société où la lumière n'a pu pénétrer avec assez d'intensité pour leur faire voir que le fantôme qu'on appelle la superstition n'exisie que dans leur esprit. L'éducalion publique sera certainement le flambeau qui éclairera les yeux des masses, et alors les derniers vestiges païens, dont elles sont généralement imbues, tomberont pour faire place à la véritable foi religieuse.
Mais revenons aux comètes, dont cette digression nous a éloignés.
En ir»07, au mois de septembre, il parut
LKS COMÈTES. 157
une prodigieuse comète pendant plusieurs jours. « Elle a, dit Pierre de TEstoile, une queue fort longue et large, qui s'étend du côté opposé au soleil ; son mouvement est fort vite. Les philosophes et les astrologues ne perdront pas cette occasion pour débiter leurs réflexions, leurs devinations et leurs chimères, et de présager, les uns quelque grand bonheur, et les autres quelque grand malheur. »
En 1652, depuis le 18 décembre jusqu'aux premiers jours de janvier 1655 , il en fut observé une qui était de couleur pâle et livide, et égalait la lune en grandeur'. Le célèbre Cassini en a laissé un traité dédié au duc de Modène. Jean Tackius, médecin à Darmstadt, crut qu elle était surnaturelle et qu'elle pronostiquait les plus grands malheurs; il exposa son opinion et sa frayeur dans un écrit qu'il intitula Cœli anomalon, c'est-à-dire le Déréglement des deux.
Une comète, apparue à la fin de 1664 et au commencement de 1665, fit une grande sensation, et c'est à son sujet que Pierre Petit, sur Tordre de l/mis XIV, publia sa Dissertation sur la nature des comètes. Il s'éleva avec vigueur contre les craintes chimériques qu'elle avait inspirées, et nous le laissons parler.
« Je m'estonne comme il s'est trouvé des persoi^nes si peu raisonnables que de cultiver de siècle en siècle cette extravagance sans rougir de honte; car, si le papier, qui souffre tout, comme on dit, avoit du sentiment, je croy qu'il refuseroit Tescriture de toutes ces sottises que les hommes pourtant veulent bien lire et, qui pis est, les croire. Il faut donc continuer à combattre celte hydre à plusieurs testes et ce fantosme renaissant...» — En discutant la valeur de Tinfluence attribuée aux comètes, ce savant disait : « Mais quoy ! toutes ces choses sinistres qui sont arrivées après
les comètes ii'arrivent-elles pas devant ? Et n'arriveroient-elles pas sans elles? N'y en a-t>il pas un plus grand nombre et de plus extraordinaires qui n'ont point esté précédées par aucunes comètes? Combien de papes, d empereurs, de roys, de princes, de cardinaux, massacrez, tuez, empoisonnez, exécutez ou morts subitement ! Combien de tremblemeiis de terre, de tempêtes et desborde mens de mer; combien de guerres, de pestes, de famines, de bouleversemens de peuples, de révolutions d'Ëstats sans aucunes comètes! Et parce qu'on ne peut pas tourner la médaille et renverser la proposition en montrant quMl n'y a point de comètes sans tous ces malheurs, s'ensuit-il pour cela qu'elles en soient les causes ou les signes?
Non certes, et c'est mal raisonner. »
Cette comète et une autre qui lui succéda aussitôt après, au mois d'avril 16C5, oc-
casionnèrent un nombre infini d'éei disscTtations, de conférences, d*éphén de systèmes. — Quelques auteurs jn rent qu*eUes étaient surnaturelles ; d qu'elles annonçaient toutes sortes d heurs.— Le P. Luyt, prédicateur du i blia un écrit intitulé : Questions curiet la comète de 1664. Nous avons eu e un exemplaire de ce livre, où un i plaisant s'était amusé à inscrire ces v
Cette comète à rouge queue Que depuis un peu Ton a veue Luire ardente dessus Paris, Ne présage nulle infortune; Si doncques ce n'est la commune Que redoutent tant les maris.
On rapporte qu'Alphonse VI, n tugal, que ses extravagances fire en 1667, vociféra publiquement contre cette comète, et lui tira
pislolel, parce qu'il croyait, disent les historiens portugais, qu'elle présageait la mort des rois ou des révolutions dans leurs Étals. — Les astrologues avaient rêvé qu'elle menaçait Tunivers des plus affreux désastres, et ils avaient fait part au public de leurs appréhensions ridicules. C'est ce qui explique pourquoi Louis XIV prit personnellement le soin de les faire démentir et de démontrer toute Tabsurdilé de leurs folles doctrines.
Dans le mois de novembre 1680, i une comète d'une grandeur énoi « s'étant élancée, dit Lemonnier, av grande rapidité du fond des cieu tomber perpendiculairement sur I d'où on la vil presqui; aussitôt :
aver, une vitesse pareille à celle ( avait reconnue en tombant. On Tapei dan I quatre mois ■— Suivant Pingre, procha fort près de la terre, et on n çut cependant d'aucun dérangemen système solaire.— BernoHlli, savant a:
d'ailleurs, dans son ouvrage de Sysi
LES COMÈTES. iCô
melarurrif dit, à propos de celle-ci, « que si le corps de la comète n'est pas un signe visible de la colère de Dieu, la queue pourrait bien en être un, » — C'est à cette comète que Whislon attribuait le déluge, en se fondant sur des calculs mathématiques aussi abstraits que peu fondés dans leur point de départ.
Cassini, Newton, Halley, firent des observations très-délaillées sur la comète de 1680, et les principes posés par ces hommes de génie sont devenus la base, pour ainsi dire fondamentale, de toutes les études ultérieures auxquelles les comètes ont donné lieu.
Puisque nous venons de prononcer le nom de Newton, rappelons en passant que ce savant a calculé qu'une comète heurtera si violemment notre soleil en Tan 2255, qu'il n'y a plus aucune espérance qu'il soit encore en état d'éclairer les habitants de notre monde, après cet accident.— C'est là une as-
IIU ms COMÈTES.
seiiioii qui ne peut être pour nous du moit intérêt. — < Mais il faut, dit judicieusen Corneille de Pauw, que ce soit un gi plaisir de prédire des malheurs, puisqu plus sage des philosophes, n'a pu renonce; penchant de prophétiser et d'annoncer 1 stant de la combustion de Tunivers. »
Bayle, ce grand critique philosophe qu' exagération regrettable a malheureuseo entraîné trop loin dans les questions i gieuses, s'occupa aussi de cette comète lui-même nous apprend comment il dut pi dre la plume sur ce sujet * î « Comme fc professeur de philosophie à Sedan, di lorsqu'il partit une comète au mois de cembrelGSO, je me trouvais incessamn exposé aux questions de plusieurs persoi
* Pensées diverses écrites à un docteur de Sorln (ï l'occasion de la comète qui parut an mois de ceiHbrei69ù. Bottcniam, 1652.
LES COMÈTES. Kni
curieuses ou alarmées. Je rassurais autan l qu'il m'était possible ceux qui s mquiétaieiit de ce prétendu mauvais présage ; mais je ne gagnais que peu de chose par les raisonne* ments philosophiques ; on me répondait toujours que Dieu montre ces grands phénomènes afin de donner le temps aux péclieui*s de prévenir , par leur pénitence , les maux qui leur pendent sur la tête. Je crus donc qu*il sérail inutile de raisonna davantage, à moins que je n'employasse un argument qui fit voir que les attributs de Dieu ne permettent pas qu'il destine les comètes à un tel effet. » C'est donc sur les maximes de la philosophie la plus avancée que Bayle s'est appuyé pour démontrer la fausseté de la croyance ridicule touchant les comètes. — Sans adopter les principes qu'il met en avant, sous prétexte de combattre les préjugés à cet égard, et qu'une sincère orthodoxie ne permet pas toujours
\m LES COMÈTES.
de reconnaître comme fondés,-— il fant aTOuer qu'il raisonne très-sagemenl et fait valoir des arguments irrésistibles contre cette superstition.
Il établit que la persuasion générale des
peuples n'est d'aucun poids pour prouver les influences des comètes, montra la futilité et la fausseté de plusieurs opinions émises à cet égard ; prouva avec la sagacité la plus remarquable et le talent le plus élevé < qu'une erreur devient très-facilement générale et cAh tient sans peine les plus nombreux suffrages par la négligence des hommes à consulter la raison, quand ils ajoutent foi à cequ^ils entendent dire à d'autres , et par le peu de pcoÛi qu'ils font des occasions qui leur sont offertes de se détromper. » — Bayle soutenait, en outre, que Topinion qui fait regarder les comètes comme des présages de calamités publiques est une vieille superstition des païens, un
LES COMÈTES. lUT
es absurites prestiges donl se SCTtnit i sacerdoce pour fasciner les esprits ; ntra , avec la force de logique qui lui lilière , que si une pareille exlrava- I surïécu aïK croyances qui l'avaient tre, on ne peut l'attribuer qu'à une ioD irréfléchie pour les opinions de lité , quelles qu'elles soient , et peulissi à la passion qu'eurent de tous les personn^es, que Bayle nomme des es et des panégyristes, àfomoiter la ilion des présages.
icrivain ne fut pas seul i combattre iix préjugés populaires; Fonlenelle, ne homme encore, s'y associa, en s'at à la société frivole; il fit représenter nédie sous le titre de La Comité*, et
cette pièce, où Tesprit satirique du futur philosophe se moque des folles croyances du vulgaire, ne serait pas déplacée aujourd'hui sur une de nos scènes modernes.
Madame de Sévigné, elle aussi, prit fait et cause contre les terreurs qu'inspirait Tastre flamboyant. Dans une lettre au comte de Bussy , datée du 2 janvier 1681 , elle disait : « Nous avons ici une comète qui est bien étendue ; c est la plus belle queue qu'il est possible de voir. Tous les grands personnages sont alarmés et croient que le ciel, bien occupé de leur perte, leur donne des avertissements par cette comète. On dit que, le cardinal Mazarin étant désespéré des médecins, ses courtisans crurent qu'il fallait honorer son agonie d'un prodige, et lui dirent qu'il paraissait une grande comète qui leur faisait peur. Il eut la force de se moquer d'eux, et leur dit plaisamment que la comète lui faisait trop
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d'honneur. En vérité, on devrait en dire autant que lui, et Forgueil humain se fait aussi trop d'honneur de croire qu'il y ait de grandes affaires dans les astres quand on doit mourir. »
Le dix-huitième siècle fut très-fécond en comètes, mais elles n'offrent plus guère qu'un intérêt purement scientifique; cependant il
s'y rattache quelques faits dignes d'être cités, pour montrer que les craintes qu'excitaient ces astres étaient encore demeurées vivaces dans l'imagination du peuple.
La comète qui apparut au mois de mars 1742, la onzième depuis le commencement du siècle y excita vivement l'attention publique , bien que les papiers contemporains nous apprennent que, « malgré tout le bruit qu^on eu
faisait, elle était une des plus chétives qui aient jamais paru. » Elle ne paraissait à la vue que comme une étoile de troisième ou quatrième grandeur, et traînait une queue longue seulement de quatre à cinq degrés.
M. de Maupertuis fit imprimer une lettre à Toccasion de cette comète, où il disait :
« Ces astres, après avoir été si longtemps la terreur du monde, sont tombés tout à coup dans un tel discrédit, qu'on ne les croit plus capables de causer que des rhumes. On n'est pas d'humeur à croire avgoùrd'hui que des corps aussi éloignés que les comètes puissent avoir des influences sur les choses d'ici-bas , ni qu'elles soient des signes de ce qui doit arriver. » — Effectivement les craintes qu'avaient inspirées les comètes commençaient un peu à se dissiper parmi les classes éclairées» et elles n'étaieiit plus, à vrai dire, que dans riuiairiiialiun des î^ens i&uorauts. M eluil-ce
pas encore, par conséquent, le plus grand nombre ?
Un auteur espagnol de ce temps, dont on ne peut suspecter Forthodoxie, puisqu'il était abbé du couvent des Bénédictins d'Oviedo S fiiit une vive critique de cette superstition ; il exaniine avec une certaine hilarité « si les comètes font réellement beaucoup de mal à notre petite terre. Il prétend d'abord que nous occopons trop peu de place dans le monde pour qu'une comète daigne s'intéresser à nos affaires. Il remarque qu'il n'est pas nécessaire, pour nous rendre malheureux dans cette triste vallée de larmes, que Dieu prenne la peine de nous envoyer des comètes ; que nous avons assez de nos infirmités naturelles, et qu'en prenant le temps comme il vient, bon an , mal an , nous avons plus de mal que de
1 Tcalro critico nopra los crrores comuHes^ etc., par Feyjoo. Madrid, 1738-1746. 16 vol. in-8'.
bien. Il e«iiniDe ensuite s'il est vrai qu'il soit mort plus de rois dans les années à comètes, et il prouve très-bien que les rois, comme les bergers, meurent dans tous. les temps, i
Tout cela n'empêcha pas cq)endant,. en 1 773, une terreur panique de se produire en France , et à Paris même , à propos de ce fa< meux mot de comète. Nous avons dit qu'on alla jusqu'à crnindre la fin du monde, et cela sur la simple annonce d'un mémoire scî^lilique de Lalande.
Le fait est trop curieux pour ne pas s'y arrêter, et nous donnons, d'après les Sémoires secrets de Bachaumont, les diverses phases de cet événement, aussi burlesque qu'incroyable.
•6mai 1773.— Dans la dernière assemblée publique de l'Académie des sciences, H. de Lalande devait lire un mémoire beaucoup plus curieux que ceuiqui ont été lus; ce qu'il n'a pu faire par défaut de temps. 11 roulait sur les
comètes qui peuvent , en s'approchant de la terre, y causer des révolutions, et surtout sur la plus prochaine, dont on attaid le retour et qui doit reparaître dans dix*huii ans. Mais, quoiqu'il ait dit qu'elle n'est pas du nombre de celles qui peuvent nuire à la terre, et qu'il ait d'ailleurs observé qu'on ne saurait fixer l'époque de ces événements, il en a résulté une inquiétude qui s'est répandue de proche en proche, et qui, accréditée par l'ignorance, a donné lieu à beaucoup de fables débitées à ce sujet. Les tètes de nos petites-maîtresses se sont exaltées , et Ton a beaucoup de peine à calmer ces imaginations effrayées. Pour rendre la tranquillité aux peureux, on doit mettre demain, dans la Gazette de France, une annonce modérée du mémoire en question. »
Cette annonce était ainsi conçue : a Le sieur de Lalahde n'eut pas le temps de lire un mémoire sur les comètes qui peuvent, en s'ap-
LES COMËTB$. 175
proctiant de la terre, y causer des révolutions; mais il observe qu'on ne saurait fixer l'époque de ces événements. La comète la plus prochaine dont on attende le retour est celle qui doit paraître dans dix-huit ans; mais elle n'est pas du nombre de celles qui peuvent nuire à la terre. »
« 9 mai. •— Le cabinet de M. de Lalande ne
désemplit pas de curieux qui vont l'interroger
sur le mémoire en question, et sans doute,
il lui donnera une publicité nécessaire, afin
de raflermir les tètes ébranlées par les fables
qu'on a débitées à ce sujet. La fermentation
1 été telle, que des dévots, aussi ignares qu'im-
téciles, sollicitaient M. l'archevêque de faire
es prières de quarante heures pour détour-
;r l'énorme déluge dont on était menacé, et
prélat était à la veille d'ordonner ces prières»
les académiciens ne lui eussent fait sentir le
cule de sa démarche. Le faux énoncé de la
Gazette de France a produit un mauvais effet, en ce qu'il a fait présumer que le mémoire de Tastronome devait contenir des vérités terribles , puisqu'on les défaisait aussi évidemment. »
ff 15 mai. — M. de Lalande, ne pouvant satisfaire aux questions sans fm que lui suscite son fatal mémoire, et voulant d'ailleurs prévenir les malheurs réels qu'il occasionne dans plusieurs tètes faibles et qui en ont tourné, va prendre le parti de le faire imprimer et de le rendre aussi clair qu'il sera possible pour l'intelligence de toutes sortes de lecteurs. 11 parait qu'en général ses confrères n'en font pas grand cas, ne regardent ses spéculations que comme un bavardage , et Je trouvent en contradiction avec ce qu'il a écrit, il y a peu d'années, sur la même matière. M. dé Lalande est un homme curieux de faire du bruit, et qui, prenant cela pour de la gloire,
est peu délicat sur les moyens d'y parvenir.
11 est connu pour un intrigant du premier ordre, pour un bomme bas et vil. »
a 14 mai. — Le mémoire de M. de Lalande parait. Il roule purement sur des hypothèses. Suivant lui» des soixante comètes connues, huit pourraient, en approcliant trop près de la terre, par exemple à treize mille lieues , occasionner une pression telle que la mer sortirait de son lit et couvrirait une partie du globe. Mais d abord la comète dont il attend le plus tôt le retour ne doit parailre qu*en 1789 ou 90, ce qui n'annonce pas une certitude bien précise dans son calcul. »
Voltaire, qui ne laissait pas échapper la moindre occasion de tourner en raillerie toute doclrine scientifique qui ne découlait pas de la philosophie systématique qu'il préconisait, ne manqua pas, du fond de sa retraite , de prendre la plume- C'était là une
i7K LES COMÈTES.
trop belle drconstance, et il puUia une iongue lettre, dont voici quelques passages :
ff Quelques Parisiens, qui ne sont pas j^* losophes , et qui, si on les en croit, n'auront pas le temps de le devenir, m'ont mandé que la fin du mondé approchait , et que ce serait infailliblement pour le 20 du mois de mai où nous sommes. Ils attendent, ce jour-là, une comète qui doit prendre notre petit globe à revers et le réduire en poudre impalpable, selon une certaine prédiction de TAcadémie des sciences , qui n'a point été faite. Rien n'est plus probable que cel événement; car Jacques Bemouilli, dans son Traité de la c<h mêle, prédit expressément que la fameuse comète de 1680 reviendrait avec un terrible fracas, le 17 mai 1719. Si Jacques Bernouilli se trompa, ce ne peut être que de cinquantequatre ans et trois jours.
« Or, une erreur aussi peueonsidérable étant
l-RS r-OMÈTES IW
regardée comme nulle dans l'immensité d«a siècles, par tous les géomètres, il esl clair que rien n'est plus raisonnable que d'espérer la lin dit monde pour le SO du présent mois de mai 1773, ou dans quelque autre aanée. Si la chose n'arrive pas, ce qui est différé n'est pas perdu.
t Une comète peut à toute force rencontrer notre globe, dans ta parabole qu'elle peut parcourir: mab alors qu 'arriverai t-il? Ou celte comète aura une force égale à celle de la terre, ou plus grande, ou plus petite. Si égale, nous lui ferons autant de mal qu'elle nous en fera, \i\ réaction étant égale à l'action ; si plus grande, elle nous enlrainera avec elle ; si plus petite, nous rentrataerons.
« Ce grand événement peut s'arranger de mille manières, et personne ne peut affirmer que la (erre et les autres planètes n'airat pas i^prouvé plus d'ime révolution, par iVm-
180 LES COMÈTEh'.
barras d'une comète rencontrée dans leur chemin.
c Le grand Newton nous a donné de plus fortes alarmes que M. Trissotin , car il a prétendu que la comète de 1680, s'étant approchée du soleil à la distance d'un demi-diamètre de cet astre, dut acquérir une chaleur deux mille fois plus forte que celle du fer embrasé; M. Lemonnior dit trois mille. Mais supposons que cette comète eût été de fer, pourquoi aurait-elleacquis, à cent cinquante mille lieues du soleil, une chaleur deux ou trois mille fois plus forte que le fer he peut en acquérir dans nos forges ? Les solides , comme les fluides, ont chacun leur dernier degré de chaleur qui ne peut augmenter. L'eau bouillante ne peut jamais s'échauffer davantage, l'huile de même, les métaux de même. Le fer, le cuivre, qui coulent dans nos forges en fleuves de feu, ne s'embrasent jamais plus que leur nature
ne comporte. Le feu d'une forge est le mémo que celui du soleil. Cet astre, étant plus grand, embrasera les corps plus vite ; mais il ne les embrasera pas aTec ime plus grande intensité que celle qu'ils peuvenfc>soufirir.
a Newton, dans son calcul, a supposé que Tembrasement du fer pourrait augmenter, et a calculé suivant cette hypothèse. Mais comment un corps, quel qu'il soit, passant rapidement à cent cinquante mille lieues du soleil , peut-il s'embraser deux mille fois plus que le fer qui est pénétré de feu dans une fournaise ardente, et qui est parvenu à son dernier degré de chaleur? 11 semble que Newton pouvait réserver celte aventure de l'inflammation pour son Commentaire de r Apocalypse.
« Quant au retour des mêmes comètes, c'est une opinion très-raisonnable ; mais elle n'est pas démontrée. Elle est si peu (U'>-
montrée, qa'eicepté N. Clairaut , tons qui ont prédit leur a[^arition ont été pour dupes. H est beau, sa» doute, d'ej voir asseï pour se traiter unsi ; mais :
dons encore quelques milliers de siècles avoir la démonstration. Kmis sommes venus lentement à connaitre quelque i de la nature ; la poslérité achèvera le lentement. >
Dans une autre lettre au chevalier miltou, Vullaire revenait encore ^r ce s
< Tout Parb, en dernier lieu, élai atarrae : il s'était persuadé qu'une co viendrait dissoudre noire globe leSO ou de mai. Dans cette attente de la Ri monde, on manda que lus dames de la et les dames de la balle allaient à conft ce qui est, comme tous savez, un secre faillible pour détourner les comètes de chemin. Des gens, qui n'étaient pas asti
LES CaMÈTES. • 185
mes, prédirent autrefois la fin du monde pour la génération où ils vivaient. Est-ce par pi-» tié ou par colère quel cette catastrophe a été différée ? To be, or not to be; that is the question, »
Hoifman, dans Farticle qu^il écrivit à propos de la fm du monde en 1816, et dont nous avons rapporté quelques passages, s'est amusé aux dépens de cette théorie scientifique du choc d'une comète avec la terre; voici de quelle manière il en raillait sqfnriluellement les causes et les effets :
« Un grand géomètre, qui a exposé le système du monde d'une manière parfaite, et dont Touvrage fait loi, a bien voulu iious rassurer un peu sur les inciviles comètes de Lalande ; mais il s'en faut bien qu'il ait banni tout motif de crainte. On peut en juger par le passage que je vais transcrire littéralement.
« La petite probabilité d'une pareille ren-
contre peut, en s'accumulant pendant une longue suite de siècles, devenir très-grande. » Or il y a bien des siècles qu'une comète n'a heurté notre globe. Reprenons, c 11 est fa elle de se représenter les effets de ce choc sur la terre. L'axe et le moÛTement de rotation changés, les mers abandonneront leu ancienne position pour se précipiter vers le nouvel équateur; une grande partie des hommes et des animaux noyée dans ce déluge universel ou détruite, par la violente secousse imprimée au globe terrestre; les espèces entières anéanties; tous les monuments de Tindustrie humaine renversés : tels sont les désastres que le choc d'une comète a dû produire. On voit alors pourquoi TOcéan a recouvert de hautes montages, sur lesquelles il a laissé des marques incontestables de son séjour ; on voit comment les animaux et les plantes du Midi ont pu exister dans les climats
du Nord, où l'on trouve leurs dépouilles et leurs empreintes. Enfin, on explique la nouveauté du monde moraL dont les monuments ne remontent guère au delà de trois mille ans. L'espèce humaine, réduite à un petit nombre d'individus et à Tétat le plus déplorable, uniquement occupée, pendant trèslongtemps, du soin de se conserver, a dû perdre entièrement le souvenir des sciences et des arts, et, quand les progrès de la civilisation en ont fait sentir de nouveau les besoins, il a fallu tout recommencer comme si les hommes eussent été placés nouvellement sur la terre. Ab actu ad passe valet consecutio. Je n'ose traduire ces mots en français ; et, comme il y a fort longtemps que cette catastrophe est arrivée, comme la probabilité de ce désastre s'accroît avec le temps, ainsi que l'a dit notre grand géomètre, il me semble qu'il cbt prudent pom* nous de mettre ordre
à nos affaires ; car, dans trois ou quatre mille ans, au plus tard, nous Terrons une nouvelle représentation de cette grande tragédie. Remarquons cependant que nous ne mourrons pas tous ; nous serons seulement réduits à un petit nombre d'individus. Je serai, j'espère, du nombre des restants; mes lecteurs en seront aussi, à Texception de ceux qui critiqueront cet article. »
Depuis une cinquantaine d'années, il a été découvert une assez grande quantité de comètest plus ou moins importantes, — mais,
ces astres n'ont eu d'autre rôle que de fournir aux astronomes des occasions d'études; — il les ont observées d'une manière précise, ils en ont décrit la marche et le mouvement dans des théories d'une exactitude mathématique, lesquelles seront d'un grand secours pour les savants qui viendront dans la suite des tem|)s, et peut-^lre que ceux-ci, plus heureux que leurs devanciers, parvien-
(Iront enfin à déterminer le système des comètes, comme l'a été celui des planètes.
C'est là une question d'avenir que Tastro* nomie, aujourd'hui si avancée, est appelée à résoudre.
Nous ne sommes pas encore arrivés anx dernières limites des connaissances humaines, et il est réservé aux siècles futurs leur part de gloire dans le domaine déjà si im.
mense des découvertes. Chaque époque y apporte son contingent, et le génie de Thomme, véritable mouvement perpétuel, a encore de grandes difficultés à vaincre, d*énormes obstacles à franchir; pour atteindre à Tapogée que Dieu lui a marqué.
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