II. is
LA li^lNLANOB,
» descendre dans la mer, afin d'y prendre le pois- » son dont ils se nourrissent enx et leur famille. La » manière dont ces phoques mâles font leurs trous » dans la glace est vraiment singulière : leurs » dents ni leurs pattes n'ont aucune part à cette opération ; ils n'emploient pour cela que leur ha* » leine, dont ils appliquent constamment le souffle » au même endroit. Les paysans des iles voisines » sont leurs plus grands ennemis ; quand ces însu- » laires en découvrent un, ils se mettent en embusx> cade à quelque distance de lui , derrière une T» masse de glace, n'ayant pour arme que leur fusil )) et des bcitons ; ils attendent ainsi que le phoque, » qu'ils ont vu descendre dans l'eau, en ressorte » pour respirer. Il arrive quelquefois, quand le » froid est extrême, que Teau du trou se gèle.au»- 1» sitôt que ramphiMe en est sorti; alDfs oes paqf^ y) sans tombent sur lui avec leurs bâtons; avant » qu'il n'ait eu le temps, avec son haleine, de se n frayer nae nouvelle issue. Dans cette attaqtie ai » dangereuse pour lui, cet animal déploie tout le » courage qu'il a reçu de la nature : il mord avec » ses dents rédoutaldes les bAtons de setf agres- » seurs, et souvent les attaque lui-même ; mais le » chasseur brav& abément les eiforts et la résfs- » tance de ces anîmam inibrtanés, toujours trahis » par la lenteur de leurs mouvements, et Tinapti- » tude de lemrs membres peu ftiits pour agir sur
» une surface solide. » - (3) Voy. l'introduction.
(4) Les Noijat ou sorciers finnois ne rendaient ser- Tice i ceux qui avaient Tecours A lenr ministère
que moyennant un certain salaire» Voy. Tlntroduction.
(5) G*60t-4Klire de Yem. Expression figurée.
(6) U parait que cliez les anciens Finnois le fr^ pouTait disposer de sa sœur et rengager & un époux.
(7) Les anciens Finnois avaient du mariage une idée sainte* Ils regardaient la femme, non comme Tesclave de son époux, mais comme la compagne qui devait partager et embellir sa destinée» Plus on approfondit le caractère de ce peuple, et plus on le trouve admirable. 11 in .)orle que nous entrions ici dans quelques développements.
Les Finnois n*ont jamais eu rhumeur conquérante ; au contraire , ils se sont toujours montrés prêts à céder à d'autres les portions de pays sur lesquelles ils avaient des droits. On eût dit qu'ils savaient du destin que Tindépendance de la pro-^ priété ne leur était point réservée. C'est pour» quoi ils n'en prenaient point sonci, concentrant toute leur ambition sur un seul point, la conservation intacte de leur caractère natiotlal.
Néanmoins cette disf)osition des peuples de la Finlande à toujours céder ce qui leur appartenait, plutôt que de combattre pour le défendre, est un étrange problème. Comment le résoudre? Peut-être en ftiut-il chercher la cause dans leur petit nombre et leur dispersion sur un vaste territoire, ce qui
S76 LA PINLANDB.
produisait cliez m\ faiblesse intérieure et défaut d'entente et d'harmonie dans leur plan d'action. En effet» tous les mouyements du peuple finlandais ont été des coups isolés; jamais on ne les a vus se lever en masse et engager de ces grandes batailles où toute une nation tire le glaive pour défendre la liberté de ses honinics et l'indépendance de son sol. Leurs vainqueurs sont entrés chez eux sans éclat; ils les ont conquis par fragments.
Et pourtant on ne pourrait pas dire que la valeur militaire fût étrangère au Finnois* Sans parler ici des dernières guerres qu'il a eues à soutenir, on sait que, sous le règne de Gustave II Adolphe, les Groupes finnoises formaient le noyau de l'armée de Suède. Mais la valeur militaire du peuple finnois ne consiste pas dans la sagesse des plans d'attaque, ni dans des combinaisons habiles et réfléchies, ni, en un mot, dans tout ce qui constitue une stratégie savante; le Finnois est vaillant à la guerre parce qu'il a un courage à toute éinreuve, une patience inébranlable, une intrépidité audacieuse, un sangjroid que rien ne peut troubler. Franc, droit, ennemi des raisonnements sophistiques sur lesquels s'appuie l'esprit de révolte, il est fidèle, dévoué à son chef, et accepte ses commandements sans contrôle. Sans doute, le peuple finnois manque de génie politique comme nation, niais il est fier, inviolable dans ses individus, il est prêt à tout sacrifier à rindépendance de leur personnalité. S'il se soumet a un Diaitre, c'est que son expérience et sa re-
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ligioli lui ont fait voirdans cemaitre une puissance venue d'en haut, un lieutenant même de Dieu.
Les Finnois voisins de la sont essentielle* ment marins. Mais c'est à ceux d'entre eux qui peuplent les côtes, et dont le sang a été mêlé de sang germain, qu'appartiennent les spéculations de commerce et le gouvernement des vaisseaux marchands. Le Finnois pur ne sait ce que c*est que de penser à s'enrichir; tout ce qui dépasse le nécessaire a pour lui peu d'attraits. 11 luttera avec audace contre les torrents et les cataractes, il affirontera les écueils, il courbera sous sa barque fragile les vagues de la Baltique; mais les navigations lointaines, les expéditions commerciales sont le partage des côtiers dont nous avons parié.
. Quand le Finnois a fait un travail, il ne cherche point à en retirer le plus haut prix possible, il n'ambitionne point un grand salaire pour une chose de néant ; on ne le voit point, non plus, faire tourner à son profit l'cjeuvre d'autrui, ni rouler sans cesse dans sa tète des idées de réforme et des rêves de progrès.
Le Finnois suit de préférence la route éprouvée par une longue expérience; il ne s'étudie point à découvrir opportunément ou à dissimuler ses projets; il est crédule, imprudent même, tant qu'il ne soupçonne point la mauvaise foi dans celui auquel il se confie ; mais dès qu'il croit devoir douter, il est d'une réserve et d'une détiance presque exa-gérées.
probité du t^lonois est proverbiale; c*eat m des traits les plus particuliers de son caractère. Dans la campagne, Tubage n'est pas encore établi de fermer & clef les portes des matscns, quoique souvent les paysans passent toute la saiaoïi de la ré^ coite dans les clianips, à des distances très-considérables de leurs habitations, dont ils demeurent * ainsi longtemps éloignés. Rien n'est plus étranger à la pensée du Finnois que le vol ; il n'y croit que lorsqu'il a pris lui-même le voleur ea flagrant dé» lit; et alors, loin de l'exécrer eL de solliciter son cbàtiment, il le prend en pitié» convaincu que le malheureux doit être asses puni par les remords de sa conscience.
Le Finnois n'est point égoïste ; il est au Cfmtraire bon et dévoué. Son caractère hoBiritalier, surtout, est remarquable. Nous en avons parlé déjà dans les uotes de la première partie du Mêlemia*
Si le Finnois est doux et bon, il n'en a paa moine une volonté forte et opiniâtre. Quelque difQcile que soit la chose qu'il s'est luropeeéet il ne se laisser» point effirayer par les obstacles, mais il les surmon^ tera peu à peu et ne se reposera que lorsqu'il aura atteint son but Du reste, la droiture de aon jogrement, la simplicité de son cœur régleront toujours assejn ses désirs pour qu'ii n'aspire qu'À ce qui peut être avoué par la raison et par Thonnêtelé.
Cependant le Finnois est vindicatif. Ou il frappe
de suite, ou il attend. Mais, comme le Corse, il ne pardonne jamais ; le délai, au lieu de le calmur» m
UKNIK NATIONAL. '2Î9
fdil qu'irriter su colère; il faut qu'elle éclate, Le Fiouois est sérieux et morne ; tout sou extérieur respire le flegme et ia froideur. A le voir, au milieu de ses travaux de chaque jour, on le prendrait pour un être commun et prosaïque : et pourtant c'est là cet homme qui fait vibrer les cordes du kantelCf et qui chante les belles rutm que nous avons traduites.
TRENTE-UNIÈME UUNÂ. , .
(1) Fils de Kalewa. Voyez F Introduction,
(2) Gâteau.
(3) Voyez le feit que nous avons raconté dans la première partie du Kalewala, deuxième runa, note onzième.
(ft) Le coucou était chez les Finnois un oiseau prophétique. Voir ce que nous avons dit aux notes de la première partie du Kalewala.
(5) Il y a sans doute ici empiétement des pratiques chirétiennes dans le poème ; car nous ne sachons pas que le paganisme finnois ait jamais prescrit le jeûne.
(6) C'était Tusage chez les peuples du Nord de faire drculer autour de la table une coupe dans laquelle chaque convive devait boire. Les jeunes
femiues et les jeunes iilles remplissaieot ce rôle. On sait que dans le Valhall Scandinave les Val-
Kyries verî>enl le mjod aux guerriers couronnés parOdin.
(7) Les runas se servent souvent de cette expression. C'est qu'eu effet il y a de la ressemblance entre la forme du foie humain et le globe de la terre.
TRBNTErDEUXIÈHE RURA.
(1) On trouvera dans cette mm une confusion étrange dldées chrétiennes et d'idées païemieg.
C'est le moment de la grande lutte, les deux partis sont en pfé8ettoe« le Christ triomphe de Ifâîm-
U y a dans cette runa iinuoise un ton de légende qui rapp^ les passages les plus gracieux des évangiles apocryphes.
(â) Yoyex ce que nous avons dit plu» haut au sillet des accouchements dans le liain»
[k] Ruotukseiiy Ruotas, Hérode,
(5) Nom d'une montagne.
(6) Il fieiat entendre sans doale par radeau du vent les pins des forêts que le veut poubse et agite aiiMi 411e lia radMMX dei^ fleuves.
W LA FIITLAIIDB.
(7) Tous ces détails nous moutreutque, d'après la nina, Biariatta avait choisi, pour accoucher, le garde-meuble, bâtiment séparé des autres corps de logis, dont il domine les toits.
(8) Ilmori est sans doute le môme mot qu*t(man, et signifie air. Ne pourrait-on pas lui donner ici le sens de seigneur de Tair, et par conséquent seigneur du -ciel ?
(9) Les Finnois, si portés à la magie, ne manquaient jamais de demander aux sorciers Thoroscope des enfants nouveau nés.
(10) ISicander, dans son grand drame chrétien que nous avons déjà cité, met en scène le vieux païen Oliur^ avec ses deux petits fils Are et Thore. Ceux-ci prient leur aïeul de leur raconter une saga. Oldur prend la parole.
«Mon père, alors que sa tète était blanche et qu'il était vieux comme moi ( j'avais alors votre âge), me prit un soir par la main et me dit : (cOldur, je suis las de la vie , et j'irai bientôt rejoindre les cendres de mes ancêtres; je veux voir encore une ioî& le soleil avant de mourir; conduis-moi sur la montagne.» J'obéis; le vieillard s'assit et jouit avec bonheur de la volupté d'un beau soir. £t après plusieurs récits qui sortirent de sa bouche, et que je vous ai déjà laissés en héritage, il me raconta cette mystérieuse saga :
« Dans le haut nord, un puissant château s*élevait, bâti sur un rocher. De là la vue pouvait s'étendre au loin sur la tore et sur la mer. Autour
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de lui des montagnes, des collines, des forts armés de tours se dressaient, ainsi que des vassaux. Il y avait dans Tintérieur une salle magnifique. La voûte de son plafond ressemblait à la voûte * bleue du ciel, quatre ours d*or la soutenaient.
» Grand, puissant était le roi, maître de ce château. Un nombre inliai de guerriers , revêtus de cuirasses, fwmaiaitsa cour. Ils étaient joyeux et ils Imvaient. Des scaldes chantaient leurs exploits sur des harpes d'or. Un de ces guerriers se nommait Inquiétude. >
» Le grand roi était assis sur un trône d'argent orné d'images. 11 était vêtu de fer, et sa cuirasse avait I*éclat de la mer aux heures de son calme; son front était ombragé d'un beau casque , sa barbe flottait jusqu'à sa ceinture. L'âge avait pâli son visage , mais ses traits avaient conservé levr puissance. 11 tenait dans sa main gauche une grande tablette d'or, et dans sa main droite un glaive qui lui servait de burin.
» Kt il traçait des runas sur la peau d'un serpent bleu, roulé en tortueuse spirale autour de la tablétte; il gravait des runas belles, profondes, une pour chaque jour de victoire , conduisant la pointe de son glaive depuis la queue du serpent jusqu'à la tête. Quand le char du soleil roulait à Toccident, et que sa lumière dorée flottait sur l'onde comme une écume de feu, unissant le ciel et la mer dans une même plaine, où nageaient les cygnes blancs, quand les guerriers vainqueurs revenaient à leurs
aiA LA FINLANDE.
foyers; alors il gravait une roua , et le chaht mèié
à rharmonie des harpes retentissait dans le château.
»La nuit vint; la runa nouvellement gravée brillait, et son éclat était Féciat du jour.
y» Les années s'écaulèrent; le serpent n'avait plus de place pour l'œuvre du glaive. Les guerrierB étaient sombres et tristes « les guerriers que le soir «tait vu revenir vainqueurs ; car le roi n'écrivait plus de runas.
» Alors Inquiétude se leva, et il dit ;
«Père des runas, est-tu mort? »
»Le roi répondit par un douloureux sourire. Tous attendaient la nuit, croyant que le soleil se cou* Ghait. Mais le soleil s'élevait plus haut et refusait de se coucher. 11 s'approcha du château. Le roi vou- Uit écrire ; il ne put pas. Soudain les portes s'on*^ iFrirent ; les guerriers tremblèrent Inquiétude se mit À chanter:
^ <K Le roi est pâle , plus pâle que la ruoa. Ah I qui me dira ee Ifui agite le père des runas? La harpe est mueite , et ses cordes palpitent. Inquiétude veut mourir. »
»Le soleil rayonna à travers les portes. Alors le château fut inondé de flammes lumineuses, et les guerriers se cotmrirent le visage. Les uns murmu-» raient, les autres tombaient à genoux. Mais tout à coup la lumière s'adoucit, et une belle vierge, vêtue de blanc, 9*avança au miliew de ses rayons. Sa blan-* cheur croissait toujours plus éblouissante ; les flam-
mes qui l'environnaient étaient seules rouges et Jvûlantea. Un^enfont d'une merveilleuse beauté re^ pOMit dans ses bras^ et chassait avec une Imnche
de palmier les rayons qui voilaient le visage de la vierge*
• ^ «Le T^eincrot dit i «Bnftmt, quel ett ton nom, et jI'où viens-tu?»
c ' BLavièrgedit:«LeroiderOrieiitesttenuid« Ji » Alors le roi des salles du NordditswTa es btoil
petit pour être roi : veux->tu t*asseoir auprès de
moi» et lire mes rouas? w » ie'rol de TOftont dit t w Je veux m*asseoir au«
Jurés de toi. « £t il regarda la tablette remplie de
rtinas t car la vierge Tavait assis sur les genout du
vieillard.
» Elles sont belles, tes runas ; mais il en manque encore une : Je n^en vote point au milieu. Veux4a que je la grave, roi? »
]»Le roi y consentit, et Tenfant se mit à grav^ la runa sur la tablette avec le bout lumineux de ion doigt , et partout où son doigt passait Tor fondait.
»Et o'était une runa de sang. £lle ressemblait à une rose nouvellement épanoute , bdle et pleine de parfums.
»Hais alors, 6 im)dige! on vit les autres runas ramper et marcher , comme eSirayées par la non-*
velle, et lutter entre elles.
»Tantèt elles se joignaient, tantôt elles se dispersaient de côtés divers, et puis elles revenaient à la charge, et Ton entendait dans la salle un cliquetis
lerribie. Elles marchiiiënt ansBi deux i deux autour
de la tablette, et la première fit un pas en arriéré, ^ toutes k8 autres tombèrent Mais bientôt elles se réunirent Fune à Fantre, et elles «iduUraU; comme des vagues, et elles se changèrent en écailles. Le serpent agitait ses anneaux et menaçait de sa gueule béante la runa de sang. Et ils tombèrent tous les deux sur le parquet de la.salle, détachés de ia tablette, et ils engagèrent le combat Toua ceux qui voyaient cela frisaonnalent; maie Tenfant riait.
)!>La tablette devint noire, et lorsque le vieux roi, que lu mort avait frappé pendant le combat, roula par terre, la taWette roula sur lui, avec un bruit 30urd, coixmie une pierre de sépulcre, sur laquelle les traces des runas apparaissent encore*. La vuHa de sang grandit, et le roi de TOrient la mit sur sa poitrine, et lui et le serpent combattirent.
»Âlors tous les guerriers se levant, les uns pour le serpent, les autres pour le roi. La terre trembla sous cette puissante lutte. Des héros tombèrent et leur sang enfanta des rocs« et bientôt la vaste ssUe ne fut plus qu'un parterre de fleurs. Mais la belle vierge pleurai^ Le serpent ^ poulait en .miUe remplis, ses écailles retentissaient avec un bruit affireux; il redoubla d'efforts, et d'un bond terrible ,11 s'élança sur le roi de rOrient n
»Ici la voix affaiblie de mon père s'éteignit, sa tête retomba sur son sein; tout fut fini; et il emporta avec lui dans le tertre la clef de rénigme. Cette énigme est obscure; ma vie n'a point suffi & l'expli-
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quer. Peut-être l'expliquerez-vous, enfants, car le temps explique bien des choses. »
(11) Il y a dans cette fin de la runa quelque chose qui fait rêver. Il semble qu'elle jette un cri d*anathème contre ceux qui ont voulu convertir la Finlande en Tinondant de sang. En effet , ses derniers accents sont douloureux. Ce christianisme qui triomphe 9 elle ne Fapplaudit point. Tous ses regrets sont pour son dieu Wfiinftmôinen , disparu dans l'espace ; et si elle se console de sa perte, ce n*est, ce semble, que parce qu'il lui laisse en hé-* ritage son kantele, dont elle pourra se servir pour chanter les jours de son règne.
(iâ) Les runoia finnois, comme les scaldes de la Scandinavie, recevaient toujours en retour de leurs chants un salaire d'argent ou une récompense honorifique.