‹ La fleur merveilleuseChapitre 1 sur 125 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Le décor représente la salle commune d'une pauvre auberge isolée, du côté d'Arras, pendant une nuit de septembre. C'est une sorte de bouge délabré et enfumé. Au fond, au milieu, une porte qui donne sur la grand'route ; à droite de la porte, une fenêtre dont les volets sont fermés. A droite, au dernier plan, en pan coupé, une porte basse donnant sur l'escalier de la cave ; au milieu du nmr de droite, une haute cheminée dans laquelle il y a du feu ; autour de la hotte de cette cheminée sont placés quelques objets de ménage, notamment deux chandeliers. Au premier plan, du même côté, une porte par laquelle on va dans les autres parties de l'auberge. A gauche, un escalier de bois praticable, conduisant à une galerie également praticable sur laquelle s'ouvre la porte d'une chambre. A gauche, au premier plan, une table avec des sièges ; devant la fenêtre, au fond, ime autre table également entourée d'escabeaux ; un peu en avant de la cheminée, un tonneau qui sert de table, entouré lui aussi de sièges rustiques. Au lever du rideau, quatre bandits à mines patibulaires, Ziska, Biaise, Pierre et Thomas, jouent aux cartes, installés à la table du fond ; un suif fumeux les éclaire. Le tonnerre, le vent et la pluie font rage au dehors. L'action se déroule en i035.

SCEXE PREMIERE

ZISKA, BLAISE, PIERRE, THOMAS, puis MÉDARD

Ecoutez!... C'est un temps de jugement dernier I

PIERRE

A ne mettre dehors pas même un braconnier !

Quel ventl... Il doit ce soir obliger à des danses Les amis d'autrefois au bout de leurs potences !

Celte boutade fait rire les trois autres. Médartl, l'aubergiste, est apparu à la porte de droite, prêtant l'oreille. Il traverse vivement la scène et court à la porte du fond, tpi'il ouvre.

BLAISE, à Médard qui regarde dehors.

Ah rà ! que cherches-tu dans ce trou plein de nuit.^

MÉDARD, tendant l'oreillo.

J'écoute... il me semblait entendre au loin du bruit...

ZISKA

Il fait un temps de chien!... Ferme donc cette porle ! C'est le bruit i\o l'enfer (pie la rafale apporte!

ME DARD, fermant la porte et se dirigeant vers la cheminée.

On aurait dit le bruit d'un cheval au galop... Je m'en vais agiter dans la nuit un falot... Si c'est un grand seigneur en quête d'une auberge, J'aime mieux que ce soit chez moi qu'il se goberge. Pourquoi donc le laisser courir chez un rival,. Quand papa Médard loge à pied et à cheval?... Voyageurs I Matelots que la tempête effare, Mon auberge est le port I . . .

Brandissant une lanterne qu'il vient d'allumer.

Allumons-en le phare!

PIERRE

Le feu du naufrageur I

MÉDARD, qui a rouvert la porte du fond.

Pardieu ! j'avais raison!

C'est un bruit de cheviiux tout près de la maison!...

Il.se précipile dehors, on le voit agUer son falot et on l'entend crier dans "la nuit, en dépit du vont qui soufQe, des éclairs qui brillent, du tonnerre qui gronde.

C'est ici mon auberge ! « Au grenier d'abondance ! » Pour vous servir, monsieur!... Monseigne Et si Votre Grandeur veut me favoriser..

Pour vous servir, monsieur!... Monseigneur!... Excellence!

LE CHEVALIER, du dehors.

Range-toi donc, manant! Nous allons t'écraser !

MÉDARD

Mais ce serait beaucoup d'honneur pour moi, mon prince!

Le chevalier de Blancoui-t entre, secouant son manteau trempé de pluie.

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