‹ La fin du Parlement de ToulouseChapitre 20 sur 117 · I. Douse journées de la Révolution^ par Barthélémy · texte numérisé non relu

I. Douse journées de la Révolution^ par Barthélémy

<c sont de grands enfants, dit le journal révolutionc( naire de Toulouse du 25 pluviôse an II (13 fé- « vrierl794), il faut les contraindre par le fouet, lors- <c qu'on n'a pu les persuader par la raison. » Les jacobins n'essaient même pas de la persuasion et recourent immédiatement au meurtre légal : au nomi des Droits de l'homme, au nom de l'égalité de tous les citoyens, au nom du droit primordial et sacré de la liberté individuelle, ils mettent à mort tous ceux qui leur font ombrage ou qui ne partagent pas leurs opinions. La France de Saint Louis, d'Henri IV et de Louis XIV devient un immense charnier constamment approvisionné par cette bande hideuse de scélérats que la Convention revêt de la qualité de magistrats et affuble de costumes ridicules.

La nouvelle machine à décapiter « a parfaitement i( rempli le but que l'on se proposait * ; » grâce d'ailleurs au ministre Clavière, chaque département est muni de l'instrument de mort et les terroristes n'entendent pas le laisser chômer.

Les victimes ne leur feront pas défaut; mais déjà plusieurs magistrats ont échappé par les lois de la nature à la haine sanguinaire des jacobins.

Nous devons interrompre un instant le récit des événements de cette lugubre époque pour retracer, en quelques mots, l'existence des parlementaires qui furent dépossédés de leurs fonctions par l'Assemblée constituante, virent la Révolution, sa grandeur et ses fautes, et n'eurent pas la douleur d'assister à To rgie sanglante de la Terreur,

Antoine-François-Auguste marquis de Portes, seigneur suzerain de Jouanel, né le 17 septembre 1734,

1. Archives de la Haute-Garonne. Série L. Liasses. ^lettre de Clavière du 6 juin 1792.

était fils d'un président à la deuxième Chambre des Enquêtes, et de M"* d'Orbessan, sœur du président à mortier. Il remplaça son père au siège de conseiller, le 18 janvier 1755, et lui succéda, comme président aux Enquêtes et commissaire taxateur des dépens, aux mois de mai et de juin 1759; son jeune âge ne Tempêcha pas de remplir avec distinction ces difficiles fonctions, grâce à une excellente mémoire, à une dialectique serrée et méthodique, à une élocution aussi élégante que facile. Les brillantes quahtés du magistrat ne devaient pas tarder à le signaler à l'attention de l'Académie littéraire de Toulouse, qui Télut mainteneur, en 1772, en remplacement de M. de Bojat; il a laissé aux Jeux-Floraux plusieurs éloges, véritables modèles de style et de bon goût littéraire.

L'édit royal enregistré par la violence, le 3 septem»bre 1771,. le comprit au nombre des conseillers présidents du nouveau Parlement, créé par le chanceUer de Maupeou; au rétabhssement de l'ancienne Cour, il conserva ses fonctions, puis céda son office à Marquier de Fajac et vint siéger, comme conseiller, à la Grand'Chambre, en vertu de lettres patentes du 18 avril 1782, l'autorisant à prendre le titre de président honoraire.

Le marquis de Portes assista, en 1789, à l'Assemblée des trois ordres de la sénéchaussée de Garcassonne et à la réunion de la noblesse de la sénéchaussée de Toulouse S et mourut, pendant la première période de la Révolution.

Il laissait, de son mariage avec M"* de Gharrite, un fils que Louis XVI avait nommé sénéchal et gouverneur de Toulouse et de l'Albigeois. A ce titre le comte

1. L'écu des de Portes est d'azur, à la bande d'argent, accompa- .gnée.: en chef de trois aljèrions d'argent, en pointe d'une tçur d'argent maçonnée de sable. ' •

de Portes convoqua les trois ordres pour la nomination des députés aux Etals généraux et présida leurs réunions, en mars 1789. Sa naissance et sa haute situation devaient le mettre au premier rang des, ci* toyens qualifiés de suspects sous la Terreur; aussi fut-il des premiers incarcérés à la Visitation, et ce ne fut que grâce à Tadmirable dévouement de M"* de Portes, née de Beauvarlet de Bonnicourt, qu'il put échapper au Tribunal révolutionnaire et à la guillotine.

Bërnard-àndrë de Mihamont mourut en mars 1791; « il ne vécut pas assez pour être témoin et victime <( des fureurs révolutionnaires, » néanmoins il € avait « vu naître et se développer le germe de la Révolu- « tion dans le Parlement dont il était membre. * » Fiis d'un avocat à la Cour et de M"* A. de Carbonnel, de Miramont était né en novembre 1705; après d'excellentes études au collège des jésuites à Toulouse et de brillants débuts au barreau de Paris, il embrassa la carrière diplomatique et fut envoyé à Londres, comme sous-secrétaire d'ambassade, auprès de M. de Guerchi. Des considérations de famille le rappelèrent dans le Languedoc, où il acquit par adjudication l'office de H. Soulatges de Ramée, et fut reçu conseiller au Parlement, le 18 août 1736. Appelé, trois ans après, au septième fauteuil des mainteneurs des Jeux-Floraux, il prononça devant la docte compagnie un éloge de Clémence-Isaure, qui fut hautement apprécié. Le chancelier de Maupeou ne voulut pas se priver du concours de cet éminent magistrat, et le maintint, en 1771, dans la nouvelle organisation du Parlement, où il siégeait çncore, à la Révolution, comme membre do

1. Eloge prononcé par M. le baron Desazars, dans la séance des Jeux-Floraux du 9 janvier 1807.

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la Chambre Tournelle. De IVfinmûiii avait eu trois enfants de son mariage avec M"^ de Sagei tHft de l'avocat général ; Turi de ses fils a suivi brillamment fit carrière des armes,

Jean-Paul de David, conseiller à la Chambre Tournelle, tenait sa charge de J.J. de Senaux, devenu présidente mortier, etdont il occupa le siège, lelSaoùt 1759, avant d'avoir accompli sa vingtième année. Il appartint au Pai'lement Maupeou et son nom figure sur la liste des gentilshommes qui assistèrent à la réunion de la noblesse tenue dans la salle des Illustres, au Capitole, le 27 mars 1789. Ce magistrat mourut, le 29 avril 1791 S laissant quatre enfants, de son mariage avec M"® J.M.V. de Lassalle. Quelque temps après, son fils aîné passa à l'étranger; tous les biens de la succession furent mis sous séquestre, puis saisis au nom de la nation , qui figura, comme représentant rémigré dépossédé de ses droits, dans le partage définitif fait, le 29 messidor an VII K

Mahie-Louis-Bernard de Rabaudy avait à peine vingt ans, lorsqu'il fut admis, le 20 septembre 1767, à remplacer B;l$. de Cambon et ô prendre part aux travaux de la Gour, où son beau-frère, de Gassand- Glatens» et son oncle, de Gomère, siégeaient, Tun comme conseiller, l'autre comme chevalier d'honneur. En février 1789, il devint commissaire taxateur des dépens, en l'office de G.A. Anceau de Marsan, et, le mois suivant, il assista , comme propriétaire d'un fief fr Castanetj à l'Assemblée générale des trois ordres

1. Archives nationales, D, IH, 91.— Archives de la Haute-Oaronne. Séquestration des biens des émiffrés. -

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