Ouazkhopirre Kamès; tombe intacte
io. Nibkheroure Mentouhotep, le roi connu de la XIe dynastie; tombe intacte.
Plus loin, au cours du document, on revient encore une fois au tombeau de Sekbemre-Seshedtaoui et de Noubkhas, le seul violé de tous ceux du groupe royal dont on avait fait l'inventaire. On voit que dans ce groupe, après un roi de la XVIIIe dynastie et un autre de la XIe, on trouve une importante série de princes de la période entre XIIe et XVIIIe; le dernier est cet assez singulier Ahmès-se-Pn-nr^\ dont on peut admettre qu'il est un des nombreux Abmès de la famille de Skenenre et d'Ouazkbopirre, dont certaines listes cultuelles démontrent l'existence (voir, un peu plus bas, liste de Khabekhit). Tout à la lin paraît le vieux Nibkheroure delà XIe dynastie, que nous retrouverons plusieurs fois dans la même compagnie aux monuments qu'on verra un peu plus loin.
M Tout à fait inconnu par ailleurs sous cette forme, contrairement à ce qui a été noté quelquefois à ce sujet.
Nous avons déjà, d'autre part, à propos des monuments de Skenenre Tiouà, signalé l;i bizarrerie de la double mention do son tombeau dans Abbofl, et la très remarquable surprise du scribe, écrivant : «Ce qui fait, au total, deux rois Tiouâ. » Cette note nous permet d'inférer que l'écrivain, docile à la lettre des minutes qu'il copiait, savait néanmoins que les noms de Skenenre Tiouâ avaient appartenu à un Pharaon unique.
Quant au papyrus Amherst(1), on y trouve consignés les aveux des voleurs qui ouvrirent la tombe de Sckhemre-Seshedtaoui et de Noubkhas, avec cette caractéristique description des lieux qui a permis, on se le rappelle, de retrouver le monument sur place; nous avons étudié cette question, au cours de notre examen des monuments du roi et de la reine.
D'autres dossiers, relatifs à des vérifications de tombes anciennes, étaient conservés à Tlièbes à la même époque; un papyrus de Vienne est le catalogue des pièces d'une certaine série, dont l'une concernait la visite de la tombe du roi 6ekhemre~Gergtaoui(2); nous savons que ce souverain n'est connu, autrement, que par le papyrus de Turin.
Les prédécesseurs immédiats de la XVIIIe dynastie occupèrent les autorités thébaines, encore une fois, quelque temps après le Nouvel Empire, sous la XXIIe dynastie, lorsqu'on prit le parti, sans doute à la suite de déprédations du genre de celles dont les papyrus Abbott et Amherst conservent le souvenir, de sortir leurs cercueils et leurs momies des tombeaux
W Reproduction et traduction de Chabas, Le papyrus judiciaire Amhurst, dans Mélanges égyptologiquee, III, t. II (1878); voir ensuite Newrerhy, The Amherst Vapijri, 1899, p. i3, a6-a5, pi. IV. V, VI. Se reporter d'ailleurs à ce
qui a été noté précédemment par nous, Monuments et histoire entra
XII' et XVIir dynasties, chap. v, S m, à propos de Sokhemre-Seshedtaoui Sebekemsaf.
(2> Pour ce qui concerne Sekhemre-Gergtaoui , voir chez nous, Monuments
et histoire entre \/f et WJW dynasties, chap. 1", S IV, et en ce qui
concerne lo papyrus de Vienne, ajouter aux indications bibliographiques déjà données celle de von Bergmann, Hieratische Texte, VI, 11.
trop menacés et de les ensevelir, pêle-mêle avec les cercueils et les momies royales des dynasties thébaines de la XVIIIe à la XXI0 dynastie, dans la cachette de Deir el-Bahri où l'on devait les découvrir en 1880. En compagnie des Thoutmès, des Ramsès et des Seti de la grande période thébaine, on trouva ainsi (1) les fondateurs du Nouvel Empire, Zosirkare Amenhotep, la reine Nofritari, Nibpebtire Ahmès, leurs prédécesseurs immédiats, Skenenre Tiouâ et la reine Ahhotep, Ouazkhopirre Kamès, plusieurs princes et princesses de l'époque et de la famille de Tiouâ et de Kamès, un prince Se-Amon dont nous avons un monument (2), une princesse Set-Amon, une princesse Set-Kamès, tous cités ensemble par certaines listes cultuelles de la XXe dynastie que nous allons maintenant passer en revue.
Listes cultuelles.
La rencontre de pareilles listes de rois anciens n'est pas spéciale au Nouvel Empire; à toute époque de l'histoire d'Egypte, depuis la plus ancienne, les prêtres des cultes funéraires royaux aimaient à en rappeler les fonctions dans les monuments de leur carrière personnelle. En ce qui concerne les princes thébains de la période entre XII' et XVIIIe dynastie, ils se présentent à nous dans quelques listes qui sont les suivantes :
1. La liste du prêtre Mes, contemporain de la XVIIIe dynastie, chargé, nous dit-il sur sa stèle (3),du culte de Twuâ, de Ouazkhopirre Kamès et d'un Akhopir...re qui est Thoutmès Ier, Thoutmès II ou Amenhotep IL
W Maspero, Les momies roxjales de Deir-el-Bahri , passiiiï.
(ï' Pour tous ces personnages, voir chez nous, Hyksâs , Section II, chap. i".
<3) Caire n° 34.o3o. Libblein, Dict. noms hiéroglyphiques , n° 1922, p. 760; Lacao, Stèles du Nouvel Empire (dans Cal. général Caire), p. 64-65, pi. XXII; Legrain , Répei'loire généalogique, p. 1,
2. Celle de la table d'offrandes de Marseille (l), où Skenenre et Ouazkhopirre , côte à côte comme dans le document précédent, voisinent avec un Snekhtenre contemporain, figurant également dans la liste de Karnak, parmi une trentaine de personnages royaux du Nouvel Empire. Le monument est du règne de Ramsès II.
3. La liste du prêtre Khabekhit(2), dans son tombeau de Deir ei-Medineh , de la XXe dynastie. Elle comprend vingt-cinq noms royaux, parmi lesquels, pour la XVIIIe dynastie ou l'époque immédiatement précédente, Amenhotep Ier (cf. le document suivant), les reines Ahhotep (id.) et Ahmès Nofrilari, le roi Ahmès (n/.), deux autres princes ou princesses Ahmès, le Fils Royal Binpou — connu, on se le rappelle, par cette statuette d'Harpocrate sur laquelle il figure en compagnie d'un certain prince Ahmès, — enfin, comme dans les deux listes précédentes, Ouazkhopirre Knmès et Skenenre Twuâ-ken (sic; se reporter à notre élude des monuments du roi ; cf. encore le document suivant). Très singulièrement s'adjoint à la liste, seul de la période thébaine ancienne, le Nibkheroure Mentouhotep de la XIe dynastie, qu'on retrouve avoisiné de même dans la liste suivante.
4. La liste du prêtre Anhourkhaoui(3), dans son tombeau de Deir el-Medineh, voisin et contemporain de celui de Kliabekbit. La série royale est remarquablement analogue à l'autre, mais moins nombreuse , comprenant une douzaine de noms seulement; on y trouve, de la période qui nous intéresse ou du début de la XVIIIe dynastie, Skenenre, [hmès, imenhotep I" et la
(,) De Saulcy, Étude etc., dans Mémoire» de l'Acad. impériale do Metz, i863, p. hb et suiv.; Maspeho, Catalogue du Musée égyptien dn Mantille, p. h.
W Gbampollion , Notices, p. 866 et suiv.; Pbissb, Monument*, pi. III: Lbpsius, Auswald, pi. XI, et L D, III, 9 «.
(•) LD, III, a d.
reine Ahhotep, puis le ISibklierourede la XIe (pour tous ceux-là, cf. le document précédent), et parmi les autres, curieusement égaré en une compagnie plus ancienne que lui-même, un Hikamon Selepenre de la fin de l'époque ramesside.
A propos du vieux Nibkheroure, dont les deux prêtres de Deir el-Medineh prenaient soin de la sorte, et dont le tombeau, à Drah abou'l Neggah, était voisin de ceux des Sekhemre et des princes de la famille de Tiouâ, rappelons encore que Khanofirre Sebekhotep, à Karnak, restaurait une de ses statues, élevée au temps de la XIIe dynastie; de la XIe dynastie à celles du Nouvel Empire, en passant par les familles des Antef, des Sebekemsafet des Sebekhotep, il y avait continuité, par hypothèse, dans la filiation de la maison thébaine.
5. La liste de Imaseb, dans son tombeau de Sheikh Abdel-Gournah (l), montrant le nom de Skenenre, mal écrit, parmi d'autres.
6. La célèbre liste de Karnak, rédigée pour Thoutmès III, qu'on voit en adoration devant les noms d'une soixantaine de ses prédécesseurs (2). On a discuté à l'infini sur les principes qui dirigent cette sélection de noms royaux, et suftout, sur l'ordre dans lequel il faut les lire, groupés qu'ils sont en huit petites rangées tantôt de sept, tantôt de huit cartouches, disposées symétriquement par rapport à un axe central de figuration. Nous nous conformerons simplement, ici, au dernier classement, celui de Sethe '3), et numéroterons comme il le fait les huit groupes de cartouches. Dans l'ordre qui résulte de
M LD, Text,\\l,p. 955.
('2> Burton, Excerpta hieroglyphica , pi. I; Prisse, Monuments , pi. I; Lepsius, Ausivahl, pi. I; Sethe, Urkunden der 18. Dynastie (Steindorff, Urkundrn d. aeg. Altertums , IV), p. 608 et suiv.
W Voir note précédente.
15, on voit paraître des séries historiques assez nettes chacune, mais singulièrement placées les unes par rapport aux autres. La rangée I comprend des noms des IVe et V° dynasties; II a quelques noms delà VIe, à la (in; la XIIe dynastie remplit III, déborde sur IV, et dès le deuxième nom de cette rangée IV commence une importante série de noms d'après la XIIe dynastie, qui remplit tout le reste du tableau jusqu'à la fin de VIII. Cette ordonnance serait historiquement très bonne, si à la fin de I on ne trouvait égaré Sekhemre-Smentaoui , que suivent en II, avant les rois de la VIe dynastie, une série à'Antef et de Mentouhotep qui sont sans doute ceux de la XIe; à quoi il faut joindre un Antef encore, inscrit à la fin de III et intercalé, par conséquent, dans la série de la XII8: Tout cela ne paraît guère explicable. Dans IV, d'ailleurs, on retrouve, inséré parmi les rois d'après la XIIe dynastie, l'inévitable Nibkheroure que possédaient les listes précédentes, et aussi un Ousirenre qui serait mieux à sa place, à ce qu'il semble, avec les noms de l'Ancien Empire des rangées I et II; mais après cela, une sorte de clarification se réalise; ôtons Nibkheroure et Ousirenre, il ne restera plus aucun nom, depuis le deuxième de IV jusqu'à la fin de la liste, qui n'appartienne au grand groupe authentique des rois d'après la XIIe dynastie. Prenons l'ensemble de ces noms d'après la XIIe dynastie, dans l'ordre où le document nous les donne :
Rangée I. . Sekhemre-Smentaoui ,
Rangée IV.
Skenenre.
Snekhtenre.
Noubkliopii're.
SnoOrkare.
Klianofirre.
Khasekhemre. [Sekhemre-S...?]taoui<,>.
Rangée V.. / Sekhemre-Khoutaoni.
Sankhabre.
Souazenre.
kaoure.
(1) Le cartouche, d'ailleurs brisé à la partie supérieure, a été martelé, en outre, au-dessus du dernier groupe taoui, comme il a eu lieu pour plusieurs
Mersekhemie.
Merkaoure.
Sekhemre-Sousirtaoui.
Rangée VI. / X. . .
Snofir. . .re.
khahotepre.
\ khaankhre.
Sekliemre-Ouahkhaou.
Souahenre.
" I Merholepre.
( Re-Khoutaoui.
Rangée VII.
(Suite.)
li.i
ngee
Sekhemre- Ouazkhaou.
Snofir . . . re.
Souazenre.
Sekhemre-Seshedtaoui.
De même que nous observions plus haut, dans la liste, certains groupes homogènes de l'Ancien Empire et de la \ll dynastie, de même, ici, se remarquent des tentatives de classement dans le détail : Skenonre avec Siwkhtenrc en IV, Khanojirre et Khasekhemre en V, Khahotepre et Khaankhre au bas de \ I . Mersekhemre avec Merkaoure en tête de celte même rangée VI. Toujours comme plus haut, d'ailleurs, ces éléments de classement correct ne font que plus vivement ressortir l'étrange désordre de tout le reste et de l'ensemble. Il n'y a d'autre parti à en tirer que de prendre les noms, de les trier et de lis remettre en leurs séries véritables, pour rapprocher celles-ci des listes familiales historiques que nous connaissons déjà. Ce rangement, que le rédacteur de Karnak n'a pas su ou pas voulu faire, donne les groupes que voici :
Sekhemre-Khoutaoui.
Re-Khoutaoui.
autres cartouches de la table; il reste, sans qu'on puisse lire certainement les trois <i;;nis \erlicaus volontairement détruits :
Sankhabre.
Sno0r[ab?]re.
Snqfir. . .re.
Snnfirkare.
Noubkhopirre.
Sekhemre Ouazkhaou.
Sekhemre-Ouahkhaou.
Sekherare-Seshedtanui.
Sekhemre-Smentaoui.
Sekhemre-Sottsirtaoui.
[Sekhemre-S. . .?]taoui.
klj.'lllolil Ti'.
Klijisi'khemre.
Khahotepre.
Khaankhre.
Mersekhemie.
Merkaoure.
Merhotepre.
Skenenre.
Siicklitenre
Souazenre.
Souaienre.
Souahenre.
Ainsi présenté, le tableau fournit, comme on voit, des séries plus ou moins complètes de toutes les familles royales dont la domination . à l'époque du monument, était considérée àThèbes comme légitime. On n'y trouve, naturellement, ni Apopi, ni princes asiatiques; mais, par contre :
i° L'usurpateur du début, Sekhenire-khoutaoui, et son presque homonyme;
a0 La dynastie thébaine des héritiers prétendus légitimes de la XIIe dynastie, représentée par Sankhabre Ameni-Antel- Amenemhat et SnolirabreSenousnl, plus deux rois inconnue par ailleurs, un Snofà\X\re et un Sno&rlcare dont le nom tient à la lois de ceux de Snojirabre et Sekhemkare Imenemhat Senbef: la place de ces deux rois nouveaux n'est pas douteuse;
3° Les Antef, représentés par le seul Nouhkhopirre;
h° Les Sebekemsaf et autres de la famille Sekhetnre-[X] ; sont présents, outre les deux Sebekemsaf, — Ouazkhaou el Seshedtaoui, — Sekhemre-Ouahkhaou Rahotep, Sekhemre- Smentaoui Thouti; puis nu autre qui est le Sankhtaoui connu. ou bien Souaztaout Sebekhotep, ou encore un nouveau S. . .hioin inconnu jusqu'à présent; enfin un dernier certaine ment nouveau pour nous . Sekheinre-Sousirtaoui : comme on voit, au moins un roi dont nous n'avions pas encore trace par ailleurs;
5° Les Sebekhotep et Nofirhotep de la famille Kha[X]re, très complètement représentée; manquent, naturellement, ceux de la série nominale qui sont de petits princes du Nord, mais parmi les Thébains, même le petit Khahotepre est présent;
6° Les Thébains de la période de la sujétion aux Septentrionaux, rois Mer[^T]re , représentés par trois membres du groupe (on remarque l'omission complète de la petite famille Tet[X]re);
7° Enfin, la dynastie de la renaissance thébaine, Skenenre Tiouâ et ses parents du groupe S[Z]ewe, dont Souahenre Senbmaiou et Souazenre Binpou (ou Ahmès); noter, s'il n'y a pas là une erreur dans la rédaction du document, l'existence d'un deuxième Souazenre.
Les rois nouveaux que la liste nous apporte sont inscrits en italiques dans le tableau qui précède. De manière générale, on voit que le rédacteur est abondamment renseigné au moins sur les noms des souverains qui régnèrent à Tbèbes depuis la disparition de la XIIe dynastie, et l'on dirait que la sélection dont sa liste est le résultat a été faite en prenant quelques noms, impartialement, dans chacune des familles qui se succédèrent sur le trône durant toute la période. Une particularité remarquable est que ce tableau des « ancêtres » de ThoutmèsIII s'arrête à la XVIIIe dynastie, exclusivement: n'y paraissent ni Ahmès, ni aucun de ses successeurs de la grande maison nouvelle.