Voyez t. I, p. 256. — 2. Tertullien, De exhort, cast
commença à se répandre en Occident, que l’Église fut ouvertement accusée de détruire la famille et de dépeupler l’empire.
On raconte que c’est saint Athanase qui fit le premier connaître la vie monastique aux homains : dans un voyage qu’il entreprit, en 340, pour gagner le pape à sa cause, il amena deux moines avec lui, les premiers qu’on eût encore vus a Rome. Ces moines excitèrent une grande surprise ; on les fit parler, on apprit d’eux ce qui se passait dans les couvents de l’Égypte depuis près d’un siècle, et quelques gens pieux, édifiés par leur entretien, entreprirent de les imiter. Mais ces premiers essais firent peu de bruit, et l’institution resta dans l’ombre jusqu’au grand élan qui fut donné, vers 374, par saint Jérôme. Du désert de Syrie, oîi il s’était retiré, et où il se condamnait à d’effroyables austérités, il envoya en Occident la vie de saint Paul de Thèbes, le premier des anachorètes. Ce petit livre, où l’habile écrivain se faisait naïf et simple, pour être saisi de tout le monde, et qui était rempli de récits extraordinaires, de légendes et de miracles, passionna le public. En même temps qu’il s’adressait à la foule, par ses vies de saints, l’auteur essayait d’attirer vers le désert ses amis, des lettrés comme lui, en leur écrivant des lettres pleines d’une rhétorique enflammée, qui couraient le monde et remuaient les âmes : « Que faites-vous dans le siècle, leur disait-il, vous qui valez mieux que lui? Jusques à quand voulez-vous demeurer à l’ombre des maisons? Pourquoi restezvous emprisonnés dans les villes pleines de fumée? Croyez-moi; la lumière ici a je ne sais quoi de plus brillant; ici, on dépose le poids du corps et l’on s’envole aux pures et resplendissantes régions de l’éther ^ »
Mais l’Occident latin était, de sa nature, sage et tempéré : il n’alla pas tout à fait jusqu’au désert et s’arrêta sur la route. Après un premier éblouissement causé par le tableau de ces merveilles lointaines, le bon sens reprit le dessus. Les ascètes