‹ La fin du XVIIIe siècleChapitre 43 sur 62 · AUTRES PREUVES DE CIVISME · texte numérisé non relu

AUTRES PREUVES DE CIVISME

« Éclaircissement et addition à la déclaration que j'ai faite au secrétariat de ma municipalité, le le'- frimaire, en y faisant déposer mon collier de l'ordre du Saint-Esprit avec la croix.

» Je déclare avoir fait brûler lors et en conformité de la proscription des titres d'honneur un parchemin qu'on appelle improprement un brevet de chevalier de Tordre ; il ne contenait que mes preuves de noblesse précédées d'une lettre ministérielle fort courte.

» ... J'ai fait depuis, le même jour, déposer au secrétariat de ma municipalité :

» 1° La medianate ou diplôme du roi d'Espagne concernant ma grandesse;

» 2° Le décret de l'empereur Charles, en date du 3 mars 1738, concernant mon titre de prince de l'Empire.

» A Paris, le 1"' frimaire au II de la République (novembre 1793.)

» Maxcini Nivernais. »

Ces preuves de civisme servaient à obtenir l'unique sauvegarde sur laquelle on pût compter, et encore !..c C'était le certificat de civisme délivré aux citoyens par le comité de salut public de la section et approuvé par l'assemblée gêné-

raie de la section, pour être enfin confirmé ou rejeté par le conseil général de la Commune siégeant à l'Hôtel de ville. Il fallait, pour obtenir ce bienheureux certificat, déposer ses preuves de civisme au bureau de la questure, ce qui nécessitait toujours de fort longues démarches qui n'étaient pas sans danger, car, fort souvent, les citoyens auxquels on refusait ledit certificat étaient immédiatement arrêtés comme suspects.

Les certificats de civisme, dont la forme a depuis varié plusieurs fois, devaient être d'abord délivrés par le comité, appelé alors dans chaque section comité de salut public, et approuvés ensuite dans l'assemblée générale de la section, pour être enfin confirmés ou rejetés par le conseil général de la Commune siégeant à l'Hôtel de ville.

Voici une description curieuse d'une de ces séances, faite par l'abbé Morellet, qui dut se rendre à l'Hôtel de ville pour y subir l'examen préalable à la délivrance du certificat :

« J'arrive à l'Hôtel de ville sur les six heures du soir. Là, je trouve les deux amphithéâtres des extrémités de la salle garnis de femmes du peuple, tricotant, raccommodant des vestes et des culottes; la plupart avec des yeux ardents, un maintien soldatesque, figures dignes du pinceau d'IIogarth, payées pour assister au spectacle et applaudir aux beaux endroits. Vers les sept

35i'i LE DUC DE NIVERNAIS.

heures, le conseil de la Commune se forme; il occupe une estrade ou une tribune séparée; on lit d'abord le procès-verbal de la veille qui fait mention d'un décret par lequel la Commune avait réglé que désormais les jolies femmes n'assiégeraient plus les bureaux de la mairie pour obtenir la liberté des aristocrates...

» Un homme de ces bureaux, inculpé de se laisser séduire par ces belles solliciteuses, représente que la mesure proposée est inexécutable, la mairie étant nécessairement ouverte à tout le public et à toutes les femmes vieilles ou jeunes, laides ou jolies, soit pour le payement des impositions, soit pour la charge des domaines nationaux.

» La lecture du procès-verbal fut suivie dé l'entrée de cinq sections qui vinrent présenter leur contingent du premier recrutement. Chacune de ces troupes entre dans la salle à grand renfort de tambours, et l'une d'elles avec une musique militaire. Chacune pérore à son tour, par la bouche d'un orateur qui jure de nettoyer le sol de la liberté des satellites des despotes, etc., à quoi le président répond; ensuite, il entonne l'hymne des Marseillais, que toute la salle continue avec transport. De sorte qu'il fallut entendre l'hymne cinq fois et autant de fois le Ça ira, acccwnpagné par les claquements de main et les battements de pied de tous les patriotes.

» Enfin, venait le tour des demandeurs de

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