‹ La fin du monde, et Les comètesChapitre 4 sur 14 · LA FIN DU MOJNDE · texte numérisé non relu

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ne pensent à Dieu que lorsqu'il tonne. »

C'est à cette frayeur que Ton doit la construction de ces magnifiques cathédrales qui ont traversé les âges et fait Tadmiration des siècles. Celles de Chartres, de Senlis, de Tours, d'Orléans, et un grand nombre d autres non moins célèbres, datent du règne du roi Robert, c'est-à-dire du commencement du onzième siècle. Le passage suivant de Raoul Glaber est un témoignage authentique de celte pieuse tendance à la réédification des monuments consacrés au Seigneur.

« Après Tan mil, dit-il, les basiliques des églises furent renouvelées dans presque tout Tunivers, surtout dans lltalie et dans les Gaules, quoique la plupart fussent encore assez belles pour ne point exiger de réparations. Mais les peuples chrétiens semblaient rivaliser entre eux de magnificence pour élever des églises plus élégantes les unes que

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les aulres. On eût dit que le monde entier, d'un même accord, avait secoué les haillcns de son antiquité pour revêtir In robe blanche des églises. Les fidèles ne se contentèrent pas de reconstruire pres(|ue toutes les églises épiscopales, ils embellirent aussi presque tous les monastères dédiés à différents saints et jusqu^'aux chapelles des villages. »

Cet élan général, portant les peuples de la chrétienté à s'unir dans une œuvre commune de régénération monumentale des édifices religieux, fut sans doute un acte de reconnaissance envers Dieu, qui avait daigné suspendre Tarrèt de sa colère; mais ne fut-il pas aussi une invocation pour le fléchir et détourner son bras prêt à frapper? car les (Taintes qui avaient si vivement ému les esprits ne disparurent pas tout d'un coup, une fois le danger passé; on resta encore longtemps sous l'impression produite par ces

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terribles menaces. — Ce ne l'ut j^uêre (lui dans la seconde moitié du onzièmo siècl que la terreur se dissipa, mais pour re[)araî tre souvent dans la suite, soit que la fin di monde fût annoncée d'a[»rés les Écritures soit qu'elle fut prédite par des causes toute physiques, dont les nioBvemonls céleste étaient le pronostic inlaillilile.

II faut remonter au douzième siècle pour trouver Forigine des prédictions astrologiques sur Fimminent cataclysme du globe» s'abimant dans une confusion générale, pour retomber au milieu du chaos, dont Ovide nous a laissé une description devenue classique.

En 1186, les astrologues effrayèrent TKurope en annonçant une conjonction de toutes les planètes*, laquelle devait causer des rava-

* l.alandc, qui,(1nns la préface de son Trailé d'asfronomie^ avait parln de cetle ronjonclion des planclos en 1186, voulut plus lard vérifier si ce phénomène rare

ges extraordinaires el même la fin du monde.

Rigord, écrivain contemporain, dil dans In Vie de Philippe- Auguste: • Les astrologues d'Orient, juifs, sarrasins et même chrétiens, envoyèrent par tout Tunivers des lettres où ils prédisaient avec assurance pour le mois de septembre de grandes tempêtes, tremblemenis de terre, mortalité sur les hommes, séditions et discordes, révolutions dans les royaumes, et autres fléaux pareils. Mais, ajoute-t-il, révénement ne tarda pas à démentir leurs prédictions.»

Pour donner une idée du style prophétique

el «ingulicr avait eu effectivument lieu cette année-là. Voici ce qu'il dil à ce sujet dans une ncie publiée nu Moniteur du 1*' vendémiaire au X : « Flaugergues, associe de rinslilut, a bien voulu se charger de faire les calculs: il a trouve qu'en effet, le 15 septembre 1186, toutes les planètes étaient comprises entre 6 signes et 6 signes 10 degrés de longitude. Ce n'est pas précisément une conjonction, mais peut-être faudrait-il bien des milliers d'amiées pour qu'il y en eût une aussi rapproehéo. »

des astrologues, nous citerons le passage suivant de ces lettres :

« Dieu sait, et les calculs des nombres prouvent qu'en Tannée du Seigneur 1186, selon les Arabes 582, les planètes supérieures et inférieures se rencontreront au mois de septembre dans la Balance. La même année, cette conjonction générale sera pré.

cédée d'une éclipse de soleil partielle et de couleur de feu, le 21 avril, à une heure de nuit, avant Theure de Mercure. Cette année donc, les planètes se -rencontrant dans la constellation orageuse de la Balance avec la queue du Dragon, il y aura un tremblement de terre mémorable, surtout dans les pays qui y sont sujets; il renversera les contrées ordinairement ébranlées par de pareilles secousses et accoutumées à ce fléau.

— H s'élèvera de l'Occident un vent fort et violent qui obscurcira le jour et infpclern

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Fair par des luiasmes impurs. Aussi la mortalité et la maladie attaqueront beaucoup de monde. On entendra dans l'air un fracas horrible et des voix qui porteront l'épouvante dans tous les cœurs. Le vent soulèvera sur la surface de la terre le sable et la poussière, dont il ira couvrir les villes situées en plaine, surtout dans les pays arides situés sous le cinquième climat. La Mecque, Balsara (Bassora), Baldach (Bagdad) et Babylone seront détruites de fond en comble, sans qu il reste un coin de terre qui ne soit enseveli sous la poussière et sous les sables. L'Egypte et l'Ethiopie deviendront inhabitables, et ce fléau étendra ses ravages de l'Occident à l'Orient.»

Certes, de semblables prédictions, faites • avec un langage d'autorité aussi absolu , devaient fortement impressionner l'esprit crédule et superstitieux des peuples, à ce temps d'ignorance où la science astronomique était

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dans les ténèbres, et Ton s'explique comment de telles proi^éties avaient pu être prises au sérieux et inquiéter la société.

Guillaume le Breton, en parlant de la même prédiction, raccompagne de cette judicieuse remarque : « A la lettre , elle fut fausse, mais on peut Tentendre dans un sens caché de la persécution de Saladin, qui dans ce temps détruisit tous les chrétiens de rÉglise d'Orient, s'empara de la sainte cité de Jérusalem et de toutes les autres villes, à l'exception de Tyr, de Tripoli, d'Antioche, et de quelques châteaux très-bien fortifiés qu'il ne put jamais prendre. » — Ceci montre comment la crédulité des chroniqueurs trouvait toujours moyen de donner une interprétation quelconque à ces sortes de prédictions et de les appliquer aux événements.

D'après un historien byzantin, Nicétas Ghoniato, qui écrivait à la fin du douzième siècle.

cette crainte de la fin du monde, ou tout a moins d'un bouleversement effroyable, éta également très-répandue alors dans Tempii d'Orient. Il dit, en parlant de Femperei Manuel Gomnène : « Ce prince était entoui d'exécrables imposteurs qui le menaçaient c tourbillons, de tempêtes et d'un renverse ment total du monde, et, non contents d prédire l'année, le mois ou la semaine, i marquaient les heures et les moments que 1 Père a réservés à sa^j)uissance. Aussi, non seulement l'empereur fit préparer des ca vernes pour se mettre à couvert, mais s( parents et les flatteurs de la cour creusérei la terre comme des fourmis pour s'y cacher.

—Cette faiblesse, qui fait sourire aujourd'hu n'a pas empêché ce prince d'être regard comme un des plus grands monarques de so siècle.

Quelques années ensuite, en 1198, on f

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