‹ La fin du paganismeChapitre 92 sur 112 · De gub. Dei^ III, 10. — 2. De gub. Dei, III · texte numérisé non relu

De gub. Dei^ III, 10. — 2. De gub. Dei, III

€ est qu’aussi, plus que les autres, ils méritaient de perdre. Il le prouve en traçant d’eux des tableaux fort peu flattés, où ;1 les accuse d’être tous, sans exception, corrompus et criminels. (( Ne parlons pas des fautes légères; voyons s’ils s'abstiennent des deux plus grands pécbés qu’il y ait au monde, l’homicide et l’adultère. Qui d’entre eux ne s’est pas souillé de sang humain ou sali de quelque amour honteux? Un seul de ces crimes suffirait pour mériter un châtiment éternel, et ils les ont presque toujours commis tous les deux à la fois. » Le reproche est grave, et peut-être sera-t-on d’ahord tenté de le trouver exagéré ; mais songeons à la situation particulière des riches à ce moment; n’oublions pas qu’ils avaient conservé, dans leur maison, l’esclavage, cette grande école d’immoralité. La vieille institution, qui avait gâté l’ancien monde, florissait aussi dans le nouveau, et nous voyons bien par Salvien que le christianisme n’y avait pas changé grand’chose. L’esclave est toujours cet être inférieur et dégradé^ sur lequel le maître se croit tout permis. S’il lui arrive de le tuer, dans un accès de colère, il ne pense pas avoir dépassé ses droits. Voilà comment il s’habitue à l’homicide. Quant à l’adultère, il lui est plus aisé encore d’en prendre des leçons chez lui. Lejeune serviteur est un complice qui flatte et sert ses passions; la jeune esclave regarde comme un devoir de céder à ses caprices. C’est ainsi que la plupart d’entre eux, qui ont fait des mariages honorables, croient naturel d’entretenir tout un sérail dans leur maison®. Mais quelles que soient les fautes qu’ils commettent dans leur

1. C’est Salvien lui-même qui le dit : malos esse serves et detestabiles satis certum est (XI, 1, 29). — 2. Nous avons à ce propos un aveu très curieux dans le petit poème de Paulin de Pclla que j’ai cité tout à l’heure. En confessant les fautes de sa jeunesse, il nous dit : a Je contins mes désirs, je respectai toujours la pudeur. Jamais je n’acceptai l’amour d’une femme libre, quoiqu’il me fût plus d’une fois offert. Je me contentai de celui des femmes esclaves qui étaient au service de ma maison. » Il ajoute que de cette façon il ne commettait pas de crime et sauvait sa rép talion.

LE LENDEMAIN DE L’INVASION

vie prive'e, Salvien est encore plus sévère pour leur conduite politique. Comme tous les historiens du temps, il trouve que les exactions du fisc sont le fléau qui perd l’empire. Les impôts, dit-il dans son énergique langage, le prennent à la gorge, comme les mains des voleurs serrent le cou de leur victime ^ Or il accuse les grands et les riches, qui sont en possession des magistratures municipales, de rendre par leurs malversations les impôts plus lourds et plus vexatoires. Sous divers prétextes, par exemple pour honorer les envoyés du prince et fournir à leurs dépenses, ils ordonnnent des levées extraordinaires dont ils trouvent moyen de s’exempter. Ils les décrètent eux-mêmes, mais ils les font payer aux pauvres gens. Quand le prince, touché de la misère de ses sujets, leur remet une partie de leurs contributions, ils s’arrangent pour que cette libéralité ne profite qu’à eux, c’est-à-dire à ceux qui n’en ont pas besoin : ce sont les plus misérables et les plus chargés qu’on ne décharge jamais. Voilà ce qui excite surtout la colère de Salvien. Il est resté plus fidèle qu’aucun de ses contemporains à l’esprit démocratique de l’ancien christianisme. Les petits et les humbles sont ses préférés. Il prend si fort à cœur leur parti, qu’il oublie d’être juste pour les autres. Tous les historiens du temps nous font plaindre le sort de ces malheureux curiales que les lois enferment dans leurs fonctions comme dans une geôle. Pour Salvien, ce ne sont pas des victimes, mais des bourreaux : (( Autant de curiales, dit-il, autant de tyrans®. » Il en vient à absoudre les Bagaudes, ces paysans révoltés qui depuis plus d’un siècle tiennent la campagne et saccagent le nord de la Gaule. Il soutient qu’ils ne se sont soulevés que parce qu’ils ne pouvaient plus souffrir les injustices dont on les accablait. (( Nous les appelons des misérables et des rebelles, dit-il; mais c’est nous qui les avons faits criminels, et leurs crimes doivent retomber sur ceux qui les ont forcés à les commettre^. )>

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