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I. La belle-sœur du marquis, veuve du eomle de Mirabeau

42 LE DUC DE NI VKRX Aïs.

puisable palience. de Nivernais, qui cherche à tempérer son ardeur épistolaire tout en employant les formes de la plus exquise politesse.

Voici la lettre qu'il lui adresse au Bignon, où le marquis appliquait, avec plus de dépense que de profit, ses théories d'économie agricole :

Le duc de Nivei-naU au marquis de Mirabeau.

« 5 juin 1764.

» J'ai une drôle de proposition à vous faire, mon cher maître, c'est que vous m'écriviez beaucoup et que je vous écrive peu. Songez qu'on ne peut écrire que le matin et combien de choses remplissent nécessairement ce matin-là. Ne faut-il pas monter à cheval, ne faut-il pas voir ses amis, faires ses affaires, déjeuner ;^ et puis les fables, et puis la musique, c'est encore dans la matinée qu'il faut que cela se fourre; car, après dîner, un homme sage et faible ne fait usage de ses dix doigts. Heureux qui n'est ni l'un ni l'autre, exem/plum ut talpa. Oh çà! mon ami, vous serez donc l'écrivain et moi le lecteur : je recevrai et je ne rendrai point, ou bien peu. N'y aurait-il pas là de quoi faire une belle fable, car il me semble que voilà le marché que la plupart des hommes voudraient faire avec leurs sem-

blables. Je sais que vous aimez la réciprocité en tout ordre de choses, et vous avez raison, car elle est bonne, ainsi que l'eau, selon un traducteur de Pindare. Mais, mon ami, contentez-vous de la trouver dans mon cœur; car, pour celui-là, il est à vos ordres et en état de travailler pour vous à toutes les heures du jour. Adieu, mon cher maître, ne croyez pas que j'attende le complément de votre grande culture pour aller vous voir dans votre prœdiwn. Je ne suis pas si patient qu'un agriculteur agronome ou cultivateur tel que vous, je ne sais pas au juste comme il faut vous qualifier, mais je sais que je vous aime bien et pour ma vie.

» Vous savez des nouvelles de madame de Rochefort par elle. Les miennes sont bonnes en dépit de ce vent du nord qui gèle les corps et qui brûle les fruits. Ma femme est assez bien; mais pourtant sa poitrine n'est pas encore complètement remise et elle a grand besoin de ménagement. Mettez-moi aux pieds de la belle chatte noire, monsieur le marquis, et puis allez-vous-en à votre grande culture. »

Le marquis sentit la leçon que contenait cette lettre, sous la forme la plus polie, mais il jugea bon de ne pas avoir l'air de s'en être aperçu et les demandes n'en continuèrent pas moins: tantôt c'est une pension pour la comtesse de Mira-

beau, sa belle-sœur; tantôt c'est un remboursement à obtenir des hauts et puissants seigneurs de Berne pour madame de Pailly, et malgré tout le duc s'occupe de cela, comme s'il n'avait rien de mieux à faire.

Il écrit au marquis au sujet de la comtesse et de sa pension une fort longue lettre; en voici un extrait :

« 20 juin 17C4.

» ...J'ai parlé à Sainte-Fo}'', mon cher maître, il emportera vos papiers à Compiègne et compte y présenter l'affaire au ministre. Il prendra bien son moment et fera de son mieux pour réussir, je l'ai armé de pied en ca}) de bonnes et' touchantes raisons...

» Mes respects et tendres hommages à la Chatte noire, dont les diverses courbatures et angoisses et langueurs me font rire quand je songe à son air de prélat papimane et séjourn'i'^. Tout Saint- Maur vous embrasse tendrement et se porte fort bien, c'est-à-dire la maîtresse de la maison est vraiment aussi bien qu'elle peut être, madame de Rochefort dort à merveille et ne mange pas du tout, moi, je mange bien et dors mal, ma

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