‹ La Finlande et les finlandaisChapitre 7 sur 29 · La Finlande septentrionale et l'Ostrobotnie · texte numérisé non relu

La Finlande septentrionale et l'Ostrobotnie

La Laponie finlandaise est située presque tout entière au-delà du cercle polaire. Là on ne trouve ni routes, ni ponts, ni chevaux, ni voitures, en un mot, aucun des moyens ordinaires de communication. En hiver, on parcourt ces régions glacées dans des traîneaux semblables à de petits bateaux et traînés par des rennes; la course est extrêmement rapide et parfaitement directe: collines, vallées, amoncellements de neige, rien ne l'arrête; aussi faut-il une très grande habileté de la part du cocher pour maintenir le traîneau en équilibre. En été, on n'a d'autres ressources, pour traverser ces solitudes, que de voyager à pied, ou de suivre en canot le cours des rivières, les lacs et les rapides.

L'hiver lapon dure environ huit mois. Le soleil reste plusieurs semaines au-dessous de l'horizon; la nuit cependant n'est pas complète pendant tout ce temps; adoucie par un long crépuscule au commencement et à la fin de la période sombre, elle est illuminée souvent par l'éclat des aurores boréales; et vers midi, l'horizon s'éclaire au sud d'une faible lueur; la température, à cette saison, descend souvent au-dessous de 50" Celsius. Le grand lac d'Enare, situé immédiatement au sud du 69:e parallèle, reste gelé jusqu'aux environs de la Saint-Jean.

Mais si l'été est court dans ces régions, il est, en revanche, éclairé d'un soleil qui ne se couche pas de plusieurs semaines. Aussi les plantes reçoivent-elles, pendant ce petit nombre de longs jours, autant, si ce n'est plus, de lumière et de chaleur que dans le sud de la Finlande pendant un temps beaucoup plus long. La température moyenne de juillet à Tornéâ, situé, il est vrai, un peu au sud du cercle polaire, est à peu près la môme qu'à Helsingfors. C'est cette cir-

constance qui rend la culture possible sous ces hautes latitudes. La végétation y est même relativement riche, surtout dans les vallées de la région montagneuse; maint spécimen de la flore laponne se distingue par une rare beauté. La vie animale y est abondante aussi, surtout les oiseaux; un grand nombre d'espèces, qu'on chercherait en vain à cette saison dans le reste du pays, y viennent nicher et y attirent souvent des ornithologues de pays éloignés. La Laponie a même son rossignol: le gorge-bleue (sylria siiecica) remplit les claires nuits d'été des notes liquides de son chant mélodieux. Les cygnes nichent en grand nombre dans les marais de la plaine et font rornement des lacs lapons. Le renne sauvage erre dans la toundra et y est poursuivi avec acharnement par le hardi glouton. Le lemming s'y livre en grandes troupes à ses fameuses expéditions, qu'il poursuit quelquefois jusque dans le nord de l'Ostrobotnie; cependant il ne s'est pas montré si nuisible en Finlande qu'en Scandinavie. 11 est chassé à son tour par la chouette de Laponie et la chouette blanche.

Par les particularités de sa faune et de sa flore, la Laponie a toujours été un but d'excursion pour les naturalistes, qui y sont le plus souvent abondamment payés de leurs peines. Mais le sportsman aussi y trouverait l'occasion de satisfaire ses goûts. Les espèces de poissons les plus appréciées abondent dans les lacs et les cours d'eau. La pêche du lavaret (coregorms lai'aretns) et de l'ombre (ihymallus ruiijaris) est presque le seul gagne-pain d'une partie considérable des habitants, les Lapons pêcheurs; c'est surtout en juillet et en août qu'ils se livrent a cette pêche dans les lacs; mais bien avant cela, dès le mois de mars, ils se rendent sur les bords de la mer Glaciale pour y pêcher avec les Norvégiens. La truite ordinaire et l'exquise truite noire (salmo alpinns) montent dans les lacs lapons plus haut qu'aucune autre espèce de poisson (jusqu'à 530 à 590 m.); en certains endroits elles sont

si abondantes, qu'on les trouve dans les moindres flaques d'eau, où on peut les prendre à la main.

Si intéressant qu'est un voyage en Laponie en été, il n'en est pas moins accompagné de fatigues et de difficultés qui exigent du touriste de la résolution, de la persévérance et une bonne santé. Nous avons déjà parlé de l'absence de moyens de communication. Les lieux habités sont rares: souvent pendant plusieurs dizaines de kilomètres, on ne rencontre pas une demeure humaine. Et partout le voyageur est accompagné de millions de petits persécuteurs ailés, le plus sanguinaire des moustiques, le cousin de Laponie; s'il s'arrête, il est aussitôt enveloppé d'une nuée de ces moucherons, qui ne lui laissent pas goûter un moment de repos et dont il lui est très difficile de se délivrer.

Mais si Ton brave les difficultés de la route, on est amplement récompensé par le spectacle d'une nature sauvage et grandiose. L'intérieur du pays, il est vrai, aux environs de Kittilâ et de Sodankylâ, est en général monotone et désolé; ce sont de grandes plaines marécageuses et des tourbières en partie couvertes de sapins. Mais vers le nord-ouest commence une nature alpine d'un grand caractère. Là, près de la frontière norvégienne, le ïaivaskero, l'Ounastunturi, le Pallastunturi, dressent dans les airs leurs cimes neigeuses et abritent dans leurs replis les vallées de l'Enarejoki et du Tenojoki, tapissées de pins et de bouleaux rabougris. Ces arbres, partout caractéristiques de cette région, atteignent ailleurs, dans la Laponie d'Enare, des dimensions souvent assez considérables. Cette partie de la Laponie, dont tous les cours d'eau se déchargent dans la mer Glaciale, est séparée par un vaste plateau du versant méridional, dont les rivières se dirigent vers le sud. Ici, rivalojoki, connu par ses sables aurifères, s'est frayé un lit étroit et profondément encaissé. Il coule d'abord entre de hautes montagnes, dont les parois à pic le bordent pendant plusieurs dizaines de kilomètres. Plus bas, à 100 m. environ au-dessous du

niveau du haut plateau, il se précipite à travers des rochers aux formes fantastiques- et d'un aspect grandiose. Puis, à quelques milles au sud de sa sortie du lac d'Enare, le paysage change totalement de caractère. On aperçoit encore à l'horizon des sommités dénudées, mais de toutes parts on est entouré d'une plaine verdoyante. La rivière ralentit son cours, entourant de petits îlots ombragés de bouleaux touffus. Bientôt on aperçoit des meules de foin, des habitations, des traces toujours plus nombreuses de l'activité humaine, jusqu'à ce qu'on rencontre les établissements des colons finlandais, avec leurs maisons bien bâties, entourées de verts pâturages et de beaux champs d'orge (68° 46')- On trouve même plus au nord (69° 5) une ferme modèle oii l'on cultive avec succès le seigle, l'orge, la pomme de terre, le chou, le chou-rave et d'autres légumes. La pomme de terre, le produit agricole le plus important de la Finlande après le seigle, a réussi jusque par 69° 50' de latitude, à Utsjoki, oîi on cultive dans les jardins la laitue, l'épinard, la rhubarbe, le raifort, le radis, la carotte, la bette-rave, l'aneth et le persil.

Du reste, le climat s'adoucit à mesure qu'on approche de la côte nord; cela tient au voisinage de l'océan traversé par le Gulf-stream. Ainsi Utsjoki a une température moyenne supérieure à celle des environs du lac d'Enare.

Il va sans dire d'ailleurs qu'à ces hautes latitudes l'agriculture n'a pas grand avenir. Pourtant le seigle donne encore sous le 68:e parallèle un assez bon revenu dans les années favorables.

Le long hiver et les ténèbres qui régnent pendant une partie de l'année ne font pas de la Laponie un pays très favorable à l'habitation des hommes. Aussi n'y compte-t-on qu'un habitant par 10 kilomètres carrés; la plupart sont des Lapons, au nombre de 1,000 environ. Les Lapons pêcheurs ont des demeures fixes, au moins en hiver. Mais les Lapons montagnards habitent sous des espèces de tentes, formées de quatre perches

L'OSTROBOTNIE 13

arquées, fichées en terre et recouvertes d'une étoffe grossière; au sommet, une ouverture laisse échapper la fumée; aux milieu, une pierre sert de foyer; le sol est jonché de branches de bouleau, sur lesquelles sont étendues quelques peaux de renne. Le Lapon montagnard vit de ses troupeaux de renne, qu'il fait paître avec l'aide de ses chiens, d'une race particulière et très intelligents. Les rennes broutent l'herbe, le feuillage, l'airelle et la savoureuse ronce de marais (rubus chatnaemorus) ; mais leur nourriture principale, c'est le lichen appelé mousse d'Islande (cladonia rangiferina) et dont les toundras sont couvertes. Quand le lichen vient à manquer en un endroit, le Lapon doit se mettre avec son troupeau à la recherche de nouveaux pâturages. Le guide alors chausse ses raquettes et marche en tête, accompagné d'un renne muni d'une clochette; puis viennent les rennes libres, maintenus par les chiens et par les cris des hommes, qui courent avec leurs raquettes sur les flancs du troupeau, enfin les rennes de somme, portant les tentes, les ustensiles, les enfants et les vieillards. Ces cortèges nomades prêtent pour un instant une animation pittoresque à la toundra déserte et glacée.

La partie septentrionale de l'Ostrobotnie offre encore beaucoup de ressemblance avec la Laponie. Là aussi, l'hiver est long; le Tornéâ et le Kemi restent gelés 50 à 60 jours plus longtemps que les rivières des provinces du sud. Les routes sont rares encore dans l'intérieur de la province, à l'est; ce sont surtout, comme en Laponie, les cours d'eau qui servent de voies de communication dans cette région d'immenses forêts, dont l'exploitation se fait sur une grande échelle; on descend et on remonte en canot les innombrables rapides.

L'intérieur de la province est très peu peuplé, mais on y trouve des paysages d'une grande beauté. C'est surtout le cas d'un canton, d'un accès malheureusement difficile, le Kuusamo (60"), une Suisse finlan-

daise, la contrée la plus montagneuse de la Finlande après certaines parties de la Laponie. Les lacs qui couvrent le fond des vallées sont souvent à plus de 240 m. au-dessus du niveau de la mer, c'est-à-dire à 30 m. plus haut que le sommet des collines les plus élevées du sud de la Finlande; les crêtes du Maanselkà dominent ces lacs de plus de 100 m. et les collines environnantes élèvent bien plus haut encore leurs sommets couverts de neigé et de glace durant la plus grande partie de l'année. Nulle part ailleurs en Fin-i lande on ne peut embrasser une vue plus étendue que du sommet du Nuorunen, la plus haute cime au sud du cercle polaire (532 m.).

Mais en approchant de la côte, le pays est plus peuplé et plus cultivé. Dans son cours inférieur, le Tornéâ traverse une contrée où des habitations nombreuses et bien bâties témoignent d'une population dense et aisée; à son embouchure est situé Tornéâ, la ville la plus septentrionale de la Finlande (66°), vis-àvis de sa soeur suédoise Haaparanda. Déjà sous ces hautes latitudes, les jardins sont ornés de lilas, de carayana et de rosiers.

A 75 kilomètres au nord de cette ville, sur la rive gauche du fleuve, s'élève la sommité la plus connue peut-être de la Finlande, le mont Aavasaksa, du haut duquel chaque année au solstice d'été de nombreux étrangers viennent contempler le soleil, qui à cette époque de l'année reste trois jours au-dessus de l'horizon, éclairant à minuit de rayons presque horizontaux un paysage d'une grande beauté.

Les rives de l'autre grand fleuve de cette région, le Kemi, sont, il est vrai, peu peuplées; là aussi cependant des maisons de bonne apparence et des champs cultivés avec soin, portent un témoignage favorable sur le degré de culture et d'aisance des habitants.

En revanche, la population est très dense sur les bords de l'Uléâ, ou Oulunjoki, le fleuve le plus important de rOstrobotnie. A son embouchure est situé

L'OSTROBOTNIE 15

Uléâborg, chef-lieu du gouvernement le plus septentrional, ville commerçante assez importante. L'Uléâ a sa source à la frontière russe; il traverse plusieurs lacs dans des solitudes boisées et arrive ainsi à la petite ville de Kajana, la seule de l'Ostrobotnie qui soit située dans l'intérieur des terres; de là il gagne le lac d'Uléâ, ou Oulunjârvi, par les merveilleux rapides d'Àmmâ; après un court repos dans les eaux du lac, il reprend sa course tumultueuse, se fraye un passage à travers les hauteurs du nord-ouest, se précipite de rapide en rapide et va enfin se perdre dans le golfe de Botnie. Ce fleuve est d'une réelle importance comme voie de transport pour les produits des grandes forêts de l'intérieur; il en vient jusque de la frontière russe; le goudron seul qui prend ce chemin monte à 50 ou 60,000 hectolitres par an. D'une main qu'une longue habitude a rendue ferme et sûre, des pilotes jurés dirigent à travers les roches et les tourbillons des rapides la course vertigineuse de leurs longs et étroits canots, chargés de tonneaux de goudron; les accidents pourtant ne sont pas rares.

Ces fleuves de l'Ostrobotnie septentrionale sont très poissonneux; le Kemi seul donne dans les bonnes années 170,000 kilos, de saumon. Les forêts riveraines produisent du gibier en abondance; chaque année on exporte d'énormes quantités de grands et de petits tétras, de gelinottes, de lagopèdes, etc.

Comme on le voit par ce qui précède, la nature, dans le nord et l'est de l'Ostrobotnie, est variée et a par places, surtout dans le voisinage des fleuves, un caractère grandiose. Il n'en est pas ainsi dans le reste de la province, qui s'étend au sud jusqu'au cap de Sideby (62°): là c'est une côte basse, à pente très faible, qui ne commence à se relever un peu rapidement qu'à une distance de 50 à 100 kilomètres de la mer. Cette vaste plaine est coupée parallèlement, de distance en distance, par des rivières au cours très lent. Plus loin au nord, dans une région qui formait autrefois le fond sablonneux de la mer, s'étendent à perte de vue les prairies de Limingo,

parsemées de jeunes bouleaux et de buissons d'osier. Au sud la mer a déposé un limon fertile; dans ces terrains d'alluvion, et surtout dans ceux qui bordent la rivière de Kyro, on peut voir les plus vastes champs de céréales de la Finlande, couvrant parfois plusieurs dizaines de kilomètres carrés. Les bords des fleuves sont du reste en général très bien cultivés; l'Ostrobotnie méridionale est le grenier de la Finlande; c'est là que se récolte le fameux seigle de Wasa, bien connu dans le commerce pour sa bonne qualité et sa faculté germinative. Il y a sur la côte quelques villes commerçantes, à l'embouchure des rivières; la plus importante est Wasa, nommée officiellement Nikolaistad, très jolie ville, résidence d'un gouverneur et siège d'une des trois cours d'appel.

Les forêts ont reculé devant la culture jusque dans l'intérieur et le long du cours supérieur des rivières. Les grandes routes côtoient les champs et les prairies; rarement on rencontre un pli de terrain. Mais on voit partout beaucoup de pierres roulées de toutes les formes, tantôt isolées, tantôt amoncelées et formant de gros monticules. Ce paysage plat et monotone fatiguerait bientôt, si le regard ne trouvait à chaque pas à se reposer avec plaisir sur de riants villages, aux maisons de bois bien soignées, la plupart peintes en rouge avec les portes et les fenêtres encadrées de blanc, et au miheu desquelles s'élève le plus souvent la maison d'école à deux étages.

L'intérieur des maisons témoigne encore davantage du goût des habitants pour la propreté et même une certaine élégance. Le peuple de l'Ostrobotnie est en général très habile aux arts manuels, et les produits de l'industrie domestique des hommes et des femmes (ouvrages de serrurerie, de menuiserie, tissus, etc.) sont très recherchés dans tout le reste du pays. Les charpentiers et les constructeurs de navires de l'Ostrobotnie sont renommés. Il arrive dans plusieurs paroisses que presque tous les hommes exercent un métier chez eux ou hors de leur commune, laissant entièrement aux

femmes les travaux des champs. Des centaines d'Ostrobotniens vont ainsi chaque année chercher de l'ouvrage hors de chez eux et jusqu'en Amérique, restant quelquefois absents plusieurs années; pendant ce temps, la femme, demeurée au village, soigne la terre, souvent avec beaucoup d'activité et de savoir-faire; revenu au logis avec un petit capital, l'homme rachète la ferme, ordinairement grevée d'hypothèques. Un certain nombre d'entre eux pourtant émigrent pour de bon; c'est rOstrobotnie qui fournit à l'Amérique le plus fort contingent de l'immigration finlandaise.

Autant la côte ostrobotnienne est uniforme, autant la nature est variée dans les provinces de l'intérieur, le Satakunta, le Tavastland, le Savolax, la Caréiie. Là nous trouvons la Finlande avec son cachet individuel et dans toute sa beauté. On a assez justement comparé cette partie du pays à un immense archipel; en effet, le terrain est partout découpé, déchiqueté, morcelé par d'innombrables lacs. Du haut des crêtes et des collines, couronnées de pins majestueux, qui séparent ces lacs, l'œil aperçoit de toutes parts des eaux bleues parsemées d'îlots ombreux, des forêts aux teintes sombres, entrecoupées çà et là de champs de blé ou de vertes prairies entourant des villages riants, et ainsi jusqu'à l'horizon lointain bordé d'autres collines. Ce sont des tableaux qui restent gravés dans le souvenir, surtout si on les a vus dans leur vraie lumière, celle d'un beau jour d'été, ou encore mieux peut-être par une de ces nuits claires de juin ou de juillet, où une lumière étrange, douce, argentée et ne projetant pas d'ombres, semble envelopper de toutes parts les objets comme d'un voile transparent, tandis que le silence majestueux n'est interrompu que par les notes pures de la grive musicienne, chantant, du sommet de quelque

vieux pin, son chant en si parfaite harmonie avec le calme et la mélancolie de l'heure et du lieu.

Le nord de ces provinces est encore peu peuplé; on y voit de vastes landes couvertes de pins, des bruyères et des marais; ces traits de paysage se retrouvent du reste aussi çà et là dans les parties plus méridionales. Les forêts y abondent, surtout dans le Tavastland; bien qu'exploitées d'une façon souvent peu rationnelle dans ces derniers temps, elles continuent à fournir chaque année à l'exportation d'énormes quantités de bois de construction. Runeberg, le grand poète finlandais, a décrit ces régions forestières: „Le voyageur marche enveloppé dun silence que rien n'interrompt, si ce n'est le soupir du vent dans les cimes des sapins et des pins gigantesques. Parfois il aperçoit inopinément un étang profondément enchâssé dans le feuillage, semblable à une ouverture conduisant aux légions inférieures, dont la brise n"a jamais caressé la surface, dont le miroir tranquille n'est jamais ridé que par les jeux de la perche ou par le remous que produit en nageant un plongeon solitaire, guettant sa proie dans l'eau profonde. Le voyageur entend le munnure d'un ruisseau; il s'y dirige, il le croyait tout près, mais ne voit rien que le sol tapissé de bruyère, jusqu'à ce qu'entre les troncs des pins, à un jet de pierre, il entrevoit les bouleaux de l'autre bord; il a atteint le bord du talus; au-dessous de lui, à travers le feuillage, l'eau bouillonnante réfléchit des paillettes de lumière; il descend la pente rapide en s'aidant d'une main des racines d'un bouleau, de l'autre d'une branche à sa portée; arrivé au fond, sur les bords du torrent, il n'aperçoit au-dessus de sa tête qu'une bande de ciel bleu, large de quelques pieds, et des deux côtés un entrelacement impénétrable de feuillages et de troncs. Il continue bien longtemps sa course monotone entre les troncs alignés; il atteint enfin la lisière, et comme à un coup de baguette se déroule à ses yeux le tableau le plus varié: des lacs sans nombre, des îlots touffus,

LA FINIiANDE CENTRALE 19

des promontoires, des rapides, des champs et des collines. D'un seul coup-d'œil il embrasse avec étonnement des masses nuancées d'ombre et de lumière, le noir des sapins dans le vallon marécageux, le vert sombre de la forêt de pins, et au-dessus, entourant comme d'une guirlande le pied de la montagne, le tendre feuillage des bouleaux. Et tout cela se revêt d'une beauté plus pénétrante encore par un jour d'été, quand le soleil, s'écliappant par instants des nuages, multiplie à l'infini les nuances."

Dans le nord de ces provinces, le terrain est assez accidenté. Mais peu à peu il s'abaisse vers les côtes et les espaces cultivés deviennent plus fréquents et plus vastes. Dans le Tavastland, les cultures sont le plus souvent dans les vallées, mais dans plusieurs contrées de la Finlande orientale, sauf les rives des lacs, ce ne sont guère que les pentes des collines qui sont cultivées, tandis que les fonds sont remplis de forêts de bouleaux. L'est et l'ouest de la Finlande diffèrent encore par le mode de bâtir: dans l'ouest, les maisons sont agglomérées; dans l'est, au contraire, elles sont disséminées et isolées. En Carélie, l'aspect du pays varie souvent; ainsi, aux environs du Ladoga, des vallées riantes et fertiles alternent avec de hauts rochers de granit, affectant la forme de cônes.

L'agriculture et l'élevage des bestiaux sont assez avancés dans plusieurs contrées de l'intérieur de la Finlande, et par places les champs donnent d'abondantes récoltes.

Mais il en est beaucoup d'autres où sur de grands espaces le sol est ingrat, et où la gelée, ce grand ennemi du paysan finlandais, trouve un abri sûr dans d'immenses marais et des tourbières à demi noyées, d'où elle menace perpétuellement les cultures avoisinantes. Une ou deux nuits suffisent ainsi à détruire le travail de toute une année. Aussi le paysan sème-t-il plus volontiers sur les pentes et sur les hauteurs; pour cela il commence par abattre et brûler les forêts; dont

il n'a pas encore appris à bien apprécier la valeur. Il gratte ensuite, au moyen d'une chaiTue très primitive, la. surface du terrain ainsi gagné. Mais ces défrichements ne donnent guère une bonne récolte que la première année. Alors le paysan répète un peu plus loin la même opération. A chaque pas, dans l'intérieur de la Finlande, on recontre de ces défrichements si caractéristiques, même là où la terre labourable ne manque pas. Dans le cours des années, les défrichements abandonnés se couvrent d'arbres à feuilles au lieu des forêts de conifères que ce terrain portait auparavant, et le paysage change ainsi peu à peu de physionomie.

L'intérieur du pays n'offrant, comme nous l'avons dit, qu'une faible pente, les nombreux systèmes de lacs, communiquant entre eux, permettent la navigation pendant des centaines de kilomètres: le peu d'obstacles qui existaient, ont été pour la plupart écartés par la main des hommes, au moyen de canaux et d'écluses. Il y a de charmantes excursions à faire ainsi en bateau à vapeur, ou dans les canots rapides, manœuvres par les habiles rameurs du pays. Par les temps calmes, l'eau est souvent d'une transparence telle qu'on voit le fond à de grandes profondeurs. Glissant à la surface de ces lacs d'un bleu foncé par les chaudes jouniées d'été, on voit défiler le panorama varié des rives: c'est une église rustique, une ferme à l'aspect confortable, une petite ville se mirant dans les eaux d'un golfe; là où le courant est plus rapide, l'industrie en a mis la force à profit; beaucoup de ces lacs sont très vivants. Mais il en est qui sont en dehors du grand courant de la circulation et dont le repos est rarement troublé par le bruit de l'activité humaine; ceux-là ont un charme pénétrant de douce et intime poésie. Cà et là sur la hauteur une légère colonne de fumée monte entre les cimes des pins, trahissant l'existence de quelque cabane isolée; ailleurs, un nuage paraît reposer sur la forêt: c'est la fumée de quelque défrichement. Et à ces légères fumées se mêle à l'horizon la l)rume transparente

des chaudes journées, modérant la lumière trop crue, reculant les plans, adoucissant les contours.

On rencontre souvent sur les lacs d'immenses radeaux de bois flottés qui suivent le courant, venant quelquefois de bien loin, du cœur même des forêts de l'intérieur. Il est facile de comprendre quel rôle immense ces cours d'eau jouent dans l'économie de la Finlande.

Les eaux se groupent en trois systèmes ou bassins ayant chacun leur réservoir central. Le plus vastes de ces systèmes, celui de l'est, comprend cent vingt grands lacs et des milUers de petits. Ici plus encore qu'ailleurs, la contrée a conservé sa physionomie d'archipel. Aussi trouve-t-on, dans les lacs du sud, des animaux appartenant à la faune maritime, comme le phoque annelé (phoca fœtida). Les parties de terre ferme se composent presque entièrement d'isthmes, de caps, de promontoires et d'îles. C'est là aussi qu'on voit les singulières collines en dos d'âne, dont nons avons parlé, s'avancer bien loin dans les lacs comme d'immenses viaducs: tel est le Punkaharju, que nous avons décrit plus haut.

La colossale masse d'eau de ce bassin se rassemble dans le Saima, „le lac aux mille îlots" souvent chanté par les poètes; puis, se frayant un passage à travers la collines en formant les formidables rapides d'Imatra, elle débouche enfin dans le Ladoga par le fleuve de Vuoksen, le plus considérable de la Finlande par le volume d'eau, et qui ressemble plutôt à une succession de lacs qu'à une rivière. Mais depuis 1856 le bassin du Saima est en communication directe avec la mer par un beau canal partant de Willmanstrand et aboutissant à Viborg, chef-lieu de gouvernement, situé à l'angle nord-est du golfe de Finlande. Les navires peuvent ainsi pénétrer dans cette „mer intérieure" et remonter jusqu'à Idensalmi (63° 50). Quatre villes, dont deux chefs-lieux de gouvernements, Kuopio et S:t

Michel, sont les centres commerçants de ces contrées, les plus belles peut-être de la Finlande.

Le bassin central comprend environ 650 lacs et un nombre incalculable d'étangs; il a pour réceptacle le grand lac de Pàijàne, mais il n'est pas directement accessible de la mer, à cause des nombreux rapides qui obstruent le cours inférieur du Kyramene, le fleuve par lequel il s'écoule dans le golfe de Finlande. Ces rapides sont utilisés par l'industrie, A l'embouchure du Kymmene est située la petite ville de Kotka, qui, bien que toute jeune encore, est déjà d'une importance commerciale considérable et concentre toute l'exportation des bois provenant des immenses forêts du Tavastland. Une ville occupe chacune des extrémités du Pàijàne; au nord, Jyvàskylà, où fut placé le premier séminaire d'instituteurs primaires, est le centre intellectuel de l'intérieur de la Finlande.

Le troisième système, comprenant les eaux du Satakunta et du Tavastland occidental, est, grâce à la plus grande inclination du terrain, plus riche que les précédents en rapides et en ressauts. Les rapides de Tammerkoski, entre les lacs de Nàsijàrvi et de Pyhàjàrvi, et au bord desquels est bâtie la ville industrielle de Tammerfors, séparent le système en deux bassins, et empêchent la navigation de l'un à l'autre; mais chacun de ces bassins est parcouru sur de longues distances par des bateaux à vapeur et des navires à voiles, tandis que d'immenses trains de bois sont entraînés par les courants. L'homme a su tirer parti de l'énorme force motrice que la nature mettait à sa disposition ; les fabriques et les usines abondent dans cette contrée plus qu'en aucune autre de la Finlande. Les redoutables rapides de Nokia, qui précipitent dans le Kulovesi les eaux du Pyhàjàrvi entre des rochers escarpés couronnés de noirs sapins, ont été domptés par la main des hommes et servent à réduire en pâte le bois destiné à la fabrication du papier. Dans le voisinage d'Ikalis (Satakunta septentrional), le célèbre ressaut de

Kyrôkoski, qui a une chute de 25 mètres, fait docilement tourner les roues des moulins.

Entre Tammerfors et Tavastehus, chef-lieu de gouvernement, les eaux du bassin sud de ce système coulent à travers une contrée fertile, peuplée, bien cultivée, parsemée de riches villages et de terres seigneuriales; beaucoup de ses lacs sont d'une grande beauté et ont été souvent chantés par les poètes finlandais. Enfin les eaux se frayent un chemin jusqu'au golfe de Bothnie par la rivière de Kumo, près de l'embouchure de laquelle est située Bjôrneborg, importante ville de commerce. Malheureusement le Kumo, encombré de rapides, n'est navigable que sur une petite partie de son cours, interrompant ainsi la communication avec la mer.

Ce n'est pas seulement pour l'industrie et les communications que ces vastes systèmes d'eaux intérieures ont de l'importance. La pêche y est très productive, et le poisson joue un grand rôle dans l'économie domestique du paysan finlandais. Les eaux du système central sont les plus poissonneuses, mais d'autres aussi sont célèbres pour la richesse et la qualité de leur pêche, comme les lacs de Pielisjàrvi, de Haukivesi et de Saima, dans la Finlande orientale. Le corégone blanchâtre (coregonus alhuln) et la rose (leuciscus rutilus) constituent la principale nourriture des populations de l'intérieur; ces espèces sont pour elles ce qu'est pour les habitants des côtes le „strômming", petite variété du hareng (clupea harengus var. membras). On pêche aussi en grandes quantités le saumon, la brème, le brochet, la perche, le sandre et bien d'autres. Le saumon (salmo salar), si justement estimé, abonde dans les rivières à rapides, le Kumo, le Kymmene et le Wuoksen, surtout à son embouchure sud, aux environs de Taipale. Le sik (lavaret) du Kumo est célèbre. Chaque année, des sportsman viennent de loin, surtout d'Angleterre, pêcher dans les rapides finlandais, et ils ont rarement sujet de regretter leur voyage.

La chasse attire souvent aussi les étrangers en

Finlande. L'ours y est encore assez abondant, surtout dans le nord et le sud-est. Le loup, au contraire, se rencontre plus fréquemment en Tavastland et dans le sud-ouest; il y fait souvent d'assez grands ravages parmi les bestiaux, et n'épargne pas même l'homme. L'année 1880 restera tristement célèbre par le nombre des enfants dévorés par ces bêtes féroces. L'élan, ce superbe animal autrefois si commun, ne se rencontre plus guère qu'isolément ou par très petites troupes, et surtout dans le sud-est; la chasse en est absolument interdite depuis 1868. Le renne sauvage descend jusqu'au Ladoga, dont il visite les îles par grandes troupes au printemps. Le lièvre et le gibier à plumes abondent presque partout, mais surtout dans les landes et les forêts de l'intérieur. Plusieurs espèces d'oiseaux aquatiques nichent sur les rives des lacs, donnant de l'animation, pendant Tété, jusqu'aux étangs ignorés au fond des bois.

Les conditions de l'existence sont loin d'être partout les mêmes dans l'intérieur de la Finlande, et l'aisance est assez inégalement répartie. Dans certaines contrées, le voyageur se reposera avec plaisir dans les maisons des paysans, grandes, bien soignées, où régnent la propreté et le confort; s'il sait la langue du pays, il s'entretiendra volontiers avec le maître de la maison, le trouvera relativement instruit et s'intéressant aux questions même étrangères à sa vie journalière. La propreté, il est vrai, ne va pas toujours de pair avec la richesse. On la trouvera quelquefois dans tel canton pauvre, dont la population livre à la misère un rude combat, tandis que dans tel autre, où règne l'abondance, l'étranger fera bien de ne recourir à l'hospitalité du paysan qu'en cas d'absolue nécessité. Mais pauvres ou riches, et si peu engiigeante que puisse être l'apparence extérieure, tous les gens du peuple en Finlande ont un trait de commun, c'est le soin de leur corps. Il n'en est point qui ne prenne au moins une fois par semaine un bain de vapeur.

Des provinces décrites dans le chapitre précédent, il n'en est que deux, le Satakunta et la Carélie, qui s'étendent jusqu'à la mer: celle-là touche au golfe de Botnie dans le sud, celle-ci atteint l'angle nord-est du golfe de Finlande. Le reste de la Finlande méridionale est occupé par le Nyland et la Finlande propre, provinces situées presque tout entières au sud du 61 :e parallèle.

Les lacs y sont nombreux, mais relativement petits ; le plus grand est le lac de Lojo, connu pour sa beauté. Des rivières et des ruisseaux en grand nombre sillonnent la côte; l'une de ces rivières, le Svartâ, alimente plusieurs usines et fabriques. Le Kymmene, dont nous avons parlé, parcourt dans son cours inférieur la partie la plus orientale du Nyland.

Ici, la végétation est sensiblement plus riche et plus variée que dans l'intérieur. Les forêts de pins et de sapins, de bouleaux entremêlés de trembles et d'aunes grisâtres, y donnent encore au paysage son caractère. Mais en bien des endroits on trouve aussi des bouquets considérables de tilleuls et de coudriers, et l'aune visqueux borde presque tous les rivages de son feuillage d'un vert sombre; le putiet au parfum pénétrant élève çà et là entre les autres arbres sa couronne fleurie; sur les promontoires et les îles du sud et du sud-ouest, on rencontre des bouquets de vieux chênes. Les fleurs aussi offrent plus de variété; la Finlande propre compte 100 espèces de plantes herbacées de plus que le Tavastland, et plus de 200 de plus que le district de Kajana en Ostrobotnie.

Tout le long de cette côte sud, du reste, on sent une civilisation déjà ancienne et qui a jeté de profondes racines. C'est là aussi que sont rassemblées les plus grandes richesses du pays. Au centre de la côte ny-

landaise est situé Helsingfors, capitale du pays, jolie ville, jeune encore, mais dont le développement est rapide et continu. Aux extrémités du golfe, Âbo et Viborg, deux villes importantes, sont contemporaines des premiers temps historiques de la Finlande. Helsingfors est le siège du gouvernement central, de l'Université et de nombreuses administrations. Âbo et Viborg, chefs-lieux de gouvernements, ont chacune une des trois cours d'appel; l'archevêque réside à Âbo. Grâce à leur situation favorable, ces deux villes sont, ainsi que Helsingfors, des centres de commerce et d'industrie. Il y a en outre, le long de la côte, sept petites villes, dont quelques-unes remontent à une époque assez reculée du moyen-âge.

Il est évident que cette concentration, pendant plusieurs siècles, des forces intellectuelles et économiques dans la Finlande méridionale a dû imprimer sur cette contrée un cachet particulier. Dans le voisinage des villes et dans les îles ombreuses de l'archipel, on rencontre partout de jolies villas, des maisons de plaisance, témoignant du goût cultivé autant que de l'aisance de leurs propriétaires. Parfois, au milieu d'une riche végétation, des ruines, ou bien quelque vieille église aux naïves peintures murales; puis des maisons de campagne de noble apparence, entourées de vastes propriétés bien soignées. La plupart de ces grandes terres sont, ou ont été, le patrimoine des familles nobles du pays, et plus d'une a, dans les temps anciens, servi de théâtre à des scènes importantes de l'histoire de Finlande.

Partout l'état des champs témoigne, non seulement de la fertilité du sol, mais aussi du niveau élevé de l'agriculture. L'horticulture aussi est bien plus avancée ici que dans le reste du pays; pourtant il n'y a guère que les propriétaires appartenant aux classes aisées qui aient des jardins soignés : le climat, du reste, est rebelle à l'arboriculture; ainsi le pommier ne porte déjà plus de fruits au-delà du 62:e degré; mais dans le sud, avec des soins, on obtient d'assez bonnes pom-

mes; les poiriers, les pruniers, les cerisiers ne donnent des produits mangeables qu'au-dessous du 61:e degré, et seulement dans certaines contrées.

Ce que nous avons dit de la Finlande méridionale s'applique aussi, en général, à l'archipel d'Âland, composé d'une grande île autour de laquelle se groupent une infinité de petites. Pourtant la végétation y est plus riche encore et offre certains traits qui rappellent l'Europe centrale. Le chêne y croît en assez grande abondance; on y rencontre des bosquets de frênes, et l'érable y est plus commun que sur le continent. Plusieurs espèces de sorbiers, l'aubépine, le pommier sauvage, très rares ailleurs en Finlande, rompent, surtout au temps de la floraison, l'uniformité habituelle des forêts finlandaises.

Semblable en cela à beaucoup d'autres îles, Aland n'a pas une faune aussi variée que le continent voisin. Un certain nombre d'espèces s'y sont éteintes dans le cours des temps. L'élan y était commun autrefois; la chasse en était réservée aux rois de Suède; il y a près de cent ans que le dernier a été tué. Le loup, depuis longtemps disparu, y est revenu il y a quelques années, traversant les bras de mer sur la glace par les hivers très froids. Des sept espèces de tétras re])résentées en Finlande, il n'y a plus actuellement en Aland que le coq de bouleaux et la gelinotte, et celle-ci seulement sur les îles les plus voisines de la terre ferme. L'écureuil volant, dont on rencontre des exemplaires dans le sud-ouest de la Finlande, n'existe pas aux îles d'Âland, tandis qu'on y trouve en grande nombre le hérisson, extrêmement rare sur le continent.

De nombreux monuments des temps préhistoriques prouvent que ces îles ont été peuplées plus tôt qu'aucune autre partie de la Finlande; elles sont riches aussi en souvenirs historiques.

Les habitants des îles extérieures de l'archipel côtier et ceux du groupe d'Âland ofl'rent beaucoup de traits communs dans leur manière de vivre. Jusqu'à

ces dernières années, Tagriculture y était assez négligée; la pêche et la navigation y occupaient presque exclusivement la population valide. De tous temps les Finlandais ont été reconnus pour d'excellents marins. Il n'y a pas longtemps encore que les paysans d'Âland et des îles de la côte formaient des associations qui frétaient des navires pour faire le commerce entre les ports finlandais et Copenhague, Lybeck, l'Angleterre, la France; il n'y avait pas de valet de ferme ou de servante qui ne fût propriétaire d'une part de navire, si petite fût-elle. Dès l'entrée du printemps les jeunes hommes prenaient du service à bord des navires marchands et ne revenaient qu'avec les premières glaces de l'hiver. Mais avec les progrès croissants de la navigation à vapeur, cet état de choses a bien changé; les navires à voiles se sont vu supplanter; la population a dû recourir à l'agriculture et lui consacrer plus de temps et de soins. Maintenant un nombre assez considérable de paysans alandais émigrent chaque année en Amérique.

Page 1