Apulée, Floridcs, I, 9; IV, 20. — 1. A'h. Jovin
pu]jliqiiL\ On ne me voit pas escalader la tribune ou assiéger le tribunal du préteur. Je n'essaie plus de faire violence à l'équité; je ne burle plus pour une cause douteuse. Je ne suis ni juge, ni soldat, ni maître de rien. J'ai fait retraite loin du peuple, secessi de populo. » Mais il tenait toujours à sa réputation de bel esprit et souffrait de la voir contestée. Le scandale qu'il donna en quittant la toge pour le pallium ayant ranimé les médisances, il lui fut impossible de se contenir. 11 voulut, en repondant à ses détracteurs, prouver qu'il n'avait rien perdu, et qu'on annonçait sa décadence trop vite. Pour les combattre, il reprit ses anciennes armes et s'efforça de leur montrer qu'il savait toujours s'en servir. Il redevint, pour un moment, le rhéteur et même le philosophe d'autrefois. 11 lâcha la bride aux métaphores, il mit toute son érudition en mouvement, il se fit plus maniéré, plus subtil, plus raffiné qu'il n'avait jamais été; il tint à se dépasser lui-même. Le résultat de ce beau travail fut le traité du Manteau.
Ce traité n'est donc en lui-même qu'un jeu d'esprit, une curiosité littéraire, et mériterait à peine de nous arrêter un moment, s'il ne mettait dans tout son jour la tyrannie que l'éducation exerçait même sur les âmes qui s'étaient le plus complètement livrées au christianisme.
Certes il n'y avait personne qui semblât plus fait que TertuUien pour résister à ces souvenirs de jeunesse. Sans doute, il croyait, comme tout le monde, que l'enfant ne pouvait pas se dispenser de fréquenter les écoles, et nous avons vu qu'au moment même oi^i il interdit à un chrétien d'être professeur, il lui [)ermet d'être élève.
30i LA FL\ DU PAGANISME.
Mais il comptait bien qu'une fois l'éducation finie, on oublierait les impressions qu'on y avait prises, et il parle avec détails de ces petits esprits qui gardent de leur enfance lettrée le goût des curiosités puériles*. Ces reproches retombent sur lui; pas plus que ceux qu'il raille, il n'a su lui-même oublier; et quand un homme comme lui, aussi déterminé, aussi rigoureux dans ses croyances, aussi jaloux de la pureté de sa foi, qui faisait un devoir aux fidè/ij' de rompre avec la société païenne, d'en répudier tout à fait les usages et les opinions, s'est laissé dominer par les souvenirs de l'école, au point d'écrire le traité du Manteau, ne sommes-nous pas en droit de conclure que personne ne pouvait s'y soustraire?
\. De Test, anîmœ, 1 : NoimulU qiiibus de prislina iilteratura cl curiosilalis labor cl memorix ténor perscveravit