Mort le 17 janvier
monde; une activité aussi ingénieuse qu'infatigaljle à servir ceux qui lui remettaient leurs intérêts; un amour de la règle et de la subordination qui allait pour ainsi dire jusqu'au fanatisme : tels m'ont paru les traits distinct ifs de cet homme respectable qui touchait presque à sa soixante-dixième année quand j'ai commencé à le connaître. A cet âge, après cinquante années de labeurs non interrompus, son goût pour les affaires n'était point usé, son ardeur pour le travail n'était point ralentie; sa mémoire, meublée de tout ce qui lui avait passé par les mains et sous les yeux, n'avait rien perdu de cette immense collection dont les matériaux rendaient son entretien précieux pour quiconque cherche à s'instruire... II parlait très volontiers de ce qu'il avait fait jadis, rarement de ce qui l'occupait actuellement, jamais de ce qu'il méditait de faire; et, par là, demeurait communicatif sans indiscrétion et circonspect sans resserrement.
» Il s'exprimait avec cette facilité entraînante que donne la parfaite possession des matières qu'on traite ; il écrivait avec cette clarté qui est la vraie élégance du style des affaires, non pas avec cette élégance qui est le fruit de l'art, de l'étude et du raffinement de l'esprit. M. le maréchal de Belle-Isle n'ignorait rien de ce qu'il avait dû apprendre; mais il n'avait rien appris de ce qu'il pouvait ignorer. »
Il est aisé, dans ce portrait, de lire entre les lignes et de voir que « l'austérité du maréchal dans les affaires » signifie, ses formes dures et désagréables, « la noble sécurité que donne l'expérience de soi-même », sa présomption, et « ce style qui n'est pas le fruit de l'art et du raffmement » un style fort négligé. Le public qui n'aimait point M. de Belle-Isle, s'amusa l)eaucoup de l'adresse avec laquelle Nivernais avait indiqué les défauts sous le voile des éloges.
Quelques biographes de Nivernais ont affirmé son scepticisme et se sont appuyés sur ce passage de Walpole :
« Il serait disposé à penser avec liberté s'il n'avait l'ambition de devenir gouverneur du dauphin (Louis XVI), et de plus il craint sa femme et sa fille qui sont des fagots d'église. »
Il ne faut pas faire dire à Walpole plus qu'il ne dit en réalité : penser avec liberté ne signifie point être un athée. Il est certain que le duc ne poussait pas aussi loin que sa femme l'accomplissement strict des pratiques religieuses, mais il ne les négligeait pas et ne laissa jamais échapper une occasion de rendre hommage à la religion. Le seul fait d'avoir été choisi comme ambassadeur auprès du pape prouve le néant d'une accusation qui a été renouvelée, même de
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nos jours. En un mot, le duc n'était pas ce qu'on appelait alors un ch'vot, mais c'était un hommfr ayant des principes religieux.
En voici un exemple.
Dans le discours de réception de monseigneur De Coetlosquet, ancien évêque de Limoges et précepteur du duc de Bourgogne, le duc de Nivernais s'exprime ainsi :
« Adorés d'avance par une nation dont le caractère distinctif est l'amour du sang royal, nosjeunes princes ont contracté par là, en naissant, une dette dont vous leur apprendrez à s'acquitter. Vous assurerez leur bonheur et celui de la nation en formant leur esprit par l'étude des^ bonnes lettres, et leur cœur par les sentiments de la religion, de cette religion sainte qui semble particulièrement descendue du ciel pour l'instruction des princes, à qui elle apprend que tous les hommes sont frères, qu'ils sont tous soumisaux mêmes lois, qu'ils seront tous jugés au même tribunal, sans exception, sans privilèges^ sans distinction d'état ou de naissance... »
Certes, ce discours n'est pas d'un sceptique. Oa y voit également avec quelle indépendance s'exprime le duc au sujet de l'éducation des princes;, cette égalité quM [)roclamc est un peu bien oséfr
pour 1761, mais il était admis que daus le monde de la cour comme dans celui des lettres, Nivernais avait une place à part.
Les fables que composait M. . de Nivernais étaient alors fort à la mode dans le monde et à r Académie.
Bachaumont dit, en parlant d'une de ces lectures:
« Le public serait sorti très mécontent de cette séance, si M. le duc de Nivernais, aujourd'hui duc de Nevers, ne l'avait régalé de quelques fables. Cet ingénieux moraliste en a lu six, toutes exquises dans leur genre. On ne pourrait que répéter à cet égard les éloges déjà donnés à celles de cet auteur lues à l'assemblée de la Saint- Louis, même naïveté, même élégance, même finesse. On ne saurait rendre les applaudissements des spectateurs, engourdis depuis le commencement de la séance ; les dames surtout étaient dans l'enchantement le plus vif et ne pouvaient s'empêcher de le témoigner par leurs transports. »
Nous craignons fort que ces fables n'excitent plus aujourd'hui le même transport; il faut cependant en connaître quelques-unes, car elles ne méritent point de tomber tout à fait dans l'oubli ; elles sont écrites avec beaucoup d'esprit et de facilité, mais la tournure vraiment poétique
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leur fait défaut. En voici trois, choisies parmi les meilleures.