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LES PERSECUTIONS

On s'est beaucoup occupé, depuis quelques années, des persécutions de l'Église, et il est peu de questions, dans l'histoire des premiers temps du christianisme, qui aient suscité plus de débats. Sans parler des dissertations que M. de Rossi et M. Le Ëlant, deux maîtres de l'archéologie chrétienne, ne cessent de nous donner, et pour nous en tenir aux ouvrages qui ont paru en France, M. Aube a publié quatre volumes qui, sous des titres différents, racontent les luttes que l'Égh'se a soutenues contre l'empire jusqu'à la fin du m" siècle'. En même temps, M. Allard, qui a popularisé chez nous les travaux de M. de Rossi sur les catacombes-, achève la publication d'une grande histoire des persécutions, par deux volumes sur celle de Dioclétien et sur le triomphe de l'Eglise \ M. Renan, dans ses Origines du christianisme, a eu l'occasion d'étudier les persécutions que l'Église a souftertes

1. Histoire des persécutions de l'Église jusqu'à la fin des Anlonins,2 vol. 1875. Les Chrétiens dans l'empire romain, etc. 1 vol. 1881, l'Église et l'État dans la seconde moitié du m' siècle, 1885. — 2. Rome souterraine, etc. 1872.

3. Histoire des persécutions pendant les deux premiers siècles, 1 vol. ///v-

loire des persécutions pendant la premirre moitié du m" siècle. 1 vol. Les Dernières Persécutions du uf siècle, 1 vol. La Persécution de Dioclétien, "1 vol.

/iCO LA FIN DU PAGANISME.

jusqu'à la fin du règne de ]\larc-Aurèle. Enfin M. Havel y a touché dans le quatrième volume de son livre sur le Chrnliarmme et ses origines. Il me semble que, grâce à ces travaux, entrepris à des points de vue très différenls, par des auteurs qui sortent d'écoles très opposées, beaucoup de points obscurs se trouvent définitivement éclaircis. Dans tous les cas, les arguments principaux ayant été fournis et développés des deux côtés, je ne crois pas (ju'il soit téméraire ou prématuré de conclure.

Nous pouvons le faire avec d'autant plus d'assurance que la question n'est pas à proprement parler une question religieuse. Elle le serait, si l'on pouvait afllrmer que la vérité d'une doctrine se mesure à la fermeté de ses défenseurs. Il y a des apologistes du christianisme qui l'ont prétendu ; ils ont voulu tirer de la mort des martyrs la preuve irrécusable que les opinions pour lesquelles ils se sacrifiaient devaient être vraies : « On ne se fait pas tuer, disent-ils, pour une religion fausse. « Mais en soi ce raisonnement n'est pas juste, et d'ailleurs l'Eglise en a ruiné la force en traitant ses ennemis comme on avait traité ses enfants. Elle a fait elle-même des martyrs, et il ne lui est pas possible de réclamer pour les siens ce qu'elle ne voudrait pas accorder aux autres. En présence de la mort courageuse des vaudois, des hussites, des protestants qu'elle a brûlés ou pendus sans pouvoir leur arracher aucun désaveu de leurs croyances, il faut bien qu'elle renonce à soutenir (pi'on ne meurt que pour une doctrine vraie. Dès lors, il n'importe guère à la vérité du christianisme qu'il ait été plus ou moins persécuté et que le nombre de ceux qui ont versé leur sang pour lui soit plus ou moins considérable. Ce n'est

plus qu'une question historique qu'on doit aborder avec le même calme que les autres; j'avoue, pour moi, que je ne puis comprendre les passions qu'elle a jusqu'ici excitées.

C'est dans cet esprit que je vais tenter de la traiter, et il me semble que, lorsqu'on n'y apporte pas de prévention, tout y devient simple et clair. Comme jen'ai d'autre intention, dans les pages qui suivent, que de résumer ce qu'ont dit des écrivains autorisés, le lecteur y retrouvera beaucoup d'opinions qu'il connaît ; mais je n'y cherche pas la nouveauté : je voudrais seulement mettre en lumière quelques points qui, dans cette histoire, telle que la science nous l'a faite, me paraissent incontestables.

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