CHAPITRE XI
DE TORNEO A ULÉABORG.
Sur lèverai, à bord ti' un bateau, 4 apiit, 5 heures de Paprès-midi.
J'avais envayé ce matin, dès sept heures , c^e^ mon obligeant cfcerow d'hier, pour le remercier encore une fois de sa coriipliiisànce extrême. Une heure après , tout était disposé pour le départ, en m^ême temps qu'on mettait sur table i}n déjeuner à la mode du pays.
Quand je dis un déjeuner , je devrais dire plutôt des provisions, car une bonne partie en était destinée au tarantass^ coiifime chose de
précaution. C'était de la viande de renne, de qualité supérieure , et des langues de r^nne que Ton regarde^omme le mets le-plus délicat du pays. Il y avait aussi plusieurs pots de confiture de morochka^ fruit aromatique qui croît à l'état sauvage dans les environs de Torneo ^ .
^ La morochka (^vxùm!& cbamsemorus ) est un fruit de la forme de la framboise et de couleur jaune ; sa saveur est particulière et fort agréable, surtout quand on le confit au sucre. Ce- fruit croît en abondance dans toutes les provinces du nord de la Russie , où l'on en fait une graude consommation . Il y a deux manières de le préparer : la première consiste à faire macérer Je fruit dans de l'eau qu'on a soin de tenu: fraîche ; dans cet état il est mis dans de tout petits tonnelets et puis apporté à Saint-Pétersbourg, oiiil se débite sàM& le nom de morochka motchoriaia. L'eau daûs laquelle le fruit trempe fournit une^ boî«» son aromatîsiée de. bon goût, et qui passe pour êt|*e ta'ès-saine. Ija seconde manière de préparer la morochka^ consiste à faire confire le fruit daiis<uii sirop épais et limpide. Tous les marchands de comeJStibles de Sairit-Pétersbourg : vendent de \k .confiture de morochka^ qui. est généralem^ent rechetehée, surtout par les nationaux.
A ULÉÀBORG. 9»
Quoique j'en eusse mangé ailleurs, je trouvai à celui-ci un arôme infiniment supérieur, ce que j'attribue à l'influence d'un climat encore plus froid que celui des environs de Saint- Pétersbourg.
Voici près d'une demi -heure que nous sommes embarqués pour traverser le Kemi, et ce ne sera guère que dans dix minutes que nous atteindrons le bord opposé de cette large rivière. La difficulté du passage provient de l'excessiverapidité du courant et de la ceinture d!écueik sur laquelle il va se briser. Du reste cette difficulté est . proporticfnnée à la lourdeur du chargement} ainsi, par exemple, les légères venturéa^ du pays sont transportées d'un bord à l'autre sans que. cela occasionne le moindre embarras. .
Station de Po^tL, il heures du soir;
Nous, yenons (l'arriver, transis de froid , à cette station où nous comptons coucher. La soirée est d'une fraîcheur extraordinaire, qui semblerait annoncer le commencement de la saison froidp. En ce moment Tair est tellémeint âpre et piquant , qu^il ne manque qu'un peu de neige jpour nous transporter en plein hiver. La flamme d'un bon feu pétille. dans Tâtre, et illumine d'un^ clarté vive la vaste, chambre que nous occupons; la bonilloire filmante vient d'être apportée pour le thé,, cette boisson si précieuse pour lé Voyageur attardé et transi.
Ce soir encore j'ai admiré l'inexprimable inagnificencç du. dair de lune dans ces régions. Lé soufflet du tarahtass étant resté baissé^ je
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pouvais^ à moti aise, contempler toute l'étendue du ciel. Au couchant,,!' horizon se teignait encore , malgré Fheure avancée , des teintes ardentes du soleil douchant ; tandis qu'audessus de ipa tête lé disque de la lune, entouré d'une zone transparente de vapeurs rosées, répandait une clarté si vive, que l'œil pouvait à peine s'y, arrêter un ihstaiit^ Rien ne saurait égaler la beauté des nuits de ces contrées boréales.
Station i<le BroHssiia, 5 août, 11 heures du soif.
Il aurait été facile de pousser jusqu'à Uléaborg , doi^t nous ne .sommes plus qu'à quarante verôtes, en.se désignant à y; arriver à deux heures du matin ; mais nous avons mieux aimé passer la nuit ici . et repartir demain de bonne heure.
Ce matin le tarantass roulait verà Uléaborg, en loirgeant là cote, et ina montre marquait une heure de raprès^midi, cjuarid nous avons vu un énoTitié chien démuselé Recourir ànotfs, en aboyant avec fureur, du^fond d'une vaste enceinte où s'élevaient plusieurs grands corps de logis. C'était une verrerie que , précisément, je m'étais promis de visiter à notre retour de Toriieo. Je fis arrêter sur-le-châmp, et j'envoyai, comme de coutiime, le doméàtîque finlandais demander l'autorisation de pénétrer dans l'éta^Dlissement. Bientôt après je l'aperçus par-dessus le mur de clôture ^ élevé seulement à hauteur d'appui, qui faisait sigiie au cocher de tourner à droite pour entrer daiïs la cour. Nous.fumes reçus à 1^ porte par une concierge, seul être vivant, avec le chien de garde qui nous, avait salués tout à l'heure de ses '^abaîements fonnidables, qui habitâtla maisonpour le moment ^ J'ignorais que Tusine né fonc-
* Les nombreux chiens de garde que nous avons rencontrés dans la portion de pays qui avoisine Tornéo, tant du côté d'AlcuIa que du côté d'Uléaborg, soht
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tionnât, que pendant Fhiver. Au printemps, des bateaux pontés et à plusieurs mâts viennent prendre les produits fabriques pendant la saison ; .en même temps l'on congédie les ouvriers, qui vont retrouver leurs familles et s'occuper de la culture dé leurs champs. L'industrie du verre n'est donc ici pour l'ouvrier qu'un acœssoire , subordonné à la culture du soi. ,
Je n'en voulus pas moins jeter uacpup d'œil sur les différentes parties dé l'établijssement. Le four à soufflage était aux trois quarts démoli. L'action jdesti'uctivedfu feu nécessitant une reconstiniction annuelle,* on le détruit à
remarquables par* leur grande taille, leur force^ leur agilité , et plus encore par une ardeur excessive II y a tel de ces clriehs' qui sans mil doute lutterait à chances égales avec un loup. Poui^. qui voyagé en sifQple <:iarriole du pays 9, sai^ être habitué à de pareilles rencontres ^ racharnement incroyable avec lequel ces animaux poursuivent le voyageur en al^oyant avec rage , a quelque chose de sauvage qui communique involontairement à Vàme un sentiment d'inquiétude instinctiye;
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l'époque où les travaux cessent, pour le reconstruire, à neiif au niomeut de H reprise.
De là nous suivîmes la concierge da côté de la baie, sur le bord de laquelle sont placés les magasins , à Textrémité d*une sorte de jetée trè^haute, qui s'avance assez loin dans la mer pour, faciliter l'embarquement des verreries. Quoique les différentes villes finlandaises, qui bordent les gplfès de Bothnie et de Finlande ' , fournissent des* débouchés à l'établissement, c'est à Saint-Pétersbourg que s'écoùlç la majeure partie de ses procjuits. Il n'y avait dans le magasin que de la .verrerie grossière, fabriquée soit avec du verre .à bouteille , soit avec du yerj^e dçmi-blanc. La pâte verte sert à la fabrication des bouteilles , jarres , damesjeannes, etc. ; et là. pâte demi-blanche à celle des fioles de pharmacie, récipients, écritoires et ustensiles divers. Il y avait là en magasin des quantités encore assez considérables de ces objets.
* Voyez la note F à la fin du chapitre.
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A huit.verstes'de la verrerie, nous, avons relayé à une statîoiî dont le nom m'échappe, et je n'ai pas pu prendre de notes^ contrarié que j'étais par rincroyable lenteur et la xnaladresse dès gens du relais. Pour dernier con-* tretemps,. pas un. des garçons de la ferme ne voulait se charger de noqs conduire ; tous alléguaient leur complète ignorance du métier.
Il a fallu parlementer et faire appel à la bonne volonté de l'un d'eux, d'apparence plus dégourdie. Après s'être consulté avec ses camarades , celui-ci. a fini , non sans de grands dé^ lais, par se décider à tenter l'entreprise. Ses. préparatifs achevés, nous l'avons yir revenir accoutré d'un paletpt en toile d'emballage, et tenant à la main une ériprme tartine de fromage à la crème ^ : c'était un garçoade précau-
* Pour U plupart, des Finlandais ce so^t les laitages,, presque tpujour^ préparés sous forme de caillebotte ou dé fromage mou, qui compo$ent le. moyen d'alimentation principal. De Join çn loin le villageois mange de la viande de porc; mais. dans IWdinaire de la vie ce sont les galettes de seigle et d'orge , avec M . 7
tion. Ënfki, il se&t hissé sur le siège du tarantass; mais sans poser là son déjeuner.
Après AÛi montent d'hésitation , amené par rembarras de savoir ce qu'il en ferait, je le V», — ^^on sans surprise, — enfoncer brave*, ment sa galette encrémée^dàns la pbchie sopérieure de son paletot, comme s'il se fut agi d'un portefeuille. Librd alors' de ses deux mains^.il saisit les guides d'un ai]r délibéré, et nous partîmes à fond de train.
J'ai eu déjà occasion de parler de la belle vue dont on jouit des fenêtjres de la maison de po^e de Broussila; de la grande largeur du courant dé l'Jio , de ses rapides , et de Festa-
accûmpagneinent de laitage aigti , qui servent exclusivement à le nourrir. Dans de certaines provinces, et seulement à une époque détenhinée de Taquée, la pomme de terre vient s^y joindre. Malgré des moyens d'alimentation en apparence si peu satisfaisahts, ces hommes sont vigoureux et ont en général Tapparence de la santé; seulement où peut remarquer en eux une certaine mollesse danâ lé^ airs dn colrps, qiii pourrait Inen provenir de ce qu'ils ne mangent presque jamais de viande*
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cade qui le traTcrsie d'une Hve à rautre pour la pédie de Testurgeon. -Au mtHneDl: ou je traee ces lignes, cette Ttie m'appârrait plus belle aoicore à là lueur msigi(^oe du clair dé lùnty semant sur le courant de larges traînées de reûets argentés, tandis qu'un crêpe dé rat-peur bleuâti^ entdoppe les îlots boisés dont les pointes, se dressent çà et là auniessii dit toirent qui se brise ccmtre les récifs.
Statkm de Kh^ia, é stoàt^ 2'heiires de l'apirès^di.
Ge n'est pas sans surprise que j'ai ira ce matin des troupes de 'moissonneuses occupées à lever des orges qui, il y a huit jours, étaient encore tout à fait vertes. Daiïs ces régions du )M>rd, Tactiori du soleil, sur lés produits de la terré, gsi^nè en. force et en activité ce qui lui manque en durée.
A mi-chemin afitre la station précédente et cjdle-ci,. nous avons traversé une petite rivièredont la couleur m'avait frappé^L'éau en est tellement chargée d'ocre3 ferrugineuses, que même dans le verre elle conservait la nuance brune d'une foçte infusion de thé.: ce n'est pas la première fois qu'il m'arrive de rencontre!» une eau de cette espèce. Le lit de cette rivière est formé de roches ocrëuses , d'un brun rougeâtre plus ou moins foncé. Des roches de m^me nature en garnissent les bords, et tout le pays environnant en est couvert. En général, la limonite et les pierres oereuses dominent de ce côté, et y remjjacent le granit si commun dans les aut)res parties de la Finlande.
Près de la même rivière,, au voisinage d'une ferme, mes regards ont été attirés par un poteau dressé au sommet d'un monticule où conduisait un étroit sentier. Ce poteau, soigneusement peint , était surmonté d'tm petit toit servant à abriter un tableau dont je m'approchai pour en connaître le sujet ': c'était l'i-
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mage d'un mendiant, d'un âge avancé, auquel une villageoise , vêtue de noir,, faisait l'aumone. Au^ëssous, un tronc, attaché au- poteau, formait le commentaire de cette invoçatioi^ symbolique. J'apprends que le peintre aV^it reproduit les traits d'une veuve , re-, nommée jadis dans, le pays par l'abondance de ses aumônes. Chaque mois le trône est dé- (iadenâssé, et puis porté chez le pasteur, qui en distribue le cpiltenu aux nécessiteux de la paroisse. Je ne m'éloignai pas sans y avoir déposé mon humble offrande *.
^ Voyez la note G à la fin du chapîtrè..
MS IMSTORMEa
Ulcaiioï'g, jnéine date, 7 heiuces du s<»ir.
Au mpoueat où nous atteignions Je bord du golfe, là oii le ehemin de Tornep y vient aboutir, près de l'enibouçhure -de rUléo, dont je m'étais promis de visiter les rapides à notre retour, ma montj^ marquait quatre heures et demie. Il n*y avait plus de teiùps à perdre pour gagner la ville , faire notre promenade, <iîrièr, et nous remettre en route avant la tombée de la nuit. A vrai dire , il eût été plus naturel de eôucher ici ; mais je ne puis, oublier les angoisses de la quarantaine que nous y avons subie , et il m'en eàt resté une sorte d'antipathie instinctive pour Uléaborg; aussi m'en éloignerai-je sans regtet. Tout nous commandait donc de foire diligence i et cependant,, lorsque nous arrivâmes au bord
jdu golfcr, Je bateau qui fait office de bac était allé transporter des voyageurs «i ville, et n'était pas encore de retour. S'aperçevant de BioA impatience , et coinpr^nant: mon embarras , Ija feôilnte. du passeur se jeta avec une vitesse merveilleuse dans un batelet , poussa au larges et se dirigea vei's Ja ville pour bâter fe retour du bateau. Grâce ^ son zèle, nptre attente ne se prolongea „pas au delà d'une deoiiheure , et line heure après nous. débarquions dans le port d'Uléaborg.
Pendant la traversée, qui jae fut pas moins heureuse que la première fois , nonobstant la petitesse de l'embarcation comparée aux dimensions de la voiture, mon attention se porta sur les diiférents objets qui s'offraient à mes re- ^tds.r Outre de vastes chahtiers de construolîmi , où ise dressaient , , à différents degrés d'avancement , plusieurs coques dé navires mardiands d'un fcwrt tonnage , : je remarquai 4eu3^ bâtisses, presque entièrement noircies fpar la fumée, formant ainsi un contraste qui avjhît son charme avec la fraicbe verdure des
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deux rives dei rUléo- C'est dans ces bâtiiinents , disposés en mamère de granges , que l'on transforme la résine en brai-grâs, nonseulement fK}ûr l'jùsage des bâtime^ts naitio^ naux', mais aussi pour Téxportatioi) à l'étranger. Les gôùdrons^ de Finlande sont même l'objet d'un commerce important ,, et c'est le port d'Uléaborg iqui en est le principal débouché. \
L'hôtellerie où lious sommés diescendus esjt celle-là inéme où nous a:vohs subi , il y a huit jours , notre quarantaine. J'y ai été reçu avec tous leà témoignages imaginables d'empressement et de bonne volonté. A l'instant même le dîner fût commandé , puis je demandai que l'on me fournît un ^uïde pour nous conduire par la ville , jusqu'à l'endroit 4'où l'on pût le mieux jouir de la Tue des célèbres rapides de riJléo. Lès différentes, rués par lesquelles nous fit passer notre jeune conducteur, ^— c'était un garçon d'une dizaine d'an^ nées , — me parurent spacieuses et très-bien tenues. 'Tout annonce qu'elles appartiennent
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à une cité opulente ; seulement, comme le»
rues de toutes les villes de la Finlande , cellesci ont le défaut d'être complètement désertes. Les maisons qui les bordent sont construites en bois , et la plupart à un étage. Autrefois il . était d'usage d'en peindre le dehors en rouge; aujourd'hui cette mode suédoise commence à être abandonnée, et lé goût'dominant est pour les teintes claires', principalement le chamois. Nous marchions depuis un certain temps , n'ayant rencontré que de rares piétons , lorsque nous débouchâmes sur une place décorée de belles plantations , où se trouvait nombreuse assemblée! C^étaient les blanchisseuses de la ville , au nombre de quarante environ , toutes propreméftt et même coquettement habillées , qui faisaient la lessive dans d'énormes chaudières suspendues sur des bûchers ail limés en plein vent. Ces femmes jeunes et alertes allaient et venaient, s'appelaient et se répottdaient , de manière h former un tableau aussi pittoresque qu'animé. Nous ne manquâmes pas d^atfirèr leur attention ,. et nous devînmes
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^de leur part Tobjet de nqmbreux cottraiçataires, car, -^-^ j'ai dqà eu plus d-uac fois occasion d'en faire la remarque, -r- l'arrivée d'un étranger fait toujours ëyénementdàn^ un pays ttel que cduinct.
Après^ cette pïaee, l'enfant nous fit traverser lin pont jeté sur un ^os ruisseau <{ui de cèeote borne kviHe, ,Un peu pïus loin , e^ déjà à proximité de TUléo , nous passâmes .devant une suite de bâtiments à un . éÉage ^ de forme écrasée , et dont la teinte brunâtre annonçait la vétua:é- : c'était l'ancien hôpkal , destiné no^^seulement aux malades de la ville, mais aussi à ceux qu'y verse la province enr tière d'XJléaborg-Ces vieilles constructions ne tarderont pas à tomber s6us. la hache des charpentiers, dès que le nouvel. hôpital /situé à cinquante, pas plus loin , sera achevé. Celui-ci est construit -eh briques , dans lé style monii-' mental des établissements ' d'utilité publique de Saint-Pétersbourg- Le bâtiment, éléyé dé plusieurs étages ,xepose sur une base de gra^ Bit, pour k construction de laquelle on a fait
un. heureux emploi des blocs de g;ranit (roulé qui euocMBabrent le sol aux environs. J'ai admire Thabiletë des tailleurs de pierre et dés maçons du pays , qui çaiis beaucoup de tra- Yail savent dresser oes groseaiiloux de granit , tous de fomie arrondie, de manière à les mettre en^ëtat d^'être : employés conyén:ablement. A cet effet,, l'ouvrier commencé par détacher un éclat d'un vigoureux coup de mart^u , ce qui produit ime surface plane ; puis quatre autres Qoups, habilement .et fortement appliqua , eriïèveht quatre autres éclats , et suff^iait pour donner à la pierw une forme voulue. Us obtiennent ainsi des cubes de Jhuit à n^if pouces d'équarrissage, qui, assemblés avec art à l'aide d'un ciment| forment des'râinlaiUes régulières d'un aspect flattçur- ,
Après avoir fait le tour des bâjtimente en construction, auxquels travaillaient bon nombre d'ouvriers, nous déboursâmes sott; mie pelouse qui s'étaad jusqu'à la rivièié. La , dans le voisinage du. courant, se dnesse une sorte de belvédère ea bois, formé d'une terrasse
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élevée de trente pieds au-dessus du sol , et à laquelle conduit un large escalier. Sans s'épuiser en frais d'imagination , l'architecte chargé d'élever ce pavillon aurait pu aisément produire quelque chose de plus léger et de moins disgracieux. Nous allâmes nous asseoir sur l'un des bancs qui garnissent le pourtour de la terrasse : de là on embrasse dans leur ensemble les principaux rapifies qui marquent l'embouchure de rtJléo, dans une étendue de plusieurs centaines de pas. Cettèvue est fort belle; mais c'était trop peu pour moi que d'en jouir ainsi : je voulais contempler les^ rapides des divers points du rivage, daiïS l'espace compris entre le belvédère et l'embouchure même de riJléo. Quoiqu'il n'existât j pas de Sjentier bien frayé , je pus cependant , sou^ la conduite* de mon jeune cicérone ^ c longer dé près le courant dans l'étroit espace resté libre entre l'eau et les buissons de saules dont la rivière est bordée. Aprèsavoir nxarché uni quart d'heure au milieu du bruit assourdissant des chutes d'eau sans nombre que forme ici le courant
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de la rivière, nous arrivânoi^ à un endroit où. des estacades sont établies parmi les écueils^ et où plusieurs pêcheurs étaient occupés à disposer des nasses. Ils me firent voir l'appareil dont ils font usage : c'est un châssis quadrangulaire, s'adaptant si bien aux intervalles mé^ nages entre les pieux de Testacade, que pas un seul poisson qui remonte le courant et suit la direction des nasses ne peut esquiver le piège. Les poissons que Ton prend ici de cette manière sont le çaurtion commun, la truite saumonée, le lavaret et le sigue y qui n'est qu'une variété de la truite.
Au delà dçs estacades il devient extrêmement difficile d'avancer, lime fallut, à^exempie de mon guide, sauter d'une pierre à l'autre , aix risque de tomber dans l'Uléa , qui envahit ici tin vaste espace et baigne le' pied des buissons de saules, formant uii fourré impénétrable. J'arrivai néaâmôins, à force de persévérance, à l'eiidroit même où les eaux de la rivièçe , tombées, de cataracte en cataracte, vienûent déboucher dans le golfe au
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milieu d'an remous effrayant, et en lançant dans toutes tes directions une écume abon* dante. De ce point avance mes regards.s'étenr daient à perte de^ue à la surface du golfe.
Ses eaux reposant dans un calme ][»-ofond, d'une pBxtf et de l'autre l'entrecroisement des centaines de chutes de l'Uléo % formaient un coup d'œrl aussi majestueux qu'atta<^ïant. Le retour n'a rien offert de particulier. En ce moment on presse les préparatifs du départ j dans l'intention de gagner encore un ou deux relais avù^tlâ iljttit.
* Voyez là note H à la fin du chapitre.
(Noté F, page 96.) •
. VILLES MARITIMES DE LA. FINLA:irDE.
La Finlande est heureusement située pour assurer des débouches aux divers produits de son s6K Des viîfes^^en afssez grand nombre; sont espacées le long de ses côtes,, tant sur le littoral du golfe de Bothnie que sur celui' du golfe de Finlande.. Toutes pat des ports et entretiennent un pliis ou moins grand nombre de bâtiment^ de commerce à la mer, et plusieurs d'entre elles- possèdent des chantiers de constructions maritimes. Les constructeurs .d*tJléaborg et d'Abo sont particulièrehient renommés pour leur habileté et la solidité des navires qu'ils' construiisent. Voici rénumération des villes maritimes du gnind-dnéhé/ en partant du fond du gdlfe dé Bothnie. *
Villes finlandaises situées tut hùrd du golfe de Bothniç.
Torneo, Uléaborg, Brakhestad, Gamla-Karlehi , lacobstad, Neu-Karlebi, Vaza, Christinestad , Bioçneborg, Raoumo, Neustad, Abo.
Villes finiandaises situées au bord du golfe de, Fihlaride. . : " . ^^
Helsingfors ( capitale du grand-duché)', Bbrga, Loviia j RotcbèDsahn ^ Fredriksham ^ Yiborg.
112 DETORNEO
Plusieurs gros bourgs , qui . également sont des ports de mer et dont la plups^rt sont cpmmetrçants , ne font pas partie du tableau.
\ (Note G, pa^ iOl.)
S>ES MESURES ÀDaPTÉES EN FIWl.AWbE ^POUR VENÏIl AI? SECOURS DES imJIGENTS :
En Finlande chaque paroisse est tenue, aux termes de la loi, d'entretenir ses pauvres, dont la surveillance est commise aux soins du pasteur.
£n dehors de Tassistance locale dont • la charge incombe aux. communes^ les principales villes du grand-duché possèdent des établissements spéciaux de bienfaisance, La vHle d'Abo entretient cent cinquante pauvres daujs son hospice ; d'après, l.es statuts, une étroite alliance .e:^iste entre <;et établissement et les deux maisons die travail delà ville. 11 y existe UKie maiâon de tra\fail libre , oii cent nécessiteux reçoivent le vivre, le couvert et rhabîUèm'ent , en échange du travail manuel qu'on exige d'eux, et une maison de ttavail forcé ^ où Ton renferme tous les vagabotids et tes mendiants. Plus de cent pauvres sont entretenus dans l'hospice' d'Uléaborg, où il se fabrique divers objets d'unie bonne exécution.
Parmi les différents établissements de charité du
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grand -duchdy celui d'Helsingfors , qui en est la capitale, mérite une^ mention particulière. On y trouve une école pour les jeunes garçons pauvres, qui y reçoivent une éducation professionnelle ; et une école pour les filles y auxquelles on enseigne différentes industries réservées aux femmes. L'hospice de Yaza est organisé suF. le modèle de celui d^elsingfors. Là maison de refuge.de Viborg a été fondée dàtis le principe par des particuliers charitables ; le but des fbndateut*s, qui continue à être poursuivi, a été de façonner au travail des individus ayant des habitudes enracinées de vagabondage, bu bien signalés pour leur mauvaise conduite , en s'efforçant d^agir autant que possible sur le moral de ceâ natures dépravées. Une école pour les enfants pauvres est jointe* à rhospiœ.
L!autorité gouverTiémentalé ^ en songeant à garantir le pays contre Ja plaie i*epoussanté du paupérisme, a en mêine temps pris toutes les mesures nécessaires pour* aider la partie la. plus pauvre dés- popuialjons , ainsi que pour parer aux éventualités d'une disette. A cet effet, il a été établi quinze magasins de réserve principaux pour le blé, dans toute l'étendue du pays. Ces , magasins ne renferment pas moins de vingt mill^ tonneaux de seigle en grain* Tous les ans, et, moyennant un prix fixe et .modéré, des ventes s'opèrent en détail ; les grains acquis de cette manière II 8
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servent à opurrir les habitants les moins à leur aise, ou bien encore à leur d<;>nner le mpyctt d'^uè^iencer leurs champs. Le produit des Tentes «gérées dans le courant de Tannée est ensuite afSçctë à de nouveaux achats de grains, qui viennent ren^ibcer dans les magasins œnx <iue l'on a vendus. A plusieurs reprises, de fortes distributioib de grains ont été fiiites extraoi^ dinairement aux habitants des provinces dont le sol est le plus rebelle à la culture* des céréales; il s'mpt ici de vingt mille tonneaux de -grains distribués, et même plus ! — ^-En dehors des principaux niagasin$ de rëserve dent nous avons parlé, i^aqne paroisse a son propre magasin de blé ; ce qui en sort est distribué comme prêt, oU livré moyennant finance, mais toujou>*s à prix réduit*
C'est ' ainsi que les dioses sont réglées en temps ordinaires; inais lorsque la récolte a été mauvaise dans une grande étendue de'pa^^ ou bi«i encore qtiand les incendies, trop communs dans une contrée ott' toutes les conductions s'exécutent en bois, y ont porté le ravage,, ces mesiures préservatrices deviennent tout, à fait insuffisantes. 1 1^6 et 1835]^ — années calamitejuses entre toutes, — • ofïrent des preuves frappantes et de Tinsuffisànce des secours ordinaires, et de la sollicitude de ladmîni^raT tion, toujours disposée à secourir les souffnuice^ du pays. Pour s'en convaincre, 3 suffira de consulter
AULÉÀBOM. 115
le tableau suivant. Pendant les deux années susdites^ il a été fait aux populations finlandaises^ en verta d^ordres de rautontësupérieute et à titre parement, gratuit^ les distributions ({Ue voici, tant enbié qu'en espèces»'
Distribue en blé.
Grains : seigle , 106 709 tonneaux; orge, 118 937 tonneaux; avoine, 3812 tonneaux.
Farine : seigle , . 3743 tchetverts ; à raison de 75 litres à peu près par tchetvert.
Distribué en espèceSh
3 0&1 250 roubles papier (ce qui équivaut au cours moyen' de 115 c«dfl»es par rouble papier a
3 520 552feancs>.
(Note B, page 110.) *
LÇS RAPIDIES DE L'uLlîb.
loès Finlandais dontient aux célèbres rapides qui se trouveht à proximité de refrabonchure de.rUléo le noiîi de Merikoskl^ mot qui signifie écueiU smsinà de la mer. Le cours' de cette rivière, à pàrtti^ da lac quî lui donne son nom jusqu'à t'endroit^où Vtlléo de7)oiiche dans le golfe de Botlimè, embrasse utt espabe de plus de cent verstes. Elle est partout tor-*
IIÔ DE TORNEO
rentueusc et entravée dans sa marche par des pointes de rocher qui y forment une infinité de bouillonnements plus ou moins considérables. Malgré la, présence de ces rapides, les bateaux chargés de résines ^ en destination pour Uléaborg, parviennent à -descendre la rivière en se faisant ordinairement piloter dans les endroits les plus difficiles par des pilotes spéciaux. Voici à peu près en quels termes un voyageur russe, témoin oculaire, rend compte delà manière dont ce passage s'opère. « Deux bateaux s'avançaient, dit-il, l'un derrière l'autre, entraînés par l'eau et marchant avec assurance vers les brisants. Suivant la coutume étabUe , il n'y avait que deux hommes dans chaque bateau. Négligeant la précaution d'atterrir pour prendre un pilote, cesbate'aqx s'élancèrent vers le point dangereux , en ayant soin dé serrer de près la * rive . droite de la rivière. L'homme assis à là poupe du bateau qui marchait en tête, dirigeait son embarcation à l'aide d'un large gouvernail, de forme particulière. Le voici à l'endroit du remous :.... Il se lève vivement, appuie sur la barre du. gouvernail de tout le poids du corps et tient le regard arrêté sur le tourbillon. Les vagues bondissent à l'entôur du bateau , et leurs crêtes jblanches l'inondent à l'intérieur. L'esquif tressaille, chancelle ; mais guidé par une main expérimentée , il continue dans une direction certaine. Bientôt même il a franchi
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le passage redouté ^ et il arrive dans une eaii moins tourmentée quoique encore chargée d'écume, j» — Le droit de pilotage est invariablement fix.é à trente» cinq copecks argent (environ 30 sous) par bateau* Comme on vient de le voir, il y a des bateliers .qui s'exemptent de cette' taxe qu'ils trouvent onéreuse, en se chargeant de traverser les brisants sans secours étranger. Les plus habiles y réussissent*; d'autres échouent dans l'entreprise, en amenant des accidents qui .presque toujours entraînent la perte du bateau.