II
» nourriture avec leur naturel féroce : dans leurs » invasions ils se faisaient un jeu de se jeter Tun à » Tautre de jeunes enfants» et de recevoir Finnoyf cente créature sur la pointe de leurs lances. Quel- » ques-uûs poussaient l'atrocité au delà de toute li- » mite, on les appelait Bmerkm; s'excitant à la )) fureur par un effort de volonté, comme les Max> lais par Topium qui les rend furieux (a) , ils deve- » naient fous de rage, déchiraient avec les dents » leurs boucliers, jetaient au loin leurs vêtements, » et complètement nus se ruaient sur leurs enne- » mis en poussant des hurlements comme des bêtes ]» sauvages. L'exemple de leur dieu Odin rendait «cette pratique respectable; aussi ceux qui s*y 1» livraient furent^ls pendant un temps considérés » comme favorisés d'une influence divine : mais » cette sorte de possession démoniaque était en » elle-même et dans ses effets quelque chose de si » affreux que les Berserkirs, devenus un objet » d'horreur et de cramte, finirent par être à charge » aux hommes du Nord eux-mêmes ; et la frénésie » heruThmmm^ ainsi qu'on la nommait» fut pro* » scrite par des lois sévères (6). »
11 faut avouer que si la manière dont Southey envisage la piraterie des hommes du Nord est exacte au point de vue historique, elle est, au point de vue critique, singulièrement sévère et partiale* £n
(a) Dans le texte nin awmk , courir «miick oa pUtlAi amock , . ea tnaliit fiM.
{h) T^iiw, 1 , 464 , /iSa.
GÊNlE I^ATIONAL. 195
effet, p'est du bai^t du cbi:ûtianiame qu^il la jug^
Or, est-ce bien de là qu'il faut juger l'héroïsme païen? Nous ne le croyons pas. Il y a dans le christianisme mie condanmation trop absolue du paganisme pour que tout ce qui porte rcini)reinte de ce dernier ne soit pas impitoyablement frappé de sa verge répcpbatrice. Mais dans le paganisme tout n'est point intrinsèquement mauvais; et sous son règne des choses se sont passées» marquées au coin de la beauté et de la grandeur. Pour ne parler que du sujet qui nous occupe , c'est-à-dire des vikings du Nord , on ne peut s'empêcher de reconnaître dans ces hommes un magnifique courage, une poétique exaltation, un imposant caractère. 11 était glorieux, à cette époque sauvage, où tous les droits étaient encore à peine distincts, de s'élancer sans peur au milieu des tempêtes, pour aller chercher de rivage en rivage la substance de sa vie, et se conquérir une patrie^ Nous savons bien que Tétat de pirate est, en lui-même, une injustice flagrante, une condamnable usurpation. Mais est-ce en luimême seulement qu'il faut le considérer pour en avoir une appréciation vraie? Ne faut-il pas conserver le prestige dont l'époque, où il était en videur, le couronnait, et l'envisager de préférence dans son héros? C'est ainsi qu'ont fait les historiens et les poètes de la Scandinavie ; aussi le viking était à leurs yeux la ])crsonniriCcition du coiira^^e, la gloire des braves, le dieu de la mer agitée, l'ami des astres et des étoiles» Écoutons Nicander, met-
tant dans la iKiuche du viking Tadien du soir an soleil qui se couche :
God natt ! (iud natt!
Du Drottuiug i gyllenc skrud !
Du strAlande ^'ikingabrud î
Xog ser jag, du sorjer och griler;
Mm grit ej t yi iriiffas ju Xler.
Fast naUen i Norden ar ttog, SX blir det val morgon en gXng.
0 Tor* jag 8001 du
St nani den onakade slniui ,
Del nya , lycksaliga land !
l-'orl , Drake ! pli boljorna ila , Snart slipper du mïg ocli far hvila.
Fa hafvet , pa jorden ar strid;
1 jorden ttr Vikiugou frid.
Xag ropar pi fltonu :
Fort vill jag pX hahret framgl ;
Mou tysl ligger stormeii iinda.
Forr dref han med kraft raina segel Nu ser han sig hellre i spegel, Och smeker med joUrande vind Den flardiiiUa Sjèiiuiigfruna kind.
Sol! ensam som du
Jag far pâ den liogblaavlg
l9iiUa,hogad6liglUlg;
Da hvilar boa firandenia dîna;
Men han aro fosterbrodor mina :
F4 ager Jag bror éDer &r — Mit sfaird ir det enda jag har.
En afton som Da , 1 gullklara rustningen kladd Jng sliimrar «1 blodWidan badd.
GÉKIË >AlIUi>AL. 197
Uu roUau diti anlete doljer :
Jag sitkta i sp^ren dig fôyer.
Du glaosande Drottoing , far val !
Far roligt y fer 8tiHa , far Tal I
((Bonne nuit, bonne nuit, ô reine k la parure d'or, radieuse fiancée (a) du viking! Ouï, je vois tes regrets et tes larmes; mais ne pleure point, nous nous reverrons encore. Malgré que la nuit soit longue dans le nord, le matin se lèvera pourtant.
» Ah ! si conmie toi j'étais si près du rivage désiré^ si près de la terre nouvelle, de la terre du bonheur! Plus vite, dragon, vole sur les vagues, bientôt tu seras libre de moi, et tu pomTas te reposer. Sur la mer, sur la terre règne le combat. Dans les entrailles de la teiTe le viking trouvera sa paix.
» J'invoque la tempête! Je veux précipiter ma course sur les ondes, mais la tempête dort silencieuse. Jadis elle souniail puissante dans nies voiles, mais maintenant elle aime mieux se mirer au cristal des eaux, et caresser avec les zéphyrs tes joues de leur nymphe ^ olage.
»Soleii, seul comme toi je poursuis sur la crête bleue des vagues une marche paisible , solennelle. Tu reposes chez ceux de ta race , mais mes frères d'adoption sont loin. Je n'ai ni û*ère ni pèi*e ; mon glaive, voilà tout mon trésor.
»Un soir, comme toi revêtu d'une armure d'or, je reposerai sur une couche rouge de sang. Déjà tu voiles ton visage, je suis doucement tes traces. O
(a) En suédois, le soleil, aol, est àn genre féminin.
108 LA riNLAIIM.
rciiie spleiidide, marche heureuse, marche en paix, adieu! (a)»
Ceux des Finnois qui faisaient le métier de vi-
king habitaient les côtes des golfes de Finlande et de Bothnie. De là ils se répandaient au loin, et sans doute que plusieurs d'entre eux fraternisèrent avec
les vikings Scandinaves et s'associèrent à leurs expéditions.
Encore aujourd'hui, chez les Finnois côtiers, cet
antique amour de la mer et de ses dangers s'est conservé, et ils fournissent d'excellents marins à la marine russe.
(10) Cette spontanéité de Lemmikainen ù promettre à sa mère qu'il n'irait point a la guerre nous donne un des traits distinctifô du caractère finnois, naturellement calme et pacifique. Nous reviendrons plus tard sur ce caractère en général, et nous tâcherons d*en donner une idée complète.
(11) On voit que les merveilles de la fabuleuse Ue de Cocagne n*étaient point ignorées des Finnois, Du reste, dans la langue finnoise toutes ces expressions ne sont que des figures signifiant la grande fertilité du pays, dont la runa veut parier.
(12) n est prolwble que les anciens Finnois avaient, conune encore plusieurs Finnois d'aujourd'hui, des barques faites d'un seul tronc d*ar^ bre, à la façon des sauvages de l'Inde ou de PAmérique. Le moujik russe se sert aussi de cette sorte
(a) HuMi tarder ftirsta Upptràdti, p. 124. ,
GBNifl NATIONAL. 199
de barque pour naviguer sur le Wolga et les autres
neuves de sou pays. iNous eu avons vu souvent suspendre à un petit mât leur caftan { longue redingote) dë|iloyéf et, la hme enflant cette voile d'espèce nouvelle, voguer avec une vélocité sans pareille.
Youe n'avons aucune donnée historique sur la
forme des bateaux ou navires dont se servaient les vikings finnois. 11 est à croire qu*ils n*étaient point difléraits de ceux des vikings Scandinaves.
Voici la description du navire de Frithiof, telle qu*oa la trouve dans Tegner.
t II s^allongeait comme un dragon sur la mer ; »en avant, sa tête se dressait pleine de fierté, sa •gueule rouge flamboyait, ses flancs étaient semés »de jaune et d*azur, sa queue se roulait en spirales,
• puissante, hérissée d* écailles d'argent; ses ailes » noires frangées de rouge se d^loyaient avec or- * »gueil. Lorsqu'il s'élançait sur les flots, il rivalisait •avec la tempête mugissante, il triomphait de l'es- »8or de Taigle. Quand il était plein de guerriers,
• vous eussiez dit une ville royale flottante, un fort •d'armes en pleine mer. Ce navire était célèbre •au loin; c*élHit le premier des navires du Nord. •
Robert Southey, parlant des vaisseaux bretons , dit;
• Ib auraient la carène plus plate que les vaisseaux
«romains, pour n'être point gênés par la marée
• dans les havres et panni les récifs de la côte ; leur •proue, comme leur poupe, était élevéOt mode de
âOO LA FIMLÀ1ÎDI£.
* construction mieux adapté que tout autre à leurs
«mers orageuses. Pour plus de force ils étalent en- «tièrement construits eu bois de ctiéne; leurs » ancres étaient assurées par des chaînes de fer 'au~ »Ueu de câbles; leurs voiles étalent de cuir aminci, »soit parce qu'ils ne connaissaient pas l'usage de »la toile, soit qu*on supposait mal à propos que ces
• matières étaient seules assez lorles pour résister »à la violence des vents qui régnent dans ces pa- » rages. Les bretons faisaient aussi usage de barques » d'osier revêtues de cuii\ '
» Les coracles, bateajux pécheurs des Gallois, ne «difiCbrent de ces ancietmes constructions que par «leur armemeut; ils ne portent qu'une seule per- »sonne, et sont encore en usage sur la Sevam et «dans la plupart des rivières du pays de Galles* »TeUe est leur petitesse, leur légèreté, que lepé- »Gheur» lorsqu'il débarque, tire son bateau sur la » grève et remix)rte «sur son dos. »
(13) 11 règne dans toute cette description du sé* jour île Lemmikainen dans l'ile où il a trouvé son refuge un ton anacréonticpie qui rappelle l'île voluptueuse do Gamoëns, et les productions les plusdécoiletées de l'antiquité. Nous* croirions volontiers qoe les auteurs de cette runa se sont inspirés de ces dernières; car, en vérité, il nous est dillicile de cpiicilier un rédt aussi étrange avec les mœurs et le caractère habituels des Finlandais. Du reste, toute règle admet des exceptions , même en lait de mora« Uté.
GÉNIE NAÏlUNAL. 301
NousaToiis déjÀ parlé delamanièredoutlespoêteft
du Nord, et en particulier les portes finlandais, expriment le sentiment de Tamour : c'eat ici le cas de dire comment ils en dépeignent le» voluptés.
« 0 volupté, volupté! s'écrie Berndtson, ivresse • delà pensée, ûile du feu, tu remplis la coupe » mi souifces proibndes de la vie; mais les âmes » n'y boivent la santé et la vie que lorsqu'elles la » reçoivent des mains de l'innocence I La sève ori-* 9 ginelle de ta grappe brille dans la nature/ somit » sur les lèvres , brûle dans le cœw', o volupté , vo* »luptél»
Rmieberg, dans son charmant poôme de Nades-
chda, où il représente une jeune esclave russe aimée de son prince et préparée par ses soins à devenir, son ^use; met en scène dans le quatrième chant la jeune fille recevant la v isite du prince. Est-il rien de plus touchant, de plus amoureux, et en même temps de plus pur que cette entrevue?
« Aux lieu.v paisibles de Kama, loin de l'éclat et » des pompes de la cour, la. veuve d'un prince s'ér » tait retirée, disant adieu aux faveurs de la for- » tune. Là, sur les bords d'une rivière, à l'ombre » des tilleuls, elle avait , choisis sa demem^e; trois » jeunes beautés faisaient la joie de son cceur de » mère. Sur cet asile de paix, la lune, un soir, sou- » riait splendide, et dans ses bocages les zéphyrs » du printemps jouaient avec les ombres et se pour- » chassaient. Et paim ces ombres, et parmi ces » doux' zépbyrS) et parmi ces bocages mystéripu^»
Sûft LA FIHLAMDB.
» un jeune homme et une jeune ûUe causaient en » silence.
» Et ils entremêlaient de baisers leurs mille dou-
» ces paroles. De même que les nuées légères s'élè-
• vent dans Tazur d'un ciel d'été, tantôt teintes de > pourpre, tantôt splendides et blanches comme » l'argent, tantôt sombres, pâles, lugubres, ainsi » 8*éle?aient leurs paroles dans le ciel de leur » amour.
• Etiejeune prince disait: «J'ai multiplié mes quesi tions à l'infini, à chaque heure de l'été et de Thi- » ver, depuis que j'ai vu la splendeur de tes yeux; » et déjà par-dessus les collines la lune monte, et » les heures du soir se précipitent, et mille quetH
• tions se pressent encore sur mes lèvres.
» £t la jeune iille souriait et répondait : t J'ai » multiplié mes réponses k Tinfini , à chaque )oie » que mon prince m'a donnée. Quel bonheur pour » moi d'avoir vécu dans cet asile, inconnue, pro^ » tégée, sœur parmi des sœurs, fille auprès d'une » mère ! j'ai tout dit, j'ai répondu à tout, et pour- » tant mille réponses se pressent encore sur mes » lèvres.
» Alors, le jeune prince : « Dans cet asile de paix, » auprès d'une tendre amie, cultivée par ses douces
» mains, ma fleur s'est épanouie dans la beauté par- » fumée de son âme; elle s'est enrichie de science, » elle a appris à résoudre mille questions diverses,
» mais il en est une qu'elle ne saurait résoudre en-
» core : pourquoi tant de bonheur vient^il à mon
GÉMIB NÂTIOHAL. fi08
» cœur quand mes lèvres rencontrent son bai-
• ser?
» Kt la belle jeune flfle dit ! t O mon jenne prince, i tu es maintenant comme le navigateur sur la mer : » il ne touche pas encore au rivage, mais déjà il t aspire ses parfums ; surpris, il cherche, il croit
> posséder dans son navire un trésor de fleurs.
> Oui, mon prince, ce bonheur que tu cueilles sur t mes lèvres, c'est mon bonheur à moi, qui exhale » son parfum dans ton sein«
> Le jeune prince sourit, c O fille mille fois heu- » reuse de posséder en toi le bonheur! moi, hélas! » pauvre navigateur, quand je suis loin de ma rive » de fleurs, toute joie s^éteint dans mes yeux; le » monde m'est une mer déserte , les collines, les 1 vallées sont vides, et dans mon cœur surgit le » chagrin et Tardent désir. Nadeschda , tu as dit » vrai, oui, ma joie n'est qu'empruntée : c'est en » td seulement qu*elle baMte* »
« Et il prit la main de la jeune fille , souriant » comme le doux printemps, c Maintenant, je con-
• nais ma joie ; mais, dis-moi, d*où vient la Joie de » Nadeschda?
• Mon amour Mi ma joie, et elle est impérissa- » Me; car mon amour ne se dissipe pas comme ce- » lui d'un prince.
» Ton amour Mt ta Joie, Qu'est-ce donc que » l'amour?
» Nadeschda ouvrit ses lèvres par un frais sour » rire, tlfon prince, di^^, <m dmumde ee qa*pn
204 LA FIKLAKDK.
» iguorc; ah ! jjlùt au ciel que je puîbse répondre! » Mais je ne sais qu'une chose, c'est que mon cœur, » aux jours lointains de mon enfance,res8emblait à » la neige des montagnes ([ni s'élèvent entre le ciel » et la terre; aussi doux, aussi paisible, aussi blanc, » aussi frais. Mais quand le soleil surgit à son som- » met' un œil lança sur moi des éclairs de feu, et » alors je sentis mon cœur se fondre en lleuves de » sentiments et de pensées ; il était libre et il s'élan* » yait dans des espaces jusqu'alors inconnus; il était » chaud, et, tel qu'un pur miroir, il réûécliissait >> Tazur des cjeux, la beauté des tleurs de la terre, et » dans ses profondeurs il cacUait cet œil d'une dou** » ceur infinie.
» Et quel était donc, o jeune tille, quel était, >j dis-le-moi, cet œil si doux ?
» Sa bouche demeura sans réponse, sa téte rayon- » uante se pencha doucement sur l'épaule du » prince. Alors un doux zéphyr vint à bruire en se » jouant à travers les feuilles , et ils tremblaient, et » l'onde tremblait, etle disque delalune, épanchant » sa lumière sur la noire chevelure de Nadeschda, » se brisait en légers tremblements.
» 11 y eut uu instant de silence ; puis, relevant » amoureusement sa téte, la belle jeune fille dit : » Mon prince m'a déjà adressé mille questions; » mais Nadeschda ne veut donner qu'une seule ré- » ponse : deux fois déjà mon œil a vu ces bocages » se couvrir de feuilles et ces feuilles tomber, et 9» deux fois seulement mpn prince est i^uu i^ou^
ùtntÊ NATIOIIAL. 905
» visiter; cependant il dit qu'ici est loule sa joie: » pourquoi donc vient-il si rarement?
M Une ombre, une ombre de feuillage, peut-être » aussi un ombre du cœur, tomba sur le visage du » princéy et il dit : r< Nadeschda, la ville de Fem-» » pereur, les charmes de la gloire des combats, les » pompes et les plaisirs de la cour : voilà les cliaî- » nés qui retenaient Woldemar, »
u La belle fille dit : (( Deux fois seulement mon » œil a vu ces bocages se couvrir de feuilles et les » feuilles tomber, et déjà deux ifois mon prince est » venu me visiter. Si la ville de l'empereur, si la » gloire de la cour doivent tant le captiver, pour- » quoi vient-il si souvent?
• » Le jeune prince sourit, mais son sourire était '» un soupir. « O jeune fille, dit-il, que je serais heu^ » reux si je pouvais rester avec toi dans ces bocages, » si je pouvais, avec toi, chercher une demeure loin A de la ville de l'empereur, comme deux oiseaux » cherchent un nid, seulement pour leur amour! » mais, hélas! Fheure que je passe avec toi, je dois >i la dérober. Deux lugubres puissances menacent » éternellement mon bonheur ; Tune est mon frère, » Fautre est ma mère, n
u Tu as nommé ton frère ; mais quoi ! pourrait- » il en vouloir au bonheur d'un frère?»
« Te souviens-tu, ma bien-aimée, du jour où, 1» pour la première fois, nos regards se rencontré- » rent, et où ton cœur rencontra mon cœur? Mon » fWre était là, près de moi; il te vit, et ta vue
flOS LAFIXLAVDS.
» allmua dans son sein une flamme sauvage, lugu- » bre, inextinguible* Depuis ce jour» il erre partout x> comme un spectre, il ii*a qu*un seul but, c'est » toi; il te cherche seule. Nadescbda, à ton propre » prince, & toutes les puissances du ciel, de la ten^e» » de Fenfer, sa violence viendrait farracber s*U » découvrait ton refuge. »
<K Mon prince a nommé sa mère; elle n'a donc » pas un cœur de mère? »
« Nadeschda, froide, sombre, inflexible, Hère est » cette mère, Natalia Féodorowna. Elle méprise les » joies de la vie; elle ignore les droits du cœur. » La faveur des monarques, la gloire des ancêtres, » la foule des esclaves, les décorations gagnées dans » les batailles, voilà seulement ce qu'elle estime, m ce qu'elle connait. O jeime AUet ni la beauté de » tes traits, ni le del de tes yeux, ni cette âme qui » se joue parmi les lumières et les ombres dans les 4) grâces de ton visage, ne sauraient Tattendrir. » Uesdave, rien que l'esclave ; voilà ce qu'elle verra » en toi, et si elle devinait mon amour, elle t'arra- » obérait de mon sein, quand même les lambeaux » sanglants de mon cœur voleraient & ta pour- » suite. »
» £t son bras tremblant entourait la taille de la » jeune fiUe; elle, légèrement penchée sur son » épaule , soupirait doucement : « 0 souvenirs de » mon en&nce, 6 temps où tout était joie ! Soleil des » cieux d'azur avectes jours splendides, terre avec ta » verdureet tes fleurs, et vous, sources, rivières, lacs,
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» amis intimes, amis bien chers de Nadescbdat abl » que ne tous ai>je jamais vus! Que n*ai-je grandi » dans un chdteau pompeux, telle qu'une captive, » au milieu de Téclat des flambeaux 1 Que n*ai je )> marcbé dans la gloire, revêtue d'or et de pierre- » ries? Alors aussi peut- être j'aurais eu comme Wol- » demar de grands ancêtres^ j'aurais été princesse, » et je pourrais aimer celui que j'aime, et je pour- » rais en être aimée.
» Elle dit, et les paroles mouraient sur ses lèvrea » de roses, et le prince gardait le silence. Dans le » ciel de leur amour, les nuées de leurs paroles » 8*étaient dissipées, et le soir était redevenu tran- » quille et pur, »
Frithiof , ce héros de Tegner, dont nous avons
déjà parlé, est fils du paysan Thorsten, riche pro^ priétaire de framna; il veut épouser Ingeborg, fille du roi Bele, et demande sa main à ses firôres, car Bele est mort. Les frères ont rejeté sa demande, et une guerre leur ayant été déclarée, ils ont confié la garde de leur sœur au temple du dieu Balder. Frithiof va trouver sa bien-aimée dans ce temple. Voici cmnment le poète suédois dépeint leur eur» trevue. Ce morceau est un des plus riches d'imagination et de sentiment que possède la poésie Scandinave. U est intitulé : Bonheur de Frithiof; Av thio[s lycka,
« Que les fils du roi Bele errent à leur gré de » vallée en vallée pour demander des glaives. Ils
» n'am ont point le mien : au bosquet de Balder est
206 LA FINLANDK.
«mon champ de bataille, mon univers. Là je ne
•veux plus abaisser mes regards sur la vengeance «des rois, sur la douleur de la terre ; je veux seu- » lement boire la joie des dieux, cœur à cœur avec w mon Ingeborg.
» Aussi longtemps encore que le soleil épanche »sa pourpre splendide et brûlante sur les fleurs, '«semblable au léi^er \oile de roses qui cache un 1» monde de fleurs, le sein de mon Ingeborg, aussi » longtemps je poursuis ma course errante sur le • rivage, brûlé par un désir éternel, et je trace en » soupirant, sur le sable, avec mon glaive, ce nom j»bîen-aîmé,
Qu'elles fui(nit lentement les heures pares- » sensés ! G ûls de ]>elling (a), pourquoi ^arrêter si «longtemps? i\'as-lii donc jamais vu ni les monta- »gnes, ni les bosquets, ni les golfes, ni les îles? »N*est>il point de vierge aux salies de FOccident »quî soupire après loi, qui s'élance vers ton sein, »et qui brûle de te parler d'amour et encore d'à- »mour?
»Mais enfin, fatigué de ta course, voilà que tu » t'abaisses, et le soir tire son rideau de pourpre sur » la joie des dieux. Les fleuves de la terre murmu- »rent Tamour, les vents du ciel murmurent Ta- »mour. Salut, ô nuit, sois la bienvenue, mère des «dieux, à la robe d'hymen semée de perles!
«Qu'elle est silencieuse la marche des étoiles su-
[a] I,e jour.
ÛÉtflB NATIONAL. 209
«bUiMS, fiténiblable à celle d'un amant qui se glisse » vers le sein de sa bien-aimée I FrancMs le golfe, »6 mon Ëllida (a)^ pousse, pousse le navire, ô va- » gue bleue î Vois au loin le bos(iuet sacré ; nous al- » Ions à des divinités amies; là-bas s'élève le temple »de Bidder, il abrite la déesse de ramour«
» Quel bonheur ! déjà je touche au rivage ! 0 terre, «reçois mon baiser, et vous aussi, petites fleurs qui rsemez de blanc et de rose la route tortueuse I O »kine, qui verses ta lumière sur le bosquet et sur »le temple, tor ie tertre et sur le monument, qu'il »ést beau ton disque lorsqu'il repose là et qu'il »y rêve, telle qu'une saga dans la maison nuptiale I
»Qui t'a appris, 6 ruisseau qui parles avec les »fleurs, qui t'a appris la voix de mon cœur? Qui «vous a donné, ù rossignols du nord, cette plainte, »iavie à JBOQ Ame ? Sur la toile d*azur avec la pour- »pre du soir, les Alfes ont peint Timage de mon » Ingeborg; mais cette image irrite la jaJLouse Freya, «elle la disperse au loin avec son souffle.
«Mais qu'elle soit dispersée cette image, qu'im- » porte! La voilà elienaième, la voilà belle comme «respérance. Mêle comme un souvenir d'enfance ; » elle vient pour couronner mon amom\ Viens, ô »ma biea-^mée, laissennoi te presser sur ce cœur •qui faime; désir de mon âme, bonheur de ma » vie, viens daos mon sein, viens reposer dans mon »8ein.
(a) Vaisseau de Frithiof, dont noas avons déjii donné ia descriplioR.
210 LA FINLANDK.
9 Aussi légère ({ue là tige du HS4 aussi riche que la
.) rose épanouie, tu es aussi pure que le vouloir des » dieux, et pourtant aussi brûlante que Fraya! » Baise-moi, 6 ma beauté, laisse ma flsoumè feu»
» velopper de ses ardeurs. Ah ! dans Tétreinte de ton
• baiser, le globe de la terre, la Toûte des cidut, »tout s^éTanouit et disparait.
»Ne crains rien, nul danger ne menace. Bjôrn(a) •veille armé de son glaive, il nous défendra, s'il le »fkut, contré tm monde. Et moi*mème« ahl ail
• m'était donné de combattre pour toi comme je »te presse maintenant dans mes brasl Oui, j'irais •avec bonheur au Yalhall, si tu étais ma VaUcyrie,
• 6 Ingeborg!
•Que murmures-tu de la colère de Balder? U ne » d^trrite point ce dieu doux, ce dieu aimant^ Il est
• sensible à nos vœux; F amour de nos cœurs est sa •loi; ce dieu au front couronné de lumière, au
• cœur éternellement fidèle : son amour pour Ja
• Nanna n'était-il pas comme le tien pur et brûlant?
• Voilà son image, il est près de nous ; comme
• son regar4 est plein de douceur, plein de suave
• protection î Je veux lui offrir un sacrifice, un cœur •brûlant et plein d*amour. Fléchis le genou avao •moi : il n*est point pour Balder de don plus
• précieux, de don plus beau, que celui de deux •coôurs qui se Jurent, à son temple» une fidélité
• étemelle.
(a) Ami de Frithiof .
GÉNIE NATIONAL. tH
. éUtm wsum €it du ciel phn encore qm de la
terre, ne le méprise point. Il a été nourri au ciel et il aoiq^e après sa patrie. Ah l que ne suicnje déjà lâchant I Que ne puit-j^ mourir a^ec toi , et m'envoler triomphant au temple des dieux, dans iea bras de na pâle amante l «Quand tous les guerriers monteraient leurs > coursiers et se précipiteraient des portes d'argent aux champs du combat, je resterais à tes côtés , amant fidèle, et mes jeux ne s^ouTriraient que pour toi. Quand les vierges de Yalhall rempli- I raient les coupes de rhy«bromel à Técume d*or, je » ne boirais qu*ft ton bonheur, murmurant des' pétroles de tendresse et d'amour.
lie voudrais planter pour nous une salle de ver- »dilre sw Tisthme, auprès d*un golfe Meu. Lit, iaou$ rc^serions dans la paix, à Tombre du bos- I quel aux frais d'or. £t lorsque le soleil du Yalhall ►rallumerait ton itambeau (que son édat est vif et isplondide i ) nous reprendrions notre essor vers les • dieux, regrettant déjà notre demeure.
t Je coaroBneraiB d'étoiles et ton front et Tor de n ta chevelure, dans la salle de Vingolf (o). Je vout f dreiSf au feu de la danse, colorer de pourpre mon »pâlelis( et Mentôt loin de la fête je t'emporterais » dans l'asile de Famour et de la paix, où Brage à la » barbe d'argent répéterait chaque soir ton chant «xmptieL
(a) GliAteau de Freya.
Sli LA PlKLAroi.
«Quel chanl retentit dans le bosquet! Ce chant
• vient des rives de Yalhali. Que la Inné est spksa-^
» dide sur les détroits ! Cet éclat vient des régions »de la mort. Ce chant, cet éclat annoncent un «monde d*aniour sans doulenr. Ah! œ monde, je
• voudrais le contempler avec toi, avec toi, mon
• Ingeborg!
»Ne pleure pas, la vie Ijouillonne encore dans
• mon sang, ne pleure pas. Les rêves de Tamour et » de rhomœe aiment à errer dans Tazur. Ah I dès «que tu étends les bras vers moi, dès que ton <Joil •se repose sur mon cœur, tu m'attires à toi sans •peine, quels que soient tous mes transports, loin » de la félicité des dieux.
• Silence, c'est l'alouette, ^on, c'est la colombe •qui raconte son amour à ia iorét; Talouette dort •ttieore sur la tombe auprès de sa compagne, dans » son nid bien chaud. Elles sont heureuses, personne >ne les s^[>are; soit que le jour se lève, soit qu*il se •couche, leur vie est libre comme Paile qui porte » dans les airs le couple joyeux.
•Regarde, void le jour. N<m, c'est la flamme •d'un fanal à l'orient. Nous pouvons encore mêler
• nos paroles, la douce nuit n'est pas encore finie. •Oublie rheure de ton réveil, étoile dorée du jour* •Pom* le bonheur de Frithiof , dors si tu veux jus«
• qu'à Uagnaruck (a).
• Hélas! vaine espérance. DéjÀ le vent du matin
(a) La fin du mondp.
GÉNIft AATlOlfAL. ftl8
«soupire; déjà les roses de Uorieiit s'épanouissent ' »«ii8si fraiches que les joues dlngeborg. Une «troupe d'oiseaux ailés (troupe insouciante) ga- » zouille dans les airs lumiueux, et la vie s'agite, et » la Tagiie brille, et les ombres et ramant prennent » la fuite.
»Le voilà dans toute sa gloire. 0 soleil d'or, vécoate ma prière! Oui, je le sens, un dieu est «près de moi; qu'il est splendide, qu'il est beau! » Oh I, heureux celui qui s'élancerait dans la car* niièse cooioimé dè ta puissance, celui qui comme • toi, joyeux et fier, revêtirait sa vie de lumière et » de triomphe I
tJe place Iciaous ton regard ce qu'il a vu de » plus beau dans le nord. Prends-la sous ta garde, »ù soleil sublime, elle est ton image sur la terre. »Soii âme est .puse comme ta lumière, son œil est »bleu comme ton ciel, et l'or qui brille sur ton » front brille aussi dans les boucles de sa chev&- •lure.
•Adieu, ma bien-aiméeî Une autre nuit, une «nuit plus longue, nous nous reverrons eacore* «Adieu! Enocxreun baiser sur ton front, encore un » baiser sur tes lèvres! Dors maintenant, rêve de , »moi« réveille-toi au milieu du jj^ur, et dans ton » âme fidèle, compte les benres avec moi ; avec mol, •regrette, brûle. Adieu, adieu!»
(i&) M. Xavier Marmier cite deiu charmantes runa» finnoises , exprimant les regrets d'une jeune ûlle séparée de son amant.
«Ahi venait, celui que je regrette; s*ii pa- » raissait. ( elui que je connais si bien ; comme mon )»i)aù»er voieiait sur sa bouche, quand même elle » serait teinte du eang d*un loup I Gomme je serre- ))rais sa main, quand même un serpent y serait en- »trelacél Le souffle du vent, que n'a-t^il un e8|)rit, »que n'a-t-îi une langue pour porter ma pensée à )»moa amant, pour m'apporter la sienne! Je reniioncerais à la table du pasteur, je rejetterais la I» parure de sa fille, plutôt que de quitter oeloi que » j'aime, celui que j'ai taché d'enchaîner pendant i»rhi¥er, et d'apprivoiser pendant Tété. »
Xi Je ne chanterai pas dans ma douleur ; je ne rirai pas dans mes angoisses. A quoi sert de dianter? A quoi sert de rire? Quand ma voix s'élèv«rait dans toutes les vallées, soupirerait au bord de tous les lacs, gémirait sur toutes les montagnes, et résilierait dans toutes les forêts, mes soupirs raient inutiles, mes plaintes seraient perdues,
T» Ma voix n'arriverait pas à Toreille de mon inefraimé; mes gémissements n'atteindraienl fnâ «on cœm*. Le sapin cependant m'écoute, Tarbre m>p- .peUe eoa enlant chéii, le lac «en tàmti Mm, Je bouleau son amour,
»Je ue regarde pas le sapin, je ae penche pas ma tôte versleiac, jenefsnésenle pas mes lèiMS à
Tarbre ni ma main au bouleau. Mais s'il revenait , celui que j'aime, alors quelle joie! J'accourrais pencher ma tête sar la sienne, lui puéseÉter mes lèvres et lui tendre ma main.
» Sd bouche est tendre comiue le beurre fondant, ses lèvres douces comme le miel ; sa barbe est comme k tméê, et son menton comme du valour^; le soleil brille dans ses yeux, la lune dans ses sourcils , les étoiles du ciel sur ses épaules.
i»Il est beau quand il marche , plus beau encore quand il s'avance vers moi. Je donnerais une grosse somme pour le voir revenir, des pièces d'or pour chaque lieue qu'il franchirait, des pièces d*argait pour chaque pas. »
M. Ampère, professeur au collège de France, a pnblié, sur la littérature du Nord, quelques travaux détachés, pleins de mérite. Entre autres beautés signalées par lui dans cette littérature» il cite les plaintes d'Ingeborg, au moment du départ de Frithiof son amant, Ingeborgs kla^an. Cette élégie est en efliet bien touchante. Nous en avions essayé, dans le pays même de son auteur, une tiaduction en vers ^ue nous donnerons ici.
Déjà Yoici raatomne, et la mer orageuse Gommenee à «oïderer aoa leia.
Ah! queletemfteelleaglqpieîeflMaklMiviUi»
fli }• pomit Mit» enanl M
Oui , depuis bien longtemps j*ai vu la nef amie,
£Ue fuyait vers rOcodeni; La vague la portait vers un^ antre pa&iie;
HiiiNiuB l elle auii mon amant.**
0 vague de la mer, ô vague h Tazur souibre , Câline un peu ton sein trop altier;
(a) lagiborg était d«nt le temf U 4tt di«tt fi«ld«r.
La course est si rapide ! Etoile, chaase Tombre, Mouire la route au marioier !
Quand le nouveau printemps luira sur la vallée «
II reviendra dans ces climats; ' Mais il ne verra point Tamante désolée Accourir au bruit de ses pas.
Froide, elle dormira dans la froide poussière,
Pâle victime de son cœur; Ou ravie è Vamour par la haine d^un frère (a),
Cne vivra pour la douleur.
Faucon qu'il a laissé , faucon qu'il a vu naître,
0 doux ami, tu seras mien; Mens, je veux te nourrir, te nourrir pour ton maître ;
Chasseur ailé, viens, ne crains rien.
Vois* tu , Toici ma main , repos^toi sur die ;
Sur ce tissu, ridie trésor, Je veux broder tes traits, je veux broder ton aile,
Je veux broder ta griffe d'or.
Jadis sur un faucon, Freya , Tardenlo amante,
S'élanca dans les cbamps de Tair; LUe cherche éplorée, elle poursuit errante,
Les traces de son bel Ôder (è).
Oh ! quand du môme essor, sur ton aile rapide.
Ta voudrais ne ravîr aux cicux , Tes efforts seraient vains I Seule, à mon âme avide,
La mort donne l'essor des dieux t
Urillaui chasseur, oh! viens, po8e*loi sur ma tdte;
De là regarde vers les flots :
Hélas ! désirs trompés ! je ne vois sur leur erèle
Ni Frithiof 9 ni ses matelots»
(a) Le^ frères d'bgeborg avaient refiisé Iaot coosciiteiiMDt à soa uoioo
avec Frilhiof.
(b) Époux de Freya.
li revieiàdra , sans doute , alors quo son ainanle
Aura baisé la froide mort.
Faucon, salue, au nom dlngeborg expirante,
Fiithiof , pleurant son triste sort.
(15) 11 parait que dans les guerres cluuiue Fiuliois avait son compagnon d'armefi, dont il ne ae aéparidt Jamais. Cet usage existait chez tous tes peuples du Nord.
(16) Vase dont on se sert pour iaire le bemTe.
(17) Le climat de la Finlande est digne de sa nature liyperboréenne ; hivers longs et durs, étés courts et brûlants, automnes et printemps presque inaperçus. Depuis quelques années les iîroids sem* blent s*étre radoucis, mais les pluies et les brouillards de rautomne sont plus prolongés. On attribue cela à la culture des champs et au dessèchement des marais. 11 faut cependant mettre ici hors de ligne rhiver de 18/iâ-18M« hiver tel qu'on n'en avait point vu depuis plus d*un demindède, puisque, comme noiis Tavons déjà dit, le thermomètre marqua alors quarante degrés au-dessous de siéro pendant six semaines entières.
Eu Finlande, l'hiver commence d'ordiuaii*e^ ù ii^ mlKWUibceet finit àla mi-mai; il duxe par consé^ quent sept moiis. Sa plus grande intenatté est à la mi-janvier. Alors les rivières, les lacs, les gol£as jusqu'à une dtetance de idusieurs verges» sontpvîs par les glaces. De toutes parts lestratneanx volent, car c'est le hem temps des voyages rapides. Alors aussi la campagne oâre un m9giiîflqu.6 coup d*(mL
%i% LA FINLANDE.
Transformés en rocs de glace, les rocs de granit déploient leur blanche parure , et font rayonner aux feux d'un pur soleil les milles aiguilles qui ruissèlent de leurs bords. Au loin s*étend la neige» comme une nappe immense, au milieu de laquelle s'élèvent de tous côtés des forêts de sapins et de bouleaux ornés de franges et de panaches; {mis c'est le bruiuruneavaldiiche qui roule, le cri joyeux du paysan qui revient de la chasse, Taboiement fidèle du chien de la fupa. Je ne parle point ici de ces brillantes parties de traîneaux qui transportent k travers les lacs et les marais le luxe et la vie animée de la société aristocratique.
Le froid de Thiver, quand il n'est point poussé à un extrême exoeptionnel , est peu redoutaUe pour le Finlandais. Ses maisons de bois sont parfaite^ ment chauffées, en sorte qu'il trouve dans leur intérieur un abri assuré. Les fenêtres, qui, dite nous, donnent un passage inévitable à l'air glacé du deliors, n'ont point cet inconvénient chez lui; ear, «fabord, elles sont doubles^ hermétiquemeiit fermées; puis entre elles se trouve une couche de sable^ plantée de cinq ou six cornets de papier remplis de sel, destinés à boire nwmiditéw Péulr on rien imaginer de plus ingénieusement confi»Ftable!! Et si nous nous transportons dans ks grandes maisons des villes, quelle àera notre admiration , à l'aspect de ces immenses lourneaux bAtis, soit &i forme de adonnes, soit ta fome de pilastres» s'élevant du parquet jusqu'au pla-
QÈHIE KAflONÀL. 219
fondl fialen, chambre, antlcbaiiibre, tootes lés
pièces de l'appartement possèdent au moins un jde ces fouroieaiuL ïaiMitô que j'étais à HelsiogCors, f habiHdbi one maison où se trouTnient dôme chambres, et pour ces douze chambres il y avait vingt finatMK. Là madtiàre de les chau^r est facile. On se sert pour cela de liois de sapin ou de bouleau, bois si commun dans le pays. Ayant de l'alluther, on a scnin d'ouTrir ks deux soupiraux pkoés à Textrémité supérieure du fourneau ; puis, le bote étant consommé et réduit eu charbon, on les reteniez Alors la dialew ae répand dans les tiibes intérieurs et se dégage dans l'appartement avec une intensilé qu'au moyen du double soupirail cm peutdiriger à i^aioi^. Un domestique un peu €(x-^ pert peut conserver dans l'appartement de son tnattm pendant to«t0 nne |ouraée les degrés de ifluflenr que eéliii^;! int a«Pa kidiqaés «urson therdomètre. des iourneaux si commodes, si néces* saires pour se garantir du froid, ontletrîsleineonr ^Mnfent de priver de la vue du feu , ce charme si précieux de nos jours d^hiver. C'est pourquoi pioBifiitrs -anis du wnlMrtaMe parMt ajonteaft à ces calorifères monstres , dans leur cabinet du moins, «me jolto cheminée à la prussienne.
A l'extérieur, le jfîroid est pluaredootalfle. Cepenr dant, au moyen de leurs fourrures, les Finnois xéussissent à garaninr» Quant à ceux qui, soit par imprévoyanee, soit par des drconstmoes indépendantes de leur voloutét se livrent k lui sans dé-
fense, lit» sont presque toujours vidiiiies de ses rigueurs; ce qui peut levr arrirer de moins grave, c'est d'avoir le nez et les oreilles gelés. Du reste, ce dernier accident a rarement des conséquences funestes ; au bout de deux ou trois semaines, le neis et les oreilles gelés recouvrent toute leur santé première. Le meilleur remède, soit curatif, soit préventif, qu*on puisse ^ployer contre ce mal, c'est de se frotter les susdits organes avec de la neige.
La température de FhiTer, surtout lorsqu^l touche à sa lin, est sujette aux variationsles plus étranges. Nous aTws. vu, une fois, le thermomètre passiBr, . dans restée de six heures, de quatre degrés de chaud à seize degrés de froid. Malheur au voyageur se fiant au doux soleil qui éclaire son départ» néglige de se munir de quelques vêtements suppl^ mentuiies, il est très-exposé, après six ou huit heures de marche, à éprouver les accidents iss I^usfiilals.
Nous avons dit que T hiver se terminait à la mimai. Cependant il arrive quelquafaîs qu*il se prolonge bien au delà. 11 nous est arrivé de trouver de la neige dans les ornières des routes et dans les anfiractnres des rochers le 99 mai, et même les premiers jours de juin.
Du reste, pour être plus lent à venir. Tété de Finlande n'a pas des feux moins brûlants. Nous connaissons les chaleurs de la Provence, mais nous avouerons qu'elles ne nous ont jamais paru corn-
pai<able9 à œUes de ce pays. Ge qui les rend plus affligeantes, c'est que, dans ces latitudes septentrionales, on ne fait rien pour se garantir de leurs ardeurs. Le froid seul absorbe toutes les précautions. Chose remarquable, plus on remonte vers les régions du nord, plus Tété est chaud. A Torneâ, le thermomètre s'élève^ à Tombre, jusqu'à vingt*huit ou trente degrés; à Helsingfors, seulement jusqu'à vingtH^inq et vingt^six.
On conçoit que des chaleurs aussi intenses doivent imprimer à la végétation un incroyable mouvement Ën neuf du dix s^daines, les Finnois du nord volent leur grain mûrir et le récoltent; ceux du midi attendent quatorze ou seize semaines.
Avec les saisons varie la durée des jours et des nuits. On compte, par année, à Helsingfors, qualrevingt-treize jours clairs, cent quatre-vingt-neuf aonitares, etquatre-^ngt-trois, partie sombres, partie clairs. Le plus grand nombre de jours clairs se rencontre au mois de juin, qui ordinairement en possède onae ; le plus petit nombre se rencontre en novembre, qui n'en a guère que trois ou quatre. Quant aux jours sombres, novemlnre est de tous les mois celui qui en revendique le plus; il en compte vingt-deux ou vingt-trois; juillel n'en a que huit; c'est celui qui en a le moins. A Àbo,. on compte cent trois jours clairs, cent cinquante trois sombres, et cent neuf, partie clairs, partie sombres. Le plus grand noiiibre de jours clairs s'y rencontre en avril et en mai; le plus petit nombre en novembre; le
923 LA ¥WLAm»
plus grand nombre de jours sombres en décembre, le plus petit nomlnre en juin.
Ces dernières données météorologiques sont le résultat de nombreuses observaticMos ; nousles ayons empruntées, d'après Rein, aux communications do docteur HàUstrom, professeur à l'université d'Helsingfors.
Le grand trait caractéristique des nuits d*été du Nord, c'est, on peut le dire» l'absence complète d'obscurité. Le crépuscule du matin se lève presque en mûme temps que le crépuscule du soir commence à s'alMblir, en sorte qu'il semble que leurs lueurs se confondent. Un poète national a dit du soleil d'été de Finlande qu'il iie se couchait point dans le sein de la terre* mais qu'il refOeurait légèrement d*un baiser pour se relever auastttt sur Vborizon.
Tomeft est célèbre par Taffluence des yoft^m savants ou curieux, qui y accourent à Fépoque du solstice pour y voir le soleil à minuit. Regnard est le premier Français qui ait entrepris ce lointaîii voyage; et Ton peut dire que, depuis, ses traces sont suivies sans interruption.
Tant que le soleil reste, en quelque sorts* en pat* manence, la température des jours et des nuits est k peu près égale. Mais dès qu'il commence à des^ cendre, la fraictaeur se fait sentir- vers le soir, et quelquefois se transforme en un froid vif et piquant» Cest surtout du iû au 30 août qu'on peut remarquer ce pbénpmàoe* On a même vu, à cer*
6ÉNIB NATIONAL. 2S3
tûiies époques» les gelée» de avit oammfiioer dès
le 25 juillet, et exercer les plus grands ravages parmi les plantes potagères.
Le elimiit de Finlande est en général aain « mal« gré qu'autrefois on ait vu la peste s'y introduire et y exercer des ravages déplorables. Le cboléra, qui a sévi avec tant de foreur dans la Russie et dans la Pologne, n'a touché de la Finlande que quelques pcrints méridionaux; et Ton peut dire que toutes ces épidémies, qui ont désolé, pendant la première moitié de 1830, les provinces du Nord, en particu»lier rOstrobothnie* avaient plutôtleur principe dans la disette qui régnait alors dans le pays et dans la mauvaise nounriture qui en était la suite que dans Finfluimoe physique du diinat.
Les régions montagneuses et couvertes de bois? sont plus favorables à la santé que toutes les au*» très. On ii*y voit guère mourir qu'un individu sur cinquante. En général, parmi le peuple qui habite les campagnes, il n'en meurt qu'un sur trente*cinq ou quarante; dans les petites viUes maritimes^ .un sur quarante ou quarante-cinq; mais dans son encdnte entourée de collines, avant l'incendie de 1837, la populetfam trop serrée de la ville d*ibo en voyait mourir un sur vingt-cinq ou trente. Sans doute que cette proportion diminue depuis <pi'Àbo a* été rebâtie sur un plus vaste plan.
On peut juger de la salubrité du climat de cbaqoé ptotince par les eièmples de longévité plus ou moins avancée qu*ofiï*ent leur statistique. Le recen-
3il> LA FINLANDE. >
sèment de 18d5 produit 180 personnes on nne sur
1,1 li^ qui ont atteint fâge de 90 à 400 ans , dont 120 du sexe féminin et 60 du sexe masculin. Le district ou gouvernement d*Uie6borg donne un centenaire où du moins un individu âgé de 90 ans et au-dessus sur 4,170; — le Nyland un sur 6,498;
kho et fiiiidrneborg un sur 7,0ft6; Wasa un sur 8,071 ; — Tavastehus un sur 8,839. Le fjjouvernement de Kuopio est de tous le moins bien partagé en fait de longévité, car il n'a qu'un individu sur 25,270 qui ait atteint Tâge en question. D'après le recensement de 1840, on compte en Finlande 909 personnes, dont ô& hommes et 155 femmes (parmi lesquelles on en distingue une de 102 ans), qui ont atteint leur quatre-vingt-dixième année. Uleàborg en a 1 sur 2,86&; le Nyland 1 sur 4,&lâ; Àbo i sur 6,18/1 ; Wasa 1 sur 6,258 ; Saint-Michel 1 sur 7,540; Tavastehus 1 sur 10,669; Wiborg 1 snr Ï0,8d5; Kuopio un sur iifihkf et enfin dans tout le pays 1 sur 6,917.
(18) Les vêtements des Finnois ont un caractère très-originftl; mais ils varient avec les provinces. Ce qu'ils olTrent de j)lus curieux, c'est la coiffiire, inuuense casque à six cornes, haut de forme, et fait de peau de loup trèSH^elue. De même qne les paysannes russes, les femmes finnoises portent des bottes en cuir épais et très-lourdes. J'ai toiyours été frappé, pendant mes voyages dans le Nord, du peu de soin que la femme du peuple prend de son pied ; la Russe et la Finnoise renferment dans une
large botte, la Garélienne dans une sorte de galoche
suspendue sur un morceau de l)ois carré , fixé au milieu de la semelle» ce qui ne lui permet que de marcher sur la pointe du pied et d'une façon fort gênée; la Danoise dans une pantoufle sans talon, espèce de sandale très*incommode, etc., etc.
(19) Nom finnois du froid. Voyez Tlntroduction.
(20) Encore une allusion aux guerres qui ont agité la Finlande.
OIX-NEUVIÈME RUNA.
(1) Grand géant Voyez Tlntroduction»
(2) Cette ¥eAte de KuUmo est ftdte, sans doute, d'abord à des Russes, et puis par des Russes à IIma« rinniii; Car mnis àTons d^à dU qte le flenrage n'existah poilit cbée les Finnois.
(â) Umarinnen paye comme U oon'Vient k tm fer» geron.
(4) Nom de Kullervo. • •
. (ô) £n Finlande, les limites des propriétés aont marquéee ordiUaireinent par de grandes doisons ou bai rières; il arrive même quelquefois que ces tMirnèces coupent des routes très-ifiréquentées; en pareil cas, la barrière s*outre par une large porte, et sur le bord de la route s'élève une petite cabane où réside oelui qui sert de oonderge. Ces sortes de
928 LA FIIfLAKDB.
barrières à travers les routes se trouvent surtoiit en Russie, où les paysans les construisent pour empêcher les écarts de leurs troupeaux. Mais si elles sont de quelque utilité sous ce dernier rapport, elles sont prodigieusement incommodes pour les voyageurs tant soit peu pressés ; car chaque fois qu'il s'en rencontre quelqu'une, il faut ou descendre soi-même de voiture, ou en faire descendre son domestique, pour rouvrir et puis la refermer. Que de fois , parcourant certaines parties du gouvernement d'Iaroslaf, n'ai-je pas maudit de grand cœur et les barrières et ceux qui les avaient construites !
(6) Par nombril de la terre, il est probable que
la runa entend le centre de la terre, ses régions intérieures
. (7) Sans doute entre les pieds des vierges des bois. . *
(8) . Noms finnois dpnt nous ignorons la signifi* cation. Peut-être désignent-ils "des animaux saiiva-*
ges pris par des chasseurs.
(9) Surnom de Fours.
(10) Épithëte remarquable de Jnmala.'Voy, Fin-
troduction.
(11) £n Finlande, les enfants assistent aux funé*» railles de leurs parants* S'ils sont absents, on les
attend; leur absence ne peut être justiûée que par une absolue impossibilité de retour.
La manière de porter le deuil a qndque chose d*original. Une dame en deuil de sa mère ressem-
ble à peu près à nos bonnes françaises en toltettet ou aux jeunes filles de certaines corporations religieuses. Sa té te est coiHée d'un bonnet blanc, ses épaules couvertes d'une pèlerine blanche; un ta* blier blanc flotte sur sa robe noife. C*est là ce qu'on appelle le grand deuil ; on le porte trois mois ; après quoi on vient au demi-deuil, et puis peu à peu, comme chez nous, aux vêtements ordinaires de la vie. Les hommes sont revêtus d'un habit noir, dont le col et les parements sont recouverts d*un crêpe blanc; ils i>orteut de plus, attaché à leur cravate blanche, un long rabat blanc, plissé, comme celui de nos juges en costume de palais.
VINGTIÈME RUNA.
(1) Nous croyons que toute cette rum est allégorique, et qu'elle a pour but de stigmatiser ces mariages de pur intérêt où Ton épouse moins la femme que Tor de sa dot.
(2) Voir ce que nous avons dit plus haut toucliant le labourage et la manière de semer les terres en Finlande.
(1) Le chien tiûiaadais est une sentinelle vigilante pour les habitations, un auiiliaire puissant pour la chasse , un guide sûr dans les sentiers déserts. Nous avons vu dans File d'Hogland des chiens portant une planche au cou en forme de jabot; cette pldiiclie les aide à se soutenir longtemps sur Teau quand ils vont avec leur maitre à la poursuite du phoque. En Sibérie, les chiens rempliissent Fofiice de rennes et tirent les traîneaux : on en attèle quelquefois jusqu'à cent cinquante au même équi^ page. Rien. n'égale 1^ infatigable ardeur, leur sobriété, leur force d'énergie contre le froid. - (2) Le golfé de Finlande est un des plus orageux du monde. Chaque année, à Fépoquede Tautomne» d'horribles tempêtes soulèvent ses vagues , et en-' gloutissent plusieurs navifes.
tt( LA pihlaitob;
(â) C'est-à-dire qu'ils seront réduits à se sauver à la nage. Idiotisme finnois.
(&) C'est quelque chose de fort original qu'un voyage à travers la Finlande , à la façon des naturels du pays.
D'abord, comme précaution indispensable, vous devez envoyer devant vous un fârbud ou courrier, qoi, passant pair tous les relais, avertisse du jour et de l'heure de votre arrivée, et donne ordre qu'on vous tienne des chevaux prêts. A défaut de cette mesure, vous courez risque de trouver vides toutes les écuries, et d'attendre, durant de longues heures, des chevaux qui n'arriveront enfin que lorsque votre patience sera aux abois. Cet inconvénient résulte de l'organisation même de la poste finlan- ^ise , organisation odqnée sur celle de la po6tû snédoiae^ Là, 19s cbevaox a'appartiemientpafi tous,
comme en France et en Allemagne, à la direction pait^le; elte n'en a qu'une partie : le reste est tonrui par les pftysaiis du district. Or, il arrive souvent que tous les chevaux de la poste étant en campagne, les montures des paysans sont encore eecupéea & manger le Ima de kiir lAttfter^
leurs maîtres songent le moins du monde k leur faûf remplir lemr rûle supplémentaire. Si vous ar« rivez ^tos 00s eirconstanoas, il est ckir que vom devez attendre. Je connais une station entre Helsingfors et P^tershourg où caci ne manque jamais au voyageur qui a négligé le fârImL Une seconde précaution non moins ii^dispensabla
OÉHIE NATIONAL. ^35
que celle du fMui, c'est Tmaplette d*im grand coiwbi bien bourré de plumes et recouyert de cuir de Russie. Je vous en dirai la raifion tout à Theufie. Une entre , pnéceution» sinon aussi indispensable qm les deux premières, du moins très^tile, c'est de mettre dans sa poche deux espèces de bourses, Ifium garnie de petites pièces d*argent destinées i payer les chevaux et autres frais de poste \ Fautre, g^amie de kopecks de cuivre « destinés aux pour* boire des postillons.
Tous vos préparatifs étant faits, vous montez dams la voiture du pays : et quelle est cette voiture? Figurerons un de nos tombereaux, c^est* i-dire une grande caisse en bois, fixée sur un essieu, à laquelle on a adapté un timon. Sur le devant une plandieest suspendue, qui sert de siège à toIis ^ à votre postillon ; derrière ce siège, une sorte de dossier mobile» en bois, quelquefois même une simple corde, laquelle, venant à se casser, donne lieu à des accidents sinon graves, du moins fort risîbles : le fond de la voiture est rempli par les effists du voyageur. Ce carieux véhicule s'appèlle bondkàra (char de paysan). On conçoit pourquoi nous engagions tout à Theure à se munir d'un coussin russe; sans cette précaution, il ne serait pas impossible qu'on eût les reins brisés,
A chaque station, vous changez de chevaux» de voiture et de postillon. Et qu*on ne s'imagine paa que ces fréquents renouvellements de tout son équi-» page causent de grands retarda au vojfageur; les
relais sont bi bien servis, les paysaus liulaiidais si officieux, qu'en un clin d*œil, chevaux, voiture, bagage, tout est prêt à partir.
Pendant qu'on organise sm nouvel équipage , le voya^'cur entre dans la maison de poste, toujours propre et partaitement tenue. Là, il trouve à son gré du lait , des œufs , du fromage , souvent même du fçibier, dont il peut faire, à peu de frais, ample consommation. « J*ai dîné un jour, dit » M. Xavier Marmier , dans une jolie petite au- » berge, en face d'un lac charmant. On m'a servi » des œufs frais , du poisson, une moitié de coq de » bruyères , du lait et du café , le tout coûtait un » franc. Un autre jour, je donnais deux kopecks » d'argent à une femme qui m'avait apporté une tasse de lait : « 4h ! le bon monsieur ! s'écria riion- » nête créature, avec les formes respectueuses du » langage suédois, qui ne permettent de parler qu'i » la troisième personne, le bon monsieur pent boire » beaucoup de lait pour deux kopecks. » Et, pour » mettre sa conscience en repos, elle courut m*eo » chercher une autre tasse. » La même chose m'est souvent arrivée a moi-même.
Dans chaque maison de poste, on trouve un ca« hier ou journal (dag-bok)^ numéroté, coté par l'autorité du district, où le voyageur doit insèrire flpn nom, le lieu d'où il vient, celui où il va, et le nombre de chevaux qu'il a pris : c'est une mesure de police qui aiderait au besoin à trouver, les traces du fugi*tif; Ce journal indique la distance par werstes d'orne-
Gtm HAtfotikL. Mr
station à l'autre, et ce que Ton doit payer pour chaque' trajet, en sorte que, sans avoir besoin de prononcer une parole, Fétranger qui ne'Samraitpas la langue du pays peut régler son compte , prendre ses chêvaux et partir. Le même journal lui oflfipe de plus, à chaque page, une colonne d'observations, où il peut lormuler les plaintes qu'il aurait à faire contre le maître de poste. Chaque mois, ce cahier est envoyé au chef de district ; et le maître de poste sur lequel pèse une de ces fâcheuses annotations est obligé de comparaître devant lui pour se justifier : c'est un voyage qu'il redoute fort; car il n*y recueille que des reproches ; et, si sa défense fi*est point parfUtement nette , il est condamné A l'amende.
On trouve aussi aux maisons de relais, en Rus-» sie, un cahier'ou journal comme celui dont nous
venons de parler. 11 est attaché à une corde , laquelle est fixée avec de la cire, sur une table. Cette . cire porte l'empreinte du cachet impérial. Le journal russe ne sert point au voyageur pour y inscrire son nom, le Ueu où il va, etc. , comme le journal finlandais ; il n'est ouvert qu'à ses plaintes et à ses observations.
Âu nord de la Finlande se trouve la ville appelée Jukasjdrvi. Plusieurs voyageurs qui l'ont visitée ont conrîgné, dans un journal iiui s'y trouve encore, leur mémoraMe expédition. Voici quelques-unes de leurs inscriptions.
La première est du fomenx B^ard, qui, an dix*
288 &▲ FINI.ANDS.
septiènie iiècie, poom sa oonne avantiariuie Ju»-
qu'eû Lapontoi sur laquelle il a dâ>ité ensuite tant de mensonges»
GaUia BM geDvH, tldH not.AfidcR» GaiiQQia
Hausimus , Europamque ocoUb lustraTimiu onmem , Casibtis et yaiiis acti terriqtie marique , SlBtimus hîc tandem nobis ubi dcfuit orbis.
Puis vieunent les autres inscriptions dans Tordre suivant :
ir Gallia mihi lucemdedit«et liberumAnglia pof*
»tum; u traque me Germania, Greecia magna mi- «norque, mons Jovis, ac Barcellona, Herculisque ncolunmœ» amba Asiœ, Italia, Africa, bisque opy> posita Melite, Euxina et Mœotica, Gaspia, Baltica • » necnon littora vider unt» vidit Polus Arcticus ipse» net mihi inocciduum ostendit Laponia solam ; pro* » que cibo et potu carnem et lac rangiferinum prce* »buit| ut ïartana oiim prœbebat equinum*
M Emc scribebat ad Jukasjarvlamiredlens exTor» » niavensi lacu, Aubri de la Motraye, Magnat Bri'^ ntanniœ subditus» i& Junii 1718. »
. «Bencbè unsecolo piutardi, spinto perodanon » minore curiosita dalla Lombardia, il Marchese
»Paolo Arconati Visconti visito questo luoco^
» Ai 5 di jugUo 178d* » U faut remarquer que cette
0tim vàtiovàL. MÊ
iMcrl^tion eUMir la même pâge que celM de Re*
gnardi et la suit immédiatement.
« Est terra antiqua ubere gleba pot^« lingones »coluere viri, Burgondiam nunc Galli cognomine »dicmity hœc mihi patria. Plures perlustravi regiojines : vidit me Germanus, superbi viderunt Brii»tamii,etquosdives pascit Flandrîa;atramyomere «quipaludem exercuerunt Batavi, qui bibunt Vis- » tulam Danubiumque, horrentes Alpum qui tenent nmpes, Tiberis qui saorum colunt liittis^ plures- »que alii. Post varios casus et magna discrimina >i remni^ polares opptiU ad aras, Inocotduttm 8^mi«
» rangiferorumque gelidum ubi Lapponem nheta » vidi pressantem. Cursus fuit ad locum quem Waidar » Kasta dicunt , nullus ubi antea penetravit viator.
))Multuni fui et terris jactatus et cataractis, mul- »tum quoque et culicibus passus; rediens ex bis »âesertis, et properans in tialliam sedes ubi fota y> dederunt jucundiores. Jukasjervino liane in tem- Dplum apposui inscriptionem, 7 julii 1796»
» Non mihi fama sed hospitalitatis et gratitudinis » testimgnium. )i
4c Justice bids me record thy hospitablè Hum» ^ D and testify it by my name. »
' tef JIMH» miilMl Hâta ofAm$rhat joli tl 118t.
. «GnUia nie geiHut. MagHam Britanmani» Htopa-
)»Diamque cognoscebam ; priiuuin Italiam, postea » Hungariam vidi, Helvetiam revisens , per totam nGermaniam, Poloni^m, Moscoviam, Russiam pewregrinatus, per Finlandiam, Stockholiuiam ac- »cessi, unde in Lapponiam incurri, in sodetate i»Francisci Outaverî, Hispanî natione, ex Nallia in »regno MiirciiP. Hospitium dédit venerandus ad- • » modum J ukasjervensis, pastor Daniel Ëngelmark, » cui teçtimouium gratitudlnis meee hic alTero.
i^Garol. Ricard, de Vesvrotti; vir nobîlis^ exDî- »joBe in Burguudia, Prœses in suprema natio- » num curia, bas visitavit regiones» die k februarii
U est certain que la voiture finlandaise appelée baniliara est un moyen de transport fort incommode. Mais il semble que toutes ces incommodités sont. bien rachetées par Toriginalité même du mîoyén, et par la rapidité et le bon marché cpi^il procure en voyage. On ne paye que deux kopecks d'argent par werste pour chaque cheval» ce qui ne ' fait pas plus de trente centimes par lienes de France. Et si l'on donne quelques sous au postillon, il ôte respectueusement sa casquette et remercie avec upe ^Utude profonde.
Les chevaux linlandais sout généralement petits, mais fderles; ils s'en vcmt toiigoijirs trottant en plaine comme des rats, et galopent comme des
GÉNIE NilTIONAL. ^ki
coursiers sauvages à la descente. G*est le contraire des chevaux russes, qui montent au galop et descendent au pas. Avec un attelage qui , au premier abord, semble chétif et impuissant, on fait facilement trois lieues et demie à Theure.
A chaque werste s^élève un large poteau où est inscrite d'un côté la distance de la station qu'on vient de quitter, et de l'autre celle de la station où Ton va. k Je crois, dit M. Marmier, qu*on pourrait sans inconvénient réel diminuer ce luxe de poteaux; mais celui qui a eu l'idée de les établir a certainement compris une des grandes jouissances du voyageur, qui est de pouvoir mesurer à chaque instant le chemin qu'il a parcouru et celui qui lui reste à parcourir, de pouvoir délimiter d'une manière certaine le paysage qui lui a plu, le village qui Ta intéressé. C'est sur le chemin désert, comme un souvenir amical des lieux habités, comme un encouragement qui attend à toutes les cinq minutes le passant fatigué. £n hiver, ces poteaux sont des jalons précieux qui Taident à reconnaître sa route, au milieu des amas de neige. »
(5) Voyez ce que nous avons dit plus haut, touchant la piraterie et les vikings.
Il*
VINGT-DEUXIÈME RUNA.
• (1) Voir les notes de la première partie,
(â) Partout et toujours apparaît, dans les runas finnoises, la supériorité de WAinamoinen sur tous les autres dieux et héros. «
(S) Le kmiele est Tinstrumeiit de musique des Finnois; il a la forme d'une f^iiilare on de la halalaïkades Russes. L&jouhi kaniele lui ressemble beaucoup, mais il est plus petit, et ne se garnit qu*avec des crins de cheval. Un autre insUumeni en grand usage chez les Finnois» c'est le harppu, dont ils ont sans doute emprunté le nom à la lan^e suédoise. Le harppu n'a que cinq cordes; et «ici nous poui»Tons obserrer, dit Acerbi, le premier pas dans l'o^ ïf»rigine des arts. Ce peuple n'a pas pensé à donner
di% LA FINLANDE.
))plu$ de cordes qu'il n'a .de doigts à la main. Le$ » cordes sont a, b, c, d, e; et le c étant bémol, l'ins- »trument se monte en la mineur, le ton favori de » toutes les nations du Nord. Les cordes sont de mén tal, et ne sont pas, comme celles du violon et de » la guitare, susceptibles d*être modulées par les » doigts de la main gauche. Toute Tétendue de leur » musique est renfermée dans cinq notes, et avec » ces cinq notes ils jouent, dansent et récitent leurs n poésies. II est aisé d'imaginer Teflet mélancolique »et monotone de ce genre de musique, aussi bien >» que rimpossibilité de pouvoir Faméliorer, jusqu'à »ce qu'ils abandonnent leur instrument. Mais les » nations sauvages ou à demi civilisées ne sont pas » moins sobres dans leurs jouissances mentales que ))dans celles qui dérivent dé leurs organes. Ils peu- )»vent se passer des raûinements d'une musique » délicieuse aussi aisément qu^ils se fixent & la sim- » plicité et à l'uniformité dans lem' genre de vie. )) L'introduction du violon a opéré quelque change* » ment dans la musique nationale de cette contrée. » la propagation de cet instrument semble avoir » élevé le génie des Finlandais, et la umaÊque qu'ils «exécutent avec lui a pris un caractère différent de » celle qu'ils exécutent sur le harppu, »
En fait d'instruments à vent, les andensFimuris connaissaient la trompe torwi, la ilùte ou le chaiiuneau ou huila, le cor mrwù Ce dernier ins*trument était fait 4^i\ne corne de bouc , percée de cinq Irons: il ser\ait, surtout aux bergers, qui
Jouaient avec lui de charmantes, mais iùmpies mélodies.
(4) Le J)rocliel dont il est question ici était un brochet mort. C'est pourquoi ia runa l'appelle l'esclave de Twm { la mort).
(5) Il est certain que le mythe de \\ ainamôineu , inventeur de la musique , dépasse, en grandeur et en originalité , le mythe de TOrphée grec. On peut juger par lui si le génie musical est profond chez le peuple finlandais.
(6) C'est une chose curieuse que la personnification du soleil et de la lune dans deux jeunes vierges filant un léger tissu. Yoyez ce que nous avons dit du soleil dans Tlntroduction.
(7) Le chant de Finlande, symbole de T union qui règne dans le pays.
(8) La Finlande a toujours été renommée par ses perles. Yoyez les notes de la première partie de Kahwala.
VINGT-TROISIÈME KUNA.
(1) Mou6 avouft pailé, dans la précédeote runa, de la manière de voyager eo Finlande.
(2) La Finlande est riche eu fourrures. AuUef6i8 le» Finnois s'en serraient pour acquitter les tributs qui leur étaient imposés. Ainsi , aux Bjar-* miens ils payaient par tète anuueUetuent quinze peaux de martres, cinq de rennes, une d*ou^, une veste de peau d'ours ou de loutre, etc. Observons cependant qu'il n'y avait d'astreint à ce tribut que ks plus riches du pays. Les pauvres ne payaient rien, ou du moins éLuienl taxés à une quotité nriuime.
(8) On se rappelle ici la magique puissance de la
lyre d'Amphioa sur les inui b de Thèbes.
(4) i^txG toutes les forteresses que possède iu
t48 il FlIltAMDlt.
Finlande , Sceaborg eut sans contredit la plus célèbre. Nous en donnerons la description.
Commencée en 17&9 par le roi Frédéric, elle fut achevée en 1758, par Gustave 111. Sept îles, garnies de bastions, soutiennent ses murailles. Ces îles sont : Vargiin (île du loup), Stora Ôiîer'Smrtô (grande ile noire de l'Orient ), Gustafssvdrd (Tépée de Gusrave)^ UUa Oster-Svarto (petite ile noire de rOrîent), Vester-Svartô (île noire de l'Occident ), Làngôm (grand aigle), Bakholmen (île du phare).
Œuvre des soldats, la forteresse de Sveaborg a gravé sur chacun de ses bastions le nom du bataillon qui la construit ; et c'est au piilieu de ces constructions gigantesques qu'apparaissent les ressources curieuses que Fart a trouvées dans la nature. Toutes les îles dont nous avons parlé sont de roc ; les constructeurs n*ont donc point eu fondements à creuser. Bien plus, ces rocs, non contents de fournir une base, s'élèvent quelquefois eu larges pans de murailles à une hauteur de plusieurs mètres, en sorte qu'eu plusieurs endroits il a sufli, pour y placer les canons, d'y pratiquer des trous ou des échancrures.
On compte à Sveaborg mille batteries capables d'être mises en activité et de jouer en même temps. Toutes peuvent être pointées TerBrmiique passage ouvert aux giands vaisseaux, passage qui n'a pas plus de deux cents pas de large, ce qui peut donner une idée de l'incomparable position de cette forteresse. Chaque bastion possède un four où Ton
OiVU WAVIOWAL. Mi
peut Mre raugii* jusqu^à trois cents ixiulelsÀla
La ganiisonde Sveaborg monte à 3,000 hommes, tous Russes ou Polonais. Us sont logés dans de magniûques casernes, et Ton peut dire que leur nour« riture et leur entretien sont parfaitement conyenables. Un club ou salle de société est ouvert aux offîciers de la marine , qui y passent la plus grande partie du jour, à fùmer, à boire et à jouer au billard. Lu autre logement singulier est affecté aux soldats : ce sont les vieux bâtiments de guerre hors dé service. Dépouillés de leurs mAts èt de leurs agi'ès, couverts, dans toute leur longueur, d'un toit à sur&ce convexe , ils sont irrévoGsJDlement fixés au rivage par de grosses diatnes de fer : ou a trouvé moyen de pratiquer dans leur carcasse des habitations saines et assez commodes.
Les maisons de Sveaborg scmt construites en bri* ques et colorées de rouge ; on dirait à leur aspect d*an lieu d*usîne. Cependant on y raicontre aussi plusieurs maisons de pierre , entre autres celle (lu'a fuit construire M. Anciilon, ingénieur livonien lort distingué , et qu'il habite luinnènie. Cette maison oflfire un séjour confortable et plein d'agrémeuts. De ses fenêtres, la vue s'étend au loin sur la mer et les lies qui environnent Helsingfors, em-brasse le panorama si pittoresque de la ville, et se repose avec joie sur une foule de jeunes villas qui bordent le bassin. du port, et semblent déployer avec orgueil le luxe gothique de leurs tourelles et réclat de leurs vives couleurs.
980 LA FINLANDB.
La société de Sveaborg est russe de aaissaace , de nom, de langue, de religion; elle communique peu avec la ville d'HelsiDgfors. Cependant, deux fois Tannée, pendant Thiver et au printemps, Ta- , mirai donne un grand bal, auquel toute l'aristocratie citadine est invitée, et se rend avec empressement, soit en traîneau, soit en bateau à vapeur. Alors il y a mélange , et ce rapprochement accidentel n'est pas sans un certain chai^me piquant et curieux pour les deux parties.
La population de Sveaborg s'élève à 6,000 habitants.
Des sept îles sur lesquelles est bâtie la forteresse, Vargôn est la plus remarquable. Elle renferme la maison du commandant, la grande caserne et plusieurs vastes magasins. Mais ce qui lui donne le plus d'iaiporLance et de splendeur, c'est le tombeau du comte Auguste Ëbrensvard, fed-maréchal de Suède, fondateur de la forteresse. Ce tombeau s'élève sur uue grande place. Il consiste en une tombe de granit, terminée à chaque extrémité par une poupe et une proue en bronze, de manière à en fidre comme un uaviie dont la tête et la queue seraient en bronze et le corps en granit Au-dessus est placé un bouclier eu bronze, suriuoiiic d'un immense casque aussi en bronze, auprès duquel s'allonge un grand glaive avec son baudrier* On y voit ensuite une croix russe, puis une croix, de Malte , aux quatre croisillcMis de laquelle sont quatre têtes d'anges. Deux insariptions sont gravées sur tpni-
hem. L'une parie de si oonttructûm, et dit qu'elle
a été faite par ordre du roi Gustave III; Tautre est réitttaphe du comte Ehreusvard lui-même. £116 e»t sublime de simiUdté.
— Bar hTilar Augustin Ehrensvard , omgiiVdii at sina ▼6ik : S^eaborgs fâstning ocli ArméeDS flotta.
— Ici repose Auguste Ehrensvard , entouré de ses œuvres : La forteresse de Sveaborg et la flotte de TArmée.
On trouve dans Sveaborg, sur les bords mêmes
de la mer, un hôpital où les malades sont pourvus avec £èle etiatérêt de tout ce dost ils peuvent avoir besoin.
On y trouve encore une vaste place destinée au radoubage des vaisseam^. Gonune eUe est naturellement inondée d'eau, on y a pratiqué des écluses et des pompes, aûu de la mettre à sec à volonté. Cette place était couverte autrefois d'un immense toit en cuivre qu'un incendie a détruit.
Les habitanls de Sveaborg vivent à peu près . comme ceux d'Uelsingfors, attmdu qu'ils peuvent venir s'approvisionner dans leurs magasins et dans leui s marcliés. Cependant ils ne boivent (^uedereau de citerne iUirée, et, pendent rhiver« quand les ci-> ternes sont gelées, de la glace de mer fondue. Il est à remaïquer que Teau provenant de cette glace n'est jamais salée.
Autour de la forteresse stationne la £k>tte russe, qui la quitte pendant Téie pour aller faire des excursions dans la Baltique»
Itti LA miiAirjDi.
Sveaborg est le séjour des prisonniers, soit poii-* tiques, mi civils. Les prisonniers pc^tiques fsaaX enfermés dans Litngôm, et ne quittent l'intérieur de ieur prison que lorsque le temps de leur peine est expiré, ou que grâce leur est accordée.
Il n'en est pas de même des prisonniers d'un autre ordre.
Ceux-ci sont employés à divers travaux intérieurs, soit dans la forteresse, soit dans la ville d'Helsingfors. Ils portent un habit de gros drap gris foncé, uni ou à grands carreaux, tel àpéu près que celui de nos galériens. Ceux d'entre eux qui sont condamnés à perpétuité portent cousu sur le dos une losange de drap noir. Une grosse chaîne est rivée à deux anneaux fixés à chacun de leurs pieds. Us la relèvent par le milieu au moyen d'une courroie, ce qui ne les empêche pas de faire un grand bruit en marchant.
Autrefois, lorsque les prisonniers allaient en ville pour vaquer aux travaux de l'état, ils n'étaient souvent accompagnés que d'un seul soldat. Mais plusieurs évasions sanglantes ayant eu lieu, ils ne sortentplus qu'entourés d*une bonneesccnte. Chose singulière ! la loi finlandaise estime presque à néant la révolte du forçat contre son gardien ; elle le regarde comme un oiseau malheureux qui cherche à briser les barreaux de sa cage pour reconquérir sa liberté. Le premier délit, en ce genre, quelque grave qu'il soit, n'attire d'autre cluiLiinent au coupable que Taddition d'un troisième anneau à la jambe.
En général* les pHdonniers mi Tair rebutant et
malpropre. Cependant l'administration veille avec soin h ce que le nécessaire leur soit donné. J*ai vu un jour tons ceux de Sveaborg s'acheminer en troupe, leurs verges de bouleau à la main, vers leur maison de bain. Cette habitude de seconde nature est, ce semble, au-dessus de la loi ; le condamné ne peut en être privé.
Parmi les prisonniers résidant à Sveaborg, il en est auxquels on n*a d*autre crime à reprocher que le vagabondage. Ceux-là peuvent être achetés à rélat par des particuliers, qui les envoient dans leurs terres. Mais alors ils doivent en répondre.
Sveaborg possède environ mille prisonniers.
Une autre prison finlandaise bi^ curieuse à visiter, c'est le château d*Abo {Abo-Ilus], Ce château, bâti au douzième siècle, par Éric le saint, était destiné, dans Forigine, à servir de forteresse à la ville. Il est situé à l'embouchure de la rivière d'Aura, sur un cap entouré d'eau de trois côtés. Souvent endommagé par les guerres, il fut entièrement réparé sous les rois Albrecht, Charles YIII, kautson et Gustave Wasa. Outre quatre tours destinées à défendre le port contre les attaques de Tennemi, ce ' château a vers le midi une haute muraille avec un triple rempart de terre et un double fossé; on a ajouté plus tard un nouveau bâtiment à Fancien, mais dans un genre tout différent. Abo-Hm fut la résidence du duc Jean et la prison du roi Ërik XIY, dans le seizième siècle. Le vieux château renferme
une église et un arsenal considérable ; il est entouré
de murailles de briques très-solides ; autour est un petit rempart de terre élevé en 1730 ; il fut plus d'une fois détruit en temps de p^uerre par l'ennemi, et, en d'autres temps, il a eu beaucoup à souffrir des incendies. Deux compagnies de troupes marines sont maintenant casernées dans ce château. Le reste des appartements est en partie employé en magasins de blé et de poudre, en partie pour servir de prison.
La prison d*Âbo renferme environ quatre cents prisonnièrs. Leur costume est le même à peu près que celui des forçats de S v eaborg. Presque tous sont des meurtriers, surlesquels pèse une condamnation capitale ou du moinsun châtiment ^rave. Ils occupent des loges basses, voûtées et percées de petites fenêtres garnies d'énormes barreaux de fer. Quand jVnIrai dans cette prison, afin do la visiter, on me donna quatre s.oldats pour m'accompaguer. Cette escorte est nécessaire, car il n'est pas inouf, dans la prison d'Abo, que ces farouches assassins se soient jetés sur des étrangers visiteurs, pour se venger sur eux des rigueurs que la justice leur faisait endurer.
Je puis bien dire que jamais le sceau du crime ne m'a paru si vigoureusement empreint que sur ces figures de scélérats enfermés sous les voûtes. 11 y avait là surtout quelques paysans finnois dont l'aspect ikisait peur. C'est que le Finnois^ si bon, si doux, quand il vit dans la jiistice, dépasse toute limite quand il se jette dans Tiniquité. La manière
dont les grands criminels sont enchaînés est terrible à voir. Figurez-vous une traverse de fer du poids de cent trente livres, passée dans d'énormes anneaux de fer rivés au-dessus de la cheville, mais soutenue par deux petits coussinets en cuir» afin de préserver la jambe , qui infidlliblement serait déchirée et broyée. Voilà les entraves que portent nuit et jour ces maliieureux coupables. Je m*ap« prêchai de Tun d*eux pour examiner de plus près ses fers. Celui-là avait tué trois hommes. « Gomment, lui dis-je, peux*tu marcher avec un pareil poids? — Oh! c'est très-facile, » répondit-il. Eli même temps il se mit à faire quelques pas. Quelle eflfrayaiâe insouciance 1 Rien de plus afireux, sous cesvoûtessombres, que ce frottement de la traverse de fer contre les anneaux de fer. Ou frémit jusque dans le fond de son âme.
Les pristMmiers moins coupables font le service de la maison. Ils sont toujours accompagnés de soldats armés d'un fusil chargé. Quatre-ving^4î3i soldats sont employés à la garde des prisons d'Àbo; ils ont droit de faire feu sur les criminels, dès Tin*» stant où ils verraient chez eux des manifestationfl de révolte. Quand on a vu ces hommes, on conçoit facilement la nécessité d'une pareille mesure.
Une des parties les plus idtéressantes de la prison d'Àbo, c'est l'infirmerie. Elle est tenue avec un soin et une propreté vraiment admirables. Le plancher est jonché de petites branches de sapin odoriféranl, les tables sont ornées de vertes guirlandes,
t56 LA FlffLAHDB.
les anndres et les bnflfets où sont placés les nsten*
siles de service, décorés de franges de papier, de feuilles et de fleurs. Toute cette ooquetterie est roorrage des prisonniers. Quel contraste, quand on vient de voir les loges voûtées!
La prison d*Àbo renferme aussi des femmes.
Quelques jours avant mon arrivée, il s'en trouvait une, dit-on, d'une remarquable beauté. Elle avait commis un meurtre, J*en ai yu plusieurs d'assea bonne mine : une entre autres, tenant entre ses bras un petit enfant à la mamelle, inspirait un vif intérêt.
(5) LïmitmUy le zéphyre; Ln4)eticuli, vent de l'ouest; Ekla, vent du midi; lia, vent de Test; fohjmmy vent du nord.
(6) Nous avons déjà dit que les mers du nord, et en particulier les golfes de Finlande et de Bothnie, étaient redoutables par leurs tempêtes.
(7) Style de proverbe, tr^ès-familier à la langue finnoise.
(8) Nous avons déjà parlé de Tbabilelé des Finnois à diriger une barque et de leur courage à affronta les dangers de la mer.
(9) Il parait, d après ces paroles de la nma, qu'il faudrait entendre par le sampo un instrument magique procurant la fécondité à la terre, ou, du moins, comme prétend M. Victor Falk, un symbole de Tagriculture établie en Finlande.
VINOT-OUATRIEMË RUNA.
(1) Voyez les notes de la première partie du AV lewala.
(2) Il paraît que chez les anciens Finnois, de même que chez les Gaulois et les aborigèues de la Grèce, le chêne avait un caractère sacré. On peut le conclure de ces paroles de la runa : <( Celui qui )» a pu arracher une branche du chêne a conquis » pour lui une félicité sans fin ; celui qui a renversé » la cime du chêne s'est acquis un signe toujours
heureux; celui qui a pu cueillir une feuille du » chêne s'est préparé dos jours d'éternel bonheur.»
(&) Encore un exemple de lasoullrance ([ue donne aux })ouples du Nord Tabsence de la lumière.
(4) Mythe singulier dont nous ne saurions donner Texplication,
(5) Pohjola est ici confondu avec Smmi» Ceci ne
doit point étonner, puisque Pohjola, situé au nord de Svomi^ faisait en quelque sorte partie de cette région dont elle n'était que la {Hrolongation.
(6) Voy. rintroducLion.
(7) La danse des paysans finlandais est peu gracieuse. Placer alternativement leurs bras l'un sur
l'autre, et mêler à ce geste force sauts et cabrioles, voilà à peu près en quoi elle consiste.
VINGT-CINQUIÈME RUNA.
(1) Ce mot finnois sicjniûe prostituée. Nous croyons que la runa en fait ici un symbole de mépris, et non la désignation d'un état. Encore aujourd'hui, c eiLe sorte de profession n'est point reconnue ni légalisée en Finlande.
(2) C'est-à-dire, le soleil voilé par la nuée orageuse.
(â) Vierge, en finnois, se dit indifféremment d'une jeune fille ou d'une jonno femme. Les paysannes iinlandaises accouchent toujours dans le bain ; c'est un moyen efficace de rendre Faccouchement facile et heureux. Le secours des sages-fenmies leur est peu nécessaire, car presque toutes accomplissent leurs propres forces l'œuvre de la maternité.
(4) Voy. l'Introduction.
200 LA FIULAimS.
(5) Voy. riniroduction,
(6) Toujours à Taction sont jointes les paroles. Voy. l'Introduction,
VINGT-SIXIEME ttUiNÀ.
(1) G*est id un exemple de magie de la plus io* croyable excenti icité.
(2) Il y a» dans cette runa, allusion au long bl-^ ver du Nord, ou à quelque époque de ténèbres épaisses et longtemps prolongées.
(ft) Waînamôinen joue ici le rôle de Prométbée* Toute cette runa est du plus haut intérêt mytholo^ gique.
(k) Ces expressions sont figurées et désignent )a
grande vieillesse de cette femme.
(5) Voyez ce que nous avons dit de la pêche des Finnois, dans les notes de la première partie du Kalewala.
(6) Voy. dix-septième Ruua, note première.
(7) Voy. les notes précédentes.
â62 LA FINLANDE.
(8) Je ne connais point de spectacle plus saisissant que celui d'un incendie en Finlande. J'ai eu plusieurs fois Toccasion d'en être témoin, à Heisingfors.
Sur le bord de la mer s'élève une tour, du haut de laquelle, jour et nuit, une sentinelle veille sur la ville. Dès qu'un incendie se déclare, elle sonne de la trompe; bientôt le tocsin lui fait écho, les tambours sillonnent les rues, les crieurs de nuit agitent leur crécelle» En même temps la sentinelle de la tour arbore à son sommet un fanal symbolique, dont les lueurs mobiles désignent À la fois le quartier où sévit Tincendie, et le degré de son intensité. 11 est impossible de ne point s'éveiller à un vacarme aussi épouvantable. Toute la ville s'émeut, on se presse, on court au lieu du sinistre. Et sur la route quel encombrement! quel désordre! Les sol* date de la garde finlandaise, les marins finnois, les soldats russes, les cosaques à cheval, tous sont là, les uns armés de haches, les autres conduisant les pompes et les seaux à incendie, les autres faisant ranger la foule. — De toutes parts on entend des gémissements plaintifs, des cris lugubres, et cela eb flnnoKS, en suédoAi, en rossé. Cependant la trompe de la sentinelle continue de sonner ; de ma vie je n'ai entendu de son si aigu, si saisissant; il Vous ï^énètre jusque âmiSs le plus intime de Pâme.
Enfin vous arrivez sur le lieu de l'incendie : là le spectacle déploie toutes ses horreurs. La flamme trouvant dans la maison de poiB qii*éUea chotsfe une
QÉMIË NATIONAL. * ^
riche pioie la saisit dans tous les sens, la dévore
avec rage. Souvent Teau des pompes ne lait qu'ajouter à ses ardeurs. Alors oa brandit les liaches» on coupe les poutres, on arrache les portes, les fenêtres, on entasse tout dans un seul bûcher immense, heureux si par le sacrifice d*une maison on parvient à sauver celles qui Pavoisinentl
C'est assez dire qu'en Finlande le feu est presque toujours sans merci. Aussi le but de tous les efforts est moins de lui arracher la proie dont il s'est emparé que de l'empêcher de multiplier ses victimes. Quelquefois, cependant, il est le plus fort, et alors ses ravages sont épouvantables. En 1S27, il a con^ sumé toute la ville d'Àbo.
VINGT-SEPTIÈME RUNA.
(1) Les magiciens ûûhoîs disposaient du veut à leur gré. Il leur arrivait quelquefois, lorsqu'ils partaient pour un voyage mariliiiie, d'en enfermer dans des outres, dont ils le faisaient sortir ensuite, suivant les nécessités de la navigation.
(2) C'est ici le moment tragique du pocme, celui qui va décider du triomphe de Wainamoinen, personnification du bon principe, sur les hommes de rohjola, personnification du mauvais principe.
[o) On voit par là que les anciens Finnois devaient être savants dans la science du glaive. Les exploits de Wainâmôinen rappellent ceux des plus habiles pourfendeurs de notre histoire.
(4) Ilmarinueu veut dire qu'il s'est inspii'é de la science divine par les moyens extatiques, dont nous avons parlé dans notre Introduction.
VliliGl'-UUmtllE KUi\À.
(1} KdUerôinen n'a point de substantif équivalent chins notre langue. U signifie quelque ohose de fond»
' (2) On sait que Tours a la vue très-l>asse. (») Lynx/
ih) Il s'exhale du poil de Fours, quand il sort de ba tanière humide, une espèce de vapeur qui se ré^ pand dans Tatmosphère de la forêt où il habite.
(5) Voyez ce que nous avons dit plus haut touchant les fourrures finnoises.
(6) Les jeunes fiancées finlandaises, après la céré* monie des riciurciilles, où elles ont fait échange d*anneau avec leur f utui\ sont présentées au peuple réuni sous leurs fenêtres et reçoivent ses félicitations»
(7) Yoy. rintroduction.
(8; La langue flniiaise applique souvent aux objets les plus grands et les plus monstrueux, lorsqu'ils ont pour eux de la valeur, les épithètes qui ne conviennent qu'à des objets mignons et délicats.
(9) Serait-ce que les Finnois arrosassent d'hydromel et de bière la chair de Tours lorsqu'elle était servie dans les plats?
(10) Voyez pe que nous avons dit des maiiages des Lapons. Il parait que c'était l'époque des grandes libéralités dans ces pays du Nord. Certains ménages même y trouvaient leur ruine.
(11) Yoy. l'Introduction.
(12) Voyez ce que nous avons dit touchant la chasse de l'ours.
(13) Sans doute il s'agit ici de suspendre la tête de Tours a (juelque arl)re élevé, connue cela se pratiquait dans le Koumi^PaaUset (festin des ours). Yoy. l'Introduction.
(14) On prie Tours d'annoncer toutes ces bonnes nouvelles à ses irères de la forêt, afin qu'à son exemple ils se laissent presndre pai* le cbasseur. Voy. Tlnti'oducUon.
VINGT-NEUVifeMK RUNA.
(1) On sait que le hantele est tombé au fond de la mer*
(2) Le feu exerce diflérents rayages dans les fo-* rtUs de la Finlande. Des montagnes, des vallons, des espaces de plosieurs milles couverts de boîs, sont fréquemment dévorés par les flammes. On a beaucoup parlé, dit un voyageur, et i'on n'a pas moins écrit pomr chercher à exf^quer la cause de ces incendies. Quelques-uns les ont attribués à la vive impression du soleil, qui, dans les pays du Nord, reste plo8loiigtempsqu'ailieurssiirl*horî2oii. Mais cette explication est chimérique et ne mérite pas que Ton s*y arrête. La présence du soleil n'eut jamais une telle vertu, et surtout en Finlande, où la chaleur de cet astre ne s'élève jamais au-dessus
de cinquante ou soixante degrés du thermomètre
de Celsius, degré bien inférieur à celui qui serait ^ capable de produire un embrasement spontané. Il a été incontestablement prouvé par une suite d'observations, qii'entro la plus grande chaleur de Tété et le froid le plus rigoureux de Tbiver il n'y a ici qu*un 32* de différence.
En cherchant donc les causes premières de ces sortes d'incendie, qui, partout ailleurs, jetteraient répouvante, on peut en reconnaître deux principales: la première est simple et accidentelle; elle vient du peu de soin des paysans, dont les pipes toujours allumées, quand ils voyagent dans les forêts, laissent échapper des étincelles : si , par hasard, elles tombent sur des feuilles ou des branches sèches, un vent léger suffit pour en aider raction; bientôt la flamme se développe et le feu commence •tm ravages. Bien plus, les paysans aUoment souvent des feux dans la forêt, soit pom^ se chauffer, soit pour foire cuire leurs viandes; et il n'arrive que trop souvent qu'ils' négligent de les éteindre entièrement, on en devine facilement les suites. La seconde cause est la malveillance rapace des paysans, qui trouvent dans Hnoendie un moyen plus facile d'enlever dans les ibrèts qui ne sont point à enx, les bois qulla convoitent.
C'est nu étrange spectacle que celui d'une forêt ravagée par le feu. On n'y voit pas seulement des ' ironci et des^bris d'arbres coucbés confuateient !iur le terrain, et entièrement réduits en charbons ;
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il en est d'autres qui, debout encore, n*ont pas pour cela échappé à la destruction, et que les flammes ont dépouillés depuis la cime jusqu'aux racines. Quelques-uns encore entiers gisent étendus sur des brasiers éteints ; d'autres, simplement penchés, appuient leurs squelettes noircis sur leurs voisins morts sans avoir fléchi ; tandis qu'au milieu de tant de ruines, de jeunes arbres, pleins de santé, de sève et de végétation, semblent se nourrir des cendres de leurs pères, et s'élèvent pour remplacer la génération disparue.
(3) Nous savons déjà que le bouleau distille une liqueur fort appréciée des Finnois.
(&) deux qui ont vu la physionomie si mélancolique du bouleau du Nord comprendront totut ce qu'il y a de vrai, de sympathique à sa nature, dans les plaintes que la runa lui fait exhaler.
(5) Nous avons donné plus haut quelques chants de jeunes Finlandaises soupirant après leur fiancé ou leur amant
(6) District ou paroisse.
(7) Nous demanderons encore ici si l'Orphée finnois ne surpasse pas en splendeurs et en grâce r Orphée hellénique.
mrmÈME ruica.
- (i) Nous avcHai6 déjà parlé du graodrespect doni le» FîRiioki honorent lea vieillards. '
(2) Yoici, d'après Acerbi, quelques curieux détail» eoncWMttt le pboque ou veau marin ::
: ' <x G'eHdaBB les anfractuosités des glaçons que les » phoqueg déposent les fruits de leurs amours, et » qu'Us. en8Qis(neiit & leurs petits & supporter les » rlgiieiirs delà plus rode saison. Les mères les y ]» dépaseui.iputaus, tels qu'ils sortent de leur sein, » et les pères ont soin de s!assurer du voisinage de » quelque ouverture dans la glace, pai' laquelle ils » puissent avoir communication, avec leau» DèS; » qu'ils aperçoiv^t un chasseur^ ces trous leur » servent à se plonger sous la glace avec leurs pe- » titSt ou, en d'autres temps, ils en usent pour