‹ La fin du paganisme (volume 2)Chapitre 112 sur 126 · NOMBRE DES PERSECUTIONS · texte numérisé non relu

NOMBRE DES PERSECUTIONS

Ce n'est guère que chez les écrivains ecclésiastiques qu'il est question des persécutions; les autres n'en parlent que par hasard et en quelques mots. C'étaient pour eux des événements de peu d'importance, auxquels ils ne faisaient pas attention. Même celle de Dioclétien, qui fut si grave, si longue, et qui aboutit au triomphe du christianisme, ni Aurélius Victor ni Zosime n'en disent rien.

Les auteurs ecclésiastiques eux-mêmes ne s'accordent pas toujours à propos du nombre et du caractère des persécutions. Il semble qu'on saisit chez eux deux tendances différentes. Quelques-uns les multiplient volon-

tiers et en comptent six ou sept jusqu'à Dèce; d'autres cherchent visihlement à les restreindre. Méliton refuse de mettre Trajan parmi les princes qui ont persécuté l'Eglise^; Tertullien n'y place ni Trajan ni Marc-Aurèle^ Tous deux comprennent que ce serait un mauvais signe pour leur doctrine d'avoir été maltraitée par de si hons princes; ils se glorifient au contraire qu'elle n'ait eu pour ennemis qu'un Néron et un Domitien, c'est-à-dire les ennemis mémos du genre humain.

Ce désaccord s'explique aisément quand on songe qu'au début les persécutions étaient rarement générales. Saint Augustin fait très justement remarquer que, l'Eglise étant répandue partout, il pouvait se faire qu'elle fût persécutée quelque part et tranquille ailleurs''. II n'était pas besoin, pour que la persécution se ranimât dans les provinces, après quelques années de calme, que l'impulsion vînt de Rome et de l'autorité; un événement imprévu, un intérêt particulier et local pouvaient tout d'un coup enflammer les esprits, et, une fois excités, la loi ne leur offrait que trop de moyens de se satisfaire. C'est ce qui arriva sous Marc-Aurèle à Lyon, oii les chrétiens furent, on ne sait pourquoi, insultés, battus, lapidés, traînés devant les magistrats, torturés et mis à mort ; ce n'est qu'après que quelques-uns eurent été exposés aux bêtes, sur la demande du peuple, et qu'on en eut fait mourir d'autres en prison, que le proconsul, effrayé de voir leur nombre s'accroître tous les jours, s'avisa de consulter l'empereur, qui du reste ordonna de continuer comme on avait commencé'. Nous vovons de même la

1. Eu«èbo, //. £., IV, 26. — 2. Tertullien, Apol.. 5. — 5. De Civ. Dei, XVIII. o2. - 4. Kusèbe. //. £.. V. 1.

perséinilion éclaler brusqiiemeiil à Alexandrio un an avant l'édit de Dèce : la prédication d'une sorte de prophète ou de poète excite la populace, qui se jette sur les chrétiens, pille leurs maisons, les assomme dans les rues, allume des bûchers au milieu des places et les y précipite'. Peu de temps après le règne d'Alexandre Sévère, pendant la paix profonde dont jouissait l'Église, la Cappadoce et le Pont ayant été dévastés par des tremblements de terre qui renversent les temples, détruisent les villes, engloutissent les habitants, le peuple, suivant son habitude, s'en prend aux chrétiens et leur fait subir toute sorte de supplices. Ces massacres n'étaient pas commandés par l'autorité, mais ils n'étaient non plus ni arrêtés ni punis. On peut donc dire qu'en somme la persécution n'a jamais complètement cessé dans la vaste étendue de l'empire; elle ne s'éteignait ici que pour se ranimer un peu plus loin. Pendant les deux cent cinquante ans qui séparent Néron de Constantin, les chrétiens ont pu jouir de quelques moments de relâche, mais jamais leur sécurité n'a été complète. Leur sort dépendait de l'imprévu, leur condition changeait d'un pays à l'autre, et les empereurs qui les aimaient le plus n'ont pas pu les soustraire partout aux emportements du peuple qui s'appuyaient sur les injonctions de la loi.

Mais alors, si la persécution a été continue, s'il est vrai qu'elle ne se soit jamais entièrement arrêtée, d'où vient que les historiens de l'Eglise sont d'accord pour distinguer un certain nombre de persécutions particulières? On a souvent pensé que ce n'est là qu'une sorte de classe-

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