‹ La fin du Moyen Empire egyptien; étude sur les monuments et l'histoire de la période comprise entre la 12e et la 18e dynastie (volume 2)Chapitre 47 sur 51 · CONDITIONS DE LA ROYAUTE EN EGYPTE · texte numérisé non relu

CONDITIONS DE LA ROYAUTE EN EGYPTE

DEPUIS LA FIN DE LA XIl" DYNASTIE JUSQU'AU TEMPS

DES SEBEKIIOTEP.

De tous les faits qu'on a vus paraître au cours de ce chapitre et du précédent, il ressort qu'au temps des rois de la famille Klia-[.\\-re , — Khasekhemre Aofirliotep, khanofirre Sebekhotep, Kliaankhre Sebekhotep, auxquels il faut probablement adjoimlre, comme parent, le très peu connu Kliahotepre Sebekhotep, — vivaient et régnaient d'aulres Pharaons très nombreux, dont la date centrale paraît être celle du règne de Khanofirre.

Il y avait d'abord les princes des scarabées «hyksôs?? de la première époque, ou époque d\\nra : Asiatiques du groupe Iakch ou lahehhcr, princes Ouazed, Ncsebekre et autres , princes Nemalre, Kluikliopirre, Khakare Aiirti, aux noms solaires renouvelés de la XII'' dynastie, prince Nofirahre Anra; il faut leur adjoindre le Khaousirre des scarabées du même type, et le petit roi Matre Sebekhotep. Tous se présentent comme contemporains de khanofirre. Tous, très probablement, étaient de petils princes du Delta, Asiatiques oujndigènes, que Khanofirre ou son prédécesseur avaient trouvés en place et auxquels ils imposèrent de manière plus ou moins effective la souveraineté thébaine, sans vouloir ou sans pouvoir leur ôter les titres d'une domination indépendante.

On (rouve ensuite d'autres Nemnlre en Haute-Egypte, associés à certains princes Nojîrhare ou Nojîrre, et un autre Nc~ matre encore, en relation avec VAouahre Hor de Dahchour, contemporain de Khanofirre et d'apparence plus réellement pharaonique que tous les autres; à côté de Hor enfin, un Ounh-

ahrc Inah do localité iticonnuo, mais de l'époque de Kliaiiofirre.

Petits et grands, tous ces rois se réclament du souvenir de la XII" dynastie et prétendent être ses héritiers. Par là, ils s'éloignent nettement des Antef et des Sebekemsaf qui ont précédé les Sebekhotep àTlièbes, et se rattachent, par delà les Antef, à la tradition des obscurs Amenemhal et Seiiousrit qui régnaient, à Thèbes également, peu de temps après la XIP dynastie, et dont les dispositions filiales à l'égard de la grande famille antérieure devaient être imitées, un instant seulement, par Noubkhopirre Antef. La révolution de palais qui mit Khasekhemre sur le trône, après le règne de Sekhemre-Souaztaoui , se fit peut-être au nom d'une restauration légitimiste, et par tout le pays, à partir de ce moment, le respect des illustres ancêtres revendiqués ne devait plus décroître.

La royauté des Sebekhotep est faible et encore imparfaitement assise. Les innombrables petits princes dont on vient d'énumérer quelques-uns se partagent une Egypte morcelée à l'extrême, sous la suzeraineté que la maison thébaine, à ce qu'il semble, a réussi à faire reconnaître en principe. Il y a là un progrès considérable, et tel qu'il n'est pas téméraire de penser qu'au temps des Sebekhotep et sous leur impulsion, il se dessinait une véritable reconstitution de l'unité pohtique et royale. Mais à ce moment même le pays devait présenter un singulier tableau, sous ces Thébains qui commandaient au pays entier mais toléraient des sheikhs asiatiques dans le Delta, un Aouabre Hor en Moyenne-Egypte, un Ouahabre laab on ne sait où; bizarres souverains que le sentiment de leur faiblesse, à ce qu'on dirait, pousse à s'associer en inscrivant sur un monument deux noms royaux côte à cùte : ainsi font, en diverses combinaisons, Aouabre Hor, un khakare, de plus ou moins nombreux \ematre, des Nolirkare et des Nofirre; ainsi font de même, au sein de la famille dominante, khasekhemre avec Kha-

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iioliiTii, KhaiioliiTC avec Khaanklire"*. Rien de tout cela, d'ailloiii^, n'était nouveau à leur époque, et dans l'h^gypte désorganisée depuis longtemps on avait certainement l'habitude de voir des rois associés et des rois secondaires. On se rappelle ce qui concerne plusieurs petits rois rencontrés, précédemment, parmi ceux des familles thébaines de l'époque antérieure, notamment Sekbemre-Nofirkhaon Oupouaitoumsaf, auquel nous avons donné place, par analogie, à côté de Sekhemre- Ouazkhaou Sebekemsaf, et Sekhemre-Smentaoui Thouti, que nous avons inscrit à côté de Sekhemre-Seshcdtaoui Sebekemsaf et de Sekhemre-Souaztaoui Sebekhotep. Ces fantômes de souverains sont très gf'nants parce qu'on ne sait au juste où les mettre, et que, très insignifiants de toute évidence, ils coupent illogiquement le développement des séries royales, à quelque place où l'on essaie de les intercaler : cessons de les intercaler, considérons-les comme des Pharaons subordonnés, plus ou moins précisément cantonnés, avec leur couronne, dans une ville de province qu'ils gouvernent sous l'autorité des rois véritables, et l'histoire s'allégera en même temps que l'ordonnance des faits deviendra plus logique et plus simple. Le même procédé d'élimination pourrait sans doute être appliqué au très obscur Sekhemre-Gerglaoui Sebekhotep, proche voisin de Sekhemre-Souaztaoui Sebekhotep, nous le savons, mais qui n'a peut-être été, lui aussi, qu'un subordonné royal de cette époque.

Grâce aux renseignements acquis pour répo([ue des Sebekhotep, nous pouvons également interpréter dans des conditions de précision et de certitude bien meilleures ce que le décret de Aoubkhopirre Antef, à koptos, nous avait déjà fait

(') Lo goùl de cis iéyoïules mixtes, sur ilo petits iiioiinnunts, ne (levait pas disparaître avec les Scbekholop; au début do la XVII 1' dynastie on trouve encore une amulette portant, d'un côté, le nom solaire d'Alimès, de l'autre, le nom solaire dWmenhotej) 1" : Makikïtk, Cal. général AbydnH, n" lAai, p. Sig.

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entrevoir d'une siliuilion ilans lii(|U('ll(' le JV;u'lionnenient, accepté par tous, était devenu le ré^jinie normal du pajs. On se rappelle rpie dans ce document Noubkhopirre, cpii se qualifie lui-iiiénie de lh>i du Sud, parle à un moment donné pour ç^lout roi du Sud, tout prince faisant [lonctions de] roi du Sud.. . ii, et il résulte des conditions générales du texte qu'il ne s'agit point de rois à venir, mais de contemporains, do collègues royaux en exercice et dont l'existence est considérée comme la chose du monde la plus naturelle. Cette situation, que nous n'avons reconnue précédemment (cliap. iv, § ii) que sous certaines réserves, a perdu tout ce qui nous paraissait surprenant en elle; les contemporains royaux auxquels Noubkhopirre fait allusion sont des princes de ville revêtus de la qualité royale, sous lui ou à côté de lui, exactement comme ceux du temps de khanofirre*^'.

On voit ainsi qu'à l'époque des Antef, les conditions politiques de la Thébaïde étaient à peu de chose près les mêmes que sous leurs successeurs, les Sebekhotep; la seule différence dans l'état du pays paraît être que les Antef, encore très faibles et tout à fait confinés dans leur domaine du c^Sud», ne croyaient pas pouvoir jeter les yeux sur ce qui se passait en dehors de la principauté thébaine et de ses alentours : signé par khanofirre, au lieu de l'être par Noubkhopirre, le même

''' l*iEi'Ei\, en dernier lieu [A.Z., LI [1916], p. io5, dans Uniersuchuugen zur Geschichle der XllI. Dynastie), interprèle différemment les indications en question du décret de Koptos; d'après la manière dont il les comprend — ■ à tort, je pense, — les potentats méridionaux contre lesquels la malédiction éventuelle du roi est dirigée, ne foun-ont pas devenir rois d'Egypte, et cela implique que lo régime royal de l'Kgypto à cette époque était celui d'une monarchie élective. De cola, Piepcr voit une ronlirmation [ibid., p. 102-108) dans le fait (pie plusieurs rois du groupe des Seiiekliotep — Sekheuire-Souazlaoui, Kliasekliemrt', Klianofirre — sont fils de simples j)articuliers et nommoni leurs parents, d'où il ressort qu'ioi homme d'extraction non princière pouvait arriver réifulièrement au trône. Nous reviendrons ultérieurement à ces interprétations et déductions de Pieper, dont la conclusion ne parait guère acceptable.

décret de Koptos racnlionneruit sans doulc de manière analogie les Pharaons multiples régnant en Egypte, mais à la place de r. tout roi du Sud. . . w on lirait : et. Tout roi du Sud et tout roi du Nord ...» Ces rois du Nord, que Noubkhopirre Antef ne se permet pas de connaître, ils n'en existaient pas moins à son époque: mais on ne sait rien d'eux, et il faut peutêtre, pour trouver quel([ue trace de leur passage, rappeler les scarabées des tout premiers Asiatiques immigrés, les sheikhs Semken et Anther, si remarquablement apparentés avec ceux de la XlPdvnastie. Il se peut, cependant, que certains contemporains bas-égvptiens des Antef nous soient déjà apparus; nous voulons parler des Pharaons de Tanis, SmenkliLare Mermnshaou et son voisin probable Nelisi , (|ue nous avons été conduits à examiner plus haut, en même temps que les rois du xrroupe des "Amenemhat complexes t^ qui succèdent à la Xir dynastie (ci-avant, chap. ii, § i), mais dont nous avons vu que la date est extrêmement incertaine. Ces Tanites, dont on sait seulement qu'ils sont antérieurs aux Apopi, peuvent aussi bien, dans l'état de nos connaissances, être contemporains des successeurs immédiats de la XIP dynastie à Thèbes, ou bien des Antef ou Sebekemsaf , ou bien encore prendre rang parmi les vassaux desSebekhotop, en même temps que Hor de Dahchour et que les Asiatiques du Delta. La même incertitude règne, nous le savons, en ce qui concerne un petit Ameneinhal du Favoum et un certain Amoii d'Assiout.

De quelle manière la décomposition de l'Egypte de la Xll' dynastie s'est effectuée, nous avons cherché à l'apercevoir en étudiant les monuments de ses premiers successeurs, et il nous est apparu (voir ci-avant, chap. ii, S m) qu'il n'y avait pas eu désagrégation lente, mais plutôt chute brusque dans l'anarchie au moment de la disparition de l'autorité royale. Happelons que le fondateur de l'ordre nouveau, Sckhemre- Khoulaoui, gouvernait encore effectivement l'Egypte entière,

que sous les Sekiiomkare, immédiatement après, le maintien do. ce pouvoir est (l('j;V Irrs douteux, et que les rois suivants du groupe, Ameni-Antef-Aniencmhat, Scnousrit, Haliotep, Ougaf, Anab, Khenzer, se manifestent exclusivement en Tliébaïde sans dépasser la limite d'Abydos du côté du Nord. A ces rois llR'])aiiis, les Antef ont succédé immédiatement. Cela résulte, d'abord, de la grande analogie des conditions de la petite monarchie thébaine au temps du premier groupe royal et du deuxième, et ensuite, d'une sorte de vérification négative, consistant en ce qu'il ne nous resterait ni événements, ni noms royaux à intercaler dans un intervalle supposé entre l'époque d'Ameni-Antef-Amenemhat et de Snofirabre Senousrit, et l'époque des premiers Antef : tous les Pharaons connus ont pris place, au cours des analyses antérieures, dans la chaîne ou le long de la chaîne que forment les familles liées des Antef, des Sebekemsaf et des Sebekhotep, à l'exception d'un petit nombre de rois qu'on n'a pas nommés encore et dont les groupes, nous le verrons un peu plus loin, succèdent immédiatement à celui des Sebekbotep à Thèbes. Comme le néant ne peut tenir aucune place, on est forcé d'admettre que les éléments chronologiques que nous possédons sont en contact ensemble, et, par suite, que nous tenons dès à présent la succession ininterrompue des événements et des règnes — dans l'ensemble, il va sans dire, et seulement en Haute-Egypte — depuis le moment de la disparition de la XIl" dynastie jusqu'aux derniers des Sebekhotep dont nous avons fait l'histoire.

Les données d'une chronologie précise, seules, nous font défaut au cours de cette période, mais de nombreux indices portent à croire que, dans son ensemble, elle ne fut pas très longue. Tout au début, Sekliemre-lvlioutaoui semble n'avoir pas régné plus dequaireans, et l'on a d'un Sekhemre une date de l'an 'i ; Amenemhat-Senbef, Ameni-Antef-Amenemhat et les

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autres rois de leur grou{3e, nous l'avons vu, sont très obscurs cl n'ont probablement pas eu de longs règnes. IMais avec ce petit groupe sont en rapport kiianolirre Sebekhotep et son contemporain Aouabre llor, par la manière dont ils déterminent les éléments de leurs litulatures, et l'on se demande alors si d'Ameni-Antef-Amenembat à kbanofirre, par-dessus les Antef et les Sebekemsaf , il a pu s'écouler un nombre d'années très considérable : il semble que non, et la conclusion est corroborée par les caractères complexes du roi Ouahabre laab, contemporain des Sebekbotep, nous le savons, mais aussi en relation d'analogies avec le groupe des ç^Amenembat complexes» et apparenté, par son nom personnel, avec le Menkhaoure Anab qui est de celte première période tbébaine. De manière générale, enfin, il faut noter le culte universel qu'on rend dans l'Egypte entière, au temps des Sebekbotep, aux souvenirs de la \1P dynastie, et qui exclut à peu près complètement la possibilité d'une grande distance bistorique.

De même que les monuments do Kbanofirre nous permettent, par l'observation des noms du roi, de déceler la situation de voisinage relatif où il se trouve avec les premiers successeurs de la XIP dvnaslie, de même encore c'est dans les monuments de Kbanofirre et d'autres rois de son groupe que nous avons trouvé la liaison qui manquait, dans la direction opposée, entre l'bistoire de la maison ihébaine et les événements qui précédèrent le règne de Skenenre Tiouâ : on se rappelle les scarabées rtbvksùsw de Klianofirre et de ses parents, d'oii ressort le synchronisme des Sebekbotep et des Asiatiques du Delta, prédécesseurs des Apopi. De ce côté aussi, comme on voit, c'est le voisinage bistorique plus ou moins proche, et cela est confirmé par l'histoire du nom royal Nojlrhnre, qui paraît (voir précédent paragraphe) au temps des Sebekhotep et au temps des premiers Ahmès. Ces diverses ob-

servations ne font, d'ailhuirs, que confirmer et préciser ce qu'ont mon! ré de|)uis lon^'temps les analogies des monuments (le la «XlH'dynastie?? avec ceux de la \VlU"*'l

De toutes parts, en tin de compte, les lacunes historiques sont comblées, ou franchies par le fil de relations historicjues précises, qui fixent, par rapport aux extrémités, la position des événements et des familles royales, dt'jà bien reliées entre elles la plupart du temps, mais dont l'ensemble lloltait entre la XII" dynastie et la XVIll'. Maintenant il n'y a plus de llottement; l'ordre historique est arrêté, et l'on aperçoit, approximativement, la grandeur des intervalles clironologi(|ues, encore que des données numéri(jues précises nous manquent de manière complète. Le point d'attache central des relations historiques se trouve être l'époque des Sebckholep, et particulièrement le règne de Khanofirre, ce pourquoi il était nécessaire, avant d'apercevoir lesdites relations, de conduire l'analyse monumentale, et l'étude historique de détail qui la suit, jusqu'au point où nous nous sonimes arrêtés au précédent chapitre. Il est aintenant nécessaire de reprendre l'étude de détail à partir du moment où disparaît, à Tlièbes, la famille des rois Klin- [y\]-re, de manière à comprendre, s'il est possible, comment leur domination tomba sous les coups d(!S Tamtes, avant la contre-offensive et la définitive victoire des Thébains de la période suivante.

(') Observations anciennes de Brugscli cl de l.cpsius, travaux et noies do SleindorlTon 189.'), ^V. M. Miillcr en 1898, Newbi'iry on \Q09. : voir ce (|ue nous avons dit d'onseinlile h ce sujet préci-deninienl , f.fs Hijhsô.i , Introduction, S I.

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