CHAPITRE XYI
DÉ mustaUrvi a tamerfors.
Station de Ruhala, 17 août, li heures dti matin.
Il était près de huit heures, ce matin , quand nous sommes montés en tarantass et que nous avons quitté la cour de la station de Mustaiarvi pour nous diriger vers* Tamerfors. On peut se souvenir qu'en nous rendant avant-hier, à la cascade nous avons suivi pendant plusieurs verstes , jusqu'à Ruovësi , le che;nin de Tamerfors. n nous a fallu refaire une seconde fois aujourd'hui cette partie de la route, et ce
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n'est qu'après avoir dépassé l'église que nous sommes entrés dans une contrée nouvelle. Les beautés pittoresques qui se déploient aux regards entre Mustaiarvi et l'église de Ruovësi continuent sans interruption jusqu'à la station actuelle. Nous avions franchi à peu près les deux tiers du relais , quand le cocher a Jancé ses chevaux sur une langue de terre extrêmement étroite prolongée en travers d'un de ces vastes lacs qui dans ce pays se rencontrent à tout instant. Notre voiture a roulé ainsi longtemps entre deux lagunes, ayant l'eau à droite et à gauchie ; puis les chevaux ont franchi un pont bien construit , et trois verstes au delà npus âvcms retrouvé Je bord opposé. Cette langue de terre a si peu de largeur, qu'Ole est occupée en entier par la chaussée , parfaitement bien établie d'ailleurs, et soignée comme le sont toutes les chaussées de la Finlande.
A TAMËRFOllS. 265
Station de Kallëiaaùtio.
Nous voici encore une fois au milieu d'une YMte forêt de pins , remarquable par la hauteur des arbres et aussi par la nature montueuse éa terrain qu'dle occupe.  chaque instant nous avons à monter où à descendre , ce qui oblige la voiture de n'avancer quet^è»l^r^tement.
J'ai été frappé ici, pour la seconde fois, de la singulière configuration des rochers de gra* nit dont kt surface présente des espèces d'arabesques trè&déliées , de couleur rose , se détachant en relief sur un fond de couleur grisâtre. La pluie qui tombait alors rendant aux couleurs toute leur vivacité naturelle, j'ai pa observer à l'aise ce jeu bizarre de la .nature que, j'ai déjà signalé à Tattiantion des géologues.
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Station d'Orivësi.
Le terrain devient de moins en moins montagneux à mesure qu'on s'éloigne de la station de Kallënautio; mais la forêt reste toujours aussi épaisse. Pend^int que le tarantass roulait entre deux rideaux de somfcre verdure, uous eûmes le spectacle d'une chasse, à courre d'espèce nouvelle. Deux ^ands coqs de bruyère étant partis inopipément d'un fourré de, buissons , le domestique finlandais , qui est jeune et alerte , sauta prestement à bas du siège et se mit à les poursuivre. Le cocher arrêta ses chevaux, et j'avais beau rappeler le coureur, * il II en continuait pas moins: ^a chasse improvisée. Nous^m.êmes nous ne pûmes bientôt .nous empêcher d'en suivre les alternatives avec un cer^in intérêt. Le fait est que déjà il
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avait gagné du terrain et que la victoire commençait à me paraître moins impossible , quand malheureusement les coqs se décidèreilt à déployer les ailçs pour accélérer leur course, et s'enfoncèrent dans. la profondeur de la forêt. Le chasseur s'arrêta court, et tout haletant regagna le tarantass avec une exprès-' sion de désappointement comique. Ce petit incident, qui ne dura pas plus de cinq minutes, nous divertit beaucoup et rompit un instant la monotonie du chemin.
Une demi-heure après, nous avons traversé un bourg considérable, qui- a ceci de particulier que chaque habitation y est percée d'une port0 unique,* sans croisées sur;la rue. Cette disposition donne à ce lieu un air de tristesse extraordinaire, et me fit souvenir des villes de la Bulgarie, que j'avais eu occasion de voir en 1 828 pendant la guerre \
* Parti d'Odessa en chariot de poste, je franchis le Dniestr et gagnai Akerraan ; ensuite passant par Ismall, après avoir traversé le Danube, j*arrivai dans la ville turque d'Isaktchi. Je trpuvai le corps. c(ue
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La route aborde ensuite une montagne trèshaute. Il nous fallut la gravir jusqu'au sommet par une de ces rampes ra^^des si fréquentes en Finlande, et que les chevaux du pays n''abordent cpie rarement avec la vigueur suffisante. ]nutile d^ajouter que là vue dont on jouit du sommet est aussi étendue que riche et variée. A gauche et au plus profond du tableau se dessinait un grand lac. A droite s'étendait une plaine toute couverte de cultures entremêlées de heimats et venant aboutir au bourg d'Orivësi , celui-là même où nous nous trouvons en ce moment. Devant hous enfin ^ l'ùeil suivait les légères Ondulations d'une ligue de montagnes bleuâtres au^^lessus
j'allais rejoindre catopë à quelques portées de -ftisîl plus loin. Ce fut avec lui que je visitai sucDessive» ment les villes bulgares deKustendji, de MaogaliU'et de Kavarna. Atteint plus tard d'une maladie cruelle, et dirigé, aptes la reddition de Varna^ vers la Russie mëridionale, je n'ai pu à mon grand regret visiter cette cité importante, située, comttie on sait, sur les confins de là Romélie.
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desquelles flottaieat de gros nuages tout frangés de nuances pourprées par l'effet du soleil couchant.
Stiilkm de Pan^a, 11 heures du soir.
Lorsqu'on voyage autrement qu'en chemm de f^r, c'est folie de prétendre régler sa marche à l'ayanice! Je ne doutais pas de la possibilité d* arriver à Tamerfors ce soir, et voici qu'il faut nous arrêter ici. Ijqb chemins sont trop difficiles pour que nous puissions^yoyagèr de nuit, et la nuit maintenant est venue à neuf heures. Je ne veux pas d'ailleurs seulement traverser le pays, mais le voir et: ritudier. A demain matin donc le départ.
La contrée que nous avons parcourue aujourd'hui est extrêmement montagneuse. A tout instant pn était forcé ou d'enrayer qu de baisser la fourche de reculement , de peur
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d'éprouver quelque malheur sur des déclivités d'une roideur excessive. Le pauvre tarantàss, déjà si rudement éprouvé, a trouvé cette fois une tâche nouvelle , et plus rude encore que les autres : il lui a fallu franchir des croupes granitiques très-élevées , et les gravir sur le rocher à nu. #
Je cheminais à pied avec M. D., dans une des montées les plus difficiles de ce relais, pendant quelles deux domestiques s'évertuaient autour de l'attelage toujours disposé à lâdier pied, lorsque nous vîmes s'avancer à notre rencontre une troupe de jeunes villageoises.
Elles s'en retournaient à leur village, après avoir passé la nuit au 'milieu des blés, et marchaient gaiement en chantant. Toutes étaient vêtues avec une certjiine recherche, comme le sont en général les paysannes finlandaises ; et dans le nombre on aurait pu distinguer plusieurs, jolis visages *. Arrivées près de nous,
* La population finnoise que Ton rencontre dans nombre de villages du gouyernenient de Saint-Pétersbourg , oïl ils sont connus sous le nom général de
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dles s'arrêtèrent et nous firent une profonde révérence, à la manière du bon viieux temps.
Honteux d'avoir été prévenus, nous ôtâmes vivement nos casquettes , pour rendre au moins politesse pour politesse aux beautés du canton.
^ Les jeunes paysannes venaient de disparaître dans la descente 2, quand mes regards furent attirés vers le haut de la côte par un véhicule dont je ne distinguai^ encore qu'imparfaitement la forme, et qui arrivait à nous avec la vitesse et le bruit d'une avalanche. Grande fut ma fiurpri&e en reconnaissant, quelques instants après , que ce rapide équipage était tout
Tchoukhnis ou Tchoukhonsis, n*offre pas là moindre analogie avec les Finlandais prôpremefnt dits. Autant ces derniers sont grands , bien découplés et soignés dans leur mise, autant les autres sont petits, tra^pus j abruti^, et d'une, saleté repoussante.» Outre les Tchoukhnis du gouvernement de Saint-Pëtershourg , on y rencontre encore des Ijortsis ou Igris, qui ne diffèrent que peu des précédents. Les Ijortsis peuplent les bords de la rivière Ijorà, qui est un affluent de la Neva.
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simplement un traîneau attelé d'un fort ckeval , et qui portait deux hommes. J'avais biea vu des espèces de traîneaux employés par les gens du pays pour l'enlèvement des blés , mais je n'aurais pas supposé qu'ils ks pussent convertir en voiture proprement dite. On peut juger par là, au surplus , combien. lea chaussées du pays sont planes et unies.
Statioa de Hlmtjàrvi, IS aeut.
Au moment où nous montions en voiture ce matin pour quitter la couchée , je vis le cocher chargé de nous conduire qui empilait dans une des poches du sîé^ plusieurs de eas ^lettes en farine de seigle dont j'ai déjàparlé. Ces provi'sions, m*a-*-il dit, étaient destinées aux chevaux de fattelage , auxquels il se proposait de les distribuer à mi-chemin , en manière de friandise.
A TAMERFORS. S7S
Peu de temps après notre départ , nous^^ommés arrivés au bord d'un grand lac; là, nous ayons^dù nous frayer un passage dans un iaby<rinthede lagunes de toutes formes et de toutes leis dimensions. Le vent soufflait at^ec force , et lea eaux soulevées de cette chaîne de lacs étaient devenùies véritablement houleuses. J'ai pu juger parla que ce que l-oh m'a dit du dangOT que présente la navigation de )a plupart des lacs de la Finlande est parfaitement fondé.
Après lés dix premières verstes, la route s'éloigne de la région des eaux , et pénçtre dans une grande etbelle forêt principalement peuplée de sapins d'une hauteur extraordinaire, n y a quelques pins également gigantesques, mais en plus petit nombre. Parmi les espèces feuillues , j'ai vu des bouleaux , des aunes et dès sorbiers de la plus belle venue,. Au-dessous > et parmii les mousses dont le sol saUpnneux est tapissé , poussent des fougères et des genévriers, également de taille peu commune.
Ici , point de granits étalés à la vue : cette
roche se cache sous l'alluvium arénacé , mé- II is
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lange de cai Uom , qui est ve^u couvrir Ja rodie fii^e. On aperçdit seulement des schisrles argileux et une pierre noirâtre qui m*a paru de nature basaltique. A la surface des diverses masses rocheuses disséminées le long du cheinin, s'étend souvent une sorte d'efiEbreseence d'un rouge brun , qui donne à penser que lès minerais ferrugineux doivent abonder dons* ces parages.
"Ville de TamerforSy S' heures de l'après-midi.
Kdus tôici enfin arrivés à Tamèrfors, ville cFonblement célèbre ; d'abord à" cause de sa situation pittoresque, et puis aussi comme principal centre industriel du grand-duché*, î! y a donc beaucoup à voir ici ; aussi avons-
* ta ySte de Jamtrfots &il partie dû gouveme» méat àt Tovaelheus^ et cmkêéfpkemnimt «Hé €^t $it«iée
À TAMERP0R8. 275
nom décidé, M. D. et moi, que nous n'en partirions que deiùain dans r^près-midi.
Au delà de la station deliautjam, côâimencè une longue et rude montée qui conduit an sommet d'une éihinerice dont la route suit là Crète. Toute cette partie- du cillemin est sîngu^ lièrement pittoresque , mais non moins périlleuse : il aurait suffi de là moindre maladresise du cocher pour précipitet tàrantàss et voyageurs dans un des deux précipfces qui boi^dent les dêujt cotés d^ la mdntagne. A droite nous avions au-dessous de nous une lagune d'une immence étendue. A gauche, et à unéprO fondeur de sept à huit cents pieds, se déployait une plaine toute couverte de fermés et de cul tur^es , que domine la pointe aiguë du clochet dé Kangorala ; église d'antique apparence située au :0ftitieu d'un village dû mênfiê nom.
dan^ le Tavastlaïul, contrée renomim^e poiu* ses sites pittoresc^jues. II s^y. tieût chaque aanée., au mois do février, une foire très-fréquentée. Tai|ierfoF& se trouve à six cent cTix-sept verstes ou kilomètres de Saint- Pétersbôtirg.
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Plus loin la montagne s'abaisse graduellement . jusqu^à Tamerfors , , où les dernières pentes viennent aboutir. La ville , qui occupe le fond d'une vallée, se présente sous un as^ pect on ne peut plus favorable. Sur un sol plutôt accideiijté que montagneux, à'étagent de nombreuses et belles constructions ; quelquesunes , en briques recrëpîes , ont dés proportions considérables : ce sont des fabriques.
Arrivés prèis de la ville , nous traversâmes un pont de bois qui requit le$ deux rives du Tamerskpki. Cette rivière , dont le cours est peu étendu, sort d'un lac situé du côté du sud, et va déboucher, tout près dé la ville, dans un second laç plus petit; elle franchit, pour y entrei^, un ressaut qui forme cataracte^ et si je puis juger des proportions de cette chute par son retentissement , elle doit être considérable.
J'ai dit que Tatnerfoips est un centre industriel qui pour le pays ne manqué pas d'importance. On y trouve diverses teintureries , plusieurs hioulins à foulon, une fabrique de
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papier, et une filature avec ateliers pour lé tissage. Les cotonnades dé cette filature sont transportées à Saint-Péterbourg,roù elles soiit livrées à l'impression : h' oublions pas de mentionner encore une. usine qui livre au com-.
merce différents objets en fer fondu *.
Ce qui m'a surtout frappé à notre entrée dans Tamerfors,,c'est Tair animé que pré^ sentent ses ruès^ Cette viUe offre en ceci un contraste tranché * avec les autres cités 4e la Finlande , généralement mérnes et désertes à un degré qu'il serait difficile de se figurer. Une chose encore contribue à* donner à Tamerfors un aspect riant ; c'est le graiid nombre d'arbres disposés en jardins, qui la coupent dans' tous les sens. J'y ai vu des platanes et des saules d'une force et d'une beauté exceptionnelles. Un saule entre autres , qui a fixé mon attention, a son tronc formé de trois fortes tiges, réunies et comme soudées ensemble : le branchage de ce bel «rbre couvre une étendue
* Voyez la note U à la fin du chapitre.
pS DE MUSTAIARVI
CQu^icJérable, et m'a paru égaler celui des plus» TÎeux chênes. Lesjardins renfermait beaucoup de pommiers; c'est la premiè^^e ibis que je yoi3 cet arbre en Finlande.
vn.
Tamerforsy 19 aoùt^ 9 heures do soir. .
AuMi que je l'avais projeté, je suis allé aujourd'hui dans là matinée, en compagnie de M. D.^ explorer les • principaux établissem^ts industriels de Tamerfprs. Pour comneàcer, nous bous sommes rendus à la filature dç M. Nûtbedk, nche industriel de cette ville, pour lequel j'avai$ une lettre de recommanda"tiaa. Par malheur, il était à la campagne.
MàU je n'en ai pas moins visite la manufacture diing tontes $es parties. Toutefois, avant que 4e saMMiis introduira dans les ateliers , le contre^ maître c^ui avait été désigné pourvue servir de gui(de , nous .fit «passer au bureau du contrôle ,
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OÙ nous fumes invités à déposer notre nom sur ufî registre txd hoc Cette formalité remplie, le guide et le domestique-interprète prireiit les devants; et jie les suivis. Nous avons vu d'àboi'd une yaste salle située au rez^le-chaussée d'où nous sommes inontés au second étage ; et de là ati troisième qui couronne rédifi(!;e^ Sans entrer ici dans de longs détails, descriptifs^ qui ne feraient que répéter ce que chacun sait sur les établissem^its de cette espèce moqtés d'après le nouveau système , je me bornerai à quelques indications générales. La fili^ ture «nploie près de cinq centisK ouvriers des deux sex^ , et le nombre, des métiers à tisser y e$t de deux cent vingt-deux. Ici- ce n'est point la vapeur, mais un moteur plus écono^ mique , -«-^ le courant du Tam^rskâki , — qui met en mouveriieiit, au moyen d'une, roue à aubes du plu^ fort calibre, toutes les mécaniques, distribuées dans les troi» étages dn bâtiment, .Le bon enlretiendes appareils à carder et à dévider , et l'excellente disposition des métiers euxrinânie^, qui tous sont construits en
ÎM DE «USTAIARVf
fer et en acier y annoncent assez le soin parfait qui préside aux travaux de ce hel établisse* ment.
En quittant la filature , nous avrais tourné machinalement nos pas vers la droite , et à dix minutes de là nous sommes arrivés auprès d'un bâtiment en pierre et en briques de très-belle i^parence , que j'ai reconnu sans peine pour la fabrique de papier. Notre admission dans les ateliers a été soumise ici , de, même que dans la filature' de M. Notbeck , à la fonâalite de Tiiiscription : cela fait, il nous a été loi^ble de visiter l'établissement sous là direction d'un surveillant. Cet homme nous a introduits en premier lieu .dafns une salle basse , très-longue, où un appareil double fonctionnait pour la fabrication du papier par mouvement continu.
A l'une des extrémités de la salle on voit le mélange laiteux s'écouler à la fois de deuxvasr tes cuves,' pour aller se coaguler petit à petit en s'étalant àla surface d'une serpillière : la pâte, à l'état de pellicule humide, est ensuite entraînée de proche en proche, et arrive à l'extrémité op-
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posée de l'atelier, transformée en papier blanc déjà sec et d'excellente qualité. Qûoiqùej'eusse assisté déjà nombrede fois,— -notamment dans la fabrique ^impériale de Péterhoff, — à ce genre de'fabricatioti, je restai néanmoins trèslongtemps en contemplation admirative devant ces rapides transformations , uxi des miracles de l'industrie moderne. La fabrication du papier par mouvement continu est une inven^* tion qui ne date que d'u9 demi^iècle : ce fut, dit'on, im mécanicien allemand qui établit le premier appareil dé ce . genre en 1 798.
De cet atelier^ qui est le principal, le guide me fit passer pari un escalier intérieur dans une pièce située au-dessus des réservoirs. Je vis là une rangée de tonneaux fixes, de grknde dimension, dans l'intérieur desquels est établi un système de roues à palettes armées de lames tranchantes. Ce sont ces lames qui hachent les bhiffons qu'on a eu soin d'introduire à l'avance dans le tonneau, et qui. les convertissant en pâte. Transportée ensuite dans des récipients spéciaux , mélangée avec les sub-
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Stances convenables et suffisamment dâayée d^ns une eaisi gommée, cette pâte prend ï'appsu^ence d'une bouillie très<2laire de couleur blanchâtre , . qui , s'épandant sur Tappareil précédemment décrit, s'y coagule et se change en papier dans l'espace de deux à trois minutes. .
Je' visitai encore, à. différents étages du bâ* timeat, l'ateliec où s'opère le satinàge , les séchoirs et le magasin de dépôt. On m'y fit voir de fort bonis, pf^iers à éerirey de différentes qualités, ain» que dés cartons pour le planage desquds Téltablisdçment possède une machine à la fois élégante et soUde* Je -vis avec surprise des piles de papier à écolier fabriqué à la {danabci. Le surveillant que j'interrogeai sur la raison pour- laquelle la fabrique continuait à i^roduiré des papiers par cette méthçde sur^nn^ée, m'a dit qu'ils étaient destin<^> à la consommation intérieure; leâ acheteurs du pays se refusant à faire lisage. de papier fsh briqiiu^ à la mécanique, tant la puissance des habitiided exeree un empire absolu !
A TÂMERFORS. taS .
, Pour achever la reyue des établissements ifidustriels de Tamerfors, ii me restait à visiter la fonderie. Elle est à une assez grande distance de rétablissement que J€i venais d'exa^ miner avec tant d'intérêt. Je m y rendis ^ul, accompagné du domestique-interprète. L'nsine étant située sur le bord opposé du Tàmërskoki, il me fallut trayetser l'unique pont qtii mette en communication lés deux rives; puis tirant à gauche 9 je m engageai dans un chemin de traverse, à peu près parallèle au cours de la rivière , «t allant aboutir > un corps de bâtiment construit, en briqués, entièrement npird: par la fumée. Je ius rejoint paidant le trajet par plusieurs idiarrettes qui trani^artaielit du minerai à la fonderie : comine un grand nombre de miueirais de fer de la Finlande., celui- , ci est de la limonite. On le retire des* bords d'un lac , qu'on me dit être éloigné de deux milles suédçis^^ ^ Je ferai, remarquer à cç propos que 1^ gens du peuple en Finl^nde^ ont
^' Ji peuiprès vingt «t ûii kilomètres et deéii .
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conservé T habitude d'évaluer les' distances. en milles suédois , quoique la Yerste soit la mesure itinéraire officielle. Sauf le bruit de la cataracte, dont je me.trouvais alors à proximité, un silence^ absolu régnait aux abords des bâtiments de la fonderie ; on aurait pu les croire abandonnés. Déjà le domestique-interprète avai^ inutilement frappé à plusieurs portes, quand une d'elles s*ouvrit enfin. Une personne d'apparence assez commune vint à ma rencontre : c'était le géraiit de J'usine; foft brave homme d ''ailleurs, qui s'empressa de prendre le pas pour me montrer l'établissement dans tous ses détails. On peut dire que la disposition à obliger est commune à tous les Finlandais ; c'est mênàe là , à ce qu'il me semble, un des traits. saillants de leur caractère.
J'examinai en premier lieu les approvisionnements de minerai. Il y avait là, ôutre^ laliniônite dont j'ai déjà parlé , du fer oxydé brun. La lihionite est granuliforme et de couleur brun noirâtre ; <:]ùant à l'autre espèce de
A TÀMERFORS. 285
minerai, elle se présentait sous foi^me de lïionceaux d'un jaune tirant sur le bistre. Mon guide me fit voir enoere une pierrei, d'un gris violacé à reflets chatoyants, que Ton emploie comme fondant : je suppose qiïe ce doit être du fer calcaréo-siliceux. On en verse un dosage dans le haut fourneau quand la matière est sur le point d'entrer en fusion. L'addition de cette pierre a pour objet, à, ce qu'il parait, non-seulement de faciliter la .fusion, mais encore de rendrie la fonte moins cassante. — Je visitai successivemenj; les hauts four* neaux , )a soufflerie qui entre en jeu à l'aide d'un moteur hydraulique, et enfin l'atelier de moulage. N'ayant riçn observé durant ma visite q^i me parût digne d'une attention particulière, je sortis du bâtiment et me dirigeai vers la rivière, qui coule à deux pas de là. Je me trouvai précisément en face de la cataracte, bordée ducôté opposé par. un beau jardin dépendant du vaste établissement de M. Notbeck. Cette cataracte tie peut pas sans doute être comparée pour la grandeur à celles
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de Kaiana ou d'Imatra ^ ; néanmoins elle est réellement belle:
Une demi-heurl^ de marche me ramena à Tamèrfors. En traver^nt la place où est située la prin^pale église, — édifice gothique d'un style sévère, — je fus frappé de la disposition pavticulière de la sonnerie qui décore le clocher. Les cloches qui composent lé carillon, au lieu d'être renfermées enti'e quatre murs comme d'habitude, sont sjaspenduesà l'extéiieur du clocher à Faide de supports en fer, et dominent ainsi la place r il suit de là que. le son a infiniment plus de force et de aetteté,.aa point qu'il se ,fait entendre même des villages environnants.. ^
Je ne . sais si nous pourrons quiftw Tamerfors aujourd'hui , car là vbiture n^est pas encore rentrée de chez le eanrqssier qui y fait quelques r^rations. Les nombreux rochers que nous avcms eu à escalada dans la dernière partie du voyage ont rendu ces réparartioDs tout à &it urgentes;
* Yùyet là ûote Y à la fia du chapitré.
A TAMfAFORS. fS7
Vin.
Tamerfors, même date, 8 heures do fidir.
Le tarantass a été ramené triomphant , lusMré et vernissé à neuf.' En ce moment on attelle. Je vais quitter la ville dans quelques instants ) très-satisfait des choses intéressantes que j'y ai vues, mais aussi très-mécontent de la chère qu'on y fait. L'hôtesse nous a servi un dîner des plus extravagants qui se puissent imaginer. Quoique j'aie déjà donné la description de quelques plats du pays, je tiens à décrire le mets principal qui nous a été présenté, pouv lequel le chef de cuisine avait probablement épuisé sa .science. Ce plat, -r- véritable olla podrida^d'tme nou\e\le espèce, — se composait d'un vaste gâteau de riz au sucre , saupoudré de noix muscade et iiiondé de sabayon , autour duquel étaient symétrique-
2Sg
DE MUSTAIARVI
ment rangées des houlettes de yeau très^rassés et fortement épicées. Le reste du festin était digne de cet échantillon. Dégoûtés par ces affreux mélanges, ni moi ni M. D... n'avons pu manger , et nous allons partir à peu près à jeun.
A TAMERFORS. 289
(Note U, page 277.) '
. BE l'État de l'ipToustrie en fiutlande.
Jusqu'à ces derniers temjps^ et malgré des effortsréitérés, rindustrie manufaciurière en Finlande n'avait réalisé que d'insignifiants progrès. Mais actuellement cette industrie est en voie d'amélioration marquée y et tout fait présager que sàfFranchis'sant des entraves où la routine ïa retint , captive pendant longtemps ^ elle va prendre son. essor. Ce qui le prouve, c'fest qu'à partir die 1826 juéqn en 4 835 y cinquaùte-huit deniandes de patentes pour établissements de fabrique» ont été adressées à l'autorité supérieure. En f838, date où- nos renseignements s'arrêteût , il y avait en Finlande y. en fait d^établisfsements patentés de quelque importance, vingt-quatre fi^briques dé drap ; quatre étabtissementis à peigner la laine et le coton ; quatre savonneries ; trois fabriques de toile à yoile et de serpillière,; trois fabriques de tabac; trois tanneries et deux fabriques de couleurs.
Vers la même époque une patente entraînant privilége spécial fat itccordée pour le transport; du fond des forêts de la Carélie et du Savolàks dans les eaux du Saïma, des bois de construction nécessaires à la navigation à vapeur. D'autres privilèges du n * 19
no DE MUSTAIARVI
même genre sufvirent, ayant tous pour objet d'activer les communications par bateaux à vapeur eiÉtre Saiot-PétersbouFg, Revel, Helsingfors, Abc et Stockholm.
'Comme la plupart dl^s patentes accordées dans le principe a des manufacturiers l'avaient été , faute de mieux , à des hommes qui ne disposaient pas de eapitàux suf&sailts, Tadministration songea depuis lors à obvier à riniconvénient. Pour y parvenir, une somme de cçnt mille rouUés fut affectée à former U base d'un capital exclusivement destiné à venir (en aide par voie de prêt, et moyennant le minime intérêt de devA pour cent^ aux manufacturiers dans Tem*» barras* -
Afin de faciliter le développement Me phisietn^ établissements* nûifiufjiictiiriers qui en i SU étaient en train de s'organise!* .a Tahierfors,, isette ville fut déclarée libre a^oi^s le rapport, commercial et manu- Jbcturiçr. En conséquence de ces dispositions , tout individu -r« regnicole ou étranger -^ est en droit : V d'aller s'y fixer et d'y établir des fabriqtieâ de toute espèce, qui depoLeûrent exemptes d'impâts; 2"" de tirer de l'étranger les matières preniière$ que son industrie exige, sans.acquitter les droits d'importa-^ tion; 37 enfin ^ de débiter lies produits de Rétablisses ment dans toute l^éiendue du grand-duché, sans êveir à acquitter aucune taxe»
AJTAMERFORS. Ml
D'un autre cotë^ h besoin d- hommes (i{)ëciftuk capables' soit de diriger deir mànufaetures; soit d^y esiercér lai fonctions de coâtre^màitrè^ se faisant sentir^ le pouvoir supérieur dëerëta l'établissement d'un Institut téchnologiciUeàHelsitigfors, la moderne capitale dû grànd-*dùché> Il y a>iëM ouvi^rt en 1836 ^ et dêpuii lori ee bel ' établissement d'institfit^tion à la fois théorique et pratiqué continue de fonctionner avec succès, et il exerce la plus heureuse influence sut^ le développement; progi*essifrde l'industrie natio* ludè. •''''.
Tout ce qt^ë. liouft venons de dire s'applique éstclu^ sivement aux établissements industriels de la jj^iu-^ lande , et nota pas' à Findû^trié personnelle des indi-^ viduB dans le pays. Cette dernière, industrie y existé d^ temps immémorial^ et radmiuistt^tion né négtigè rien pou^ soutenir et même pour la développer. Le pouvoir est puissamment secondé dans cette Itâche par le concours salutaire de la- Société économique. Dès. f 813, cette société avait décidé qu'il serait affecté annuellement une somme de dix'mille roubles, destinés à être tiistribués eu primes d'eiicouragement aux plus habiles fîleurs de lin et de chanvre ^ ainsi qu'aux fabriioanti de toiles t^ohnUes les meilleures. A la suite de cette mesuré, une école pOiir le fi)age et le tissage du lih et dti cliaûv^é à été fondée dàiis le voisinage du boiii^ de K^skë efl Ustro-^BofhtlIëi
292 DE MUâTÂIARYI
Afin d'en mieux assurer le succès,' on poussa le soin jusqu'à faire venir des fileuses et des tisseuses de la Norrége suédoise, où Ton fabrique des toiles de qualité supérieure. Depuis cette époque, Técole a été transportée dans la ville d^Abo. Les femmes qui en sortent sont envoyées, comme chefs d'ateliers ^ dans les différentes provinces de la Finlayide; et grâce à eHes, partout l'industrie. de la toile a réalisé. des progrès véritables.
C'est aux religieuses de l'ordre de Sainte-Brigitte que la Finlande ^ est redevable de l'art de confec^ tionner lês( ouvrage^ en tricot. Cette industrie , très*utile quoique modeste, remonte donc à Tépoque oii la Finlande appartenait encore à la . communion romaine. De nos jours, la ville de Raoumo, du gouvernement d'Abo, se distingue par l^art exquis avec lequel on y confecticmne les dentelles.
(Note y, page 286.) I,A ÇATA^ACTP D'iWATBA.
Des nombreuses catalractés qui existent en Finlande , celle d'Inxatra est la plus renommée. Lorsque je la visitai en* 1847, elle produisit sur moi l'impression 1^ plus vive, et j'adressai à son sujet, du Keu
ATAMERFORS. S93
mêjne, une lettre à Thonorable rédacteur des Nou^ ifetles Annales 'des voycbg/ss. .Yoici eu quels termes j'y décrivais la. cascade et comment j'y rendais compte des sensations qu'elle m'avait fait, éprouver. ,
« Placé à l'une des fenêtres d'un pavillon bâti sur le rocher qui borde là chute en la dominant , je pus contemple^ à mon aise le merveilleux spectacle de la cataracte doût liss eaux bondissaient au-dessous. Dans leur cpurse fougueuse , elles traversent un canal, large 4^ ^trente pieds, que' la nature a taille dans une montagne de granit de couleur rose. Du côté gauche le regard se portait sur la partie supé* rieure de la rivière , dont le courant paisible coulait de niveau avec l'endroit où j'étais. En pénétrant dans le canal, l'eau se précipite en cascade par-dessus une multitude de fragments de rochers, dispersés en désordre sur une pente rapide , d'où il résulte une succession de chutes, roulant avec le^ fracas du tonnerre jusqu'au fond de la vallée profonde où la yuoksa reprend son cours. Ija hauteur totale de la chute , à compter du point le plus élevé jusqu'au lit inférieur de la rivière, dépasse soixante pieds. 11 est à présumer que le fond du canal où la chute s'opère est pavé d'énormes fragments de granit, si l'on en juge par la fureur avec laquelle l'eau va s'y briser. En plusieurs endroits on voit l'eau s'engouffrer dans de vastes entonnoirs; mais aussitôt repoussée par un
tt4 DE MUStÀIARVI A TAMERFORS.
ofastaele infranchissable, elle rejaillit en lai|[es ûocom à! écume j pu bien s'ëlan^ie sous fome àû .gerbei splendides, pareilles à de grandi jets d^eau int^mittents. >