‹ La fin du paganismeChapitre 91 sur 112 · De gub. Dei · texte numérisé non relu

De gub. Dei

lE LENDEMAIN DE L’INVASION.

Son raisonnement est très simple. On accuse la Providence d'injustice parce qu’elle accable les Romains et qu’elle favorise les barbares. Il s’agit, pour la justifier, d’établir que les Romains méritent leurs malheurs par leurs vices et leurs crimes, et que leurs ennemis sont dignes de leurs succès par leurs vertus. C’est ainsi qu’il est amené à opposer l’un à l’autre le portrait des Romains et celui des barbares.

Dans ce parallèle, la société romaine est naturellement fort mal traitée : la justification de Dieu exigeait qu’il en fût ainsi, et d’ailleurs le tempérament de l’écrivain le portait à voir les choses du mauvais côté. Sa colère n’épargne personne : (( Qu’est-ce que la vie des négociants? un ensemble de fraudes et de parjures; celle des curiales? une longue iniquité; celle des fonctionnaires publics? une suite de prévarications; celle de tous les militaires? une série de rapines C » Voilà le ton ordinaire. Il paraît d’abord disposé à respecter les ecclésiastiques et les religieux, et dit même formellement qu’il les excepte, avec quelques laïques, de la réprobation générale. Mais son indulgence pour eux ne dure pas, et il finit par les accuser d’être, comme les autres, injustes, avides, débauchés. Ils ont changé d’habit; ils n’ont pas changé de conduite. Ils veulent être plus estimés que les séculiers, et vivent plus mal qu’eux. (( Ils se sont séparés de leur femme et souhaitent celle des autres ; ils ont abandonné leur fortune particulière, mais ils convoitent le bien d’autrui. » Voilà ce qu’ils appellent leur chasteté et leur pauvreté : elle consiste à renoncer à ce qui est permis pour désirer ce qui ne l’est pas. Le dernier mot de Salvien, à propos de la société de son temps, c’est que, toute chrétienne qu’elle veut paraître, elle n’est qu’un « égout d’impuretés^ ».

Pour que la démonstration fut complète, il fallait établir que ceux qui ont été les plus punis étaient aussi les plus coupables, et que, si les riches ont plus perdu que les autres.

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