‹ La fin du Moyen Empire egyptien; étude sur les monuments et l'histoire de la période comprise entre la 12e et la 18e dynastie (volume 2)Chapitre 29 sur 51 · ADIRES ROIS DE LA FAMILLE · texte numérisé non relu

ADIRES ROIS DE LA FAMILLE

Il paraît convenable, avant d'aller plus loin, d'inscrire à cette place comme apparentés avec A-knen-re et A-ousir-re, ou susceptibles de l'être, quelques autres rois peu connus et seulement par leurs noms solaires, qui ont avec les précédents ce caractère commun de commencer par le mot ^ . Mentionnons d'abord le roi du petit obélisque brisé de Tanis^^', dont deux faces portent, en une colonne, la formule "1|'""'^

( ® " , [Il I ^^B» et les deux autres faces ^ V ït?*

'^■^UH' ^^^*^ «mère» du roi est probablement une déesse.

<') Pétrie, lllahun, Kahun and Gurob, XII, 16.

<*) NEWBEnRï, Scarabs, XLIII, i4.

('> Newberrï, ibid., XXIII, ag.

<*' Mariette, Mon. div., pi. CIII, 1); Pétrie, Tanis, I, p. y et pi. III, ao.

Voici maintenant ÏAhharc, sans carlouche, d'un scarabée de Berlin^'* : "] | ^13 • "î" ^ • et VAIiolepre de trois scarabées extrêmement analogues : "] | -£-; t ^ -î^ sur deux d'entre eux ^2)^ ^l^-i-"^ jj^ sur le troisième'''. Sur l'un des deux scarabées Aliolepre du premier type, celui de la collection Pétrie, le signe .=—1 a une forme d'un cursif particulier, bouclée, tout à fait spéciale aux scarabées de cette époque et de cette famille ; on la rencontre sur quelques-uns des scarabées d'Aousirre cités plus haut, et nous aurons l'occasion de la signaler encore. Il ne paraît pas téméraire de voir dans cette particularité une vérification directe du voisinage de Ahotepre et des autres À-[A]-re, avec les Apopi.

On connaît un dernier roi de ce type nominal, sur quatre scarabées du British Muséum seulement connus, malheureusement, par citation et sans les reproductions qui permettraient le contrôle des caractères graphiques^'. Le nom du roi, Anou-

iirre, v apparaît sous les formes orthographiques ®^ jv. |

SOUSIRENRE KHIAN.

Le roi qui porte ces deux noms de cartouches est apparenté avec les Apopi par les caractères graphiques des scarabées que nous citerons dans un instant, très analogues à ceux d'Aou-

'•' Berlin n" 8080; Petbie, Hist. Scar., n° i3i; Gadthier, Rois, 1, p. 213.

<'■ Coll. Pétrie : Pétrie, Hitt. Scar., n" iSa, et HistM-y, I, p. 117; New- BERRY, Scarabt, XXII, 9. — Br. Mus.. n° 98.097 : Xevvberry, Scarabs, XXII, 3; BtDGE, Bool, of ihe Kinf^s, I, p. (.)(). Cf., pour ces scarabées et celu mentionné à la note suivante, Gauthier, Uois, I, p. 311.

(•■') Coll. Davis : Newberhy, Scarabs, XXII, 1.

'*> BuDGB, Book of the Kings, I, p. 97 : Br. Mus., n"' 88772, 88774, ^0789, 407^0. Cf. Gauthier, Rois, II, p. 147.

sirre, et par la parlicularilé de ïuush' l)ipr(le, ^, qui figure dans le nom solaire cl dont la forme spéciale se rencontre sans une seule exception sur tous les monuments du roi. Le plus remarquable est la statue brisée de Bubaste, dont le socle porte, à droite et à gauche des jambes, les inscriptions en une colonne que voici '^' :

IhTO^I^IîRI

i HTO^H ^ C°M\-] ^^k\\

L'œuvre n'est pas du temps du roi lui-même; elle appartient en réalité à la XII" dynastie^-', et Khian l'a usurpée absolument comme Aknenre a usurpé à Tanis les statues de Mirmashaou et sans doute les sphinx d'Amenembat III. Un autre indice de parenté entre Kbian et les Apopi réside dans le fait que Khian, comme Aousirre Apopi, a construit à Gebelein; un bloc de granit trouvé dans cette localité porte '^' :

r"",'rr"', V'y^y^'/^'ff'WW/^

On a la surprise de rencontrer des objets au nom du roi dans plusieurs localités fort éloignées de l'Egypte. Tels sont le

<') Natille, Bubastis, p. 23-96, pi. XII, xxxv, A; Maspebo, Hist., II, p. 6i, et Hist. fl/iC. (1904), p. 199; Breasted, llistory (igoS), fig. 101, p. 9i6.

W BonciiARDT, Kônig ffyni, dans A. Z., XXXIII (1895), p. lùa, el Nochrnals Konig Ihitii, dans A. Z., XL (igoS), p. 95-yG.

(•^' Daressï, Noies et remarques, LXXXVIII, dans Rec. (le travaux, XVI (1896), p. 6a.

couvercle d'albâtre de Knossos qui porte en une colonne verticale, dans un cartouche ovale, l'inscription"' : ']J©P^'~~^ l^^n^' — ^, et le célèbre petit lion trouvé à Bagdad qui

porte sur le poitrail, en une colonne'-^ : "^1 f o P ^' —

Un scarabée de Khian , de même , a été trouvé à Gezer en Palestine^^'.

D'autres scarabées fort nombreux sont sortis du sol égyptien ^'''.

Certains portent le cartouche solaire : 1 | ^ ( ® P A

i f (5)^ ou -|| ^0p^^^ ^ ^(6), ou encore "^ (®]~X

^■f '■"; d'autres portent ^ (^ M ^' — '1 '^^ ^^^ d'autres

1/ en-

C Ghiffith, Arch. Report for iQOO (1901), p. 87; Evans dans Ann, of the Br. School ofAthens, VII, p. 65.

(*) Br. Mus., n° 987; Devkbia, Le«j-e etc. , dans Rev. arch., a* série, IV (i86j), p. 256-267, voir Bibl. Egypl., IV, p. 217; rinscriplion détériorée du cartouche était lue par Devéria Ra-set-noub (cf. Pleïte, La religion des Pré- Israeliles, pi. I, fig. 9), et la vraie lecturefut indiquée par GrilTith : voir Naville, Bubastix, p. 9^-25, avec le monument reproduit pi. XII. Cf. Mas- PERo, Hist., II, p. 60. Une photographie de l'objet dans Budge, A Guide etc.,

(') Voir Macalister, Excavations of Gezer, dans Quarterly Statement, 190^, p. 2 9 5, n° 1 6 de la planche-, le scarabée est du type avec hik khasitou dont on va parler immédiatement.

(*' Pour le plus grand nombre de ceux dont la découverte n'est pas des loules dernières années, voir Pétrie, Hist. Scar., pi. XXV, el History , I (1 899), p. 118 et suiv.; Newberrt, Scar., VII, 7, 10; XXII, 20-26, 29; Fraser, Catalogue, p. 28-2/1. Un autre a été trouvé à Abousir el-Melek à l'entrée du Fayoum, voir G. Moller, Ausgrabungen etc., dans Mitt. d. Deutschen O1: Ges., n° .3o (1906), p. 26, et un autre en dernier lieu à Tell el-Yahoudiyeh par Pétrie, Hyksôs ami Israélite Cities, pi. IV, A, n° B 3 = IX, la/i.

C Newberrï, Scar., XXII, 28.

C' Ibid., XXII, 29; un autre. Fraser, Cat., p. 28, n° 176.

C Le scarabée d'Abousir el-Melek cité à l'une des notes précédentes.

(*' Newberrï, Scar., XXII, 26, 25, 26; XLIV, 6; le scarabée de Tell el- Yâhoudiyeh cité à l'une des notes précédentes.

fin, le nom de Khian est précédé d a titre hik khasitou «chef des pays étranjjers», j j-^ O |^^' — ^^^\ moins souvent hik nofvou ^ clief de troupes (?) " , | | i ® ^ 1^^^-^ (-i). On est assez tenté de voir dans ce litre luk khasitou la forme hiéroglypliique du nom des Hyksôs de la relation manéthonienne, depuis que Griffith et W. M. Mûller, chacun de leur côté et au même moment, ont attiré l'attention sur la lecture, précédemment connue, \ \^^ ^ du mot ^^j^, et proposé, apr^s Steindorff, d'admettre cette lecture dans le titre des scarabées ^3'. Indépendamment de cette question de lecture et de l'explication très intéressante de Hyksôs qui s'y rattache, le titre chez Khian est remarquable par sa signification, «chef du désert», qui, en l'absence de toute autre qualification royale, semble dénoter un étranger, un Asiatique. Il est très connu que dans la célèbre peinture de Béni -Hassan qui représente une troupe d'Asiatiques en Egypte sous la XIP dynastie, le chef des étrangers porte précisément le titre de |^, qu'on ne peut traduire en la circonstance que par «chef de tribu w, slieikh.

C' Newberby, Scar., XXII, 20-22; Caire, n° 86027, Newberry, Seals (dans Cat. gén. Caire), p. 8, pi. I, et le scarabée de Gezer cité à l'une des notes précédentes. La même rédaction , mais avec intercalation de quelques signes supplémentaires difTiciles à lire, sur le scarabée jNewbeury, Scar., VII, 7.

(*) Newberbt, Scar., VII, 10. — Un aulre scarabée iTA/a», dont j'ignore le type, est à Berlin, n° 1891 : voir Ausf. Verz., p. 4 16. Quelques autres monuments de Khian, une bague d'or au Musée de Leyde, deux fragments de statues au Br. Mus., sont notés par Gautuieu, Rots, II, p. 137 et n. !i.

('') GniFFiTU, The Khyan GrouiJ of Kings, dans P.S.B.A., XIX (1897), p. 99^-298 (équivalence de [^ "^ et ^ 0 * ^, ^ Ik 0 ^ , dans certaines formules de l'Ancien Empire); W. M. Mïller, Die Hyksôs etc., dans Mitt. d. Vorderas. Ces., 1898, p. i-6 et 61 {Ijse des inscriptions tardives, hse-t, hsa-l des textes démotiques). En 1896 déjà, Steindorfl' lisait Ijswt ou hstïw dans [ ^^ de l'inscriplion connue de Beni-Hassan : Zur Geschichte der Hyksôs {Kleinere Reitrâge zur Geschichie), dans Festschrift zum deutschen Historikertag in Leipzig (iSglx) , p. 1 et suiv.

M. R. AVEILL. l3

b'autro part, deux scarat)ées que nous ap|)cllerons irnuK-dialement en témoigaa{;e appartiennent à un jj-i-[]^ J|^, .SVw-- Ac/r' , et à un j pfi ^ ^ » Antlier'^'^' , dont les noms, surtout \q dernier, ont un caractère sémitique des plus évidents •*' et pourraient se rencontrer à côté de celui àWbslia du tableau de Beni-Hassan dont il vient d'être question. Ces Asiatiques, qui portent un titre de sheikh bédouin et sont assez é};yptianisés pour posséder des sceaux biéroglypbiques, évoquent de manière saisissante les Hyksôs de la conquête traditionnelle, et l'on comprend que la plupart des historiens voient la confir^ mation de la tradition dans leur existence'*'. Khian lui-même porte un nom probablement sémitique, en tout cas non égyptien , qui range le sheikh Khian des scarabées à côté du sheikh Semhen et du sheikh Anther. Faut-il en conclure que c'est un Hyksôs des premiers jours de l'invasion que le khian des monuiiients si purement égyptiens de Bubaste et de Gebelein, avec son nom solaire si purement pharaonique?

La question s'est posée en ces termes aux égyptologues non seulement pour Khian, mais aussi pour les Apopi , du jour où l'on eut remarqué que les noms de ces rois se retrouvaient, écrits Apophis et lannas, dans la XV*" dynastie manéthonienne et comme successeurs immédiats du conquérant Salatis; et cela parut toujours aux historiens une grosse difficulté que de voir ces Hyksôs dévastateurs faire figure, à Tanis, à Bubaste et jusque dans la Haute-Egypte, de Pharaons authentiques, bâtisseurs, adaptas à toutes les formes indigènes. Ils s'en tirent

''^ FftASER, Cal. of Scar., n" 179; jNbw»errï, Scar., XXIII, 10.

^ Fraser, ibid., n" 180: Neuberry, Scar,, XXIII, 11.

'*^ Gbiphtii, Ir>c. cit. dans P.S.B.A., XI\ (1897), p. 994-998; Sayce, Notes on the HtjhtÔK, dans P.S.B.A., XXIII (1901), p. 9^-98; Ed. Meïer, Cesch. il. Alt., I, II (1909), p. 597. Meyer rapproche Ant-her do Jatjob-l;pr des 8carab«''e» que nous Yerrons toul à l'heure, et indique que le premier nom signifie «Anal satisfaite»; Anal est une déesse chananéenne.

^'^ Renvois de la note précédente.

souvent (riiiic mnMièfë injjénioUsC. Wicdèrmann cdnsidfVo cnmme rt^ibli'" qno ios Apnpi des momimcfils, Akncrii'c cl AoUsiiTe, n'ont rien de coninnni avec les rois de \(i XV" dynAslie et que ceux-ci les précèdent de beaucoup : les Apopi des monuments sont bien «Hyksôs», mais delà XVI* dynastie — dont Maiiéllion n'a pas conservé les noms — et assez égyptianisés, depuis la conquête, pour que leurs monuments soiefit explicables. Exactement de In même manière raisonne Maspero^''^ pour qui il existe des Uhinas et des Apopliis de la XVI" dynastie, ceux des monuments, et différents de ceux de la XV'"; lunnas-Khian des monuments, en particulier, est cdU^ Sidéré comme le deuxième de son nom. Cette solution va évi^ demment très bien avec la théorie de la thronohific Innfrud, puisqu'on arrive ainsi à garnir également de faits la XV" dynastie et la XVI"; elle est moins agréable aUx partisans de la vltronologie courte, et l'on ne s'étonne pas de voir Ed. Meyef, en dernier lieu, la rejeter et admettre un seul persOUnSge du nom de Khian -*.

Pour nous, qui voulons tout à fait perdre de vue les dynasties manélhoniennes pour étudier les monuments, la question ne se pose pas dans les termes d'une attribution à la XV" dy^ nastie citée en détail ou à la XVP dynastie vide ; mais il n'en subsiste pas moins la singularité d'un Pharaon que le caractère égyptien de ses principaux monuments et de sa litulatufe n'empêche pas d'avoir un nom pi'opfe étranger et de se qua- Hfier de r. chef de tribu». Existerait-il deux personnages du nom de Khian, le roi et le /«//.• khasitou? C'est assez difïicilc à admettre, car il y a toutes chances pour que le ^liih liltasitou

^'^ WlKDF.HA'JN, Apff. GfiXch. (l88'l), |>. 9f)/l-295.

<*^ Wasi'ebo, Hist., II, p. 50-5)^, et Hi»t. anc. (190/*), p. içjC) cl siiiv. Eu Cl- dernier endroit, rei»endant, Masjieioi incline à unifler,- 8otis coneltliun ; k;s dcu\ rois précédemment différenciés.

^'^ Éd. Meteh, Gesch. d. AIl, Î, ii (iôio9)i p- 295-9916.

kliian 75 soit le même que le «Fils du Soleil Khian » de quelques autres des scarabées vus plus luiul, et pour (jue ce «Fils du Soleil khian v soit le roi de la litulature complète. Un doute pourtant subsiste, et l'on peut très bien croire à l'existence de plusieurs Khian; mais il ne faut pas perdre de vue, alors, qu'ils seront tous contemporains, car on ne peut songer à étendre sur une longue durée l'usage en Egypte de ce nom propre si particulier et qui n'y apparaît à aucun autre moment de l'histoire. Si l'on admet, d'ailleurs, la présence en Egypte de chefs asiatiques du nom de khian, on comprend que c'est sous leur intluence que ce nom sera devenu royal, soit que l'un des étrangers ait pris le pouvoir, soit qu'un Pharaon indigène, quelque Apopi, ait laissé donner à son fds le nom d'un des étrangers qui possédaient autour de lui un certain pouvoir. De toute manière, on ne peut éviter de conclure que le roi khian et le sheikh khian sont contemporains.

Il apparaît ainsi, et nous l'avons déjà entrevu précédemment, que les rois du groupe que nous étudions étaient environnés d'Asiatiques. Outre les sheikhs iSeî^/fcn, Anther et KInan plus ou moins près du roi khian, nous avons signalé YAbd du tombeau de Sakkarah et son contemporain Nehemen, ollicier d'un roi Apopi. Une foule de scarabées de l'époque des khian et des Apopi vont nous rendre encore plusieurs des étrangers demi-égyptianisés qui s'étaient fait une place et vivaient eu maîtres sur le sol de l'Egypte.

IAKEB-HER.

Un Sémite évident, dont le nom est formé avec celui de Jacob, nous apparaît sous la forme Iakrb-her dans les inscriptions de plusieurs scarabées nettement apparentés par leur graphie, notamment par la forme bouclée des .=— j, avec ceux du groupe Apopi-khian. Les inscriptions, un peu sommai-

rement gravées, se précisent les unes les autres, et sont à lire :

^Mrl^H

Le dernier élément du nom s'écrit, comme on voit, ^ ou ^; Meyer retient particulièrement la première forme, et rapproche le nom, avec une grande apparence de raison, de celui de ^^ vu plus haut^''^ Quant au premier élément, c'est le nom de Jacob, bien que dans certains cas il s'écrive lapek par une sorte de métathèse ; confirmons immédiatement celte dernière forme par le nom du ^ ^ /^ ! " ^ ^^^ plusieurs autres scarabées'^'.

'•' Nfavbkbry, Scarabs, XXITi, a,

(^' Ibid., XXIII, 3 = Caire, n" 3Go28; Newberry, Seals (dans Cat. gên. Caire), p. 8, pi. I = Pétrie, Diospoli.t Parva, XLI, la : l'objet vient de Hoii. La citation de l'inscription est erronée dans Gauthier, Rois, H, p. ili'].

'^) Newbehby, Scar., XXIII, i. Un autre chez Fraser, Cat., p. a/i, n" i8i. Un autre au Louvre, n' 632 1, d'après Pétrie, Hisl. Scar., n° 35 1. — Un autre scarabée Jabek-her à Berlin, n° i3i59, d'après Ausf. Verz., p. /ii6.

'*) Meyer, Gesch. d. Alt., I, ii (1909), p. 397-298. Meyer explique les deux noms vAnat satisfaites et nJakob satisfait?i, Jalcob étant ici, comme Anat, le nom d'une ancienne divinité chananéenne , celle même qu'on retrouve dans le nom de lieu Jahob-el de quelques listes géographiques hiéroglyphiques, ot qui devait devenir le héros des traditions israélites. Nous reviendrons un peu plus loin au rôle du nom de Jarob dans ces divers noms; bornons-nous, ici, à faire immédiatement toutes réserves sur Jacob ancien dieu ehananéen, peu vraisemblable d'après le rôle attribué à Jacob dans les plus anciennes traditions bibliques.

(*) Newberry, Scar., XXllI, i3, i4; trois autres chez Fraser, Cat., n°' G7, 08, 69; j)lusieurs autres, de colleclions diverses, dans Pétrie, Uist. Scar., n°' 30o, 3Gi, 3G2; un autre encore dans Hudge, Kin^s , I, p. 98. Rapprocher de ces monuments les deux scarabées du Br. Mus. qui, d'après Budge (lîis-

lorxj, II, p. 173, III, p. iG3; Kiiigs, I, p. 97), portent (Il ^L j •

— -*>( ISfi ).♦+--- [24]

Lee Fils (lu soleil w lakeb-her avait /îgalement pris un nom solaire, s'il faut en croire un autre scaraljée — unique — ■ sur le(|uel on arrive à lire asgez certainement ; ^ ® ^ ^ ^'— ' f\^ I î ^J ^"iii '•* ; ce nom solaire Merousirrr ^urnil seul, d'autre

part, sur trois scarabées qui portent || ( ® ^ ^ "^^^ 1 l\^

avec ou sans le cartouche f'^^; clans toutes ces inscriptions, le signe ousir a la forme bipède que nous avons déjà signalée plusieurs fois comme caractéristique de l'époque dos Apopi-kliian. Jacoh, sons l'addition lier, se rencontre sur de nombreux scarabées d'une autre rédaction et appartient vraisend)lablement à d'autres personnes. On note d'abord ^ \ \ '^\ S «Fils du soleil Iheh '^^-n — une fois i M '^"^ sans titre'''* — assez analogue ortliographiquement au \\. précédemment noté, mais avec le signe de Teau, en outre, curieusement employé pour déterminer phonétiquement la syllabe heh. Sauf ce déterminatif, l'écriture est la même dans le nom du ^ ^ ^^—^J^ connu par ailleurs'^'. Il convient également de

placer ici un ^ll^'^'J^ ' ^l^i ^^t à joindre aux autres scarabées /«Âpé-Zier cités plus haut; il est particulièrement intéressant à rapprocher de ceux qui portent \ \ — j ^J ^ ou \ \

'■' Pktbie, Hinlory, A' éd., pi. XIX: Nhwbkrry. Scm: , XX!!, •^7^ RinoK, KingH, I, p. 100 (incorrectement). Quei()iie désordre dans l'ordonnance des signes, mais interprétation certaine en raison des autres 6carol)ées Met-oufirro qu'on va citer.

(*) Nbwberry, Scar., XXII, 98-3o: cf. Fktrie, Histovy, I (1899), p. 192.

W Nkwberry, Scar., XXII, 7, 9-12, XLIII, ai; XXII, 9 est celui qiio

Oriffitii, à turt, lit -^m^ | \ \ /^^ , on identifiant ce Xehi supposé avec le [©Il 1 -^^ 111 1 de la petite liste d'Abydos (Ghippith, Inr. eit., dans

l'.S.K.A., XIX, 1897, P- 39*^ ^^ «"'^O' '*^ Nbmbbrrv, .S'cnr. , XXII, i3.

<*' Newrerry, Scar., XLIII, 9a.

«••) Ihid., XXII, 8.

^J^,,, , parcp qu'il en ressort trrs cijiiroment l'équivalonce du A et (In -m^ pour ûciire le nom de Jacol) dans ces petites inscriptions.

Voici ensuite Z^ I I .=—1 a~-<a ou 11^.=.— j"*, qu'on pourrait être tenté do lire la (lavé, pur), mais où il semble plutôt qu'il faille reconnaître notre lakeh , Iheh des scarabées précédents , avec ^ phonétique pour expnmer la syllabe keb non détaillée : on trouve, en effet, une autre graphie encore, ^ ■*^/ — ^':>i^ dans lacpielle il n'est gu<''re possible d'admettre la lecture la. Ici encore, probablement, c'est ALeh qu'il faut lire, de même que sur d'autres scarabées où l'orthographe est réduite à plus simple expression encore, ^-i — ^''^ ^^ ^

Tous ces laheh-lier, îakeb-er, Ipeh-lier, Ipek , ILeh, lakeh , désignent évidemment plusieurs personnages et non un seul; ils sont les monuments d'une époque où des gens du nom de Jacob, ou portant des noms formés avec celui de Jacob, faisaient figure de princes en Egypte et s'y arrogeaient la qualité royale. Quelle était l'origine de ces Sémites ? Il est utile , tout d'abord , de remarquer qu'une localité ou un pays de Iakeb-er, Iakeb-el — presque exactement le nom de certains des scarabées qu'on vient de voir — est connu de la géographie égyptienne de l'Asie sous le Nouvel Empire. Le nom apparaît une fois dans la liste de ïboutmès III à Karnak, sous la forme 1^"^ J \ ^^'^^ et une autre fois dans celle de Uamsès II,

(0 Ibid., XXII, i-6, et Fraser, Cat., 182.

W Newbbbrï, Scar., XXII, 1^, i5. lin autre du même l)pe à Berlin,

(^' Newberry, Scar., XXII, 16, 17.

(*) Ibid., XXII, 18.

(^' Mariette, Lp» listes géographiques de Karnak, n" 102 de la liste; Setiie, Urk. d. 18. DijH., IV, p. 78"). Cf. Grokk dans Renie KifmUolofriquc , IV, p. 97; Maspero, Elude sur le pap. Abbott, p. 'i'A, el Sur les noms géographiques de la liste de Thoulinès III relatifs à la Judée, p. 8.

écrit II P '^ ^ J "^ "" '*^i chez Thoutmès III, on rencontre en même temps le nom de ||liMi|'7* i'^hep-eU-\ dans lequel on reconnaît le nom de Joseph de manière aussi certaine que le nom de Jacob dans l'autre. Voici donc Iakeh-el nom de lieu en Chanaan, sous le Nouvel Empire, après laheb-el, Iakeb-her et Iakeb noms de personnes au temps des Apopikhian. Une première illusion dont il faut se préserver ici, consisterait à croire que les Asiatiques de ce nom, expulsés d'Egypte par les fondateurs de la XVIIP dynastie , sont ceux même que Thoutmès III et Ramsès II retrouvent en Asie. De pareilles rencontres ne sont guère du domaine de la réalité historique, et il est infiniment plus simple et mieux dans la nature des choses d'admettre que le nom de Jacob, sous le Nouvel Empire et aux temps qui précédèrent la XVIII* dynastie, c'est-à-dire à partir du xvii" siècle, était répandu en Syrie, dans un domaine assez vaste pour qu'on le rencontrât également chez ces Asiatiques qui à un moment donné s'étaient fait une place en Egypte. Il ne résulte de là, comme on voit, que l'indication d'une parenté plus ou moins lointaine des princes Iakeb d'Egypte avec un Iakeb chananéen qui existait, sans le moindre doute , dès la même époque ; c'est une simple confirmation, d'ailleurs intéressante, de I'r asiatisme ?5 et du <xsémitisme » des étrangers que les rois Apopi et Khian avaient autour d'eux.

On est renseigné sur le Jacob chananéen, dans une certaine mesure, par la tradition biblique, qui a fait de Jacob un héros national d'Israël mais dans laquelle on voit distinctement passer des traditions pré-israélites, notamment en ce qui concerne la légende des sanctuaires chananéens dont la fondation est attribuée à Jacob et aux autres patriarches. Israël, comme

0) L.Z>.,II1 iZi^i,n° gdela liste.

W Liste de Karnak, références de la note antéprécédenle ; c'est le n" 78 de la liste. Voir Setue, loc. cit., p. 78/j.

on sait, n'a jamais eu en réalité aucune relation avec Chanaan jusqu'au jour où il sortit du désert pour conquérir le pays et s'y fixer f'^; de sorte que la mise en relation des sanctuaires palestiniens avec l'histoire des origines nationales, est forcément postérieure à l'arrivée en Palestine. On se doute, d'après quelques épisodes conservés par la relation biblique, que Jacob était i'instaurateur de certains de ces sanctuaires dans une légende indigène qui expliquait l'origine du lieu et de la religion absolument comme la légende israélite de Moïse expliquait — à l'israélite — les origines du culte de lahve de Kadesh'-*; et l'on est amené ainsi à comprendre que Jacob, dans sa figure primitive, était le héros d'un cycle de légendes chananéennes'^^^ que les conquérants israélites devaient s'approprier avec le territoire. Ce Jacob pré -israélite est celui que la géographie égyptienne connaîl , comme territoire ou tribu, à l'époque de Thoutmès ni et sans doute auparavant. Lorsque les Israélites conquirent la Palestine, ils y trouvèrent de vieux sanctuaires que Jacob avait a inventés», des lieux qui portaient le nom de Jacob; ils gardèrent précieusement les cultes indigènes en les

''' Voir en dernier lieu R. Weill, Le séjour des Israélites au désert etc., dans Rev. des Études Juives, LVIII (1909), p. ail et passim.

<*' Moïse a pour rôle essentiel d'être l'inventeur de la religion de lahve, i'instaurateur du sanctuaire de Kadesli autour duquel le peuple était groupé pendant la période du séjour au désert, et par suite, le premier prêtre et l'ancêtre des prêtres. C'est en cela que consiste l'histoire israélite de Kadesh à laquelle nous faisons allusion, et qui diffère de l'histoire réelle par ceci, que le sanctuaire du désert, induhitablement, existait de temps immémorial lorsque les Israélites survinrent et s'installèrent autour de l'oasis (voir Weill, loc. cit. dans Rev. Et. Juives, LVII, p. 2a6, a3G-a37, LVIII, p. aS-aô, et passim).

W Et non pas un dieu chananéen comme le veut Ed. Meyer {Die Israeliten und ihre Nachbarstdmme , 1906, p. a8o et suiv., Gesch. d. Alt., I, 11, 1909, p. 397-298); le héros du combat divin, le personnage qui, selon un procédé familier à la mythologie sémitique, se trouve entraîné à lutter contre un dieu pour arriver à le vaincre, à le conquérir et devenir ainsi I'instaurateur de son culte, ce personnage est un homme par définition. Sur les combats divins livrés par Jacob et par Moise et qui sont les actes les plus essentiels de leurs histoires, voir Weill, loc. cit., LVII, p. 317, aaS-aaô, 33o-a3j.

proclamant d'origine iahviste et absorbèrent Jacob fondateur, triinspos(5 cri un anc(Hre d'Israël en môme temps que tonte une série do héros el d'éponymes palestiniens qui se trouvaient en situation analogue. Joseph, sans doute, fut de ceux-là.

Lorsqu'on commença, plusieurs siècles après, à réunir les anciennes traditions israélites pour en faire une narration suivie, il y avait longtemps que Jacob et Joseph étaient annexés à la légende nationale. Il est possible alors que les premiers rédacteurs, qui travaillaient vers le tiii* siècle et étaient assez bien informés des choses d'Egypte, aient su de source égyptienne que Jacob, et peut-être aussi Josepli, avaient été princes en Egypte aux siècles antérieurs; ils eurent garde, en ce cas, de ne pas laisser perdre un chapitre si beau de l'histoire des origines du peuple, et les épisodes bibliques de Joseph, ministre de Pharaon, de ses parents établis en Gosen et de ce qui s'ensuit pour les Israélites en Egypte, n'ont peut-être pas une autre origine. Il ne faut pas perdre de vue, cependant, que le rédacteur judéen du viii" siècle connaissait fort bien la marche égypto-syrienne et les usages des Egyptiens sur leur frontière'^', et d'autre part, que Gosen, loin d'être une région imaginaire, est un canton très authentique du Delta oriental, connu et nettement situé par les documents égvptiens, extrêmement jH'opre d'ailleurs à être abandonné aux nomades'-, comme il est supposé par la narration biblique; cela ne fournit pas de preuve de l'historicité du séjour d'Israël en Egypte, mais seulement, comme nous l'avons déjà montré après Is. Lévy, l'indicalion d'une possibilité, et surtout d'une limite, la limite dans laquelle il est permis d'admettre que les ancêtres d'Israël,

(') Cf. ce qui est observé à re sujet plus haut (Sortion I, chap. i, vers la fin), à propos do celte même histoire de la descente en Goàon.

") La fj/'Ofyraphie du Gosen biblique d'après les documents é{»yptiens a éli établie pour la première fois par Naville . à la suite de ses fouilles de Saft el- Hiuné. Le pays est situé au débouché occidental du 0. Toumilât.

s'ils ont effectivement vu l'Efi^ypte, en sont sortiit, un jour, après l'avoii' ellleuréo et sans y èlve entras véritabiomcnl^'^. Mais (|ue ie si^jouren Gosen, connu du rédacteur du viii^sic^^cle, soit historique ou non, il nen reste pas moins possible que hitiJaroh d'une tradition égvptienne authentique aient interfiT<^ avec les Jacol) d'autres souvenirs, et (■ontri])ué à entraîner en Kgypte les patriarches depuis longtemps acquis à la légende nationale d'Israël**'.

ANRA (?).

Parmi les scarabées de facture et de graphie analogues qui nous apprennent les noms d'autres étrangers «pharaonisésw de la même époque , les plus remarquables par le nombre sont ceux d'un certain ^ ou ^ dont le nom est difficile à lire en raison des formes très diverses sous lesquelles il se présente h nous : les deu.v précédentes paraissent être les plus régulières. Les ..>», presque partout, ont la forme bouclée particubère souvent rencontrée plus haut; les /»^ sont dessinés par petites barres perpendiculaires sur la ligne comme on l'observe sur les scarabées de Khian et dans le ^ des scarabées lakelf. Quelquefois dans le cartouche ovale, plus souvent sans cet encadrement, le nom est fréquemment précédé du signe i , qui s'altère parfois en formes variées , intermédiaires entre le tSâ , le »-• et l'on ne sait quels bizarres signes de plantes; souvent aussi, au bas du nom dans l'encadrement

t') Is. Lévy, Les Hoviles, Edom et Jacob daim le» monument» éij^ypliens, clans Rev, Et. Juive», LI (1906), p, hC)\ Wkili., loc, cil. dans Rev. Et. Juives, LVlll (1909), p. 36-29.

(*' Aux crili(|ues qui seraient disposés à considérer comme liislorique , dans les (ormes qu'on vient de dire, le séjour on GoSen, il faudrait encore sif[nalop la cointidenre possible de la date di'fi roitelets asiatiques en Kgypte , avec la dalo de Jacob-Josepli en Gosen telle (juV-lle résulte des faits de l'exposé bililique. Nous y reviendrons plus loin, lorsque nous aurons précisé les conditions chronologiques du groupe do» Apopi, Kliian et takeb-ol.

ovale, on trouve un signe — qui paraît n'avoir qu'une valeur d(^corative, car dans certains cas un — - et un — - encadrent le nom en haut et en bas dans le cartouche. Voici les différents aspects orthographiques sous lesquels le nom du personnage se rencontre (les chiffres sont ceux de la planche XXIV de New- BERRY, Scarabs) :

7, 8 et 22 ; 22 = Caire , n° SôSg/i ; voir Newberrï, Seals (dans Calai, gén. Caire), p. 99) pi. XI.

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Âf

Pétrie , Naqada and Rallat, LXXX, n" 45.

Caire n° 36989 ; Newbebry, Seals (dans Calai, gén . Ca ire), p. 948, pi. XI.

Pétrie, Koploi, XXV, tlio.

Trois scarabées analogues à ceux des deux derniers spécimens, enfin, trouvés par Pétrie, deux à Tell el-Yahoudiyeh (Pétrie, Hyksôs and Isr. Ckies, VI, /i, IX, 1 66) et un à Tell- Rotab dans le 0. Toumilâl (ihicl., XXXIII, ka). D'autres scarabées encore sont au Musée Guimet.

Dans le désordre et l'extrême fantaisie de ces écritures, où le principal élément du nom se simplifie bizarrement ou se

mullij)lie à volonté pour remplir l'espace d'une petite colonne, où les <=- prenn(Mit les formes .«». et ^^, on arrive peut-être à recoiinailre un nom Anrn ou iSera. Le personnage ainsi désigné pense être roi; quelquefois avec un cartouche véritable (8 de Nkwberry, «Scor., XXIV), quelquefois ^^ (j, a), il se qualifie le plus souvent de Roi du Nord, ^ ('7), ^ (26, 26, 2-7, a8) ou ^ (i3, i5, 22), particularité que nous avons remarquée dans des conditions identiques chez Aousirre Apopi. Une autre analogie de facture qui apparente encore Anra avec les personnages du groupe Apopi-Khian, résulte de la présence sur un de ses scarabées (ig) d'une bordure à éléments imbriqués et trait interrompu qu'on retrouve, identiquement dessinée, sur de nombreux scarabées d'Aousirre Apopi, de Khian, de lakeb-er et sur celui de Semken.

Notons, enfin, que plusieurs des scarabées qu'on vient de voir proviennent de la région de Ballas et de Koptos ; cela rappelle le scarabée de Iakeb-er trouvé à Hou et le monument de Khian, beaucoup plus haut, à Gebelein.

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