‹ La fin du paganisme (volume 2)Chapitre 90 sur 126 · Tite-Livp. WXIX. I · texte numérisé non relu

Tite-Livp. WXIX. I

raconte à peu près la même histoire de Catilina et de ses complices'. Voilà pourtant les calomnies qu'un sénateur, un consulaire, ne craignit pas de répéter, sans prendre soin d'en vérifier l'exactitude. « 11 ne parle pas, dit très justement Minucius, avec la gravité d'un témoin qui vient affirmer un fait; il lui suffit de nous injurier comme un avocat*. )) Il est sûr qu'en parlant ainsi Fronton suivait encore les traditions de l'ancienne rhétorique. Cicéron recommande à ceux qui veulent réussir au barreau d'embellir leurs plaidoyers de quelques petits mensonges agréables, camam mendaciunculis odspergere. Ces mensonges, il n'eut même pas la peine de les imaginer; il les trouva dans la bouche de tout le monde ^ En recueillant avec soin et reprenant pour son compte des calomnies qui pouvaient servir à déconsidérer un adversaire, il était fidèle aux leçons de ses maîtres.

Le discours de Fronton devait exister encore à l'époque où le dialogue fut composé. Est-il vraisemblable, comme on l'a dit quelquefois, que Minucius Félix en ait mis l'essentiel dans la bouche de Cœcilius? L'hypothèse est séduisante, mais voici les raisons qui m'empôcheni de la croire vraie. D'abord le style des deux écrivains n'est pas le même. Je ne retrouve pas, dans YOctavius, ces affectations d'archaïsme, ces imitations des vieux auteurs, qui étaient la manie de Fronton et de son école. Quoique la langue de Minucius soit toute nourrie des auteurs classiques, il s'y glisse des expressions qui sentent la décadence'; on y trouve. des tournures qui n'étaient que des singularités et des exceptions chez les

1. CatiL, 22. — 2. 51. — 5. Aube, Hisl. des perséc. de l'Églixe. If. 8/1. - 4. Par exemple Templni He quhqite pour qiiixf/iiis, 15. I.

bons écrivains, et qui sont devenues chez lui une habitude'. Fronton se piquait d'être un puriste, un délicat, un artiste en beau langage, et ces négligences l'auraient scandalisé. Mais ce n'est pas seulement par le style que Caecilius et Fronton diffèrent; ils se ressemblent encore moins par les opinions. Nous allons voir que Caecilius traite fort honorablement les anciens sages et imite Sénèque à l'occasion, tandis que Fronton avait horreur de la philosophie et se moquait volontiers de Sénèque. Tout apologiste qu'il prétend être du paganisme, Caecilius est en somme une sorte de sceptique, qui ne croit guère à cette religion qu'il défend, qui ne s'y rattache que faute de mieux et pour couper court à des discussions inutiles. Au contraire, Fronton était un dévot sincère et un païen pratiquant. Il raconte qu'il sacrifiait à tous les autels, quand un de ses amis était malade, qu'il visitait toutes les chapelles et faisait ses dévotions à tous les arbres des bois sacrés. Fronton ne peut donc pas être le modèlesur lequel Minucius Félix a formé son personnage. Ce n'est pas qu'il l'ait imaginé tout à fait à sa fantaisie; nous savons au contraire qu'il est allé le prendre chez un écrivain autorisé. M. Ebert a montré qu'il ressemble au principal interlocuteur du dialogue de Cicéron sur la Nature des dieux, au pontife Aurelius Cotta-. C'est donc à Cotta que songeait Minucius en faisant parler son païen, ou plutôt à Cicéron lui-même, car Cicéron s'est représenté sous les traits de Cotta; et, comme à la fin de son ouvrage, l'auteur du dialogue montrait Caecilius

I. Emploi très singulier de l'iofinitif. 1, "> : 17, 2: 26, 11. Emploi de la préposition de, 7. 2: 19, A. — 2. Hif/. de In lillf'r. latine rhréf.. p. .">7 (trndnct. française).

convaincu par les arguments de son adversaire et promettant d'embrasser la foi qu'il vient de combattre, il devait lui sembler que c'était Cicéron lui-même qu'il amenait au christianisme. Convertir Cicéron, quelle joie et quel ti'iomphe pour un chrétien ami des lettres 1

Cotta est un grand seigneur et un homme d'Etat, qui a rempli des fonctions politiques et religieuses, et qui est membre du collège des pontifes. Il appartient par sa naissance au parti du passé, toutes les innovations lui répugnent et l'effraient. Cependant il a reçu l'éducation que donnent les professeurs grecs, et, comme il est dn grand monde, il n'a pu se dispenser d'étudier la philosophie qu'il est à la mode de connaître; mais il a choisi, parmi les sectes philosophiques, celle qui lui permet de combattre toutes les autres : il est académicien, et, en cette qualité, il professe que s'il y a quelques opinions probables, il n'en est pas de certaine; ce qui l'autorise à contester toutes les solutions qu'on a données d«^s grands problèmes. Il se sert ainsi de la philosophie contre la philosophie même. Comme il n'y a rien de plus impatientant pour un homme qui nie qu'un homme qui affii'me, il maltraite de préférence les écoles les plus dogmatiques. A ce titre, les stoïciens lui sont particulièrement insupportables; c'est surtout contre eux qu'il dirige ses coups, et, en les frappant, il se trouve atteindre les grandes vérités qu'ils ont essayé d'établir, notamment l'existence de Dieu et son action sur le monde. Pour un pontife c'est aller loin que de douter de Dieu et de nier la Providence; ses adversaires ne manquent pas de le lui faire remarquer. Cotta répond que, tout en attaquant les opinions religieuses des philosophes, il entend défendre

et conserver la religion de son pays. « Si j'abandonne, dit-il, Zenon, Cléanthe ou Chrysippe, je veux suivre Ti. Coruncanius, P. Scipion, P. Scaevola, qui ont été grands pontifes'. « La religion nationale est une institution comme les autres, il faut la respecter au même titre. Les philosophes, en prétendant l'expliquer, ^éhranIent^ Un bon citoyen l'accepte et la pratique, parce qu'elle est le fondement de la cité". Il n'a pas besoin qu'on vienne lui rendre compte de ses croyances; il les tient de ses pères, cela lui suffit^ : voilà toute la doctrine de Cotta.

Tel est le personnage sur lequel Minucius Félix a les yeux fixés, quand il fait parler Csecilius. Entre Cœcilius et Cotta il n'y a que les différences qu'explique la diversité des temps; pour l'essentiel leur attitude est semblable, et ils s'expriment de la même façon. CcBcilius est un académicien, comme Cotta, et c'est par erreur qu'on le qualifie quelquefois d'épicurien. Il expose clairement, dès le début de son discours, quels sont ses principes philosophiques, lorsqu'il dit « que tout, dans les choses humaines, est incertain et douteux, et qu'il peut y avoir des vraisemblances, mais qu'il n'y a pas de vérités^ ». Son école est donc celle d'Arcésilas et de Carnéade, dont il loue quelque part le doute prudent, Arcesilx et Carneadis et academicorum plurimorum tnta duhitaticr; et, si le doute est quelque part légitime, c'est surtout quand on agite ces questions obscures, sur lesquelles il est si malaisé de se satisfaire. Que ne fait-on comme Simonide,

1. De }\ot. deormii. III. '2. — 2. Id., 4 : I\em mea senteiitia minime duhiam argumentando diihiam facis. — 5. Id., 2 : Mihi ita persiiasi Piomvlum auguriis, yiimam sacris constilulis fiiudamenla jecisse noslrœ civiiads. — 4. M., 4 : Mihi enim laiiiiii salis eraf iln uahis majores nosLros tradidisse. — o. 5, 2. — 6. 12 et 15.

318 LA l'L\ DL l'AtiAMSME.

(jiiaïul Hiéroii l'interrogea sur l'existence des dieux et sur leur nature? « Il demanda un jour pour y réfléchir, puis un autre, puis un troisième; et, comme Hiéron voulait savoir la cause de ces retards, il lui répondit que plus il y songeait, moins il y voyait clair'. » Il faut donc que l'homme s'habitue à regarder h ses pieds plutôt que de se perdre dans les nues. Socrate avait bien raison de dire que ce qui est au-dessus de nous ne nous regarde pas*; laissons dormir ces grands problèmes que la philosophie se pose depuis des siècles et dont elle n'a pas trouvé la solution. Cœcilius pense que c'est perdre son temps que de les agiter et qu'on n'arrivera jamais à les résoudre; ce sont pour lui des mystères qui doivent toujours rester obscurs. Toutes les preuves qu'on a tenté de donner de l'existence de Dieu lui paraissent faibles, et, si l'on a réuni un certain nombre d'arguments qui semblent établir que Dieu veille sur le monde, il en énumère d'autres qui laissent croire qu'il ne s'en occupe pas^.

Mais cette profession de foi, qui semble aussi nette que possible, est suivie d'une volte-face inattendue. Ce sceptique va devenir tout d'un coup un croyant; et, ce qui est le plus curieux, ce sont ses doutes même sur Dieu et sur la Providence qui le ramèneront à la religion de son pays, u Plus le hasard est aveugle, nous dit-il, plus la nature est cachée, et plus il convient de rester fidèle aux traditions de nos aïeux. « Puisque toutes les recherches que nous essayons de faii'e sur l'existence et la nature de Dieu ne nous mènent à rien, que nous restet-il de mieux que d'accepter aveuglément ce qu'ont établi

1. 15, 4. — 2. lô, l : Quod supra nos )iiliil ad nos. — 5. 5.

L' c( OCTAVIUS n DE MINUCIUS FELIX. 319

ceux (|ui vivaient avant nous' ? C'est Lien à peu près ainsi que raisonne Cotta; seulement il y a cette différence entre Caecilius et lui qu'il reste toujours un politique et ne devient pas un dévot. On sent qu'il joue un rôle lorsqu'il célèbre les pratiques instituées parNuma Pomj)ilius, et Ton soupçonne qu'il se moque au fond du creur de ce qu'il défend en public. Caecilius est plus sincère; il appartient à une époque croyante. Si les superstitions le blessent, en sa qualité d'homme éclairé, il ne croit pas qu'on puisse se passer d'une religion^ Puisqu'il en faut une à l'homme, celle qui a donné tant de gloire à son pays lui paraît préférable aux autres. On voit bien que, malgré son scepticisme apparent, il ne demande qu'un prétexte pour suivre la foule dans ces temples qui rappellent tant de beaux souvenirs. Une fois qu'il en a franchi le seuil, il est repris par toutes les croyances de sa jeunesse. Il accepte toutes les fables, il croit à tous les prodiges, il glorifie les oracles, il regarde les devins comme les bienfaiteurs de l'humanité"; il attribue à la piété des Romains toute leur grandeur : « C'est ])arce qu'ils ont attiré chez eux tous les dieux de l'univers qu'ils sont devenus les maîtres du monde*. » Ces opinions sont bien d'un homme de ce temps. Il y avait alors fort peu d'incrédules véritables, et Cœcilius a raison de nous dire « que ceux mêmes qui passaient leur journée à nier les dieux croyaient les voir et les entendre pendant leur sommeiP ».

1. 6, 1 : Sec (le ninniiuhus ferre sententiain sed j)>'ioribus creclcre. — '2. 15, 15. — j. 7. 6 : Dant cautelam pericidis, morbis medelam, spem adflictis, opem viiseris, solacium calamifatibus, etc. — 4. 6. 3 : Sic dwn uiiiversaruin sacra suscipiuni, eliam régna tneruerunt. — 5. 7, 6.

La sévéïilé de Csecilius contre le christianisme s'explique aisément. Nous venons de voir qu'il y a chez lui à la fois un sceptique et un dévot; le dévot et le sceptique s'entendent pour être également hostiles aux chrétiens. On comprend qu'en sa qualité d'académicien, comme Cotta, il soit, comme lui, l'ennemi acharné des dogmatiques. Il ne peut pas souffrir des gens qui ne doutent jamais de rien, et qui, par exemple, paraissent si certains de l'existence d'une autre vie. « Ils en parlent, dit-il, avec tant d'assurance, que vous diriez qu'ils en reviennent \ » Ce qui augmente sa colère, c'est que la plupart d'entre eux n'ont jamais étudié et ne sortent pas des école?. « Peut-on voir sans douleur, sans indignation, des ignorants, des illettrés, décider souverainement des choses divines et trancher des questions sur lesquelles les philosophes ne sont pas d'accord ! )^ Voilà les reproches que leur adresse le sceptique; le dévot est plus rigoureux encore : il déclare, avec une violence qui sui'prend chez ce sage désahusé, ce qu'il est impossible de souffrir des audacieux, des impies, qui essaient d'affaiblir ou de détruire une religion si vieille, si utile, si salutaire »; il les traite de sacrilèges, de va-nu-pieds % de misérables, qui sortent de la lie du peuple. Ce sont des gens de ténèbres, qui se taisent devant le monde et ne deviennent bavards que lorsqu'ils vous tiennent seuls dans un coin, latebrosa et lucifuga natio, in yuhUcum muta, in angnlu garrida'. Il en vient aussi à ces accusations abominables de dé-

I. 11. '1 : Putes eos jaiii revi.risse. C'est ainsi cjuc Cicéron rcprésenle un pliilosopiie exposant sa doctrine avec une conliance ridicule, lanqiiam modo ex deoritm concilio desrendisaet [De Nat. deorum, 1, 8). — 2. Seminudi. — 5. 8, 4. Celse leur fait le même reproche avec encore plus de violence. « On

baiiche, d'assassinat, d'incesle' qu'on s'étonne de trouver dans la bouche d'un homme comme Cœcilius ; il connaît de longue date Oetavius et Minucius, il les aime, il les estime : comment a-t-il pu un moment supposer que d'aussi honnêtes gens pouvaient s'être affiliés à une secte qui commettrait tant d'horreurs?

Discours d'Octavius. — Comment il se sert des philosophes anciens pour réfuter Csecilius. — Sa défense du christianisme. — Il ne parle pas du Christ ni de l'Évangile. — De quelle manière on a expliqué ce silence. — Était-il un nouveau converti qui connaissait mal sa religion? — -Il n'a pas voulu tout dire. — Pourquoi? — Quels sont les gens auxquels il s'adresse? — Ses efforts pour gagner les gens du monde. — Christianisme de Minucius.

Csecilius ne peut s'empêcher d'être fort satisfait de lui-même, et plein de confiance dans la force de ses arguments, ce Que va répondre Oetavius? » dit-il en achevant de parler. Oetavius, qui ne paraît pas fort troublé par cette assurance, pi^end la parole et la garde longtemps. Son discours est la partie importante de l'ouvrage ; il mérite d'être étudié avec soin.

Il faut avouer que des gens comme Caîciiius et Cotta, qui tiennent à être à la fois dévots et sceptiques, prennent

ne voit pas, dil-il, les coureurs de foire et les charlalans ambulants s'adresser aux lionimes de sens et oser faire leurs tours devant eux; mais s'ils aperçoivent qucliiue part un groupe d'entants, d'hommes de peine on de gens sans éducation, c'est là qu'ils plantent leurs tréteaux, exliibent leur industrie, et se font admirer. De même, quand les chrétiens peuvent attraper en particulier des entants de la maison ou des femmes, qui n'ont pas plus de raison qu'eux, ils leur débitent leurs merveilles, d — i. 9.

322 LA FIN DU i'AGANlSME.

une situation qu'il n'est pas aisé de défendre, et que leurs raisonnements ne peuvent pas toujours être très logiques. Oetavius ne manque pas d'en profiler dans sa réponse. Il est étrange, en effet, qu'on doute de l'existence de Dieu en général, et qu'on afiîrme avec acharnement celle des dieux particuliers d'un pays; qu'après qu'on a nié l'intervention divine dans les affaires humaines, on soutienne l'efficacité d'un culte, et qu'on en recommande la pratique, c'est-à-dii^e qu'on exige des gens qu'ils se tournent vers le ciel, quand on vient de leur dire qu'il est vide, et qu'ils adressent des prières à des divinités qui ne peuvent pas les entendre. Octavius a quelque droit de se demander si ceux qui raisonnent ainsi sont des trompeurs ou des dupes ^ Par malheur, c'est quand il s'agit de choses religieuses, c'est-à-dire lorsqu'on devrait chercher surtout avoir clair dans sa pensée, qu'on se pique le moins d'être d'accord avec soi-même. On cherche, de la meilleure foi du monde, des compromis impossibles entre des opinions contraires; on essaie de concilier ensemble les doutes que nous suggère notre raison avec les croyances que l'habitude et la tradition nous imposent. Octavius commence par défendre contre Cœcilius l'existence de Dieu et la Providence, et il le fait avec les preuves dont on s'est servi de tout temps dans les écoles. Il cite Thaïes, Anaximène, Xénophane, Zenon, Chrysippe, Platon, et même les beaux vers de Virgile, dans le sixième livre de son poème. Après avoir prouvé qu'il y a un Dieu, il établit qu'il n'y en a qu'un. Pour démontrer que les divinités populaires n'existent pas,

L' c< ÛCTA\ lus ); DE MiNUClUS FÉLIX. 323

que ce sont des abstractions sans réalité ou des hommes auxquels la reconnaissance ou la peur ont attiibué les honneurs divins, il invoque l'autorité de Prodicus, de Diodore, surtout le roman sacré d'Evhémère, dont les pères de l'Église ont tiré tant de profit dans leur polémique. Csecilius a cru faire merveille, pour le triomphe de sa cause, d'insister sur les miracles que les dieux ont accomplis en faveur de Rome, sur les prédictions des devins qui se sont réalisées, sur les succès qu'ont obtenus les généraux qui se sont conformés aux avis du ciel interprétés par les augures, et les infortunes de ceux qui les ont négligés. L'argument paraît faible à Octavius, qui commence par nier la plupart des miracles que Csecilius vient d'énumérer avec complaisance. Ce sont pour lui des contes de vieilles femmes. « Si ces merveilles s'étaient jamais accomplies, dit-il, elles s'accompliraient encore de nos jours; puisqu'il n'y en a plus de semblables, c'est qu'il n'y en a jamais eu*. » Quant aux miracles qui lui semblent mieux attestés, ils ne le troublent guère. Il en rend compte le plus facilement du monde en disant qu'ils sont l'œuvre des démons, et cette théorie de l'intervention des démons, qui permet aux chrétiens d'expliquer tous les faits extraordinaires de la mythologie, les dieux qui apparaissent, les statues qui parlent, les devins qui prédisent, etc., il l'appuie sur le témoignage de toute l'antiquité. Comment pourrait-on douter de leur existence? (< Les poètes en parlent, les

1. '20, 4 : Qna>, si essent fada, fièrent: quia fieri non possitnt, ideo nec fada sitnt. Il esl assez piquant que ce laisoniiemcnt ait été emprunté à Minueius pour ôtrc lourné contre les miracles chrétiens. — Voyez Renan, Vie de Je'aus, Introd. : « Nous repoussons le surnaturel par la même raison i[ui nous fait repousser l'cxisteuce des centaures et des liippogrilles : c'e.st qu'on n'en a jamais vu. »

philosophes s'occupent d'eux, Socrate les a connus, les magiciens et surtout leur chef Ilostanes distinguent les bons des mauvais. Que dire de Platon, qui, dans son Banquet, a essayé de déterminer leur nature'? »

Dans tous ces raisonnements, que j'ai fort abrégés, l'artifice de Minucius est facile à saisir. Il consiste à invoquer, à l'appui des idées nouvelles, des autorités antiques. Nous avons vu plus haut* que, parmi les apologistes du christianisme, il y avait deux écoles. Les uns, plus audacieux, plus sincères aussi, insistaient de préférence sur les côtés nouveaux de la doctrine ; il leur plaisait de montrer qu'elle rompait avec les traditions anciennes et qu'elle travaillait à changer le monde. Les autres, au contraire, des politiques, des mondains, des lettrés, des gens d'école, voulaient à toute force la rattacher au passé. Ils recueillaient avec soin tout ce qui, chez les philosophes, ressemblait aux dogmes de l'Église, pensant ({iie c'était un coup de maître de réfuter les païens par eux-mêmes ^ Minucius est pour nous le type des théologiens de cette école. Tout son travail consiste à chercher dans les livres des anciens sages des précédents au christianisme; et, quand il y trouve des opinions qui lui paraissent se rapprocher des siennes, il le constate d'un air de triomphe : Eadem [ère sunt ista qux nostra sunt\

La seconde partie du discours d'Octavius est la plus intéressante. Après avoir attaqué la religion de son adversaire, il faut bien (ju'il en vienne à défendre la sienne. Elle a été, on vient de le voir, fort maltraitée, et Cœcilius

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