‹ La fin du paganisme (volume 2)Chapitre 67 sur 126 · Dtcltones, 15, 17, 18, 21. — '1. Dictiones 16 et · texte numérisé non relu

Dtcltones, 15, 17, 18, 21. — '1. Dictiones 16 et

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base. Aussi avait-il entrepris, avec l'aide du pape Agapet, de fonder à Rome, par souscription, des écoles chrétiennes, « dans lesquelles l'àme pût connaître la science du salut éternel et l'esprit se former au talent d'une éloquence honnête et pure ». Cette union de la science sacrée et de la science profane, pour former un enseignement complet et véritablement chrétien, était une nouveauté. Le malheur des temps ne permit pas à Cassiodore d'exécuter son entreprise. 11 voulut au moins en laisser le plan dans ses ouvrages S pour qu'on pût un jour le réaliser. Mais au moment même où il prenait la peine de l'écrire, l'empire romain achevait de périr et la barbarie prenait possession du monde.

De ce qui vient d'être dit il me semble qu'une conclusion importante se dégage; je vais la résumer en quelques mots

Le christianisme, dès qu'il a pénétré dans les classes aisées, s'est trouvé en présence d'un système d'éducation qui jouissait de la faveur générale. Il ne s'est pas dissimulé que cette éducation lui était contraire, qu'elle pouvait singulièrement nuire à ses progrès, et que, même dans les âmes qu'il avait conquises, elle entretenait le souvenir et le regret de l'ancien culte. Il est sûr que c'est elle surtout qui a prolongé l'existence du paganisme, et que, dans les derniers combats qu'il a livrés, les grammairiens et les rhéteurs ont été pour lui des auxiliaires plus utiles que les prêtres. L'Église ne l'ignorait pas; mais elle savait aussi qu'elle ne serait pas assez forte pour écarter les jeunes gens des écoles, et elle supporta

1. De Instilutione divinaruin litterarum et De Artibus et cliscipliyis libcralium litterarum.

de bonne grâce un mal qu'elle ne pouvait pas empêcher. Ce qui est plus extraordinaire, c'est qu'après sa victoire, quand elle s'est vue toute-puissante, elle n'ait pas cherché quelque moyen de se faire une part dans l'enseignement, d'en modifier l'esprit, d'y introduire ses idées et ses écrivains, et de le rendre ainsi moins dangereux pour la jeunesse. Elle ne l'a pas fait. Nous venons de voir que jusqu'au dernier jour le paganisme a régné dans l'école, et que l'Eglise, pendant une domination de deux siècles, n'a pas eu la pensée ou le pouvoir de créer une éducation chrétienne.

Les conséquences en ont été graves. L'enfant à qui, suivant l'expression de saint Augustin, le vin d'erreur est une fois versé, en garde le goût toute la vie. L'imagination et l'esprit conservent le pli des premières années; ce qu'on a lu dans Platon et dans Homère, dans Cicéron et dans Virgile, il est bien difficile qu'on l'oublie. Le malheureux saint Jérôme, à qui l'on faisait un crime de son instruction classique, répondait avec douleur : « Comment voulez-vous que nous perdions la mémoire de notre enfance? Je puis jurer que je n'ai plus ouvert les auteurs profanes depuis que j'ai quitté l'école; mais j'avoue que là je les avais lus. Faut-il donc que je boive de l'eau du Léthé, pour ne plus m'en souvenir'? »

C'est donc en vain que l'Eglise se flattait « de déraciner le paganisme de la terre », puisqu'elle lui laissait une })orte ouverte ou entr'ouverte dans l'éducation. Par cette ouverture presque toute l'antiquité païenne a passé.

l. Adversus Riifinum, I, 50.

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