‹ La fin du Moyen Empire egyptien; étude sur les monuments et l'histoire de la période comprise entre la 12e et la 18e dynastieChapitre 8 sur 113 · LE PAPYRUS DE TURIN · texte numérisé non relu

LE PAPYRUS DE TURIN

L'étude du papyrus royal de Turin est très grandement facilitée par les derniers travaux dont le documenta été l'objet, dus principalement à Pieper et Ed. Meyer, travaux qui nous apportent un papyrus à peu près définitivement débrouillé, classé, et qu'on n'a plus guère qu'à lire. Rappelons que la mise en ordre des fragments fut opérée de manière remarquablement habile et heureuse, au début, par Seyffarth, dont le travail servit de base aux publications fondamentales de Lepsius ll) et de Wilkinson (2), qui corrigeait Lepsius en quelques points. Dès leur époque, l'organisation générale du document était à peu près claire. De Menés à la veille du Nouvel Empire l'histoire y est divisée, comme on sait, en deux grandes sections, qui correspondent assez bien à ce que nous appelons [Ancien Empire et le Moyen Empire, la première section, ou Ancien Empire, ayant eu au total — somme enregistrée dans le document même — une durée de 0,55 ans. Dans cette même première section , des totaux numériques délimitent deux périodes, à l'intérieur desquelles sont marqués des sousgroupes, soit par une rubrique, soit par l'intercalation des mots «il régna » : sous-groupes fort analogues à ce que nous appelons, d'après la liste grecque, les dynasties. Et il y a cinq

(" Lepsius, A unirait l, pi. III -VI.

M Wilkinson, The fragment» of the hierulic Papyrus of Turin, i85i.

« dynasties», au total, dans les deux périodes en lesquelles est divisé l'« Ancien Empire». Si l'on passe maintenant à la deuxième grande section de la liste, ou Moyen Empire, on y trouve, de même que dans l'autre, des périodes délimitées par des totaux : quatre en tout. De ces quatre périodes, les trois premières ne sont pas divisées en dynasties; la troisième est celle des «rois de la cour de It-taoui» , comprenant 8 Thébains avec ai3 ans, î mois et 17 jours, et identique au groupe historique que nous appelons, d'après la liste grecque, la XII" dynastie. Immédiatement après commence, au papyrus, la dernière des périodes qui y sont conservées, soit la quatrième de la deuxième section ou «Moyen Empire», intitulée des «rois d'après la dynastie d'Amenemhat ItT». C'est la seule dont l'étude, ici, nous intéresse.

Où se trouve-t-elle au papyrus ? D'après le rangement de Seyflarth, adopté par Lepsius et Wilkinson, le document aurait compris douze colonnes, qu'ils numérotent de I à XII. La période «d'après la dynastie d'Amenemhat Ier» commence à la colonne Vil, dont les trois premières lignes appartiennent encore à la XIIe dynastie, la quatrième ligne étant consacrée au titre de la période suivante, de telle manière que son premier nom occupe la ligne 5 ; de ce point , la période remplit tout le reste du document jusqu'à la fin des parties conservées. En ce qui. concerne, cependant, la nomenclature des colonnes, rappelons tout de suite qu'ainsi qu'il est reconnu depuis longtemps, la colonne II de Seylïarth est à placer avant I (ce qui n'importe guère ici, ne moditiant pas les numéros d'ordre suivants), et que l'ensemble des colonnes I-III-IV, c'est-à-dire les fragments que Seyflarth avait attribués aux trois colonnes ainsi appelées, est à répartir, en réalité, en deux colonnes seulement, de telle manière que les vrais numéros d'ordre, au delà, reculent d'une unité, VII de Seyflarth, par exemple, étant vraiment la sixième. Pour la précision du langage, nous

emploierons un numérotage double, désignant les colonnes du papyraspar 6 [VII], 7 [VIII], et ainsi de suite.

Au point de vue de la certitude du rangement des fragments et de l'histoire des lîucluations de ce rangement chez les historiens modernes, il faut distinguer les trois premières des colonnes qui nous intéressent, 6 [VII], 7 [VIII] et 8 |l\], relativement bien conservées et, somme toute, très sûres, de la partie qui suit, les fragments groupés dans les colonnes X-XII de Seyflarth, zone très brisée, très incomplète, dans laquelle l'ordonnance des fragments est, aujourd'hui encore, des plus problématiques.

Dans l'ensemble VII-IX, la manière de ranger les fragments n'a pour ainsi dire pas varié depuis le début. La plus notable des études du deuxième stade, celle de Lauth(lj, avait accepté Seyflarth-Lepsius-W ilkinson sans changement, et tout le monde depuis lors l'avait suivie, notamment Wiedemann en ses très attentifs exposés (2). Seul, Max Pieper(3), en 100/i, crut devoir effectuer une permutation de deux fragments importants, le groupe des fragments 76-80, mis jusqu'alors au milieu de VII et comprenant une quinzaine de noms, — les Sebekhotep, Mermashaou, un ka-Set-re problématique — avec le fragment 101, mis jusqu'alors au bas de 1\ et comprenant treize noms, pour la plupart mutilés. Mais Ed. Meyer, en 1908, combattit la permutation proposée '. et Pieper luimême, plus tard f5), y renonça, retombant d'accord avec L'unanimité des historiens. Les trois colonnes VII-IX peuvent donc

(1) Lwtu , Manrtho uiifl tin- Tiinncr Kônigapapyrut , 1 865.

(1' Wiedemann, Aegyptische G«$chickt$, l884, p. 7:>-7"> et pastim.

M. I'ieper, Die Kônige Aegypteni vwischm dem Miitlcren tutd Veuen Heich, igo/i.

'*' En. Meter, Rachtràge :ur (ifjryjiiiurlipii Chronologie , J908, [t. .Si-3a.

'5' Piepeh cl BiiiciiAiinT. Uandimck dtr âgmtUehen Kônigtttamen, I, 191s, et en dernier lieu Piipib dans l. /., .">i 1 mi 'm. p. <yi (Untenuchungen .-»/»•

Gegchirhle der XIII. Dynastie).

être considérées comme ordonnées aussi sûrement que possible. Leur composition est la suivante :

6 [VII], comprenant fragments 72 et 76-80, a 3o lignes, dont les

26 dernières, comme déjà expliqué, sont occupées par des noms de la période qui nous intéresse, ci 26 noms.

7 [VIII], comprenant fragments 81, 87-88, 93-94-95,

a 3 1 lignes , ci 3 1

8 [IX], comprenant fragments 97, toi, a 3o lignes, ci. 3o

Total pour ces trois colonnes 87 noms.

Incertitude et possibilités de désordre commencent au delà. On s'accorde, cependant, sur la répartition des nombreux fragments qui restent entre une certaine colonne du papyrus, celle que Seyffarth numérotait X, comprenant, notamment, les fragments 108, 112, 122-123, et un autre groupe, représenté par les colonnes XI et XII de Seyffarth, mais dont il faudrait peut-être faire une colonne unique, et auquel appartiennent les fragments 126, i3o, i5o, 1O2 et d'autres. Mais, cette séparation des groupes X et XI-XII une fois faite et acceptée, l'ordre dans lequel il faut prendre les deux groupes est incertain, et incertain, même, le rangement des fragments dans l'intérieur de chacun d'eux. L'ordre général des colonnes de Seyffarth a été révoqué en doute par Lauth , sur la base de cette observation , que dans X paraissaient les noms des Apopi (fr. 1 1 2) et d'autres noms visiblement étrangers (fr. 122-123), que ces noms ne pouvaient être inscrits que tout à la fin de la liste, et par conséquent que X devait être reporté en arrière de l'ensemble XI-XII. Wiedemann, qui suit Lauth volontiers, a accepté cela aussi. Mais Pieper n'en veut pas, et dans ses rangements de 190/i et 1912, aussi dans ses notes de 101/1, il revient à Seyffarth, avec la colonne X d'abord. Ed. Meyer, dès îo^ok, continue, sur ce point, à être en oppo-

sition avec Pieper, et il se range à l'opinion de Lauth et Wiedemann. En ce qui concerne, maintenant, le détail de l'ordonnance des fragments, surtout intéressant dans \. on peut noter les variations de Pieper, qui met toujours le fr. 108 en tête, mais le fait suivre, en iqoâ, du fr. 1 t9 (les Apopi), avec L 99-1 9.3 (les noms étrangers) en dernière ligne, tandis qu'en 1912, il remet 129-193 devant 112, conformément à ce qu'on acceptait communément depuis Lauth. Pieper revient encore une fois à ce détail en 191^ (1).

Combien de noms fournissaient ces dernières colonnes? X a probablement 3g lignes; dans XI-XH, la colonne, plus serrée, avait environ 36 lignes, ce qui fait 36 noms ou bien 72, suivant qu'on admet qu'en Xl-XII il y avait une colonne seulement, ou bien deux : en tout, par conséquent, pour l'ensemble de \ et XL-XII, 68 noms ou bien 10/1, et, depuis le début de la période, en y comprenant les 87 noms déjà fournis par les colonnes 6 [Vil], 7 [VIII] et 8 [IX], ou bien 87+68, soit 1 55 noms, ou bien 87+10/1, soit 191 noms, sans qu'il soit possible de décider certainement entre un chiffre et l'autre.

11 paraît difficile, pour le moment, de pousser plus loin l'analyse matérielle du document, et nous ne pourrons faire mieux, pour mettre sous nos yeux la liste royale, que de nous conformer aux résultats des recherches que nous venons de résumer, en nous obligeant seulement à choisir, lorsqu'il est nécessaire, entre les opinions divergentes. Pour ce qui concerne les colonnes VII à IX, il n'y a nulle dilliculté, tous les historiens étant d'accord ensemble (2). Pour le rangement de \ par rapport à XI-XII, nous mettrons X en dernière place, comme l'a indiqué Lauth, comme l'ont Ed. Meyer et la plupart des autres, en opposition avec le seul Pieper. Dans le

W I'iki'kii dans À. Z., 5i (.101 A), p. 96-98.

Voir, en dernier lieu, Ki>. Meter, Gesçh.d. lltêfhtmt, I, 11 (éd. de

li)i><)). p. V.7O ni sniv.; VOIT Spéciale rit p, "K/i-->8li.

domaine des innombrables fragments qui entrent dans XI-XII, nous négligerons un grand nombre de noms, très mutilés et sans utilité, que Pieper faisait entrer dans ses numérotages, à l'exemple de Wicdemann qui jadis cherchait, lui aussi, à établir dans cette zone une liste numériquement complète. Pour le classement de détail de X, enfin, nous prendrons l'ordre sur lequel Pieper, en 1912, arrive à s'accorder avec ses prédécesseurs. La liste royale qui résulte de là est celle que nous transcrivons aux pages suivantes.

La liste ainsi obtenue, lisons-la attentivement, considérons ses divisions et ses noms en les rapprochant des faits monumentaux et des classifications historiques antérieurement établies, de manière à pénétrer, s'il est possible, dans l'esprit du rédacteur, à voir ce qu'il connaissait des faits historiques et de quelle manière il se représentait leur organisation.

On constate d'abord que la liste possède des noms de rois positivement connus, en assez grand nombre : plusieurs au début, dans la première vingtaine, puis le groupe compact des «Sebekhotep» et autres, des n0' 22 à 28, puis nombre des Mer-[X]-re, entre le n° 29 et le n° 5o, puis, beaucoup plus bas, quelques Sehhemre (n0' 90-92), enfin les Apopi des dernières lignes. Il y a donc matière à comparaisons utiles. Mais voyons tout de suite les divisions. Les «rois d'après la dynastie d'Amenemhat Ier» forment, nous l'avons dit, la quatrième el dernière période de cette grande section du papyrus, qui correspond au «Moyen Empire n, et, de même que les périodes délimitées dans la section antérieure, celle de l'« Ancien Empire», se subdivisent en groupes qu'on peut appeler des «dynasties??, de même ici, dans la période dont le tableau est sous nos veux, sont définis un certain nombre de ces groupes ou «dynasties», annoncées par les mots «il régna» devant un nom royal. Trois fois est insérée cette mention, aux

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du P1PYBU8.

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