‹ La fin du XVIIIe siècleChapitre 5 sur 62 · Jeu de cartes tort à la mode alors · texte numérisé non relu

Jeu de cartes tort à la mode alors

40 LE DUC DE M VKliNAIS.

qu'en pareille circonstance un jour peut être précieux.

» Adieu, mon cher ami, je ne réponds point à toutes les choses charmantes dont votre lettre est pleine. Mettez-moi aux pieds de votre hôtesse plus charmante encore ; comptez que nous buvons tout notre lait, notre chocolat et notre vin à vos santés, et assurez-vous que je vous aime, mon tendre ami, comme vous le méritez, c'està-dire avec toute la tendresse de mon cœur. »

On voit par cette lettre que le duc n'avait pas perdu l'habitude des surnoms, car madame Merloj n'est autre que madame de Rochefort. Elle possédait un fort beau chat nommé Merlou, objet de son adoration; de là le nom qu'on lui donnait dans l'intimité.

Quant à l'hôtesse charmante dont parle le duc, c'est madame de Paill}^ maîtresse du marquis de Mirabeau et surnonmiée la poule noire (ou la ihalte noire) dans la société du marquis. La situation de madame de Pailly dans la maison de Mirabeau était fort irrégulière, vu les dissentiments violents qui avaient éclaté entre le marquis et sa femme. La marquise de Mirabeau ne se gênait point et se gêna encore moins plus tard de qualifier cette situation dans les termes les plus ■durs, et elle ne se trompait pas. Cependant, à l'époque où nous sommes, la réjiutation de ma-

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ilame de Pailly ii'élait pas encore gravement atteinte, elle avait conservé d'excellentes relations et recherchait avec ardeur la société des femmes lies plus respectables; la comtesse de Brionne la recevait dans l'intimité, ainsi que sa tante, la princesse de Ligne. Madame de Rochefort paraît l'aimer beaucoup. A Paris, où elle l'avait pour voisine, elle l'attirait fréquemment chez elle et prenait énergiquement sa défense; plus tard, elle dut se rendre à l'évidence et rompit avec madame de Pailly. Cette dernière avait eu l'habileté de se lier intimement avec la jeune comtesse de Mirabeau', et le marquis avait profité de cette intimité pour les inviter ensemble à sa propriété du Bignon.

Le marquis était bien le quémandeur le plus insatiable et le plus fatigant qui se pût rencon- Irer. Au reste, il en convient lui-même, car il écrivait au duc de Nivernais en 1762 : « Pendant vingt-huit ans de la plus constante amitié, mon digne et illustre ami ne m'a pas donné une seule fois le plaisir de lui être l)on à quelque chose, tandis que je l'ai toute ma vie employé à tout. » Nous voyons dans les lettres de la famille que la. duchesse, ses fdles et même l'excellente madame dePontchartrain commençaient à s'en lasser. ^1 parvenait même à épuiser quelquefois l'iné-

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