‹ La fin du paganisme (volume 2)Chapitre 20 sur 126 · Voyez Corp. insc. lit . I, p. Ô'S · texte numérisé non relu

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geait la conscience, mais ils n'y ont jamais consenti. Ils savaient combien ils soulèveraient de haines s'ils tentaient de supprimer ou de restreindre les plaisirs du peuple. Non seulement ils n'ont pas essayé de le faire, mais ils ont proclamé à plusieurs reprises et d'une façon solennelle qu'ils voulaient les respecter : c'était une façon de calmer l'inquiétude qu'avait fait naître la victoire du christianisme parmi les amateurs des jeux publics. La loi de Constant est la première où cette intention se révèle; elle fut suivie de beaucoup d'autres. Le pieux Gratien, en i-endant à rAfri(|ue ses combats d'athlètes dont on l'avait quelque temps privée, déclarait « qu'il ne fallait pas restreindre les amusements publics, mais qu'au contraire on devait pousser le peuple à manifester sa joie, puisqu'il était heureux' )). Vingt ans plus tard, quand Arcadius fut forcé de défendre les fêtes licencieuses de Maïuma qu'il avait d'abord rétablies, il éprouva le besoin d'affirmer « qu'il n'était pas l'ennemi des jeux et des spectacles, et qu'il ne voulait pas, en les abolissant, jeter l'empire dans la tristesse, hidicras artes concedimus agilari, ne ex nhnia harum ixslricliom Iristilia generetur- «. Voilà comment, grâce h la complicité des empereurs, les jeux publics durèrent jusqu'à la destruction de l'empire''; c'est une des institutions de l'ancien paganisme que l'Eglise, malgré sa victoire, ne put pas détruire et qui lui tint tète.

L'empereur Constance, qui recueillit l'héritage de son

I. Co(i. Theod., XV, 7, 5. — L'. Cod. Tlieod., XV, G, 2. — ô. Les lettres de Cîissiodore montrent que, du temps de Théodoric, les jeux publics existaient encore à Rome, et qu'ils ctaicut suivis avec la niêmc passion IVariar.. I, 32 et 5")].

frère Constant, était encore plus dévot que lui; aussi fit-il au paganisme une guerre plus vive, mais qui eut pourtant aussi ses intermittences. La première loi qui nous reste de lui (555) est aussi radicale que possible. 11 ordonne que les temples soient fermés dans tout l'empire, que l'accès en soit interdit à tout le monde, et que personne n'offre aux dieux de sacrifice. « Si quelqu'un, dit-il, se permet de ne pas respecter nos ordres, qu'il soit frappé du glaive vengeur, que ses biens retournent au fisc, et que les mêmes peines s'appliquent aux gouverneurs de provinces qui auront négligé de punir les coupables*. » Mais bientôt il semble se raviser. Une loi paraît la même année qui, au lieu d'interdire tous les sacrifices sans distinction, ne frappe que ceux qui se célèbrent pendant la nuit^ A ce moment Constance venait de vaincre l'usurpateur Magnence, qui s'était appuyé sur les païens; la lutte avait été vive, et le prince tenait sans doute à ménager le parti vaincu pour l'empêcher de reprendre les armes; mais ce ne fut qu'un répit. Trois ans plus tard il s'était rassuré et pensait n'avoir plus rien à craindre des partisans de l'ancien culte. Une loi parut alors, signée de Constance et du césar Julien, qui ne contenait que ces mots : u Nous voulons qu'on punisse de la peine capitale ceux qui seront convaincus d'avoir fait des sacrifices et d'honorer les idoles'. » C'était, en une ligne, l'arrêt de mort du paganisme. Après un demi-siècle d'hésitations et de mesures contraires, il ne restait plus rien de l'édit de Milan.

1. Cod. Thcod., XVI, 10, 4. — 2. Co(l.Tlicod.,XVI, 10, 5. — 5. Cod.Tlicod., XVI, 10, 6.

Mais l'altaquc clail Irop brusque, elle venait trop tôt pour être tout à fail efficace. La vieille religion avait jeté dans les cœurs des racines si profondes, elle tenait tant de place dans les habitudes de la vie, qu'on ne pouvait es})érer de la détruire d'un coup. D'ailleurs les princes qui la combattaient étaient plus zélés qu'habiles. Nous avons vu qu'il leur est arrivé plus d'une fois d'aller trop loin et d'être obligés de revenir en arrière. Leur politique religieuse, quoique animée toujours du même esprit, changeait avec les circonstances. Elle avait le plus grand de tous les défauts, celui qui fait le plus sûrement échouer toutes les entreprises, elle manquait de suite. Au moment même où ils frappaient le plus fort, ils n'osaient pas aller jusqu'au bout de leurs desseins et s'arrêtaient en route. Constance proscrit le culte et continue à payer les prêtres. Les augures, les flamines, les vestales, auxquels on interdit sous peine de mort d'exercer leur profession, reçoivent leur traitement comme à l'ordinaire. Lorsqu'il s'élève quelque contestation au sujet des tombes, on les juge d'après l'ancien droit religieux, et on renvoie les parties devant les pontifes'. C'est que tous ces sacerdoces étaient occupés par de très grands personnages qu'on n'osait pas mécontenter. Quand Constance visita Rome, le sénat, qui était resté presque tout païen, le conduisit dans les rues de la ville éternelle, lui montrant sur le passage les temples principaux, lui faisant lire le nom des dieux inscrits sur le fronton, lui .racontant les glorieux souvenirs que ces édifices rappelaient; et le prince,

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