Saint Augustin, Epist
LE LENDEMAIN DE L’INVASION
lesquels les donatistes, leurs alliés, les excitaient, et que d’ailleurs ils n’aimaient guère, en leur qualité d’ariens. La terreur était si grande à leur approche, surtout parmi les évêques et les prêtres, que beaucoup se demandaient s’ils devaient les attendre ou les fuir. Augustin fut consulté, comme on le faisait dans tontes les circonstances graves, et il n’hésita pas à répondre qu’il fallait rester. Sa lettre est assurément l’une des plus belles qu’il ait écrites : il discute avec une logique ferme et serrée, sans emportement, sans déclamation, d’un ton résolu, calme, presque froid, comme s’il ne s’agissait pas, pour lui et les autres, de risquer leur vie. Les timides ne manquaient pas de raisons, qui leur semblaient bonnes, pour justifier leur prudence. Le Christ n’avait-il pas dit h ses disciples : « Quand on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre » ? N’était-ce pas obéir à ses préceptes que de faire comme beaucoup d’évêques espagnols, qui s’étaient mis il l’abri des barbares? En veillant à leur salut, ils agissaient dans l’intérêt même des fidèles, auxquels ils conservaient leurs prêtres, et qui, d’ailleurs, s’ils les avaient vus se dévouer, pouvaient se croire obligés de partager leur sort, ce qui aurait amené une véritable dépopulation de catholiques. Saint Augustin répond victorieusement à tous ces sophismes. Il explique les passages des Ecritures dont on a faussé le sens et en cite d’autres où le devoir des prêtres, en ces malheurs, est très nettement tracé. Il condamne sans ménagements les évêques d’Espagne, s‘il est vrai qu’ils se soient conduits comme on le prétend. Quant aux fidèles, pour lesquels on prétend se conserver, on sait bien ce qu’ils souhaitent et la meilleure manière de leur être utile. « Dans ces calamités, les uns demandent le baptême, les autres la réconciliation; tous veulent qu’on les console et qu’on affermisse leur âme par les sacrements. Si les ministres manquent, quel malheur pour ceux qui sortent de la vie sans être régénérés ou déliés! Quelle affliction pour la piété de leurs parents, qui ne les retrouveront pas avec eux
dans le repos de la vie éternelle! Enfin, quels gémissements de tous et quels blasphèmes contre ceux qui les auront laissés seuls au dernier moment! Mais, si les ministres sont là, ils subviennent aux besoins de tous, selon les forces que Dieu leur donne. Nul n’est privé de la communion du corps du Christ, tous sont consolés et soutenus; on les exhorte à prier Dieu, qui peut détourner le péril, et à être prêts également pour la vie et pour la mort. S’il n’est pas possible que ce calice passe loin d’eux, que la volonté de Dieu soit faite : Dieu ne peut rien vouloir de mal. » Le devoir des pasteurs est donc tout tracé : ils ne doivent jamais se séparer des fidèles; (( il laut qu’ils se sauvent avec eux, ou qu’avec eux ils subissent ce qu’il plaira au Père de leur envoyer^ ».
On pense bien que ce qu’il conseillait aux autres, il l’a fait lui-même. Quand les Vandales vinrent mettre le siège devant Hippone, il s’y enferma. Plusieurs évêques s’y trouvaient avec lui, entre autres le compagnon de sa jeunesse, l’ami de toute sa vie, le bon et sage Alypius, entre les bras duquel je suis sûr qu’il lui fut doux de mourir. Pendant quatre mois, on tint tête aux barbares. Augustin priait et travaillait sans relâche, se hâtant d’achever les œuvres qu’il avait commencées pour la défense de l’Église et animant les soldats et les chefs à la résistance. Il avait demandé à Dieu de le prendre avant que la ville ne succombât; il fut exaucé : ce n’est qu’après sa mort qu’elle fut forcée et brûlée par les Vandales.
Saint Augustin est donc mort Piomain, comme il avait vécu. Jusqu’à la fin il a donné l’exemple du dévouement à son prince et à son pays. A quelques misères que fut réduite sa ville épiscopale assiégée, nous ne voyons pas qu’il ait jamais conseillé de transiger avec l’ennemi. Quand même sa fidélité de patriote, qui était mise à de si rudes épreuves, aurait faibli, il me semble qu’au moment de se soumettre à Genséric, sa