COMMENT LES FAITS S'ORGANISENT
DKI'l IS L\ FIN DE I/KPOQUE DES SEBEKIIOTEP
JUSQU'AUX PREMIEHS AHMi^:s.
Depuis que nous avons constaté que les «hyksôs» du premier groupe, ceux des scarabées de la série des Aura et des lakebher, sont contemporains de Klianofirre Sebekhotep, nous savons qu'il ne peut s'(.'tre écoulé ])eaucoup de temps entre la domination de ce khanofirre et de sa famille, et l'apparition à Thèbes des prédécesseurs immédiats de la XVIIP dynastie, en guerre avec les Apopi de Basse-Egypte : car les Anra-Iakcbher et les rois du groupe Apopi-Khian sont parfaitement en contact ensemble. A Thèbes, la ])rièvelé de l'intervalle considéré est encore soulignée par l'apparition, chez les petits rois du temps de Khanofirre, du nom de NoJîrl,are, qu'on rencontre également au temps des premiers Ahmès, c'est-à-dire au temps de Skenenre Tiouà et de sa famille.
[io()l ■•»>.( r)'ir) ).o..-
Quols fiiils IiisU)ri(jucs avons-nous h moltrn (ians l'inlervalle'i* Du ((Mé tli('l)iuii, la lin, uvidcmnirnl di^cadi-nlo, de la dynastie dos Kha-[\ \-ir, Kliaankliro S('l)ckliol(>|), KlialioU'pn; Sebokliolop cl les petits princes en foule autour d'eux , puis les Mer-[\ \~re U'h obscurs, confinL^s dans Tlu^bes, Sebekholep ou iVolirholep encore pour la plupart; après quoi le lil des événements nous échappe, et rien n'apparuil plus ju8(pi'à Skenenre Tiouû, père de nombreux princes Alimès et d'un ou deux kamès peut-ôlre^'^, outre cet autre Ahmès qui devait ôlre ie roi ÎNibpehtire. Et nous savons positivement que Skenenre Tiouà régnait sur toute la Haute-Egypte, depuis Abydos jusqu'à Elkab. Il est extrêmement probable qu'il n'était pas lils de roi, et, d'après sa titulature, il ne descendait ni ne voulait descendre des rois Mer-[/l]-re, dont nous ne voyons pas, pour ce motif, quel intervalle au juste le sépare.
La continuité documentaire ainsi rompue à Thèbes est parfaitement établie, au contraire, du côté delà Basse-Efjypte. Rappelons qu'ayant été conduits, à propos des scarabées «hyksôs» de kbanofirre Sebekliotep et des princes de sa famille, à faire une analyse meilleure et plus détaillée des scarabées de la période «hyksôsw aiitérieurement étudiée, il nous est apparu *^^ que dans cette période, au premier coup d'œil fort homogène, on distinguait en réalité une évolution et des époques, do caractères semblables, certes, mais possibles cependant à différencier, qu'il y avait, notamment, l'époque des petits princes asiatiques Aura, Iakheber et autres, et l'époque à laquelle appartiennent les princes khian et les Pharaons tanites khian et Apopi. Celte dernière, des deux, est la plus récente, car les Anra-Iakebher sont contemporains de khanolirre, tandis que les Apopi — nous le savons par des données exclusivement
CJ Ci-avanl, Leê Hyktôê, weclion II, cliap. i. ^•^ Ci-avant, LesIIyksôs, compléments, S m, C.
-~y>( ÔIO Ve<~ [107]
romanesques, mais concordantes et historiquement dignes de ronlifliico — sont en guerre avec Skenenre ou avec Knnirs. Les deux groupes JMS-égyplicns sont d'ailleurs en étroite relation ensemble; le groupe ancien, celui des sheikhs des scarabées, comporte des personnages de fonction évidemment différente de celle de ces Pharaons parfaitement égyptiens que sont Sousirenre khian, Aousirre Apopi et Aknenre Apopi, mais la liaison d'une catégorie à l'autre est établie par l'existence des princes du nom de Khian, qui figurent dans le groupe pharaonique et dans le groupe des «chefs de tribu 55, et l'on se rappelle que dès le temps de Khanofirre, les Asiatiques portaient déjà les titres royaux et prenaient des noms solaires, KItahare Xnra , \ofirabre Aura, Merousirre lakebher. Dans l'état d'anarchie qui régnait dans le Delta comme dans l'Egypte entière, il y eut sans doute tous les intermédiaires entre la royauté improvisée d'un lakebher quelconque, et une royauté véritable. A ïanis, à ce qu'on croit comprendre, il s'était conservé une autorité indigène, une maison pharaonique traditionnelle, plus ou moins volontairement amie des Asiatiques intrus et plus ou moins complètement soumise, à la longue, à leur tutelle; il semble également que celte royauté tanite finit par organiser et disciplimîr toutes ces forces éparses dans la Basse-Egypte, mais au moment où elle y arriva, les étrangers l'avait entourée et conquise, elle-même, au point d'oser s'asseoir sur son trône : des deux rois de l'apogée de la domination tanite en Egypte, Aousirre et Sousirenre, l'un porte le vieux nom indigène d'Apopi, l'autre est un Khian.
Les sheikhs plus ou moins pharaonisés de la première période sont nombreux; il y a plusieurs Anra^'^ — dont un Khakare et un Nofirabre, — des Iakeb et lakebher multiples —
'') Ne perdons pas de vue, d'ailleurs - — nous l'avons signalé plus liaut sur la base d'une conslaUition réconiiin'nl faite, ^ — (pi'/lnrrt, 1res probablement, n"<'<l pas un nom ]iropre.
[108] ~.o.( ni? )<A-^
l'un d'eux so nomme Merousirre, — des Ouazed, des Semt, des Slirslii. d'autres dont nous no connaissons (juo le nom solaire qu'ils avaient pris, Matahre, iNesebekre, khakliopirre, Nematre : ces deux dernier noms, renouvelles de la XII" dynastie, semblent avoir été particulièrement usités, dans toute i'Kfjyple, au temps de Klianolii-re et d' Aoiiabre llor, L'rpocpie de tous ces prnices, nous l'avons dit, est celle de kbanolirrc. Viennent ensuite les sbeikhs Kbian, ettout près de là, sans nul doulc. b' roi Sousirenre Kbian et son voisin Aousirre Apopi, les Pbaraonsde la Basse-Kgy()te et de Gebelein. D'autres Apopi s'inscrivent à ccMé d'eux, Akncnre Apopi de Tanis, Nibkbopesbre Apopi de Saqqarab, ceux de divers monuments de lîubaste et de Kabun, puis quelques autres rois du groupe yl-[yr]-re, Asabre de Tanis, Akbare, Abotepre.
Lesquels, parmi ces derniers rois, sont ceux avec qui Skenenre Tiouâ et Kamès furent en guerre? Puisque Sousirenre Kbian et Aousirre Apopi sont maîtres de l'Egypte entière — ils bâtissent à Gebelein, — et puisque Skenenre a déjà rétabli son pouvoir sur la Haute-Egypte jusqu'à Abydos en aval, puisqu'on sait d'ailleurs qu'à partir de Skenenre la puissance tbébaine ne devait plus décroître, on est forcé d'admettre que Sousirenre Kbian et Aousirre Apopi sont antérieurs à Skenenre, ou que Skenenre a combattu victorieusement le dernier en date d'entre eux. En tout cas, la période de Sousirenre et d'Aousirre est, dans l'ensemble, celle qui précède immédiatement le règne de Skenenre Tiouâ. Le plus probable est qu'après Sousirenre et Aousirre viennent les autres Apopi, Aknenre, Wibkbopesbre, un peu plus éloignés par leurs monuments (le la période des scarabées «byksôsw, et qu'ils sont, à Tanis, les souverains d'une fin de dynastie, d'une époque de décadence politique que prolongent, peut-être, les obscurs Asabre, Akbare cl Abotopre; il est permis, sans doute, de voir en eux les coiitenq)(Mains el les viilimes de la revancbe thé-
bauio (jui loujplil le règne de Skenenre Tioua et fut paraclievue, €01111110 nous savons, par Alimès en ses premières années.
Danscel arrangenienl des iails, rpii ne parnissenl guère pouvoir s'ordonner autrement dans l'ensemble, les slieikhs de la première période, Anra, Iakebher, etc., étant contemporains de kbanoliri*e, et les derniers Apopi étant contemporains de Skenenre Tiouà , on voit qu'il ne reste, du côté de la Basse- Egypte, pour correspondre à l'intervalle cbronologique entre khanofirre et Skenenre, que les règnes de Sousirenre ctd'Aousirre. Cela est am[»lemi'nl sudisant, si l'on considère que dons rintoryalle en question nous ne connaissons, à Thèbes, que les derniers et très pâles Kha-[X|-re, et leurs successeurs les i\ler-[\]'re très peu connus; mais cela montre aussi qu'il ne nous échappe, en Haute-Egypte, aucun événement remplissant une durée un peu importante, en d'autres termes, qu'on peut considérer que Skenenre TiouA a élé 1(! successeur des iMer- [X]-re, non point à dislance, mais à très peu de chose près immédiatement et sans lacune.
Voici donc, en somme, comment nous pouvons nous représenter que se sont passées les choses. Au temps de Khanohrre, nous l'avons vu, le roi thébain avait étendu son empire sur l'Egypte entière; mais nous avons vu aussi que son autorité était 1res débile et qu'il tolérait, aussi bien dans la Moyenne et même dans la Haute-Egypte que dans le Delta, une foule de princes qui s'arrogeaient les attributs d'une souveraineté indépendante. Sous les successeurs immédiats de Khanofirre, l'œuvre thébaine commença à chanceler, inclina vite vers la ruine, cependant qu'en Basse-Egypte des forces nouvelles grandissaient. Parmi les petits princes du Delta, les Asiatiques, mieux armés pour la guerre peut-être, avaient pris une place préjiondéranle, s'élaient unis, peut-être, autour d'une principaulé indigène de Tanis ou de Bubasto dont il devaient linir par occuper le trône, et étaient arrivés, ainsi, à constituer une
[110] -■»( ni!) w<.~
Basse-Egypte organisée cl rodoulable. Tanltes indigènes et Asialifjiios m(M(''s, ils marclirreiit à la t'on{|uel(> do la Tliéhaïdc et imposèrent leur aiilorilé aux rois de Tljrl)es, mais j)()int à coup sur de manière plus comj)lète que les Thébains n'avaient imposé la leur aux princes du Nord, c'est-à-dire qu'ils les laissèrent subsister dans leur ville avec les attributs do l'indépendance : c'est l'époque victorieuse de Sousirenro klii;in etd'Aousirre Apopi, dont étaient les vassaux, àTlièbes, ces Mernolirre Ai, Mcrhotepre Ani-Sebekhotep, Mersekbemre Nofirliolep, Merkaourc Sebekiiolop, Merankbre Meutoubotep, qu'on ne connaîtrait pas sans les cbélifs monuments qu'ils dédièrent à \mon de Karnak. Mais le triomphe des Septentrionaux fut de courte durée. Les Thébains se révoltèrent contre eux, sous le commandemont de chefs énergiques qui devaient fonder uni; maison nouvelle. Un certain Tiouà, qui se lit roi sous le nom de Skenenre, avait réussi à la fin de sa vie à repousser les Apopi de la plus grande partie de la Haute-Egypte, et son œuvre, à laquelle prirent part sans doute plusieurs Ahmès et kamèsde sa famille, fut conduite à son achèvement par celui de ses fils qui régna sous les noms de Nibpehtire Ahmès; plus solide que celle de leurs prédécesseurs de la famille de khanofirre, et enfin durable, cette œuvre devait aboutir à la réorganisation d'une Egypte unie et gouvernée par un Pharaon unique, la grande Egypte des dynasties thébaincs du Nouvel Empire.
Dinuinu ::»t.wi . ^tr z 1 md