‹ La fin du paganismeChapitre 63 sur 112 · De Divin, dæmonum · texte numérisé non relu

De Divin, dæmonum

de tourner la loi. Sous le prétexte d’une fête de famille, ou même pour célébrer quelcpie anniversaire officiel, on s’assemblait en grand nombre chez un particulier riche, ou dans les scolæ des associations, et, pendant le repas, on faisait aux dieux proscrits des olfrandes et des prières. Sur la demande des évêques d’Afrique, fempereur défendit ces réunions. Les païens en lurent outrés. A Calaiiie (aujourd'hui Guelma), ou ils étaient sans doute plus nombreux et plus puissants qu’ailleurs, ils continuèrent à se réunir cotnnie auparavant. Le l^^^ juin, ils alfectèrent de passer, en chaulant et en dansant, devant l’église, où l’on célébrait les offices; et, comme les clercs sortaient pour leur demander de s’éloigner, iis les reçurent à coups de pierres. Le lendemain, quoique l’évêque eut rappelé les habitants à l’observation de la loi, les pierres continuèrent à pleuvoir sur l’église et sur les fidèles qui s’y rassemblaient. Cette fois, les nolabies chréliens se décidèrent à intervenir. Ils se présentèrent devant les magistrats et firent insérer leurs plaintes sur le registre qui contenait les délibérations de la cité. On leur répondit par une violente sédition. Le feu fut mis à l’église; on poursuivit les clercs qui se trouvaient dans les rues, et même l’un d’eux y fut tué. Les autres n’échappèrent qu’en se cachant, ou par la protection d’un étranger, qui essaya seul d’arrêter les rebelles, car la municipalité, effrayée ou complice, ne se montra pas. Ces événements, qui se [)assaient aux portes d’Hippone, montrèrent à saint Augustin que le paganisme n’était pas aussi vaincu qu’on le croyait; et lorsque, deux ans après, la prise de Iionie eut ranimé la colore de ses partisans, on comprend qu’il ait cru devoir livrer encore une bataille contre un culte qui s’obstinait à ne pas mourir.

Il avait une autre raison de le faire, qui n’était pas moins importante. Non seulement le paganisme conservait qiK'lques fidèles qui le pratiquaient ouvertement, mais, parmi ceux qui l’avaient quitté, beaucoup gardaient des attaches secrètes pour leur ancien culte et restaient plus qu’à demi païens. Les con-

versions s étaient faites très vite, par entraînement ou par calcul. Libanius avait bien raison d’affirmer qu’elles ne pouvaient pas être très solides. « Ces prétendus convertis, disait-il à Ttiéodose, ont changé de langage, et non de croyance ; ils n’ont pas renié leur foi, mais dupé leurs persécuteurs ^ » C’est ce que montrent surabondamment les sermons de saint Augustin. Que de débris d’anciennes superstitions vivaient encore chez ces chrétiens d’un jour! Aux calendes de janvier, ils s’envoient des étrennes, comme font les idolâtres; aux saturnales, ils s’assemblent, ils se travestissent, « se couvrent de peaux de bêtes, se mettent des têtes d’animaux, et emprisonnent, dans des vêtements de femmes, des bras faits pour porter les armes )). Ils continuent à croire à l’astrologie et ne font rien sans consulter un devin. Dès qu’ils sont malades, ils ont recours à des remèdes magiques que leur enseigne quelque vieille païenne du voisinage. Surtout, ils ne veulent pas renoncer au théâtre et au cirque. Que de fois n’est-il pas arrivé que, lorsque Augustin est monté en chaire un jour de fête publique, il a trouvé l’église vide! Son auditoire était ailé entendre les mimes ou voir les courses de chars. Il se plaint, il gronde, et ne corrige personne. Les plus timides s’excusent comme ils peuvent ; les plus francs ne rougissent pas d’avouer qu’ils prennent dans les deux cultes ce qu’ils ont de meilleur : « Nous sommes chrétiens, disent-ils, a cause de la vie éternelle, et païens pour les agréments de l’existence de ce monde^. )) Saint Augustin n’avait donc pas de peine à voir que le paganisme n’était pas mort, quoique à chaque édit nouveau des empereurs on s’empressât de célébrer ses funérailles, et qu’il vivait souvent dans le cœur de ceux qui semblaient s’être séparés de lui. C’est ce qui explique qu’il ait employé cinq livres de la Cité de Dieu à le combattre.

Je n’ai pas l’intention de le suivre pas à pas dans cette longue polémique. Les contemporains jugeaient qu’il lui avait porté

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