LE MAGASIN THEATRAL
Suzanne. Voyons , monsieur , n’ayez pas l'air sinistre comme cela... On ne vous force pas à m'épouser, j’espère... si je ne vous couviens pas, vous me refuserez .. je vous le permets... Mais avant, il faut au moins faire connaissance.. . Donnez-moi la main... venez vous asseoir là, et causons...
voulez-vous ?
RKGINALD. De grand cœur. (Il la conduit à un divan. A part.) La jolie petite main !... et pas le moindre grain de tabac!
(Il le mctS genoux devant elle.)
Suzanne. Pourquoi vous mettez- vous à genoux ?
nKGlNALn. Pour mieux vous voir.
Suzanne. Tiens ! il est gentil comme cela.
rkginald , à part. Pas la moindre ride.
Suzanne. Eli bien .' comme vous me regardez !
Ata : Amis , voici ta riante semaine.
Ça me déptxtl, moniteur, prenci-y garde ..
( Montrant te divan.)
Auprès de moi, lit , vous seriex bien mieux...
Car je me lais lorsque Ton me regarde :
Pour que je parle , allons , baisses les yeux.
RKGINALD.
Ordre cruel!», d'obéir je m'empresse ,
Et , sans vous voir, j'écoute vos discours».
Mais je voudrais vous entendre sans cesie.
Et cependant vous regarder toujours.
D'abord , laissez-moi vous demander.. ..
Suzanne. Tout-à -l'heure.
rkginald. Il faut que je sache...
SUZANNE. Taisez- vous... Vous êtes officier , n'est-ce pas ?
rkginald. Lieutenant... mais...
Suzanne. Si j’étais homme, je voudrais être officier... parce qu'on commande et que les soldats vous portent les armes.
■EGlNALD , à part, Hum ! le naturel de ma tante.
Suzanne. Si vous m’épousez , j'irai avec vous à l’armée , je ne vous quitterai plus... Oh! je n’aurai pas peur... et puis, tnoi , j'aime ça ; les courses , les voyages , sa me rappellera nia vie des colonies , ma vie d’indépendance et de liberté.
raaMiaa couplzt.
Aia : Choeur du Chalet, Arrangé par M. Adam.
Rester en place eu un tourment,
Mais voyager , ah ! e'esl cbarmanl I Marcher toujours, toujours courir,
Voilà ma vie et mon plaisir.
Dans nos plaines, dans nos campagnes ,
Je courais, chsnlant de tout cceurT A l'écho de nos montagnes Je sépélaisrc refrain enchanteur :
Toujours , toujours , toujours cuurir ,
Voilà ma vie et mou plaisir.
'Ira la la,
Plaisir , bonheur, oui , tout est là,
deuxième couplet.
Si mon mari, vaillant soldat ,
De par leicoi, marche au combat,
Fière de ses lauriers nouveaux Je le lustrai sous les drapeaux.
J'aimerai, hardi militaire,
la! son des clairons, des tambours. ..
Sous I habit du franc mousquetaire ,
Pour lui mon cœur palpitera toujours!
Toujours l'aimer et le chérir,
Voilà ma vie et moo plaisir.
Tr» la la,
Gloire et bonheur, oui, tout est là.
reginald. Ah! je n’y tiens plu»!...
Dites-moi , Suzanne , êtes-vous bien sure de n'avoir que dix-huit ans?...
Suzanne. Comment ! je parais donc plus que mon âge ?...
REGinald. Etes— vous bien sure d'avoir toujours été jeune ?...
SUZANNE. Par exemple!...
reginald. Suzanne... vous allez me prendre pour un fou, pour un visionnaire... ça m’est égal... Si je vous disais, moi , qu il y a à peine une heure... vous étiez vieille!
Suzanne. Vieille!.,, quelle horreur !
reginald. Ridée.
Suzanne. Ridée!
reginald. Oui , vous n’aviez plus de dents.
Suzanne. Mais je les ai toutes.
reginald. Vous aviez soizante-huit ans... enfin, vous étiez ma tante.
.Suzanne. Encore sa folie qui le reprend... Au secours! au secours!
REGINALD. N’appelez pas!... ou je jette par la croisée le premier valet qui se présente.
SUZANNE. Ah! mon Dieu!
REGINALD. Suzanne, si vous ne voulez pas que je perde le peu de bon sens qui me reste, convenez que vous êtes ma tante... Suzanne , convenez-en.
SUZANNE, en colère. Eh! monsieur , je suis votre tante.. . je serai votre grand’mère , si vous voulez... mais dans tous les cas, je ne serai pas votre femme... je ne suis pas assez jeune pour vous... enfin, nous ne nous convenons ni l’un ni l’autre... ainsi, allez-vous-cn , ou laissez-moi partir.
reginald , lui prenant la main. Vous laisser partir!...