‹ La fin du Parlement de ToulouseChapitre 98 sur 117 · LÉGENDE · texte numérisé non relu

LÉGENDE

1. Parquet des gens du roi. — 2. Cabinet du Procureur général — 3. Buvette. — 4. Première Chambre des Enquêtes. — 5. Seconde Chambre des Enquêtes.— 6. Troisième Chambre des Enquêtes (supprimée en 1775). — 7. Vestibule.— 8 et 9. Dépôt des Archives et Dossiers.— 10. Cabinet.— 11. Dépôt des Papiers et des Effets. — 12. Greffe. — 13. Vestibule. — 14. Greffe criminel. — 15. Cabinet. — 16. Cabinet.— 17. Premier bureau de la Grand'Chambre. — 18. Second bureau de la Grand*Chambre. — 19. Greffe civil garde sacs.- 20. Dépôt de papiers.— 21. Dégagement. —22. Greffe des Requêtes. — 23. Vestibule. — 24. Chambre de la Table de Marbre. — 25. Chambre des Requêtes. — 26 et 27. Dépôt de Dossiers et Documents.

porte du Château ou porte Saint- Michel, démoUe depuis trois ans à peine ; elle se continuait, à l'ouest, sur la rue de Tlnquisition.

Trois portes principales donnaient accès dans l'intérieur de Tenclos du Palais. La grande entrée sur la place extérieure était formée par un arc de triomphe à colonnes doriques cannelées, qui avait été construit, au commencement du xvii" siècle, par ordre du premier président Nicolas de Verdun, avec les matériaux extraits de la partie ouest du mur d'enceinte. Les deux autres étaient, Tune rue des Fleurs et l'autre rue de l'Inquisition.

Par la porte principale, on entrait dans la rue Neuve, voie de 50 mètres de longueur environ, bordée de maisons appartenant à des particuliers et relevant du Domaine; cette rue conduisait à la grande cour intérieure, reliée à la cour de l'est par un passage sous le pavillon qui réunissait l'édifice central aux annexes du côté sud. Les deux cours ne mesuraient pas moins de 126 mètres de longueur, sur une largeur moyenne de 18 mètres.

Dans la première, à Uaspect du midi, se trouvait l'entrée de la Grand'Chambre ou Chambre du Plaidoyer, la seule où les avocats fussent autorisés à plaider. Le greffier P. Lacombe écrivait en 1654 : a Je « commencerai par ce beau perron de pierre de taille, ce soutenu par quatre colonnes d'ordre corinthien et « couvert d'un beau pavillon d'ardoise, au milieu ce duquel il y a un petit dôme ou, à mieux dire, une « voûte exhaussée, tranchée de deux arcs qui portent « un vase de plomb rempU de feuillages ^ Ce perron <c a deux grands degrés de pierre de taille pour mon-

1. Un pavillon analogue existe encore dans la cour de Thôtel sis au n« 15 de la rue Ninau.

a 1er des deux côtés, étant composé chacun de huit a marches capables de cinq ou six hommes de front. « Entre le perron et la salle de Taudience, il y a un a petit relais ou porche où se mettent les avocats, « procureurs et parties poursuivantes, en attendant a qu'on ouvre la salle de Taudience ; en ce même lieu, u il y avait autrefois une lanterne attachée au plafond a qui servait pour éclairer MM. du Parlement lors- « qu'ils entroient au Palais, Thyver devant le jour, de a laquelle on ne se sert plus à présent. » Ce vestibule, carrelé, sans éclairage et très bas de plafond, était la seule salle des Pas-Perdus du barreau et de la basoche. Une porte en noyer, à deux ouvrants, donnait directen^ent dans la Grand'Chambre, dont le sol était élevé d'une marche au-dessus de celui du porche.

La salle d'audience, dallée de pierre, prenait jour au midi par cinq grandes ouvertures, et mesurait soixante-dix pieds de long sur cinquante de large ; un lambris, sur lequel venaient reposer des pilastres décoratifs, courait tout le long des murs, entièrement recouverts de grandes tapisseries bleues , semées de fleurs de lis. La hauteur de la pièce était en harmonie avec ses grandes dimensions ; « les soH- « veaux du plancher. sont, ditLacombe, disposés « en parquetage, enrichis de plusieurs peintures « qui sont autant de hiéroglyphes, d'emblèmes ou « devises accompagnées de leurs armes, qu'il est u malaisé de Hre tant à cause que leur caractère « en est ancien que par la distance qu'il y a jusques (c au plancher; tout ce qui parait le plus parmi ces a peintures, ce sont les lettres K qui sont parsemées a partout avec des fleurs de lys pour témoigner que <c cela fut fait sous le règne du roi Charles, dont le « nom s'écrivait, pour lors, en latin, Karolus. Outre ^ « cela, le plancher est lambrissé d une infinité de pla-

(( cards dorés, tant des armes portées par des anges a que des fleurs de lys, »

Dans Tangle diagonalement opposé à la porte d'entrée, un grand tableau enrichi de dorures, représentait le Christ en croix : deux personnages, le roi Charles VIIl et le dauphin, qui fut plus tard Louis XI, étaient en adoration aux pieds du Dieu de justice et de miséricorde. Cette peinture, exécutée vers 1444, surmontait le trône royal sur lequel siégèrent François P*" et Charles IX, lors de la tenue des lits de justice de 1533 et 1565. Le fauteuil réservé au souverain servait d'accoudoir au premier président ou, en son absence, au président de l'audience, dont le siège, placé à gauche et un peu plus bas, était encore élevé d'un degré au-dessus de coux des autres membres de la Cour.

A la gauche du premier président, se plaçaient les présidents à mortier et les conseillers clercs. A droite du trône, se rangeaient les princes, les hauts dignitaires, les prélats, les maîtres des requêtes et les conseillers lais. Tous les fauteuils recouverts d'étoffes fleurdelisées, étaient rangés sur une estrade élevée de quatre gradins.

Les membres du Parquet -s'asseyaient en face des conseillers clercs sur des sièges exhaussés par uu marchepied et garnis de coussinets et de tapisseries, comme ceux des magistrats. De simples tapisseries recouvraient les sièges échelonnés du greffier en chef, du greffier criminel et du greffier des présentations ou des secrétaires de la Cour, désignés sous le nom de secrétaires évangélistes. Les clercs audienciers prenaient place sur des tabourets garnis de drap bleu et s'appuyaient, pour écrire, sur les bancs des greffiers civil et crimiiiél.

Venaient ensuite les trois enceintes du barreau. La

première était réservée aux parties, lorsqu'elles appartenaient aux ordres privilégiés : d'un côté, le banc des sénéchaux pour les magistrats et les membres du clergé ; de l'autre, celui des gentilshommes. Les avocats consultants occupaient la seconde enceinte. La troisième appartenait aux avocats et aux procureurs.

A gauche de la porte d'entrée, en face des sièges des conseillers clercs, s'élevait une chapelle fermée par une grille de fer à hauteur d'appui. Un grand tableau, placé derrière l'autel, décorait le fond de l'oratoire, orné de peintures et de dorures dues à un malheureux détenu que a l'excellence de son art » ne put sauver de la condamnation et du supplice. On y célébrait régulièrement la messe, avant et après chaque audience de la Cour.

Les magistrats avaient deux entrées dans la salle. L'une, à l'extrémité des sièges des conseillers lais, communiquait au vestibule de la chambre des Manteaux et à la cour du bureau de la Chambre Tournelle et du grand greffe civil. Dans cette cour, se dressait un vieil ormeau dont les grosses branches servaient à l'exécution des coupables, condamnés par la Chambre des Requêtes, pour crimes commis dans l'intérieur du Palais. A Tangle opposé, une porte basse donnait sur un oscaher conduisant aux bureaux de la Grand'- Chambre, situés au premier étage. Des tribunes ou lanternes, aux grilles lourdes et massives, étaient placées au-dessus de chacune de ces deux portes et avaient vue sur la salle.

A côté de l'escalier, se trouvait un grand promenoir à trois portiques donnant dans une cour sur laquelle prenaient jour le greffe de la peau et le bureau de la Chambre Tournelle. Ce dernier, de dimensions exiguës, presque entièrement occupé par les sièges des magistrats, était remarquable par son ancienne che-

minée de maçonnerie ô chambranle de bois doré et par son plafond à caissons garnis de peintures. Il s'appuyait sur une grande tour ronde servant de dépôt pour les archives et les dossiers des divers greffes du Parlement, notamment de celui de la peau, où Ton réunissait les registres en vélin. Plus loin, la cour principale du Palais était reliée par un passage couvert à une petite cour ayant accès sur la rue des Fleurs. A droite de cette entrée, la salle d'audience de la Chambre de la Table de marbre faisait façade sur la même rue.

Dans Tangle nord de la cour , adossée au mur qui séparait le Palais du jardin de botanique de l'Académie des sciences, se trouvait la salle d'audience de la Chambre Tournelle, grande pièce sombre, humide et malsaine.

Plusieurs des services du Parlement étaient placés au premier étage du bâtiment principal. Les deux bureaux de la Grand'Chambre étaient complètement isolés et ne communiquaient avec la salle d'audience que par l'escalier attenant au promenoir des portiques. Le premier bureau ou Chambre dorée, était au-dessus de ce promenoir et prenait jour sur la même cour par trois grandes baies. Cette salle, aux murs tendus de grandes tapisseries tleurdelisées, était surchargée de dorures et d'ornements, qui ont été conservés dans la Chambre du conseil de la Cour d'appel; des bas* rehefs en bois doré surmontaient la cheminée de marbre blanc, et le plafond était « à compartiments de « grands carreaux remplis de bas-reUefs pareillement « en bois doré *. » De l'autre côté de l'escalier, se trouvait le second bureau, au-dessus du passage reliant les deux parties de la cour principale du Palais.

1. Rapport de Garipuy, ingénieur de la province, 1778. — (Apehives de la Haute-Garonne. Série C, n» 2254.)

Entre le vestibule de la salle d'audience et la chambre des Manteaux, un grand escalier conduisait au Parquet des gens du roi et aux Chambres des Enquêtes. La première et la seconde Chambres, instituées, Tune en 1451 et Tautre en 1543, étaient au-dessus du grand greffe civil et de la buvette du rez-dechaussée. Leur décoration était à peu près identique : murailles tapissées ou peintes en bleu fleurdelisé, cheminées en sarrancolin , et plafonds à grands compartiments, dans lesquels les armes de France se détachaient sur un fond d'azur, La troisième Chambre des Enquêtes, créée en 1691, n'avait pas été rétablie, en 1775, lors du rappel des Parlements par Louis XVI; son ancienne salle d'audience, adossée à la tour du Palais, au-dessus du bureau de la Chambre Tournelle, était décorée comme les deux autres, sauf cependant son plafond à caissons, où neuf bas-reliefs, peints en bleu, représentaient les travaux d'Hercule. Ce monument important de l'art décoratif a été conservé dans la Chambre d'Accusation de la Cour d'appel.

Au même étage, se trouvaient encore le bureau de la Chambre de la Table de marbre, le bureau et le greffe de la Chambre des Requêtes, le greffe civil des gardes sacs, le greffe criminel, enfm de grandes salles où s'étaient amoncelés, depuis des siècles, les archives et les dossiers du Parlement.

Le long des murs de la ville s'élevait la salle d'audience de la Chambre des Requêtes, réservée aux actions personnelles et possessoires entre privilégiés, aux instances féodales et aux jugements des crimes commis dans l'enclos du Palais. Une grande cheminée en maçonnerie revêtue de bois, un carrelage à rangs de fougère, un plafond à neuf grands caissons ornés de trophées d'armes et de drapeaux, enfin des tapis-

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séries fleurdelisées sur fond bleu formaient la décoration de cette pièce. Venaient ensuite la salle des procureurs et celle des huissiers ; diverses dépendances et ce qui restait encore des anciennes prisons, complétaient les constructions intérieures du Parlement, au-dessus desquelles s'élevait, majestueuse et sombre, la tour de l'Aigle, aux lugubres souvenirs.

Le vieux Palais a disparu à jamais, comme la magistrature dont il vit la naissance, la gloire et la chute. A la place qu'il occupa pendant plus de trois siècles s'élèvent aujourd'hui le Tribunal de première instance, la Cour d'appel et la Cour d'assises, et c'est à peine si, dans ces nouvelles constructions, on retrouve quelques vestiges de l'ancien monument.

En entrant à la Cour d'appel, un perron conduit à la salle des Pas-Perdus, établie sur l'emplacement même de la cour de la Tournelle et de la chambre des Manteaux. En face de l'entrée, s'ouvre la porte de la première Chambre de la Cour, qui était autrefois la salle d'audience de la Grand'Chambre du Parlement. On y voit encore l'obélisque érigé , en 1775 , par les membres du barreau, en commémoration du rétablissement de la Cour souveraine, don de joyeux avènement du jeune roi Louis XVI; l'ancienne chapelle a été déplacée et reportée vers le milieu du trumeau qu'elle occupait autrefois. Le mur faisant façade au midi n'a pas été reconstruit et, si la forme de ses ouvertures a été modifiée, la grosse maçonnerie a été complètement respectée : cinq arceaux en ogive, les contreforts consolidant l'édifice et la toiture à forte pente, recouverte de petites tuiles carrées, donnent une idée de Taspect des principales constructions du Parlement^ à la fin du xv«» siècle. Ce mur, récemment recrépi, donne sur une courette intérieure et fait face à

la fenêtre de Tescalier qui conduit à la bibliothèque de la Cour, au premier étage; une construction, à peine achevée en ce moment, ne permet plus d'en apercevoir qu'une partie. De Tancien plafond enrichi de dorures, il ne reste que la disposition générale en caissons, mais rornementation variée d'emblèmes et de chiffres royaux a été remplacée par des rosaces peintes à fresque et se répétant uniformément cent quatre-vingtsept fois. Grâce & la description du greffier Lacombe et aux indications de M. Lapierre, le savant archiviste, l'ancienne décoration du plafond de la Grand'- Chambre a été rappelée dans la grande salle actuelle des Archives, au second étage.

Tout auprès de la salle d'audience de la première Chambre de la Cour, se trouve la Chambre du Conseil, qui était autrefois au premier étage du Palais, au-dessus du promenoir des portiques, et servait de premier bureau aux membres de la Grand'Chambre du Parlement. Son ornementation, surchargée de dorures massives, lui avait fait donner le nom qu'elle porte encore de Chambre dorée ; son déplacement et sa restauration n'ont rien enlevé de sa magnificence à ce remarquable spécimen de l'art décoratif, au seizième siècle. Plus longue que large, cette pièce mesure dix mètres sur sept et prend jour sur le jardin par trois grandes baies à doubles croisillons. Quatre poutres entrecroisées, scellées de fleurons et chargées de fleurs de lis et d'ormeaux arrachés d'or sur azur, divisent le plafond en neuf caissons. Dans chacun d'eux, un octogone de moulures encadre un fond bleu pâle sur lequel se détache une grande figure en relief dorée à plein, sauf les parties nues auxquelles l'artiste a donné leur couleur naturelle ; des anges émergeant à mi-corps de lourdes nuées de même facture, occupent les quatre angles, et le long des frises de diaque

compartirrient se déroulent de brillantes dorures représentant, tantôt des guirlandes soutenues par des têtes de lions, tantôt d'élégants rinceaux échappés d'un mascaron que découvrent des amours. Sauf une, toutes les figures sont assises sur de massives nuées d*or et les tètes ressortent sur un fond de même nature.

' USé^aatx dk le mouvement des sujets, Thabile agencement des draperies et la tourdeur caractéristique des dorures^ rattachent à Técole ilsfame de la Renaissance cette œuvre importante due au ciseau d'un sculpteur inconnu.

Les trois vertus théologales : la Foi, l'Espérance et la Charité occupent les caissons qui longent le mur de iond.

La tête couverte d'un long voile et dans une attitude contemplative, la Foi tient de la main droite un triangle rayonnant, symbole du mystère fondamental de la reUgion chrétienne ; dans les angles du compartiment quatre anges serrent étroitement sur leurs poitrines la croix du Dieu rédempteur.

L'Espérance, la tète couronnée de fleurs, la main droite appuyée sur l'ancre du salut et les yeux levés au ciel, adresse à Dieu une ardente prière à laquelle s'associent, pieusement recueillis, des anges à demi drapés. Cette figure de l'Espérance a une certaine analogie avec celle que l'art français doit au pinceau de Mignard.

La Charité, allaitant un enfant pendant que deux autres jouent à ses côtés, rappelle les dessins de Giovanni Mannozzi. Autour de cette allégorie, quatre anges à mi-corps déploient des guirlandes de fleurs et de fruits d'une remarquable finesse d'exécution.

La Justice, la Paix et la Vérité ornent les trois caissons du milieu de la salle.

La première a là tête ceinte d'une couronne, de laquelle s'échappent les gracieux ondoiements de ses longs cheveux blonds ; sa main gauche tient les balances de Timpartialité; tandis que son bras droit, en haut relief, brandit le glaive qui frappe les coupables. Les anges qui Tentourent soutiennent des faisceaux, symbole de la puissance des magistrats.

Une branche d'oHvier à la main, la Paix, dont la physionomie laisse à désirer comme exécution, foule aux pieds un trophée, où Ton voit un bouclier et un morion. Dans les angles, des amours ont aussi 6 la main l'emblématique rameau de la concorde.

La Vérité, les yeux fixés sur un miroir, étouflfe de la main droite un serpent enroulé autour de son bras; la tète de cette figure est traitée avec une réelle habileté et une remarquable finesse. Les anges qui raccompagnent étreignent des serpents, symboles* du mensonge.

La troisième rangée comprend la Victoire, la Renommée et rimmortalité.

La Victoire est coiffée d'un morion couronné, sous lequel retombent les boucles brunes de son abondante chevelure ; la cuirasse au corps, Técharpe flottant au vent, la divinité a déposé son bouclier et sa massue victorieuse, pendant que de ses mains puissantes elle disjoint la redoutable mâchoire du lion qu'elle maintient terrassé sous son genou. Autour d'elle» quatre anges, coiffés de la tète de lion, comme le héros de Tyrinthe, soutiennent de lourdes massues.

Dans un octogone irréguher, plus long que large, la Renommée est la seule figure qui ne soit pas assise et entourée d'anges : elle s'est élancée dans Tespace, les ailes déployées, tenant de chaque main iin clairon orné de bannières sur lesquelles on voit, d*un côté, le livre de THistoire, et de l'autre, les balances de la Jus-

tice. Dans les angles du caisson, des anges se préparent, les uns à emboucher leurs bruyantes trompettes, les autres à inscrire sur les tablettes de l'histoire les services et les hauts faits des humains.

Enfin, rimmortalité est représentée par une brune Hébé, qui verse, d'une aiguière d'or dans une coupe de même métal, le nectar réservé aux divinités de rOlympe. Quatre anges expriment la même pensée d'éternel triomphe par la palme qu'ils* tiennent à la main.

Dans cette œuvre, vraiment magistrale malgré ses défauts, la composition est gracieuse et simple; les figures sont généralement traitées avec sentiment et finesse, mais le goût moderne s'accommode difficilement de ces dorures écrasantes, qui ont prédominé si longtemps dans les écoles italienne et espagnole. Cet intéressant document de l'art ornemental, loin de ne présenter qu'une capricieuse juxtaposition de curieuses allégories, est certainement l'expression d'une grande conception d'ensemble.

Son auteur a peut-être songé à ces corporations toutes -puissantes que Montesquieu appelait trois sortes d'Etats dans l'Etat : l'Eglise, la Robe et l'Epée. Il parait préférable d'admettre que l'artiste a voulu grouper, en représentant chacun d'eux sous trois de ses formes principales, les éléments premiers de l'organisation sociale : la Religion, la Justice et la Gloire militaire. Les Vertus théologales, symboles des croyances religieuses, contrebalancent l'effet des passions humaines par l'ineffable clémence et l'éternelle sanction du Dieu tout-puissant; la Justice, avec l'aide de la Vérité, affermit le règne dé la Paix, en assurant à tous les enfants de la même patrie le respect de leurs droits individuels et l'impartiale protection de leurs intérêts; enfin, le Combat et la Victoire conduisent les héros à la Gloire et à l'Immortalité.

Cette éloquente synthèse d'une société d'hommes croyants, justes et braves domine un grand écusson placé au-dessus de la porte d'entrée. Deux génies aux ailes déployées supportent le double écu aux armes de France et de Navarre, surmonté de la couronne royale à fleurs de lis alternant avec des fleurons trilobés ; tout autour se déroulent le collier de l'ordre de Saint- Michel, créé par Louis XI, et celui du Saint-Elsprit, dans lequel le chiffre couronné d'Henri III, son fondateur, alterne avec des fleurs de lis florencées et des casques brochant sur des étendards.

En face de la porte d'entrée, se dresse une grande cheminée en marbre rouge écarlate ; au-dessus et sur un fond bleu pâle, un médaillon circulaire de 0,80*' de diamètre représente l'union de la Justice et de la Paix. Les deux figures sont assises: la première tient, de la main gauche, les balances et le glaive flamboyant; de l'autre, elle s'appuie sur l'épaule de sa compagne, dont le front est orné d'une couronne d'olivier. Deux grandes Renommées ailées, entourées d'arabesques d'or, surmontent le bas- relief : elles portent leurs trompettes aux lèvres et ceignent de lauriers l'écu de France, surmonté d'une tète de génie, couronnée d'olivier.

Sur le mur de fond, de grands médaillons ovales, d'un mètre de hauteur sur 0,90" de largeur, détachent leurs masses d'or entre deux panneaux ornés d'élégantes arabesques, s'enroulant autour de chiffres royaux surmontés de lauriers. L'un montre la Justice veillant auprès d'un gracieux enfant et soulevant le rideau du berceau dans lequel il repose. L'autre représente le règne de la Justice : au-dessous d'un grand baldaquin h festons, la divinité, sur son trône, tient à la main le sceptre fleurdeUsé des rois de France ; à ses pieds sont les livres de la Loi et les attributs de la Guerre.

Ces deux sujets se répètent diagonalement sur les trumeaux qui leur font face; et dans les angles de la pièce, quatre bas-reliefs reproduisent l'une des deux figures, la Justice et la Paix, qui se trouvent dans le médaillon placé au-dessus de la cheminée.

On voit enfin, dans cette salle, un fauteuil récemment restauré, que la tradition prétend être le trône sur lequel François P' et Charles IX ont présidé les lits de justice tenus en 1533 et 1565. Au sommet d'un dossier concave et très élevé, une couronne royale à six trèfles, surmontée d'une croix, domine l'écu fleurdelisé de France ; à droite, les balances de la Justice font pendant à un serpent qui, de l'autre côté, s'enroule autour d'un faisceau armé d'une hache. Plus bas, un croissant, surmonté d'une fleur de lis d'or, se détache sur le fond d'azur d'un écu ; des guirlandes, des rosaces et des besants d'or égayent le fond vert de ce meuble, dont la grande antiquité n'est qu'une légende. Les ornements qui décorent le siège ne permettent pas, en effet, de l'attribuer 6 une période artistique antérieure au xvni* siècle.

Les sculptures de la Chambre d'Accusation, située au premier étage, au-dessus de la Chambre du Conseil, ne sont pas moins curieuses que les ruisselantes dorures de l'ancien premier bureau de la Grand'- Ghambre du Parlement.

Autrefois, le plafond de cette. salle, longue de 8*80 sur 8°45 de large, ornait la troisième Chambre des Enquêtes de la Cour souveraine, placée au-dessus du bureau de la Chambre Tournelle et prenant jour sur le parterre. Comme la plupart des productions de l'école itahenne des xvi* et xvii* siècles, cette œuvre importante se dissimulait, non point cette fois sous un riche revêtement de dorures, mais sous une couche uniforme de peinture bleue. Un premier déplacement

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- »5 — l'avait reléguée dans un passage du Parquet jde la Cour et lui avait infligé un nouveau badigeon de couleur verte ; heureusement, les artistes qui ont dirigé sa dernière restauration ont eu le soin de faire enlever ces malencontreuses couleurs sous lesquelles disparaissaient les finesses et les beautés de ce grand travail de sculpture sur bois.

Quatre poutres entrecroisées, scellées de rosaces et masquées sous de fortes guirlandes de chêne tressées de rubans, forment la structure générale de neuf caissons égaux. Dans chacun d'eux, une guirlande inscrit un carré aux angles arrondis et aux lignes sinueuses dont le centre est occupé par des figures de haut relief, représentant les travaux d'Hercule; des amours et divers attributs garnissent les angles de chaque compartiment.

Dans le premier, Hercule enfant accomplit son premier exploit : debout, devant son berceau qu'il a renversé, il étouffe dans chaque main un des serpents que Junon avait envoyés pour détruire le fruit des amours adultères de Jupiter et d'Alcmène; un chien aboyant contre les monstres vient compléter cette scène dans laquelle le corps du jeune héros est bien traité. Deux angles du caisson sont occupés par un motif, composé de deux cornes d'abondance élégamment enlacées et regorgeant de fruits; la décoration des deux autres n'est pas moins heureuse: des amours, engainésdans une gracieuse arabesque, entrecroisent les massues qu'ils tiennent d'une main, tandis que, de l'autre, ils portent aux lèvres des trompes dans lesquelles leur souffle divin se transforme en un jet de flammes. Au milieu de la frise formée par la face intérieure de chajque solive, des aigles, aux ailes à demi déployées, soutiennent de leur bec des guirlandes de pampres chargés de fruits, qui vont se rejoindre, dans les an- ^QS, sous des nœuds de rubans.

Le caisson voisin montre le héros de Tyrinthe combattant le lion de Némée : Hercule, vu de profil à droite, enlace de ses bras athlétiques le cou du monstre, qui a saisi dans sa terrible' mâchoire la massue du fils de Jupiter. Ce bas-relief est peut-être le moins bien traité de tous : la ligne générale est disgracieuse, la tête assez expressive du héros n'est pas suffisamment étudiée, enfin l'animal monstrueux de TArgolide manque de proportions, bien qu'il soit exécuté avec ampleur et énergie. Des cornes d'abondance entrecroisées, analogues à celle du compartiment précédent, garnissent les quatre angles. Une tète de femme en haut relief occupe le milieu de chaque frise, sur laquelle se déroulent des arabesques d'une élégance et d'un fouillis remarquable.

Plus loin, Hercule, vainqueur du lion de Némée et couvert de sa dépouille, attaque l'hydre de Lerne. Le héros, vu de face, est fièrement campé; il brandit à deux mains sa lourde massue et va frapper le monstre, qui a saisi de ses griffes la jambe du demi-dieu et le menace de ses sept tètes sans cesse renaissantes. L'animal fabuleux, fils monstrueux des amours de Typhon et d'Echidnée, est d'un mouvement vrai et bien interprété : le corps d'Hercule est étudié avec soin, et si le bras droit laisse à désirer comme exactitude, Texpression calme et énergique du visage rend, avec vérité, le sentiment d'indomptable courage et de confiance inaltérable qui animait le rival d'Eurysthée, dans cette lutte terrible.

non te rcUionis egentem

Lernœus turbâ capitum circumstetit anguis ^,

dit le grand poète. Les angles et les faces intérieures h En^de, livre VIII, y- «29.

des solives sont décorées des mêmes ornements que le caisson précédent.

Dans le quatrième compartiment, le fils de Jupiter est descendu aux enfers pour ramener son ami Thésée du royaume des morts. Il franchit le corps inanimé du fils d'Egée, et présente aux gueules menaçantes de Cerbère couché les chaînes qu*il lui destine, tandis que sa main droite, armée de la terrible massue, est prête à frapper le monstrueux et redoutable gardien de Tempire de Pluton.

Et Cerbère couché dans son antre sanglant,

Sous sa puissante main ùxi traîné tout tremblant ^

Dans la lutte, la peau de lion est tombée des épaules du vainqueur, dont le torse se présente de trois quarts de dos ; le mouvement est bien rendu et le corps, enlevé avec amj)leur, est habilement traité. En revanche, le chien tricéphale laisse beaucoup à désirer et son exécution est très inféiieure à celle de l'hydre de Lerne. Le groupe se détache sur un fond de flammes et de fumée, jaillissant du sombre séjour- Comme dans le premier caisson, les guirlandes des frises partent du bec d'un aigle, mais vont se rejoindre, cette fois, derrière des têtes de Uon. Dans les angles, des trophées d'armes et de drapeaux s'échappent d'un boucher, d'une cuirasse ou d'un écu rehaussé de foudres et de fers de lances.

Le sujet suivant représente le taureau furieux de nie de Crête terrassé par le fils d'Alcmène : l'animal haletant, épuisé, la langue pendante, est tombé à genoux, et son vainqueur, le pied posé sur le corps du monstre, le maintient de sa main toute-puissante ; sur les épaules du héros retombe la longue crinière du

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