‹ La Finlande; notes recuillies en 1848, pendant une excursion de Saint-Pétersbourg à TorneoChapitre 22 sur 54 · CHANSON · texte numérisé non relu

CHANSON

M Voici Luduene qui à son four se prépare, à réciter nne touna (chanson);, qui se dispose à chanter la langue finnoise , à djj'e un mot d'une affaire qui touche la patrie. — La langue finnoise s'afHige d'être hounie depuis un si Lonç temps ; on l'estiiue peuy quoique dans l'opinion de plusieurs notre langue mériterait d'être honorée. Elle possède des expressions pour totft, des noms pour chaque chose; elle peut et commenter les IcHs et enseigner l'Évangile/ "^

. « L'enfant commence à croître enveloppé de langes; mais le jour vient où il finit par devenir un homme valant autant que les autres : sinon , il s'annule pour demeurer inaperçu. Mais notre pauvre langue n'est point encore sortie de ses langes ni de son berceau , 0^1 on la retient emprisonnée. Les

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années* s'éçoulenty et il lui faiu déyorer ses pliewt, s*afûlisser chaque soir sous le fardeau de , l'oisiveté, sentir son oanir dét» voré d'inquiétude , être réduite à demeurer coti^nnaent aa^près d'une porte ^rmée où elle s'é-vertue en yain à fi*apper.

« Au temps jadis vivait Une bonne fille, pleine d'entrain et d'un bon esprit; c'était la fille du maître du logis. Elle avait, la physionomie avenante , son port était majestueux , ses traits étaient pleins de douceur, ses joues avaient le doux incarnat de la' rose et son parler était viiP. Elle savajt dire toute chosej et bien et avec agrément ; et cependant toutes ses compagnes se mariaient et elle seule demeurait fille : ctiose singiiKère et surprenante f . '

« Désirez<-vpus savoir le nom que portait cette fille charmante? — On t'appelait parole Jînnoise, Le.'désir qui brûle, la dévorait depuis longtemps ; on la voyait porter son re|[aj:d inquiet à rentqur, assise à l'écart qpmme à son ordinaire, toujours avec l'espoir que l'époux attendu finirait par paraître, — qu'il l'introduirait dans la chambre nuptiale.

« D'autres dansent et forment la ronde, se divertissent chaque soir, vivent à leur aise dans de spacieuses demeures , s'assoient sur de larges bancs. Mais toi, pauvre parole fin" ncfise , il te' faut demeurer toujours sans abri ^ exposée aux injures de l'air ; toujours en dehors df'une porte fermée , pour y grelotter au froid! — Fatiguée d'attendre vainement,, elle éleva enfin la voix pour se plaindre.

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« L'enfant aborde sou père' pour lui dire ce dont il à besoin, «t lui raconter ce qui le chagrine. Ce fut ainsi qu'autrefois nos reig^ards se fixèrent à l'occident ; '^aujourd'hui c'est vers Porient qu'ils se tournent, attirés par réclat du soleil levant. et guidés par la flamme brillante du flambeau de l'instruction ^ dont la vive clarté se projette radieuse sur le firmament. -

« Nos hameaux se sont inclinés pendant trop longtemps devant un idiome étranger; nos plus modestes cabanes ont déboursé trop d'argent pour lui. Il est temps que là langue nationale voiç cesser une attente trop prolongée. Qu'elle ce^se de pbpdiguer les saints povir obtenir l'interprétation du mot le plus vulgaire inscrit dans l'arrêt d'un tribunal, ou bien encore pour solliciter la rédaction d'une requête où l'on découvre après coup une infinité d'erreurs *.

<( La langue finnoise est; claire et précise ;• elle suffit à toutes les exigences. Quelque chose qu'on veuille lui faire dire ,* elle est en état de Pexprimer. Elle peut servir à interpréter tout genre de science , que ces choses d'étude M-rivenl dé l'Allemagne ou de n^importe quelle autre .contrée. Par l'harmonie qui lui est propre elle s'adapte parfaitement au chant.

« Mais peut-être trouvez- vous que j'exalte outre mesure les

• Pour comprendre ceci il est nécessaire d'observer que le suédois est encore considère comme langue officielle dans toute l'étendue du pa^ ; c'est la ^ule dont les tribunaux, les écoles et les administ rations fassent usage; partant, toutes les écritures qui en émanent sont passée^ en suédois.

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mérites de ma langue natale. Qubi qu'il en ^soit , pour obtenir ce qui lui revient, je suis prêt à renouveler mes sùpg^licationSy à m'inclinér jusqu'à terre: AiKsi fait le mendiant affamé, avide de mettre dans sa bouche le. plus petit morceau, qui, lorsqu'il erre à l'aventure, aperçoit à sa portée un pain qui n'est pas mêlé d'éobrce ^

* Voyez .plus haut la note B à la fin du chapitre IX«

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