‹ La fin du paganisme (volume 2)Chapitre 60 sur 126 · Juvpn.il. XV · texte numérisé non relu

Juvpn.il. XV

lagne, tous les gens qui ont reçu quelque instruction se reconnaissent au goiil qu'ils témoignent pour le beau langage. On est lettré, on est Romain, quand on sait comprendre et sentir ces recherches d'élégance, ces finesses d'expressions, ces tours ingénieux, ces phrases périodiques qui remplissent les harangues des rhéteurs. Le plaisir très \if qu'on épi'ouve à les entendre s'augmente de ce sentiment secret qu'on montre en les admirant qu'on appartient au monde civilisé. « Si nous perdons l'éloquence, disait Lihanius, que nous restera-t-il donc qui nous dislingue des barbares*? »

Ainsi les services que cette éducation a rendus aux Romains leur en cachaient les défauts. Elle leur avait été si utile qu'il ne venait à l'esprit de personne que Rome put jamais s'en passer. C'est ce qui explique que ces pauvres empereurs, qui avaient tant d'affaires graves sur les bras, tant d'ennemis à combattre, tant d'adversaires à surveiller, se soient occupés jusqu'au dernier moment avec tant de sollicitude des écoles et des maîtres. L'un d'eux dit hautement « que la connaissance des lettres est la première de toutes les vertus S); un autre proclame qu'il « n'a pas de plus grand devoir que de cultiver dans les jeunes gens les qualités que la fortune ne peut ni donner ni prendre^» ; ils demandent que ceux qui ont étudié soient mis partout au-dessus de tous les autres. Une partie des gouverneurs de provinces, souvent les préfets du prétoire et les ministres de l'empereur sont tirés des universités. On vit même des rhéteurs arriver à l'empire, sans qu'on en fût trop surpris. «Puisque tu sais l'art de

\. Libanius, Epist., 572. — 2. Cod. Theod., \IV, 1.1: Lilleratura. quœ omnium virtiiluni maxima est. — 5. Paneï., IV, 14.

parler, disait Libaniusà l'un de ses amis, tu sais l'art de commandera » Mais ce qui prouve bien qu'il ne faut pas accorder trop de confiance à ce préjugé démocratique que l'instruction est une sorte de remède universel, et qu'en la répandant on guérit tous les maux d'un Etat, c'est que tout cet effort ne parvint pas à retarder la ruine de l'empire et le triomphe de la barbarie.

Page 1