Archives municipales de Toulouse. Liasses
diacre, au moment où il fut appelé à prendre rang au Parlement, auprès de son père, de son frère et do son beau-frère, de Boyer-Drudas, tous trois conseillers; des dispenses royales d'âge et de parenté l'autorisèrent à faire partie de la Cour, où il entra, le 10 juin 1738, comme conseiller clerc, en Toffice de P. de Tournier, pour siéger d'abord à la troisième Chambre des Enquêtes et plus tard à la Grand'Chambre. Ses remarquables études et ses talents littéraires lui méritèrent la bienveillance de l'Académie des Jeux-Floraux, qui lui confia, la même année, le vingtdeuxième fauteuil de ses mainteneurs, devenu vacant par le décès du titulaire d'Advizard. La charité inépuisable et les éminentes vertus dont le jeune prêtre faisait preuve, dans l'exercice de son ministère sacré, le désignaient entre tous pour les dignités ecclésiastiques : il était archidiacre de l'église de Toulouse, lorsque M«' de la Roche- Aymont le nomma son grandvicaire, avec autorisation royale du 1*' janvier 1751 ; six ans après, Louis XV lui accordait l'abbaye de Lacapelle ; enfin, il succédait à M^ de Champflour sur le siège épiscopal de Mirepoix, en mars 1768. La direction de son important diocèse ne permettant plus au nouvel évêque de remplir exactement ses devoirs de magistrat, le roi l'appela, le 28 janvier suivant, aux fonctions de conseiller d'honneur.
Ses vertus chrétiennes, les bienfaits de son administration épiscopale, son dévouement pendant l'épidémie qui sévit, en 1782, à Mirepoix et à Toulouse, furent insuffisants pour légitimer une exception en sa faveur dans l'organisation du clergé par l'Assemblée constituante.
L'évêché de Mirepoix fut supprimé, et le vénérable prélat se retira & Toulouse, après avoir énergiquement protesté contre l'ingérence de l'autorité civile dans
l'administration ecclésiastique de la France, Sa protestation fut lobjet, le 20 novembre 1790, d'une dénonciation spéciale aux administrateurs du département de la Haute-Garonne ; elle lui eut certainement créé un titre de plus à la haine des jacobins, si déjà le vieil évéque, fidèle à sa foi et à son serment de prêtre, n'eût été cruellement atteint par la douloureuse maladie à laquelle il succomba, le 20 novembre 1791.
Le clergé constitutionnel ne sut même pas respecter la dépouille de M^ de Cambon. Le nouvel évéque métropolitain du sud, le P. Sermet, crut utile à ses intérêts et à ceux de la cause qu'il servait, d'aller à rencontre des sentiments et des dernières volontés de Févêque de Mirepoix : il imposa de pompeuses funérailles au prêtre qui avait demandé, comme une faveur, le modeste convoi du pauvre, et il voulut présider la cérémonie célébrée en Thonneur d'un dignitaire de TEglise, qui n'avait jamais reconnu le titre épiscopal de Tancien carme déchaussé.
Jean de Goudougnan, fut admis très jeune au Parlement, le 26 mars 1731, en l'office du conseiller F. de Borista, décédé. W entra à la Grand' Ghambre, y devint sous-doyen et mourut, en 1791, n'ayant vu de la Révolution que ses légitimes revendications et ses admirables conquêtes.
François- Antoine-Félix de Reymond , seigneur do Mauriac, né le 22 décembre 1740, succéda, au Parlement, à D. de Courtois-Minut, le 20 décembre 1766; il faisait partie de la deuxième Chambre des Enquêtes, pendant que son père, J.J. de Reymond de Tolosanis, siégeait à la Grand'Ghambre. On trouve son nom parmi ceux des membres de la noblesse d'Albi qui assistèrent à l'Assemblée générale des trois ordres de
la sénéchaussée de Toulouse tenue, le 26 mars 1789, dans Téglise paroissiale de la Dalbade, sous la présidence du sénéchal comte de Portes. De Reymond mourut en 1792.
Le doyen des substituts du procureur général, Etienne de Salasc, avait été admis au Parquet, le 26 août 1765, et n'avait pas cessé de lui appartenir, pendant Texislence du Parlement Maupeou. Ses fonctions et la confiance de la Cour l'appelèrent, en 1784, à faire partie de la commission parlementaire qui fut chargée d'aller dans les Cévennes, le Vivarais et le Gévaudan, réprimer l'insurrection dite des masques armés, et rétablir l'ordre si profondément compromis dans cette partie du ressort. De Salasc mourut vers la fin de janvier 1793; ses biens de Ramonville, d'Aussonne et d'Auzeville furent mis sous séquestre, à cause de l'émigration de son fils, qui servait, depuis le mois de Juin 1788, aux gardes du corps du roi d'Espagne. Il laissa quatre enfants de son mariage avec M"® Anne Delpech.
Bertrand-Bernard de Boyer-Drudas baron de Ver- DUZAN, né en mai 1697, fut reçu conseiller à la Cour, le 1" juin 1718, en l'office de J. de Caulet. En récompense de ses services et de ceux de son frère, capitaine de dragons au régiment du Roi, un brevet de juillet 1755 érigea, en marquisat de Sauveterre, ses domaines et seigneuries de Sauveterre et d'Espaon, dans le Gomminges; ce titre fut porté par son fils, conseiller, puis président à mortier au Parlement, et s'éteignit avec lui, en avril 1789.
De son mariage avec M"« de Cambon, sœur de l'évéque de Mirepoix et tante du premier président, de Boyer-Drudas avait eu également une fille, qui devint
la mère du procureur général de Rességuier. Il était doyen de la Grand'Chambre, lorsqu'il mourut, à quatre-vingt-seize ans, au moment où les terroristes commençaient à Toulouse les premières arrestations des suspects ^
Jean-Louis Baroin de Montbel, seigneur de la Fage, de Lapeyre et du Solier, né le 25 août 1727, devint avocat au Parlement, puis conseiller à la Cour souveraine, le 7 juillet 1753, en la charge de G.J. de Gazes Fonties '. Le chancelier de Maupeou le comprit dans la réorganisation de Tordre judiciaire, et lui continua ses fonctions, en 1771; il assista à TAssemblée de la noblesse de la sénéchaussée de Toulouse, en 1789, et siégeait à la Chambre Tournelle, lors de la suppression des Parlements. De Montbel ' avait épousé, en 1783, la fille de son collègue, le conseiller de Reynal-Montamat; après sa mort, survenue dans le premier semestre de 1793, tous ses biens furent mis sous séquestre, et sa veuve obtint à grand peine que cette mesure fut rapportée en faveur de ses quatre enfants. Sur le dépôt de l'inventaire de la succession, dressé en août 1T93, le Directoire du district de Toulouse ordonna la levée des scellés, le 29 vendémiaire an III, en déclarant que ce document suffisait à garantir les droits éventuels de la nation sur les biens d'un magistrat ayant « participé aux arrêtés liberlicides qui
1. Les de Boyer-Drudas portaient d'azur à la vache d'argent. (Nobiliaire toulousain),
2. Dans son Histoire des Institutions de Toulouse (tome I, p. 215), Dumège commet, sans doute, une erreur en faisant figurer, dans sa liste at(^^n^ï^6 des militaires de Toulouse,enl789,le nom de Baron de Montbel, «officier de dragons, depuis conseiller « au Parlement. » A cette époque, de Montbel était magistrat depuis trente-six ans.
3. Les de Montbel portent d'or, au château de gueules. Devise : Nisi Dominus custoderit.
« avaient appesanti le glaive de la loi sur les ci-de- « vant membres du Parlement ^ »
Le nom. justement honoré de Montbel a éU noblement porté par ses descendants. L'un d'eux succéda à M. de Villèle, comme maire de Toulouse, et fit preuve, lors des inondations de 1827, d'un courage et d'un dévouement dont ses concitoyens ont précieusement conservé le souvenir dans les annales de la cité. Elu député, peu de temps après, il fit partie du ministère Polignac, obtint successivement les portefeuilles de rinstruction Publique, de l'Intérieur et des Finances, et signales célèbres ordonnances de Juillet 1830.
Louis-Dominique de Gilède, seigneur de Pressac et de Lestang, co-seigneur de Belvèze, né en février 1722, fut reçu commissaire aux Requêtes, le 6 juin 1743, en remplacement de J.F. de Roux de Puyvert, et devint conseiller à la Cour, le 11 juillet 1759, en Toffice de G. de Donjat. Sa naissance * l'appela ô figurer au nombre des genlilhommes qui assistèrent à la réunion de la noblesse de la sénéchaussée de Toulouse, le 27 mars 1789.
Un des frères de ce magistrat subit, sous la Terreur, une longue détention ; l'autre fut déporté comme prêtre. De Pressac était veuf de M"« E. de Rollan de Saint- Rome et laissait plusieurs enfants , lorsqu'il mourut à Toulouse, le 9 décembre 1793. Quatre jours après, le procureur syndic du district avisait son collègue au déparlement que deux des fils de Pressac ayant émigré, la nation était substituée directement à tous leurs droits, et qu'en conséquence, il avait fait mettre les
1. Archives de Toulouse. Arrôtés du Directoire du district» II, no 664.
2. Armoiries : d*argent au chevron de gueules, accompagné en chef de deux lions grimpant et affrontés de sable, en pointe d'an feu flambant de gueules ; au chef d'azur, chargé d'un croissant d'argent accosté de deux étoiles d'or.
scellés sur les biens du défunt à Saint-Jean et à Castelmaurou; il l'invitait, en même temps, à faire surveiller les domaines dépendant de la succession, situés à Sainl-Lautier, dans le district de Villefranche ^
Le nom du parlementaire, que la mort seule put soustraire à Téchafaud, s'est honorablement continué dans le Languedoc, où il compte plusieurs représentants, entourés de la sympathie et de l'estime de leurs concitoyens.
Le 28 octobre 1792, la Convention avait condamné tous les émigrés au bannissement à perpétuité ; le 27 mars suivant, les aristocrates et les ennemis de la Révolution étaient mis hors la loi; et, le lendemain, un nouveau décret punissait de mort Tinfraction au ban*nissement prononcé contre les Français passés à l'étranger. Les lois d'exception inauguraient Tère des violences et l'organisation des terroristes se propageait dans toutes les villes de la France : à Toulouse, les montagnards obéissaient aveuglément aux ordres des jacobins de Paris et savaient imposer leurs volontés aux autorités locales dont la composition garantissait la soumission. En effet, à l'exception de quelques ambitieux, comme le maire Derrey, qui fut guillotiné l'année suivante, la municipalité et le département étaient représentés presque exclusivement par des hommes, généralement sans instruction, faméliques sans croyances ni scrupules, attendant impatiemment l'occasion de faire preuve de leur zèle révolutionnaire et de satisfaire leurs instincts tyranniques ou sanguinaires.
La nouvelle de l'arrivée des conventionnels Projean * et Chaudron-Roussau^, commissaires à l'armée des
1. Archives de la Haute-Garonne. Série L, Registre 88, p. 25.